La fausse couche est une expérience douloureuse et souvent taboue que de nombreuses femmes vivent. Le témoignage de Charlotte, qui a récemment vécu une fausse couche et subi une aspiration, met en lumière les aspects physiques et émotionnels de cette épreuve, ainsi que le manque d'accompagnement et d'information qui l'entourent souvent. Cet article explore le témoignage de Charlotte, les différentes étapes de sa fausse couche, les options de traitement, l'impact psychologique et les difficultés rencontrées dans le système de santé français.
L'annonce d'une grossesse et les premières inquiétudes
Lorsque Charlotte et son mari ont envisagé d'avoir un enfant, leur gynécologue les a avertis que Charlotte était polykystique (OPK) et que ses cycles pourraient être irréguliers. Malgré cela, ils étaient prêts à être patients et à attendre le temps qu'il faudrait pour concevoir. Après un cycle de 50 jours et plusieurs tests de grossesse négatifs, Charlotte a consulté son gynécologue, qui lui a annoncé qu'elle était enceinte d'une semaine, trop tôt pour être détectée par un test. Le couple était ravi.
En raison des débuts difficiles, Charlotte a consulté régulièrement son gynécologue. Après 5 semaines, il leur a dit que le bébé se développait bien et qu'ils se reverraient à 9 semaines. Les semaines suivantes ont été remplies de joie et d'excitation avec leurs proches. Cependant, vers 8 semaines, Charlotte a commencé à s'inquiéter, sachant que les fausses couches sont fréquentes avant 3 mois.
Le diagnostic et le choix de l'aspiration
Le rendez-vous de la 9e semaine a apporté une nouvelle dévastatrice. Le médecin est devenu blanc et a annoncé qu'il y avait un problème : le bébé avait une semaine de retard de développement. Puis, il a annoncé qu'il ne trouvait plus le cœur du bébé. Il a demandé au couple de revenir dans deux jours pour confirmer le diagnostic. Ces deux jours ont été un cauchemar, remplis de pleurs et d'espoir d'une erreur médicale. Le mari de Charlotte s'en voulait de ne pas avoir écouté ses « intuitions ».
Pour Charlotte, l'annonce du diagnostic a d'abord été un soulagement, mettant fin aux faux espoirs. Ensuite, elle a voulu savoir comment se débarrasser le plus vite possible du bébé mort dans son ventre. Le médecin lui a parlé de la voie naturelle, des médicaments, du crochetage et de l'aspiration. Il lui a expliqué qu'il ne pratiquait que l'aspiration, car elle était plus facile à supporter physiquement et psychologiquement pour les femmes, selon lui. Il lui a demandé si elle souhaitait une anesthésie locale ou générale. Ayant une peur bleue des anesthésies générales, Charlotte a choisi l'anesthésie locale, sans trop savoir à quoi cela allait ressembler.
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Heureusement, le médecin de Charlotte lui a immédiatement conseillé de prendre un calmant avant l'opération et surtout d'apporter de la musique et des écouteurs pour ne pas entendre le bruit de l'aspiration, qu'il considérait comme terriblement traumatisant.
L'expérience de l'aspiration
Deux jours plus tard, Charlotte a subi une aspiration sous anesthésie locale, avec un Xanax dans le sang et Britney Spears dans les oreilles. Elle décrit cette expérience comme la plus douloureuse de sa vie, avec l'impression que son utérus était pincé de l'intérieur. Son mari, qui était dans la pièce à côté, a tout entendu : le cri qu'elle a poussé à un moment donné et surtout l'aspiration. Malgré cela, elle lui est reconnaissante de l'avoir prise dans ses bras et consolée à sa sortie, en pleurs, disant qu'on lui avait aspiré son bébé.
Les saignements ont commencé 4 jours après l'opération, accompagnés de crampes horribles. Charlotte était parfois pliée de douleur, incapable de parler. Les crampes les plus douloureuses ont duré une heure. Deux semaines après l'opération, elle saignait encore un peu, mais les douleurs avaient peu à peu disparu.
L'impact psychologique
À la douleur physique s'est ajoutée la douleur psychique. Charlotte décrit un sentiment inconnu, un mélange d'incompréhension, de deuil, de tristesse et de déchirement qu'elle ne souhaite à personne. Elle a commencé à faire des crises d'angoisse chaque soir et des cauchemars chaque nuit. Si chaque jour les choses s'améliorent, elle n'est pas encore complètement guérie psychologiquement. Elle essaye de vivre un jour à la fois et ne sait pas combien de temps il lui faudra pour aller mieux.
Avoir annoncé la grossesse très tôt à leurs proches leur a permis d'être véritablement entourés. Ils se sont également rendu compte que d'autres couples avaient vécu la même expérience et pouvaient donner leurs conseils. Cependant, il a fallu faire le tri, car certains disaient le contraire de ce qu'ils voulaient entendre, avec des remarques maladroites comme « la nature est bien faite, le fœtus devait avoir un problème, vous en ferez un plus beau » ou « vous vous y remettez quand ? » ou « heureusement, tu n'étais pas enceinte depuis longtemps ». Bien que ces remarques partent d'une bonne intention, elles sont très difficiles à entendre.
