L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit pour toutes les femmes en France, qu'elles soient majeures ou mineures, dans le respect des délais légaux. Cet article se concentre sur l'IVG chirurgicale par aspiration, une méthode couramment utilisée jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée (SA). Nous aborderons le déroulement de cette intervention, les étapes préalables, le suivi post-IVG, ainsi que les aspects financiers et légaux.
Qu'est-ce que l'IVG Chirurgicale par Aspiration ?
L’IVG chirurgicale, également appelée IVG instrumentale, est une intervention qui consiste à interrompre une grossesse en dilatant le col de l’utérus et en aspirant le contenu utérin. L'IVG chirurgicale est faite par un ou une médecin ou un·e sage-femme et nécessite dans la plupart des cas une hospitalisation inférieure ou égale à 12 heures. Le terme curetage ne correspond plus aux pratiques actuelles. Cette méthode est pratiquée obligatoirement dans un établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie-obstétrique ou chirurgie).
Délai Légal
L'avortement est actuellement autorisé en France jusqu'à quatorze semaines de grossesse, soit seize semaines d’aménorrhée (après le début des dernières règles). Ce délai a été allongé en mars 2022.
Les Étapes Préalables à l'IVG Chirurgicale
Avant de procéder à une IVG chirurgicale, plusieurs étapes sont obligatoires pour garantir une prise de décision éclairée et un accompagnement adapté.
1. Consultation d'Information
La première étape consiste en une consultation avec un médecin ou une sage-femme. Lors de ce premier rendez-vous, vous recevrez toutes les informations nécessaires sur l’IVG (méthodes, lieux et délais de réalisation, présentation des différents temps, des risques et effets secondaires possibles) et un dossier-guide reprenant ces différentes informations vous sera remis. Si le professionnel de santé consulté ne pratique pas lui-même l’IVG, il doit vous en informer immédiatement et vous orienter vers un professionnel qui pratique l’IVG.
Lire aussi: Avortement par aspiration : ce qu'il faut savoir sur les risques
Au cours de cette consultation, la femme enceinte doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir une librement en fonction du terme de la grossesse. Vous faites votre demande d'avortement et recevez des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation, le choix dont vous disposez, et les effets indésirables possibles. Cette consultation est l’occasion pour vous de poser toutes les questions que vous pouvez avoir.
Le médecin ou la sage-femme vous proposera également un entretien psycho-social. Il est obligatoire si vous êtes mineure. À la fin du rendez-vous, le médecin ou la sage-femme vous délivre une attestation de consultation médicale, pour certifier que cette première consultation a bien eu lieu.
2. Recueil du Consentement
La deuxième étape est la remise de votre consentement écrit de demande d’avortement au médecin ou à la sage-femme. Il n’existe plus de délai de réflexion minimal entre le premier et le deuxième temps. Ils peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation. Vous prenez le temps de réflexion que vous jugez nécessaire pour votre décision, en tenant compte du délai légal pour la réalisation de l’IVG (14 semaines de grossesse).
Lors de ce deuxième temps, vous choisissez votre méthode d’IVG, ainsi que son lieu de réalisation. Il s'agit également d'un moment privilégié avec le médecin ou la sage-femme pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG, si vous en avez besoin, et pour réaliser ou vous faire prescrire, si tel est votre choix, un dépistage des infections sexuellement transmissibles, dont l’infection par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’utérus.
3. Entretien Psycho-Social (si nécessaire)
Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée et obligatoirement réalisée pour les femmes mineures. Elle se déroule entre les deux temps préalables à l’IVG. Si vous êtes majeure et n’avez pas souhaité le réaliser à cette étape de la procédure, vous avez la possibilité de le réaliser par la suite à n’importe quelle étape de la procédure d’IVG.
Lire aussi: Briser le tabou de l'aspiration
Au cours de cette consultation, il vous sera proposé un accompagnement social et psychologique. Vous pouvez demander un rendez-vous en présentiel, ou à distance (si cela vous est proposé) pour cette consultation. Elle a lieu avec un professionnel qualifié, au choix : dans un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d’éducation familiale), dans un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), ou dans un service social ou autre organisme agréé.
Examens Médicaux Préalables
Avant l’IVG, plusieurs examens peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic de grossesse et déterminer l’âge de celle-ci. L’âge gestationnel de la grossesse est principalement déterminé par l’interrogatoire et l’examen clinique mais une échographie peut également être réalisée ou une prise de sang pour doser les β-hCG. D’autres examens sanguins sont réalisés afin de déterminer votre groupe sanguin afin de vous proposer une injection d’immunoglobulines anti-D si nécessaire, et de permettre la réalisation d’une anesthésie générale dans le cas d’une IVG instrumentale si c’est votre choix. Avant l’IVG, vous pourrez aussi effectuer si vous le souhaitez un dépistage du VIH et des autres IST ainsi qu’un examen de dépistage du cancer du col de l’utérus si vous n’êtes pas à jour de celui-ci (dépistage à réaliser tous les 3 ans entre 25 et 30 ans puis tous les 5 ans jusqu’à 65 ans).
Déroulement de l'IVG Chirurgicale par Aspiration
L'IVG chirurgicale par aspiration peut être pratiquée au début d’une grossesse et jusqu’à la fin de la 14 ème semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles (Semaines Aménorrhées).
