L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), communément appelée avortement, est un droit fondamental pour les femmes en France. Cet article vise à informer sur les aspects légaux, les différentes méthodes d'IVG, les risques associés et les mesures de prévention.
Introduction
L'IVG est un recours pour une femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse. En France, ce droit est inscrit dans la Constitution depuis le 8 mars 2024. Il est essentiel de comprendre les différentes facettes de cette procédure, qu'il s'agisse des délais légaux, des méthodes disponibles ou des aspects psychologiques.
Cadre légal de l'IVG en France
L'avortement a été autorisé en France par la loi Veil n° 75-17 du 17 janvier 1975. Cette loi, initialement provisoire pour cinq ans, a donné aux femmes la liberté de choisir l'issue de leur grossesse jusqu'à la dixième semaine, dans des conditions sanitaires sécurisées. Avant cette loi, les complications liées aux avortements clandestins causaient le décès d'une femme par jour en France.
Le 8 mars 2024, le droit à l'avortement a été inscrit dans la Constitution française, renforçant ainsi ce droit fondamental.
Évolution législative
- 1972 : Le procès de Bobigny, défendu par Gisèle Halimi, marque une étape vers la dépénalisation de l'avortement.
- 1973 : Le manifeste des 331 médecins, publié par Le Monde, déclare pratiquer ou encourager l'avortement.
- 1973-1975 : Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) diffuse la méthode de Karman.
- 2001 : La loi du 4 juillet autorise l'IVG médicamenteuse à domicile jusqu'à 7 semaines de grossesse.
- 2016 : Suppression du délai minimal de réflexion entre les temps d'information et de consentement.
- 2022 : La loi du 3 mars allonge le délai légal de l'IVG de 14 à 16 semaines d'aménorrhée. Suppression du délai minimal entre l'entretien psychosocial et la réalisation de l'IVG, y compris pour les mineures.
Les différentes méthodes d'IVG
Il existe deux principales méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale (instrumentale). Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse et des préférences de la femme.
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IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est possible jusqu'à la fin de la 9e semaine d'aménorrhée (SA). Elle consiste en l'administration de deux médicaments :
- Mifépristone : Un antiprogestérone qui bloque l'action de la progestérone, interrompant la grossesse et favorisant les contractions utérines.
- Misoprostol : Un analogue de prostaglandine qui augmente les contractions utérines et provoque l'arrêt de la grossesse.
La séquence médicamenteuse diffère selon le terme de la grossesse : avant 7 SA et entre 7 et 9 SA. L'administration concomitante d'antalgiques de niveau 1 ou 2 permet d'anticiper la survenue et l'intensité des douleurs liées à la contraction utérine et à l'expulsion.
L'IVG médicamenteuse peut être réalisée :
- En établissement de santé (public ou privé)
- En cabinet libéral
- En centre de santé sexuelle
- En centre de santé
- À domicile (sous certaines conditions)
Pour pratiquer l'IVG médicamenteuse hors établissement de santé, un médecin ou une sage-femme doit avoir passé une convention avec un établissement de santé autorisé et justifier d'une expérience professionnelle adaptée.
IVG chirurgicale (instrumentale)
L'IVG chirurgicale est autorisée jusqu'à la fin de la 16e semaine d'aménorrhée (SA). Elle consiste à obtenir une vacuité utérine au moyen d'une aspiration (électrique ou manuelle) endo-utérine après dilatation du col utérin et introduction d'une curette d'aspiration.
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La pratique de la dilatation-extraction entre 14 et 16 SA repose sur la littérature internationale et les pratiques des pays limitrophes. Une prémédication est fréquemment utilisée avec des antalgiques de niveau 1 ou 2 plus ou moins associés à un anxiolytique.
Déroulement de l'IVG
Le déroulement de l'IVG doit respecter un cadre réglementaire précis. Il est donc important d'initier rapidement les démarches une fois la décision prise.
Première consultation
La première consultation est un temps d'information et d'orientation. Le médecin ou la sage-femme :
- Prend note de la volonté d'interrompre la grossesse.
- Répond à toutes les questions de la femme enceinte.
- Remet un guide sur l'IVG et une attestation de consultation médicale.
- Informe des risques et des effets indésirables de l'IVG.
- Précise l'âge gestationnel par l'interrogatoire, l'examen clinique et l'échographie pelvienne.
- Propose systématiquement un entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures).
- Prescrit un groupe Rhésus en l'absence de carte de groupe.
Deuxième consultation
La deuxième consultation est un temps de confirmation et de choix de la méthode. La femme enceinte :
- Confirme par écrit son souhait d'avorter (consentement).
- Choisit la méthode d'avortement et le lieu de l'IVG, en fonction du terme de la grossesse et de sa volonté.
