Les crises clastiques, manifestations de colère violente et destructrice, représentent un défi majeur en pédopsychiatrie. Elles mènent fréquemment à des hospitalisations en urgence et peuvent engendrer des troubles scolaires et des difficultés d’insertion sociale, tout en posant un risque pour la personne et son entourage. Comprendre ces crises est essentiel pour une prise en charge adaptée et une prévention efficace.
Définition et Manifestations des Crises Clastiques
La crise clastique se définit comme un épisode de colère intense et incontrôlable, caractérisé par la destruction d'objets ou de matériel, sans but précis. Ces crises s'accompagnent d'une grande agitation et d'agressivité, pouvant mettre en danger la personne elle-même et son entourage.
Selon les Journées d’urgence pédiatrique du Sud-Ouest (JUPSO), les crises clastiques représentent un motif significatif d'hospitalisation en urgence en psychiatrie. On les observe particulièrement chez les enfants atteints de troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Chez ces enfants, une crise peut être déclenchée par un ordre, une règle, une demande des adultes, ou par le comportement d’autres enfants (humiliation, injustice, disqualification, séparation).
Les crises clastiques peuvent également survenir chez l’adolescent et l’adulte, résultant alors d’un sevrage, d’une intoxication, d’un état confusionnel aigu, d’une pathologie organique, ou chez un patient avec un diagnostic psychiatrique.
Symptômes Cliniques des Crises Clastiques
La crise clastique se manifeste par divers symptômes cliniques, intervenant souvent dans un contexte d’opposition, d’intolérance à la frustration, ou de modification de l’environnement ou du rythme habituel.
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Symptômes Moteurs
- Grande agitation
- Déambulations incessantes
- Incapacité à tenir en place ou à soutenir l’attention
- Mouvements brusques et agressifs
Symptômes Verbaux
- Élévation de la voix
- Fureur irrépressible
- Cris
- Tendance à la logorrhée sans écoute de l’autre
Ces symptômes s'accompagnent souvent de destruction d’objets ou de matériel. La personne peut également présenter de la tachycardie, des tremblements, des sueurs, de la dyspnée, parfois des paresthésies, une oppression au niveau du thorax, et une perte complète de contrôle d’elle-même.
Causes des Crises Clastiques
Les causes des crises clastiques sont variées, allant des causes médicales non psychiatriques aux causes psychiatriques.
Causes Médicales Non Psychiatriques
- Traumatisme crânien
- Encéphalite
- Accident vasculaire cérébral
- État éthylique
- Hypertension intracrânienne
- Tumeur cérébrale
- Crise d’épilepsie
- Délire consécutif à un problème de santé physique et non psychiatrique (fièvre très élevée, septicémie, typhoïde…)
- Delirium tremens dû à un sevrage alcoolique brutal
- Toxicomanie
- Méningite
- Hémorragie neuroméningée
- Intoxications (au plomb, au dioxyde de carbone, aux amphétamines)
Causes Psychiatriques
- Bouffées délirantes (altération de la conscience et hallucinations auditives)
- Schizophrénie
- Hystérie
- Trouble autistique
- Attaque de panique
- Psychopathie
Causes Médicamenteuses
- Certains psychotropes (antidépresseurs, benzodiazépines…)
- Certains corticoïdes
Quand Consulter ?
Il est crucial de consulter un médecin ou le service des urgences dès la première crise clastique. Les origines peuvent être diverses et révéler une urgence médicale avec pronostic vital engagé (AVC, tumeur cérébrale, septicémie, encéphalite, delirium tremens…), surtout si la personne n’a pas d’antécédents psychopathologiques identifiés. De plus, la crise clastique peut être dangereuse pour la personne (risque suicidaire) et son entourage (risque d’agression physique). Une prise en charge médicale ou psychiatrique précoce est essentielle pour éviter les complications. La crise clastique est une urgence médicale absolue.
Examens et Diagnostic
En cas de crise clastique, le centre psychiatrique universitaire de Fès préconise un protocole spécifique :
- Entretien avec le Patient : Isoler le patient de son entourage et engager le dialogue pour désamorcer son agressivité, tout en se montrant ferme et en posant des limites.
- Entretien avec l'Entourage : Déterminer le contexte de la crise et identifier l’élément déclencheur (problème psychiatrique, traumatisme, alcoolémie, intoxication volontaire ou non, pathologie organique, etc.).
- Examen des Symptômes Physiques : Évaluer les symptômes ressentis physiquement.
- Bilan Psychiatrique :
- Évaluer l’intensité de la crise, sa récurrence et la qualité de contact avec le patient.
- Vérifier l’état de conscience et l’existence éventuelle d’hallucinations ou de délires.
- Observer l’altération de l’humeur, de l’attention ou de l’affectivité.
- Déterminer s’il y a un problème de désorientation dans l’espace ou dans le temps.
Des examens complémentaires peuvent inclure un bilan sanguin (recherche d’alcoolémie, de substances médicamenteuses, ionogramme, calcémie, bilan hépatique), un électrocardiogramme, un électroencéphalogramme, une ponction lombaire ou un scanner cérébral selon les cas.
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Traitements des Crises Clastiques
Les traitements de la crise clastique chez l’adolescent ou chez l’adulte dépendent de la cause identifiée lors de la consultation.
