Introduction

En mars 2009, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a publié un communiqué de presse alarmant prévoyant une chute de 9 % du volume des exportations mondiales pour l'année, une contraction sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Un an plus tard, l'OMC a annoncé un rebond spectaculaire, prévoyant une progression de 9,5 % du commerce mondial en 2010, une prévision qui sera ensuite révisée à la hausse, atteignant 13,5 %. Cet épisode d'effondrement du commerce mondial entre le troisième trimestre de 2008 et le premier trimestre de 2009 a soulevé des questions cruciales sur les causes de cette chute brutale. S'agissait-il uniquement des conséquences de la récession mondiale, ou existait-il des facteurs spécifiques en jeu ? Cette question est d'autant plus importante que les négociations du Programme de Doha pour le Développement sont au point mort, alors que la conclusion de ce cycle de libéralisation des échanges internationaux est présentée comme un moyen de relancer la croissance économique.

Les Faits Saillants de la Contraction du Commerce International

Depuis 1950, les exportations mondiales de marchandises en valeur ont connu une forte croissance, dépassant largement celle du PIB mondial, mais avec des fluctuations liées aux récessions. Entre 1981 et 2009, la chute de -22,9 % enregistrée en 2009 est particulièrement frappante, survenant après trois années de croissance régulière supérieure à 15 %.

La chute de 2008-2009 est donc un événement marquant, environ quatre fois plus importante que la plus forte contraction des 28 années précédentes. Cet effondrement a rapidement donné lieu à des analyses, notamment du CEPR, publiées dès mars 2009 sur le site Internet VoxEU.org. Richard Baldwin et Simon Evenett ont publié un ouvrage électronique à ce sujet. Ils y présentent des données sur l'évolution des exportations de 13 pays entre octobre et décembre 2009, montrant des variations mensuelles allant de -17 % (Mexique) à -41 % (Turquie), avec une diminution de 32 % pour la Chine, de 25 % pour la France et de 18 % pour l'Allemagne. Ils concluent à un « effondrement soudain, sévère et synchronisé du commerce ».

L'analyse des données trimestrielles des importations de biens et services entre 1965 et 2009 montre plus clairement l'impact des différentes crises (choc pétrolier de 1974-1975, récession de 1982-1983, crise de l'Internet en 2001-2002) sur le commerce mondial, avec une diminution des échanges pendant au moins trois semestres, mais avec un effet beaucoup plus marqué en 2008. Les statistiques disponibles en novembre 2009 indiquent la généralité du phénomène, pour les deux derniers trimestres de 2008 et les deux premiers de 2009, pour les nations (les 104 membres de l'OMC pour lesquels des données sont disponibles) et pour tous les produits (au moins au premier trimestre 2009).

Les Explications de la Chute du Commerce Mondial

Les points marquants des évolutions du commerce mondial en 2008-2009 sont donc : l'importance de la chute des échanges et la simultanéité de l'impact sur l'ensemble des nations et des produits. La crise de 2008-2009 s'inscrit dans une modification de longue période des échanges internationaux, notamment dans leur rapport à l'activité économique générale. L'élasticité du commerce mondial par rapport au revenu mondial est passée de 1,94 dans les années 1960 à 3,36 dans les années 1990 et 3,69 pour les six premières années 2000. Cette tendance de long terme doit être prise en compte, mais elle ne peut, à elle seule, expliquer la brutalité de la chute de 2008-2009.

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L'OMC a avancé quatre facteurs explicatifs de l'originalité de l'effondrement des échanges internationaux :

  • La généralisation de la récession.
  • L'importance actuelle des chaînes mondiales d'approvisionnement.
  • Les difficultés de financement du commerce.
  • Le rôle éventuel du protectionnisme.

Ces facteurs sont présents dans les analyses des différents auteurs, mais d'autres explications sont également avancées, notamment la différence de composition des PIB et du commerce international.

La Dimension Financière de la Crise

La crise bancaire a eu deux effets distincts sur les entreprises exportatrices. Premièrement, les entreprises ont rencontré des difficultés pour financer leur activité de production, comme les autres entreprises. Deuxièmement, les opérations de commerce international supposent des instruments financiers spécialisés, comme les lettres de crédit. Le rationnement général du crédit a donc eu un effet direct sur les exportations.