- Se voit proposer le dépistage des IST et la vérification du statut du frottis cervico-vaginal.
- Aborde la contraception future, avec possibilité de prescription anticipée.
Troisième consultation (IVG médicamenteuse à domicile)
Si l'IVG médicamenteuse est réalisée à domicile, une troisième consultation est nécessaire pour :
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- S'assurer de la compréhension des conditions de réalisation de l'IVG à domicile.
- Vérifier la distance domicile - centre hospitalier référent (maximum 1 heure).
- Expliquer la conduite à tenir en cas d'effets indésirables.
- Remettre une fiche de liaison avec les éléments essentiels.
- Prescrire des antalgiques et la contraception.
- Délivrer le misoprostol si prise à domicile.
Prise en charge et accès à l'IVG
L'interruption volontaire de grossesse est prise en charge à 100 % par l'Assurance maladie pour tous les actes afférents. Toute femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation, ou de téléconsultation, dans les 5 jours suivant son appel.
L'IVG est accessible à quiconque, quel que soit son âge. Les mineures doivent être accompagnées par la personne majeure de leur choix, et l'accord parental n'est pas nécessaire. L'IVG est totalement gratuit pour les mineures.
Rôle des professionnels de santé
Les médecins généralistes et les sages-femmes jouent un rôle crucial dans l'accès à l'IVG. Ils peuvent :
- Réaliser la consultation d'information.
- Pratiquer l'IVG médicamenteuse (sous convention avec un établissement de santé).
- Orienter vers un praticien ou une structure pratiquant l'IVG.
Il est obligatoire de communiquer le nom d'un praticien ou d'une structure pratiquant l'IVG à la personne demandeuse. Un médecin ou une sage-femme peut faire valoir sa clause de conscience, mais doit en informer la femme au plus vite pour ne pas retarder sa démarche.
Risques et complications
L'avortement comporte des risques de complications très faibles dans les pays où la loi l'autorise.
Complications physiques
- Lésions cervicales : La plupart du temps sans conséquence ou résolues par une simple suture hémostatique.
- Perforation utérine : Rare, surtout avec une grande expérience. Le geste aspiratif doit être immédiatement arrêté et confirmé par un échoguidage.
- Syndrome du 3e-5e jour : Réaction fébrile brève, douleurs pelviennes et expulsion de caillots sanguins, cédant spontanément avec des antalgiques.
- Rétention trophoblastique : Métrorragies plus ou moins associées à des douleurs pelviennes, sans fièvre en l'absence de complication infectieuse.
- Risque hémorragique : Supérieur avec l'IVG médicamenteuse, nécessitant une consultation en urgence en cas d'hémorragie.
- Rétention partielle ou complète : Plus fréquente avec l'IVG médicamenteuse, justifiant la consultation de suivi.
Complications psychologiques
Les complications psychologiques sont rares. Une minorité de femmes présente une tristesse, des regrets et un sentiment de culpabilité. Un entretien psychosocial est systématiquement proposé avant et après l'IVG, et est obligatoire pour les mineures.
Suivi post-IVG
Une consultation de suivi est prévue entre le 14e et le 21e jour post-IVG pour :
- Contrôler l'efficacité de la méthode par examen clinique et dosage de β-hCG plasmatique ou échographie pelvienne.
- Discuter de la contraception.
- Proposer un accompagnement psychologique si nécessaire.
La contraception post-IVG est abordée au cours des consultations préalables et peut être commencée dès le jour du geste. Si le choix de la femme est celui d'un dispositif intra-utérin ou d'un implant sous-cutané, ceux-ci peuvent être posés le jour-même en fin d'intervention.
Prévention des IVG
La prévention des IVG passe par une information exhaustive sur la contraception, visant à permettre aux femmes de choisir la contraception la plus adaptée à leurs besoins du moment. L'ensemble des contraceptions est accessible aux femmes, quels que soient leur âge et leur parité, sous réserve de contre-indications médicales.
L'analyse des circonstances de survenue d'une grossesse non prévue est l'occasion, au cours de la prise en soin d'une demande d'IVG, de permettre à la femme de choisir la contraception ultérieure la mieux adaptée à cette période de sa vie sexuelle.
Groupe Rhésus négatif et IVG
L'IVG médicamenteuse peut démarrer avant même que le groupe Rhésus soit connu. La prescription de celui-ci et des immunoglobulines en cas de négativité du Rhésus suffit, leur réalisation revient à la femme dans un deuxième temps et avant soixante-douze heures après le début du saignement. Une injection de gamma-globulines anti-D sera effectuée chez les femmes dont le groupe sanguin est Rhésus négatif, afin d’éviter des complications lors d’une future grossesse.
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