Introduction
L'avortement est une question complexe et sensible, entourée de débats éthiques, religieux et juridiques. Les lois relatives à l'avortement varient considérablement d'un pays à l'autre, reflétant des différences culturelles, religieuses et politiques. Cet article examine la situation de l'avortement illégal aux Émirats arabes unis (EAU), en tenant compte des réglementations récentes, des perspectives islamiques et des tendances mondiales en matière de droits reproductifs.
Nouvelles Réglementations aux Émirats Arabes Unis
Les Émirats arabes unis ont récemment dévoilé de nouvelles réglementations concernant les procédures d'avortement autorisées dans le pays. Selon ces nouvelles règles, les demandes d'avortement seront examinées par un comité spécial composé de trois médecins émiriens. Ce comité comprendra un gynécologue-obstétricien, un psychiatre et un représentant du ministère public.
L'avortement sera autorisé dans les cas où la vie de la femme est en danger en raison de la poursuite de la grossesse, et lorsqu'aucune autre alternative n'est envisageable pour la sauver. Les nouvelles directives établissent également d'autres critères pour les avortements légaux, limitant la période de gestation à 120 jours. Il est spécifié que les avortements doivent être effectués dans des établissements de santé autorisés par les autorités compétentes. En outre, les autorités prévoient d'élaborer des politiques détaillées décrivant les responsabilités des établissements de santé et du personnel médical dans ces situations.
Ces nouvelles règles en matière d'avortement reflètent une approche plus précise et réglementée de la question dans les Émirats.
Perspectives Islamiques sur l'Avortement
Dans les pays à majorité musulmane, l'avortement est un sujet controversé, notamment au regard de la loi islamique. En général, les autorités religieuses musulmanes considèrent que l'avortement interfère avec la volonté d'Allah (Dieu) qui, seul, a droit de vie et de mort. Cependant, les différents courants de l'islam n'ont pas tous le même point de vue sur la question.
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Dans le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, et qui faisait loi sous l'Empire ottoman, l'avortement est évoqué sous les termes ıskât-ı cenîn, qui peuvent se traduire par « expulsion du fœtus ». Le hanafisme considère ıskât-ı cenîn comme mekrouh (indésirable, non souhaitable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, étant donné que jusqu'alors le fœtus n'a pas d'âme. Pourtant, même considérée comme mekrouh, la décision de mettre un terme à la grossesse est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit ni un choix pour la femme.
D'autres courants islamiques expriment une opinion différente. Le chafiisme, qui domine en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Afrique, autorise les IVG jusqu'à 40 jours de grossesse et les avis divergent au sein même de ce mouvement quant au stade de développement du fœtus. Certains imams chafiistes tolèrent l'avortement jusqu'au 120e jour. Bien que le courant hanbaliste, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, n'ait pas d'opinion tranchée sur la question, certains chefs religieux autorisent également l'avortement jusqu'au quatrième mois. Enfin, le malikisme, qui prédomine en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l'avortement. En fait, tous les dogmes islamiques estiment qu'à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n'autorise l'avortement après cette date.
Évolution Historique des Lois sur l'Avortement dans le Monde Musulman
Dans nombre de pays à majorité musulmane, la jurisprudence islamique a influencé la législation relative à l'avortement. Toutefois, au fil du temps, de nouvelles préoccupations sociopolitiques ont émergé, et cette législation a été remaniée. Dans le cas de l'Empire ottoman, la relative « liberté de choix » offerte par le hanafisme a été contrecarrée par une nouvelle politique nataliste et moderniste à la fin du XVIIIe siècle.
Face au déclin de l'Empire, la modernisation et la croissance démographique étaient envisagées comme un remède propre à assurer sa stabilité militaire, économique et politique. Inspirés par l'Europe, les Ottomans aspiraient à des avancées similaires via un vaste programme de réformes et de lois.