Les lettres de crédit et autres instruments similaires financent environ 20 % du commerce mondial. Avec le déclenchement de la crise, les exportateurs ont cherché à sécuriser leurs paiements, ce qui a conduit à un recours accru à ces formes de financement. L'impact immédiat a été un ralentissement des exportations, avec des semaines de stockage avant expédition dans l'attente de la finalisation des termes du financement. Les banques ont augmenté la tarification des instruments de crédit et les taux de refus ont été plus importants qu'avant la crise.

Le credit crunch a donc joué un rôle dans la chute des exportations, non seulement pour ralentir des expéditions, dans un premier temps, mais aussi, dans un second temps, en rendant leur financement plus difficile. Les pays du G20 ont décidé de garantir un crédit de 250 milliards de dollars destiné à relancer le financement du commerce international. Les effets des restrictions du crédit ont cependant continué à être sensibles pour les opérateurs des pays à faibles revenus, en particulier en Afrique.

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La Composition des Échanges

La composition des échanges internationaux, envisagée sous deux aspects, est une autre explication de la crise. Tout d'abord, une divergence importante dans la répartition entre marchandises et services apparaît lorsque l'on compare la composition des échanges internationaux et celle des PIB. Par ailleurs, le commerce international contient une proportion importante de produits industriels durables dont l'achat peut être différé.

Le commerce mondial est composé pour environ 80 % de biens manufacturés comme les produits électroniques, le matériel de transport, les machines. Lors d'une crise générale de la demande, les consommateurs et les firmes peuvent renoncer à une décision d'achat ou du moins la reporter. Par contraste, les PIB nationaux sont composés de manière essentielle de services dont tous ne sont pas échangeables internationalement.

Les exportations mondiales sont composées à 80 % de biens dont l'achat peut être différé, alors que leur part dans le produit mondial n'est que de 10 %. Face au choc de demande et à l'incertitude qui en résulte, si les achats de biens dont la consommation peut être différée diminuent de moitié, alors que le produit mondial n'a diminué que de 5 %, les exportations mondiales ont chuté de 40 %. Les effets découlant de la composition du commerce extérieur seraient responsables d'au moins 50 % de la baisse des exportations américaines.

La Spécialisation Verticale

La spécialisation verticale, une forme particulière de spécialisation internationale, s'est fortement développée depuis une quarantaine d'années.

Cette forme de spécialisation est en partie liée aux firmes multinationales et à la création des « filiales ateliers », mais aussi aux stratégies d'externalisation des entreprises qui ne passent pas nécessairement par l'établissement de filiales de production à l'étranger. Nous sommes alors en présence d'une Division Internationale des Processus Productifs, qui a progressivement fait l'objet de recherches et d'évaluations dans le contexte de la spécialisation internationale verticale, terme qui englobe toutes les formes particulières de localisation dans différents pays de la chaîne de production.

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Entre 1970 et 1990, la spécialisation verticale représente 21 % des exportations et ces exportations ont crû de 30 % sur cette période. La place des exportations liées à la spécialisation verticale a plus que doublé entre 1967 et 2005, passant d'environ 3 % des importations mondiales de marchandises, hors énergie, à 6,5 %, essentiellement au bénéfice de l'Asie.

La comptabilisation des exportations et des importations ne se fait pas en valeur ajoutée mais en grandeurs brutes, ce qui contribue à amplifier artificiellement l'impact des variations de la demande finale. Selon l'OMC, « la contraction ou l'expansion du commerce n'est plus seulement une question de variation des flux commerciaux entre un pays producteur et un pays consommateur-les marchandises traversent de nombreuses frontières durant le processus de production, et les composantes du produit final sont décomptées à chaque fois qu'elles traversent une frontière ».

Le rôle de cette nouvelle forme de spécialisation dans l'amplification de la chute des exportations lors d'une récession est évident.

Le Protectionnisme

Le protectionnisme est le quatrième candidat à l'explication de la chute du commerce international. Une originalité de la crise de 2008-2009 est la préoccupation affirmée, notamment lors des réunions du G20, d'éviter le recours au protectionnisme.

Le paragraphe 13 du communiqué final de la réunion du G20 le 15 novembre 2008 à Washington contient l'engagement des nations concernées à s'abstenir, pendant 12 mois, d'instaurer de nouvelles barrières au commerce ou à l'investissement, d'imposer de nouvelles restrictions aux exportations ou de mettre en œuvre des mesures incompatibles avec les règles de l'OMC pour stimuler les exportations. Le communiqué du 2 avril 2009 concluant la réunion de Londres fait référence à la contraction du commerce mondial et considère que les effets de la chute de la demande sont exacerbés par la diminution du crédit commercial et les pressions protectionnistes. Il reprend une formulation identique à celle de novembre.