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Charlotte conseille aux femmes qui doivent subir une aspiration sous anesthésie locale de prendre de la musique et d'éloigner leur mari, car il ne sert à rien qu'il vive cela. Par contre, elle a pu mieux réaliser ce qui s'était passé. Elle souligne également l'importance de parler avec son mari, car les hommes ont tendance à prendre sur eux et à rester forts pour consoler leur femme. De plus, ils n'ont pas ressenti les signes physiques et cette épreuve peut manquer de « concret » pour eux.
Le tabou de la fausse couche et le manque d'accompagnement
Charlotte souligne que la fausse couche est un sujet qui touche tous les tabous de la société : la mort, le sexe et le sang. Personne n'en parle donc. Elle estime que vivre une fausse couche en France aujourd'hui, c'est faire l'expérience du vide : la médecine n'a qu'une hâte, celle de vider l'utérus (on parle d'« expulsion », d'« aspiration », de « curetage »), dans des conditions au mieux spartiates, pour faire place nette.
Elle cite le témoignage d'une femme ayant vécu une aspiration dans un hôpital public parisien, qui décrit avoir été traitée comme un utérus, sans soin, sans écoute, sans respect élémentaire. Elle a tout entendu de l'intervention, le bruit de la machine, les conseils aux étudiants, et on a même posé l'embryon à côté de sa tête. Après, on l'a félicitée d'avoir été si docile.
Un autre témoignage recueilli sur le site de Martin Winckler fait état du choc ressenti par une femme face aux réactions des soignants, entre froideur, apitoiement, mépris et incompétence. Elle et son compagnon n'ont eu d'autre solution que d'aller voir sur les forums, où ils ont trouvé une qualité d'informations fluctuante.
Marie Bornes, gynécologue-obstétricienne responsable de la maternité de l'hôpital Tenon, à Paris, reconnaît qu'il y a un problème en France dans la prise en charge de ces patientes, qui tombent souvent sur des internes ou des médecins de garde qui banalisent l'événement.
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Le deuil périnatal et la nécessité d'en parler
Sandra Lorenzo, qui a vu sa grossesse s'arrêter avant la 14e semaine d'aménorrhée, souligne que les fausses couches sont des drames silencieux, des douleurs vécues dans l'ombre. Elle s'insurge contre le fait que les médecins ne proposent pas toujours d'arrêt maladie après cet événement pourtant traumatisant, et qu'il est difficile pour les femmes d'en demander un.
Elle déplore également le manque d'informations et d'explications dans le parcours de soin après une grossesse arrêtée. Elle a simplement reçu une réponse laconique à ses questions sur ce qui adviendrait après : « Tout va bien se passer, ne vous inquiétez pas madame. Ce sera comme de grosses règles ».
Sandra Lorenzo souligne que, malgré l'écoute dont elle a pu bénéficier, c'est un processus qu'on vit seule. Elle explique que son compagnon a rebondi beaucoup plus rapidement après la fausse couche et a tout de suite eu besoin de se projeter sur l'après, ce qui a renforcé son sentiment de solitude.
Elle constate que tout le monde sait ce que ça veut dire une fausse couche, tout le monde a conscience de ce risque, et personne ne sait ce qu'il faut faire quand ça s'arrête. Elle estime qu'il faut pouvoir en parler, car ce silence s'explique beaucoup par la gêne que les gens peuvent ressentir.
Les conséquences psychologiques à long terme
Une étude prospective réalisée auprès de 650 femmes par l'Imperial College de Londres, et publiée en 2019 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology, a révélé que près d'une personne sur trois ayant vécu une fausse couche précoce se trouvait dans un état de stress post-traumatique pouvant perdurer, pour une femme sur six, jusqu'à neuf mois. Des symptômes d'anxiété modérée à sévère étaient par ailleurs rencontrés par 25 % des personnes interrogées et perduraient après neuf mois chez 17 % d'entre elles.
Ces chiffres viennent rappeler la nécessité d'améliorer la prise en charge, notamment sur le plan psychologique, des couples qui traversent cette épreuve. Sandra Lorenzo évoque le cas de la Nouvelle-Zélande, qui a instauré un congé spécial de trois jours pour les couples ayant vécu une fausse couche.
Conseils et recommandations
Face à une fausse couche, il est essentiel de :
- S'informer sur les différentes options de traitement et les risques associés.
- Ne pas hésiter à demander un arrêt de travail pour se reposer physiquement et émotionnellement.
- Parler de son expérience à ses proches, à un thérapeute ou à un groupe de soutien.
- Être patient avec soi-même et se donner le temps de faire son deuil.
- Ne pas hésiter à consulter un professionnel de santé en cas de symptômes persistants de stress post-traumatique, d'anxiété ou de dépression.
- Vérifier le retour des règles après une aspiration ou un curetage et consulter en cas d'absence.
- S'écouter et faire confiance à son intuition.
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