La mortinatalité chez le chiot, définie comme la mort d'un chiot avant ou pendant la naissance, est un problème préoccupant pour les éleveurs canins. Environ 30 % des chiots meurent entre la naissance et le sevrage, dont 20 % pendant les quinze premiers jours (période néonatale). Cet article explore les causes de la mortinatalité chez le chiot et les mesures préventives possibles. En cas de doute, il est impératif de consulter un vétérinaire pour garantir le bien-être de la chienne et de ses chiots.
Causes de la mortinatalité chez le chiot
Les causes de la mortinatalité chez le chiot sont multiples et peuvent être classées en plusieurs catégories :
Facteurs liés à la mère
- Maladies infectieuses maternelles : Certaines maladies de la mère, telles qu'une métrite, une mammite, une pyodermite, une otite suppurée, un abcès des glandes anales, une plaie infectée ou une pyorrhée alvéolo-dentaire, peuvent entraîner une contamination du nouveau-né.
- Infertilité et avortements spontanés : Des antécédents d'infertilité ou d'avortements spontanés chez la chienne peuvent indiquer des problèmes de santé sous-jacents qui augmentent le risque de mortinatalité.
- Syndrome du lait toxique : Ce syndrome, qui survient entre le deuxième et le huitième jour de vie, se manifeste par une hypothermie brutale (35 °C), une absence du réflexe de succion, une déshydratation, une augmentation de la fréquence respiratoire, un anus violacé œdémateux pathognomonique associé à un météorisme, des vomissements, de la diarrhée, ainsi que des gémissements. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce syndrome, notamment une incompatibilité entre le lait de la mère et les enzymes digestives, un processus allergique, une carence en certains minéraux ou oligo-éléments, ou encore une toxine bactérienne secondaire à une mammite subaiguë.
Facteurs liés à l'environnement et à l'hygiène
- Septicémie néonatale : La septicémie néonatale est due à une infection de la mère ou imputable à une mauvaise hygiène de l’élevage. L’état sanitaire est primordial, car la peau du nouveau-né est totalement perméable pendant la première semaine de vie.
- Conditions de vie inadéquates : Une température ambiante trop basse ou trop élevée, une hygrométrie inappropriée et une ventilation insuffisante peuvent compromettre la survie des chiots. La température des locaux doit être maintenue à 32 °C pendant la première semaine, diminuer progressivement la deuxième jusqu’à atteindre 22 °C en début de troisième semaine et jusqu’à la fin du sevrage. Il est possible de vérifier l’hygrométrie à l’aide d’un miroir : il doit être juste embué. S’il reste sec, l’humidité relative est insuffisante. En revanche, si des gouttelettes perlent sur la glace, elle est trop importante. Le test de la flamme de bougie permet de s’assurer d’une correcte ventilation de la maternité.
- Germes microbiens banals : Les maladies infectieuses sont dues à des germes microbiens banals transmis par la mère ou présents dans l’environnement contaminé.
Facteurs liés aux chiots
- Malformations congénitales : Les malformations congénitales peuvent être incompatibles avec la vie et entraîner la mortinatalité.
- Immaturité physiologique : L’immaturité physiologique des nouveau-nés les rend plus vulnérables aux infections et aux problèmes métaboliques.
- Infection par le “virus minute” (parvovirose de type 1, ou CPV1) : Cette contamination, rare, provoque une mort subite.
Maladies infectieuses spécifiques
Parmi les différentes causes de mortalité néonatale chez le chiot, trois affections spécifiques des collectivités canines méritent un développement particulier : brucellose, herpès-virose et mycoplasmose. Leur évolution rapidement enzootique, voire épizootique en élevage, et les pertes considérables qu'elles peuvent provoquer, imposent au vétérinaire praticien de les rechercher systématiquement lorsque la clinique est évocatrice de leur mise en cause. Les symptômes de la brucellose, de l’herpès-virose et de la mycoplasmose sont analogues à ceux de la septicémie en ce qui concerne la pathologie néonatale. Cependant, ils sont toujours associés à d’autres troubles dans l’élevage, comme l’avortement, l’infertilité, des malformations congénitales, des balanites et des vaginites chez les adultes ou encore des troubles ostéo-articulaires.