Les Conséquences et les Transformations du Commerce International

Au regard de l’histoire moderne du commerce mondial, la période actuelle constitue une rupture majeure, car ce ne sont pas uniquement les avantages du libre-échange, qui sont remis en cause, mais également l’ordre économique international libéral et l’ordre politique mondial.

La théorie orthodoxe du commerce international nous dit que les principaux avantages de l’échange commercial international sont la spécialisation et les gains en efficacité et productivité qui devraient produire des relations économiques harmonieuses au niveau international. Les rivalités commerciales exacerbées par la montée en puissance de l’Asie, le recul du système multilatéral face à la prolifération des accords bilatéraux et régionaux, ainsi que les enjeux sociétaux complexes liés à l’émergence de chaînes de valeur mondiales, qui restructurent les flux commerciaux et d’investissements internationaux, sont au nombre des changements qui font de la période contemporaine un tournant dans l’histoire du commerce international.

Les Avatars du Commerce : Du Libéralisme au Nationalisme

D’Adam Smith à Paul Krugman, en passant par James Mill et David Ricardo, de nombreux économistes libéraux ont fait valoir les bienfaits du libre-échange et des forces du marché, fonctionnant tels une « main invisible » créatrice d’un ordre économique fondé sur une division du travail liant spécialisation internationale et progrès économique. Adam Smith (1723-1790) critiquait le mercantilisme et le pouvoir des monopoles pour faire valoir l’idée que le libéralisme économique serait bénéfique tant pour les nations que pour les entreprises. Tous les pays tirent profit de l’échange en se spécialisant. La concurrence serait préférable à la réglementation et aux interventions économiques des nations.

En toile de fond de cette réflexion d’Adam Smith affirmant les bienfaits du libéralisme, l’économie internationale subissait deux grandes transformations, la première étant l’ascension de l’Angleterre dans le système économique international et la deuxième la révolution industrielle qui sera le vecteur de transformations économiques et sociales qui, en conjonction avec des progrès rapides dans le domaine du transport, agissaient comme des vecteurs d’émergence de nouvelles routes du commerce et de reconfiguration de la géoéconomie internationale. Ces transformations impliquaient des changements dans les structures économiques et sociales dont les résultantes sont au cœur des fondements de nos sociétés actuelles et fortement ancrées dans nos institutions politiques libérales.

Mais en réalité, l’histoire économique en général, et en particulier au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, est moins marquée par le libéralisme économique que par le nationalisme et l’impérialisme. Que ce soit pour affirmer un protectionnisme visant à développer les forces productives nationales ou pour rompre avec le capitalisme, les interventions économiques se multiplient. Ce fut particulièrement le cas dans les années 1920 et 1930. La multiplication des cartels d’exportations de l’Allemagne et de plusieurs autres pays, les obstacles aux frontières, ainsi que les dévaluations monétaires ont été autant de restrictions au commerce alimentant les disputes et les représailles.

Dans l’histoire économique, on constate plusieurs périodes de surenchère d’interventions nationales qui déboucheront sur des guerres, dont deux seront mondiales, et la division est-ouest qui séparera durant près d’un siècle deux systèmes opposés : le système communiste préférant les échanges organisés et planifiés, et l’autre, le système capitaliste, fondé sur les forces du marché et la liberté économique.

Si le doux commerce devait être porteur de paix, il a fallu, paradoxalement, deux grandes guerres mondiales pour découvrir l’importance d’encadrer les relations économiques internationales et de les baser sur des principes et des valeurs communes. Dans un contexte de désintégration internationale et de conflits mondiaux issus des expériences nationalistes exacerbées sur les plans économiques et politiques, le libéralisme économique était loin de s’imposer « naturellement » et si, théoriquement, on acceptait l’idée que le commerce peut être bénéfique pour tous, sans règles ce sont plutôt les rivalités et l’insécurité qui s’installent. L’ordre libéral devait être institué et consolidé, car sans règles, le commerce demeurait un jeu à somme nulle.