Retour au Calme (Traitement Non Pharmacologique)
Le médecin s’efforce de tisser une relation avec le patient, en gardant une certaine distance pour se protéger d’éventuels débordements, et en ayant la porte de son cabinet de consultation ouverte. Il se présente, rassure la personne, et la met à distance de l’élément déclencheur de sa crise clastique si ce dernier est identifié. L'instauration d'un climat de confiance vise à ramener la personne dans la réalité. Proposer une boisson comme un verre d’eau peut y participer.
Si cet échange ne parvient pas à calmer la personne, et que la crise de colère demeure violente, il faut alors recourir à la contention physique, après administration d’un sédatif. Une hospitalisation sur demande d’un tiers ou une hospitalisation d’office peuvent être nécessaires.
Traitement Pharmacologique
- Origine Psychiatrique : La Haute Autorité de santé préconise la prescription de médicaments de type thymorégulateurs, benzodiazépines (Valium, Temesta, Tranxène…), antipsychotiques ou neuroleptiques (Haldol, Nozinan, Largactil, Risperdal…), voire un antidépresseur ou du lithium dans certains cas.
- Origine Organique : Les traitements médicamenteux dépendent de la pathologie identifiée.
Une hospitalisation peut être nécessaire en service de psychiatrie, en raison d’un risque suicidaire ou d’un risque d’agression d’autrui, d’un système familial débordé, ou d’une absence de solution de la part des services sociaux. Les facteurs en faveur d’une hospitalisation consécutive à une crise clastique chez un enfant ou un adolescent incluent une autorité parentale attribuée à un seul patient, une séparation des parents, une domiciliation en dehors du domicile parental, une déscolarisation, ou des antécédents d’hospitalisation en psychiatrie.
Prévention des Crises Clastiques
Les facteurs potentiellement à l’origine d’une crise clastique sont nombreux et variés. Il n’existe donc pas de moyen véritablement imparable d’éviter une crise clastique chez l’adolescent ou chez l’adulte.
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Prévention des Causes Non Psychiatriques
- Adopter un mode de vie sain :
- Pas d’alcool ni d’usage de stupéfiants
- Alimentation équilibrée (riche en fruits et légumes, pauvre en graisses saturées)
- Lutte contre le surpoids et l’obésité
- Pratique d'une activité physique régulière compatible avec l’état de santé général de la personne, de l’ordre de 30 minutes par jour
Prévention des Causes Psychiatriques
Il n’existe pas de moyen de prévention, hormis, par suite d’un premier épisode de colère violent, une prise en charge médicale et un suivi régulier.
Gestion de la Crise
En cas de déclenchement d’une crise clastique, il est impératif d’essayer de désamorcer la crise, en maîtrisant ses propres réactions émotionnelles, en créant un espace calme et neutre, et en évitant les remarques désobligeantes, trop autoritaires ou négatives. Il faut amener la personne à s’exprimer ; et surtout éviter de s’emporter contre elle, de la menacer, de la culpabiliser, de lui faire du chantage, de l’insulter en réponse à ses propres insultes, ou encore d’exiger des excuses de sa part.
Troubles Comportementaux Associés
Les crises clastiques peuvent être associées à d'autres troubles du comportement, notamment :
- Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) : Caractérisé par des comportements opposants et provocateurs systématiques, perturbant l’équilibre familial et le fonctionnement de l’enfant.
- Trouble des Conduites (TC) : Impliquant des agressions envers des animaux ou des personnes, la destruction volontaire de biens matériels, la fraude ou le vol, et des violations graves de règles établies.
- Trouble Disruptif avec Dysrégulation Émotionnelle (TDDE) : Caractérisé par des crises de colère régulières et une humeur irritable.
Autres Troubles Anxieux
Les crises d’angoisse aiguës peuvent inclure des attaques de panique, qui se distinguent par des épisodes de peur soudaine et intense, accompagnés de symptômes somatiques, neurologiques, moteurs, vasomoteurs, psychiques et comportementaux. Lors d’une attaque de panique, les enfants peuvent ressentir des symptômes physiques et psychiques intenses, tels que des palpitations, des sueurs, des tremblements et une sensation de perte de contrôle. Le trouble panique se distingue non seulement par son intensité, mais aussi par le fait qu’il peut perturber considérablement les années de formation d’un enfant.
Signes Précurseurs d'une Attaque de Panique
- Palpitations cardiaques, transpiration et tremblements
- Comportements d’évitement
- Changements dans le rythme respiratoire
- Distorsions cognitives
- Perturbations du rythme de sommeil
- Sensibilité intéroceptive
- Sautes d’humeur extrêmes
Prise en Charge Thérapeutique
La prise en charge des troubles du comportement et des crises clastiques est pluridisciplinaire et peut inclure :
- Psychoéducation : Expliquer le trouble à l’enfant et à ses parents en des termes intelligibles.
- Programmes d’entraînement parental : Aider les parents à mieux comprendre le fonctionnement de leur enfant et à mettre en place des stratégies adaptées.
- Mesures éducatives : Aide éducative à domicile (AED) ou aide éducative en milieu ouvert (AEMO).
- Prise en charge scolaire : Mise en place d’un projet d’accueil individualisé (PAI) ou d’un projet personnel de réussite éducative (PPRE).
- Thérapies : Thérapie cognitivo-comportementale (TCC), remédiation cognitive.
- Médicaments : Utilisés en première intention en urgence au cours d’une crise clastique ou en deuxième intention après l’échec d’un traitement non pharmacologique bien mené.
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