Herpès virose canine (CHV)
Le Canine Herpes Virus (CVH) est une pathologie très contagieuse qui préoccupe les spécialistes de la santé canine, car elle entraîne une infertilité, des avortements spontanés et est aussi un facteur de mortinatalité chez les canidés. Ce virus est spécifique aux chiens et ne présente pas de danger pour l’Homme. Il résiste mal à un environnement extérieur du fait de sa grande sensibilité aux UV et à la chaleur. Dès que la température est supérieure à 37°C, son pouvoir infectieux diminue considérablement.
La transmission du CHV peut se faire de plusieurs manières :
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- In utero : lorsque la chienne gestante présente une primo-infection, elle contamine alors ses fœtus par voie transplacentaire.
- Par les sécrétions de tout type : pharyngées, oro-nasales, génitales, excréments des chiots contaminés. Elle peut donc être transmise lors d’un accouplement, c’est pourquoi chez le chien l’herpesvirose est inscrite parmi les maladies sexuellement transmissibles.
- Par l’enveloppe fœtale lors de la mise-bas mais aussi lors d’un avortement dès lors que la chienne est contaminée.
Le virus responsable de cette pathologie se développe chez le chien adulte dans les muqueuses avant de se propager dans tout l’organisme via la circulation sanguine. Il peut toucher les reins, la rate, les ganglions lymphatiques, puis s’étendre au système nerveux central. A ce stade, on parle de séropositivité. Le virus n’entre en latence que si le système immunitaire du chien est capable de lutter. Mais une immunodépression ou même une situation de stress peut suffire à le réactiver.
Il faut toutefois noter une différence en termes de mode de contamination selon que l’on considère le chien adulte ou le chiot. En effet, chez ce dernier, elle se fait soit par voie utérine, soit au moment de la naissance puisque le chiot nouveau-né entre en contact direct avec les sécrétions vaginales de sa mère. Quoiqu’il en soit, jusqu’à l’âge de 3 semaines, le chiot est victime d’une propagation rapide du virus car son système immunitaire est encore très immature.
Chez le chiot de moins de 3 semaines, on constate des gémissements, des troubles digestifs tels que nausées, vomissements, des douleurs abdominales, des modifications du transit intestinal (diarrhées), des tremblements, un défaut de coordination des mouvements qui est dû à une encéphalomyélite, une très faible température corporelle (hypothermie). Dans ces conditions, la chienne rejette généralement son petit. Il maigrit puis meurt en moins d’une semaine.
La circulation du virus chez le chien adulte est souvent silencieuse, si bien que l’animal peut ne présenter aucun symptôme particulier. Dans certains cas toutefois, on peut relever une infection au niveau des muqueuses génitales avec apparition de vésicules qui s’ulcèrent puis guérissent en une quinzaine de jours. Mais le virus est latent, et peut être réactivé.
Le diagnostic repose sur des tests sérologiques et/ou des tests par PCR (Réaction en Chaîne par Polymérase) afin de vérifier si l’herpesvirus est présent. A l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement spécifique de l’herpesvirose.
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Prévention de la mortinatalité chez le chiot
Pour minimiser les causes de mortinatalité en élevage canin, le praticien doit faire face aux maladies infectieuses avec célérité et rigueur. Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre :
- Vaccination : Il est absolument nécessaire que les éleveurs fassent vacciner tous leurs chiens contre la toux de chenil car cela limite les risques de voir le virus toucher toute la collectivité. C’est également nécessaire dans les élevages axés sur la reproduction canine. Des négligences dans le protocole vaccinal, ainsi que des virulences particulières de l’agent pathogène sont en cause. La vaccination contre la leptospirose ne couvre que deux sérovars (L. canicola et L. icterohaemorragiae) parmi les deux cent cinquante identifiés en France. Certaines leptospires comme L. pomona peuvent en effet se montrer pathogènes pour le chiot. La protection croisée est au mieux minime et la durée de protection est faible.