Préparation Cervicale
L’aspiration peut être précédée par une préparation cervicale qui consiste en la prise de prostaglandine ou de mifépristone la veille au soir ou le matin de l’aspiration. Elle est recommandée pour les nullipares (femmes n’ayant jamais eu d’enfant) et pour les aspirations à partir de 10 semaines d’aménorrhée. Il est important d’informer les femmes qu’elle peut donc occasionner des saignements et douleurs (voir IVG médicamenteuses) et qu’il est possible de demander des antalgiques. Exceptionnellement, une dilatation mécanique du col par laminaires (Dilapan) est utilisée.
Anesthésie
Le choix de l’anesthésie locale ou générale pour une interruption de grossesse, en l’absence de contre-indications médicales, devrait être fait par la femme. Il est possible de réaliser une ivg chirurgicale sous anesthésie locale du col de l’utérus (injection de xylocaïne). Cette anesthésie peut alors être accompagnée du MEOPA, c’est-à-dire d’une inhalation de gaz qui produit une détente. Il sera parfois donné également un médicament à la patiente pour compléter la détente. Une consultation préalable est obligatoire pour une anesthésie générale. Pour rappel pour une anesthésie générale, il faut être totalement à jeun (nourriture solide et liquide) et ne pas avoir fumé. L’anesthésie, (injection d’analgésique), dure une vingtaine de minutes avec une surveillance de 1h à 2h après l’IVG en salle post interventionnelle (avec d’autres personnes opérées).
Lire aussi: Gérer la douleur après IVG
L'Intervention
La technique instrumentale (chirurgicale) consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Vous choisissez avec l'aide du professionnel de santé le mode d'anesthésie le mieux adapté à votre situation. L'hospitalisation dure en général quelques heures, mais l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes.
Pendant l’intervention, vous serez assise dans un fauteuil gynécologique. Un médecin orthogéniste (spécialiste en IVG) procédera à l’avortement, assisté d’au moins une infirmière. À l’aide d’un spéculum (instrument en forme de bec de canard), le médecin va d’abord rendre visible le col de l’utérus. Le contenu de l’utérus sera ensuite retiré par aspiration au moyen d’une canule (petit tube). À la suite de cette intervention, vous pourrez vous faire poser un stérilet ou un implant.
Suivi Post-IVG
Une consultation de contrôle a lieu entre le 14ème et le 21ème jour après l’intervention d’interruption de grossesse. Elle permet de s’assurer qu’il n’existe pas de complication, d’informer et de prescrire une méthode de contraception et, si la personne le souhaite, d’avoir un entretien psycho-social post IVG. Après l’IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais, que vous soyez majeure ou mineure.
Après l’intervention, des maux de ventre et des saignements peuvent survenir. Ces désagréments peuvent persister quelques jours ou quelques semaines ; ils s’atténueront progressivement. Les symptômes de la grossesse vont aller en diminuant dès la fin de la semaine qui suit l’intervention.
Complications Possibles
Les complications immédiates sont rares. Dans de rares cas, la survenue d’une hémorragie est possible. La perforation de l’utérus lors d’une aspiration instrumentale est quant à elle un événement exceptionnel. Les complications à distance d’une IVG sont rares. Cependant, dans les jours suivant l’intervention, si vous présentez de la fièvre (température supérieure à 38 °C), d’importantes pertes de sang, de fortes douleurs abdominales et/ou un malaise, vous devez rapidement contacter l’établissement où a eu lieu votre IVG ou à défaut le service d’urgences gynécologiques le plus proche de chez vous, car cela peut être un signe de complication.
Efficacité de l'IVG Chirurgicale
L’IVG instrumentale est quant à elle efficace à 99,7%. Il est tout à fait exceptionnel de devoir refaire la procédure. Quelle que soit la méthode utilisée, la consultation de suivi après l’IVG est nécessaire car elle permet de s’assurer que la grossesse est bien interrompue mais aussi de la bonne santé globale de la femme.
Aspects Financiers
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible. Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).
Le coût d'une IVG instrumentale est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire. Ce tarif est compris entre 579,06 € et 830,06 € en fonction de l'établissement de santé (hôpital ou clinique), du type d'anesthésie (locale ou générale) et de la durée de l'hospitalisation.
Informations Complémentaires
Droit à l'IVG et Clause de Conscience
Certains praticiens, pour des raisons personnelles, peuvent refuser de pratiquer cet acte (clause de conscience). Mais ils sont tenus d’informer sans délai la personne concernée de ce refus, et de l'orienter immédiatement vers des praticiens pouvant réaliser l’IVG à leur place.
IVG pour les Mineures
Il n'y a pas de condition d'âge à respecter. Si vous êtes mineure, vous pouvez choisir de demander le consentement de vos parents ou de votre représentant légal qui pourra vous accompagner dans votre démarche d'IVG. Cependant, si vous souhaitez garder le secret, l'IVG est pratiquée à votre seule demande. Une jeune femme mineure qui souhaite recourir à une IVG sans le consentement de ses parents doit se faire accompagner dans sa démarche par une personne majeure de son choix (membre de la famille, ami…). Un entretien préalable avec une conseillère conjugale et familiale sera nécessaire avant la programmation de l’IVG.
Où s'Adresser ?
Des annuaires répertoriant les structures et professionnels réalisant des IVG sont accessibles en consultant les sites internet des ARS de chaque territoire concerné. Vous pouvez prendre rendez-vous avec un professionnel de santé (médecin ou sage-femme) exerçant en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle ou en établissement de santé.
tags: #ivg #par #aspiration #déroulement #12 #semaine