La Création d’un Système Commercial Multilatéral sous Hégémonie Américaine

Au début du XXe siècle, on voit poindre un débat sur l’importance de créer un système commercial, fondé sur des règles et des traités internationaux, afin de pacifier les relations internationales. Des unions douanières et administratives se constituent, et un courant cosmopolite visant à dépasser l’idéal des nations fait son apparition. La première véritable expérimentation de coopération internationale surgira avec la Société des Nations créée à la suite de la signature du Traité de Versailles de 1919. Elle fut l’objet de fortes critiques, dont celles de John Maynard Keynes, pour qui les termes de la paix de Versailles étaient désastreux pour l’Allemagne et minaient ainsi la reprise économique internationale. L’histoire lui a donné raison. La crise économique des années 1930 allait engendrer des rivalités politiques que la SDN ne pourra pas résoudre, faute d’avoir perçu l’importance de la coopération économique internationale comme vecteur de paix et de sécurité.

Avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’existait pas de règles internationales de droit permettant de stabiliser les relations économiques et de les sécuriser. Sans institutions fortes et stables, les nations détenaient toutes les marges de manœuvre requises en matière de politiques commerciales et, face aux effets déstabilisants des fluctuations monétaires, elles avaient souvent recours à des mesures protectionnistes.

Cette situation change à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, avec l’émergence de principes et de mécanismes de coopération économique internationale sur les questions liées au commerce, à la stabilité du système monétaire international et au financement du développement économique dans une perspective de solidarité internationale. La libéralisation commerciale devra dorénavant reposer sur la règle de droit et se placer dans un environnement stable et sécuritaire. De grandes institutions économiques multilatérales vont émerger afin de permettre le développement et la consolidation d’un ordre économique international libéral.

Les États-Unis ont contribué à créer des institutions économiques internationales servant à pacifier et à désarmer les nations sur le plan économique. Ces institutions ont fourni des mécanismes de résolution des différends et des instruments de coopération visant à assurer les piliers de la sécurité économique collective. L’internationalisme libéral et un ordre économique international pragmatique se sont imposés sous l’impulsion de l’hégémonie « bienveillante » des États-Unis. Le triptyque Fonds monétaire international (FMI), Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et Banque mondiale (BM) fut le socle de cette coopération économique internationale.

Ces institutions et ces règles ont facilité la libéralisation progressive des échanges commerciaux en faisant tomber les obstacles tarifaires et quantitatifs entre 1947 et les années 1970. L’angle mort le plus important à apparaître dans les années 1950 et 1960 est évidemment relié à la question des inégalités dans l’échange. En effet, l’échange « libre » bute contre la structuration de l’échange par les acteurs dominants au sein des sociétés, et les niveaux de développement inégaux des forces productives. Les pays en développement ont réclamé des règles commerciales plus favorables à leur développement, des préférences sur le plan de traitement différencié, pour rétablir les termes de l’échange et instaurer un nouvel ordre économique international. De nos jours, cet agenda demeure présent pour de nombreux pays, malgré l’émergence du Japon, des tigres asiatiques et, plus récemment, de puissances économiques comme la Chine, qui se proclame championne du libre-échange tout en conservant un strict contrôle étatique de sa stratégie commerciale.

Les Transformations Profondes à Partir des Années 1970

Trois transformations profondes ont eu un effet prégnant sur le système économique international à partir des années 1970. Le premier changement est lié à la chute du système de Bretton Woods, alors que les principaux échanges monétaires internationaux ne sont dorénavant plus fondés sur le maintien de taux des changes fixes et prévisibles, en conséquence de la décision des États-Unis de laisser flotter sa devise, tournant ainsi le dos à sa convertibilité en or. L’objectif de stabilité et le principe de solidarité céderont la place à l’objectif de compétitivité et au principe de libre concurrence sur les marchés monétaires. Cette décision se répercutera sur l’ensemble des secteurs de la vie économique.

Le deuxième changement est l’élargissement du champ des règles commerciales aux obstacles non tarifaires avec, en premier lieu, une ouverture à la réglementation des mesures antidumping et des subventions, pour ensuite s’engager à légiférer sur des enjeux aussi variés que les droits de propriété intellectuelle, les normes et standards, les mesures affectant les investissements, parmi plusieurs autres.

La mondialisation constitue la troisième et plus profonde mutation du système économique mondial. Elle s’enracine dès les années 1960 et 1970 pour projeter les firmes multinationales au premier plan et en faire aujourd’hui des vecteurs structurants des flux du commerce et de l’investissement. Les principaux échanges ne s’effectuent pas tant entre États qu’entre grandes firmes de dimension mondiale. Ces dernières organisent non seulement le commerce, mais aussi la production sur la base de chaînes de valeur globales intégrant des composantes (biens et services) qui mettent en réseaux les pays et structurent leurs relations économiques. Ces grandes entreprises détiennent d’ailleurs un ascendant considérable qui les positionne sur les marchés en tant que puissance monopolistique.