En 1858, le Code pénal de l'Empire ottoman - rédigé d'après le Code pénal français de 1810 - est adopté. Il interdit et criminalise l'avortement, harmonisant la législation française et le dogme islamique. À partir de cette date, l'avortement est légalement déclaré haram dans tous les territoires sous domination ottomane. Néanmoins, dans la jurisprudence, il n'est envisagé que comme un phénomène social. Les poursuites intentées après l'entrée en vigueur de ce nouveau code illustrent bien cette vision des choses, puisque les accusés sont des médecins, des infirmiers, des pharmaciens, etc., plutôt que les femmes elles-mêmes.
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Suite à cette réforme, beaucoup d'ex-membres de l'Empire mettent en place des lois restrictives sur l'avortement. Cependant, lorsqu'on observe les pays à majorité musulmane, on constate que ces lois sont assez diverses, dans le sens où elles autorisent et interdisent l'avortement pour différentes raisons. Aujourd'hui, dans beaucoup de ces pays, il n'est souvent autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d'un acte criminel, comme un viol. Mais, même si ces principes permettent à quelques femmes d'y avoir recours, ils renforcent la supervision médicale et les procédures légales, et ne laissent aucune place aux avortements volontaires.
Les Conséquences de la Restriction de l'Accès à l'Avortement
Il est scientifiquement prouvé que restreindre l'accès à l'avortement ne fait pas disparaître cette pratique. Au contraire, elle devient clandestine et dangereuse. En utilisant des méthodes peu sûres pour mettre un terme à leur grossesse non désirée, les femmes risquent leur santé, leur fertilité et même leur vie. Chaque année, 47 000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Après l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont les régions du monde où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé.
De plus, les restrictions du droit d'accès à l'avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres. Souvent, celles qui en ont les moyens se rendent à l'étranger pour avorter en toute sécurité. Certaines parviennent à négocier avec des professionnels de santé dans leur propre pays pour obtenir ce service. Pour les autres, le marché noir est la seule option. Beaucoup sont victimes de charlatans qui leur vendent de fausses pilules abortives à des prix très élevés. Même lorsqu'elles ont accès à une structure médicale ou à des pilules fiables, elles restent mal informées et mal suivies. Cela accentue leur sentiment d'isolement et aggrave leur souffrance.
Alternatives et Technologies Émergentes
Malgré tout, grâce à l'avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d'autres pays qui limitent l'accès à l'avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l'aide et recevoir des informations sur la façon de s'auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
Des études prouvent que l'avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse. Women on Web (WoW), l'un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année. Le contenu du site est traduit en 16 langues, dont l'arabe, le farsi et le turc. Pour contourner la censure, les femmes utilisent une application sur leur smartphone.
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Le Droit à l'Avortement dans le Contexte International
Le droit à l'avortement est un sujet de débat mondial, avec des opinions divergentes sur la question de savoir si l'avortement devrait être légal, et si oui, dans quelles circonstances. Les organisations internationales de défense des droits de l'homme, telles que les Nations unies, ont souligné l'importance de l'accès à des services d'avortement sûrs et légaux pour protéger la santé et les droits des femmes.
Cependant, certains pays et groupes religieux s'opposent à l'avortement, considérant qu'il s'agit d'une atteinte à la vie humaine. Ces divergences d'opinions ont conduit à des lois et des politiques très différentes en matière d'avortement à travers le monde.
En Europe, par exemple, les lois sur l'avortement varient considérablement d'un pays à l'autre. Certains pays, comme les Pays-Bas et la Suède, ont des lois très libérales qui autorisent l'avortement sur demande jusqu'à un certain stade de la grossesse. D'autres pays, comme la Pologne et Malte, ont des lois très restrictives qui interdisent l'avortement dans la plupart des cas.
La décision du Tribunal constitutionnel polonais, qui s’oppose frontalement au droit des femmes à disposer de leur corps, illustre la remise en question du droit à l'avortement dans certains pays européens. Cette décision, qui a provoqué la colère de milliers de manifestant.e.s, met en évidence les tensions entre les valeurs européennes et les politiques conservatrices menées par certains États.
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