- Dépistage des maladies infectieuses : Il faut aussi demander au vétérinaire une recherche systématique du virus de CHV chez une chienne présentant des signes d’infertilité.
- Hygiène rigoureuse : Les éleveurs doivent apprendre à adopter de bons gestes au quotidien comme le nettoyage des locaux et leur désinfection systématique. Il n’existe pas de produit nettoyant, détergent et désinfectant en même temps. Il convient de respecter ces trois étapes successivement en les espaçant de dix minutes avant de finir par un rinçage. Il est nécessaire de changer les produits de désinfection (ammoniums quaternaires, produits chlorés et iodés) de temps en temps afin d’éviter l’apparition de résistance et l’adaptation de la flore. Dans les cas extrêmes, comme pour un parvovirus résistant ou le “virus minute”, un vide sanitaire de quinze jours peut s’imposer. Les produits utilisés dans les élevages industriels de porcs et de volailles sont conseillés pour leur efficacité et leur faible coût. La désinfection est toujours nécessaire, même si une totale asepsie est difficilement réalisable en élevage.
- Isolation des femelles : Il faut en plus veiller à l’isolation des femelles avant et après la mise-bas.
- Reproduction : Préférer les inséminations artificielles aux accouplements naturels qu’il vaut mieux éviter. En tout état de cause, il est impossible d’éradiquer le CHV qui sévit au sein d’un élevage canin puisque ce virus se diffuse très largement.
- Soins intensifs d’urgence : Mettre en œuvre des soins intensifs d’urgence : fluidothérapie, antibiothérapie de première intention et réchauffement. Ces mesures permettent de minorer l’effet de l’immaturité physiologique des chiots. Intervenir rapidement et sur place. Le vétérinaire doit vérifier les conditions de vie des chiots et contrôler l’environnement.
- Examens complémentaires : Procéder à l’examen clinique de la mère et réaliser l’anamnèse des troubles divers observés dans l’élevage. Pratiquer une autopsie en présence de cadavre. Le diagnostic précis n’est pas toujours posé, mais l’autopsie permet d’effectuer des prélèvements dans de bonnes conditions, si une asepsie rigoureuse est respectée. De plus, la différenciation entre malformations congénitales et maladies infectieuses est plus aisée. Réaliser un examen bactériologique. Il doit être systématique. Les prélèvements sont effectués avec du matériel à usage unique dans l’heure qui suit la mort chez un animal qui n’a reçu aucun traitement antibiotique. Reins, poumons, foie, rate et/ou sang sont prélevés et réfrigérés à + 4 °C. Pour que les résultats soient exploitables, la mise en culture doit être effectuée moins de trente-six heures après la mort de l’animal. Il peut être intéressant de procéder à des écouvillonnages vaginaux chez la mère. Faire appel à la polymerase chain reaction (PCR). Cette technique est aujourd’hui la méthode de choix pour le diagnostic de toutes les viroses canines et de la brucellose.
- Antibiothérapie adaptée : Mettre en œuvre une antibiothérapie. L’administration per os est inefficace pendant les cinq premières semaines de vie. Par ailleurs, l’antibiothérapie doit prendre en compte des différences importantes par rapport à l’adulte au niveau de l’absorption, de la distribution, du métabolisme enzymatique, de l’élimination rénale et des liaisons aux protéines plasmatiques. Le nouveau-né est dépourvu de graisse corporelle, son système enzymatique hépatique est déficient, la barrière hémato-méningée incomplète et la filtration rénale n’est effective qu’à partir du deuxième mois. L’eau représente 82 % du poids corporel du nouveau-né, au lieu de 55 % chez l’adulte. Parallèlement, la proportion de liquide extracellulaire diminue chez l’adulte par rapport au nouveau-né. En pratique, notre confère Christian Dumon propose d’utiliser l’association amoxicilline-acide clavulanique à la posologie de 6 mg/kg toutes les douze heures pour l’antibiothérapie en première intention.
- Plan d’éradication : Etablir un plan d’éradication adapté aux résultats de laboratoire.
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