Les Transformations du Commerce dans les Années 1990 et Après

Dans les années 1990, le monde du commerce est marqué par l’émergence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en tant qu’institution multilatérale régissant le système commercial avec des règles ambitieuses. Elle apparaît d’ailleurs dans un contexte où le système soviétique est en ruine et où les pays en développement suivent les trajectoires de la libéralisation économique. Le commerce et le système multilatéral semblent s’être solidement enracinés. Mais si l’OMC innovait à plusieurs points de vue, notamment avec un règlement des différends entre les Parties, elle apparaît aussi comme une organisation qui est rapidement sclérosée par une contestation croissante de ses socles fondamentaux et par une mondialisation débridée qui fait fi des règles environnementales et sociales planétaires.

De nos jours, la mondialisation et les défis de régulation des interconnexions politiques dans un contexte de rivalité multipolaire et de transformations structurelles liées aux changements technologiques et leurs impacts sur les flux de commerce et d’investissements internationaux sont des questions nouvelles qui restent sans réponses collectives. Les chaînes de production et d’approvisionnement traversent les frontières, alors qu’avec le développement du commerce électronique, la production se dématérialise et se déterritorialise.

Simultanément, de grands partenariats transrégionaux d’une ampleur inédite prennent forme. La dynamique d’interconnexion des économies permet de comprendre, sur le plan commercial, l’importance nouvelle des partenariats qui se négocient à la grandeur de la planète, mettant en exergue les modèles traditionnels d’intégration transatlantiques, avec le basculement vers l’Asie en corollaire, alors qu’émerge une nouvelle dynamique, soit celle de l’interrégionalisme. Les pays émergents, notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), mais également des pays d’Afrique, se positionnent face à ces reconfigurations économiques, juridiques et politiques mondiales. De son côté, la Chine soutient le développement d’un Partenariat économique régional global (RCEP) qui regroupe les dix pays de l’ASEAN et six pays d’Asie-Pacifique. Quant à la Russie, elle cherche à consolider son influence au sein de l’Union économique eurasiatique et à coordonner ses actions avec la Chine.

Les accords commerciaux et de partenariats sont de véritables plaques tectoniques dans la gouvernance mondiale, qui semble de plus en plus s’éloigner du multilatéralisme, avec tous les risques de fragmentation et de conflits que cela comporte. Dans la foulée de ces partenariats, il ne s’agit pas tant de faciliter les échanges, mais d’assurer une fluidité internationale et une interopérabilité technique et normative des systèmes de production. On assiste à l’approfondissement de la mondialisation à travers la mise en interaction des espaces économiques, juridiques, sociaux et politiques, afin de les rendre interopérables. Paradoxalement, le système commercial multilatéral semble être en panne et ne peut proposer des solutions à ces nouveaux défis.

Si les défis de coopération sont de taille, les incertitudes et les risques de désintégration de l’économie mondiale sont très réels. Cela accroît la rivalité entre les espaces nationaux ou régionaux qui cherchent à tirer leur épingle du jeu, tout en ayant perdu d’importants leviers de régulation économique. Les risques de concurrence entre les régions du monde sont alors exacerbés par les fracturations découlant de la concurrence entre les systèmes économiques et les systèmes politiques.

Qui Perd Gagne ? Les Enjeux Actuels du Commerce International

Lorsque le multilatéralisme et l’OMC sont bafoués, et que le nationalisme économique refait surface, tout est à craindre. Le commerce international est vecteur d’intégration et facteur de paix, mais il peut également devenir une force de désintégration et de rivalités. Les échanges commerciaux internationaux permettent-ils à chacun de croître et de se développer, de maximiser ses gains ? Difficile d’y répondre, surtout dans le contexte de l’explosion du commerce électronique et d’une économie mondiale organisée sur la base de chaînes de valeur globales. Cette préoccupation concernant les bénéfices de l’échange international a toujours été centrale, mais avec les politiques protectionnistes, nous revenons à un jeu à somme nulle qui rompt avec les institutions et qui reste sans réponses sur d’importantes questions que soulèvent les nouveaux enjeux commerciaux.

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