La Légion d'honneur, souvent qualifiée de "hochet" de la République, est une distinction honorifique française créée par Napoléon Bonaparte en 1802. Cet article explore son histoire, son évolution, et les débats qu'elle a suscités au fil des siècles.

Genèse de la Légion d'Honneur: Une Création Napoléonienne

La Légion d’honneur a été instituée le 29 floréal an X (19 mai 1802) par Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul. Cependant, il a fallu attendre deux années pour qu'un décret officialise sa création, le 22 messidor an XII (11 juillet 1804). Bonaparte souhaitait ardemment cette décoration afin de récompenser les braves qu’il avait menés des pyramides égyptiennes à la rivière Moskova. Dans ce contexte post-révolutionnaire, Bonaparte créa ainsi une Légion, et non un ordre de chevalerie, évitant toute comparaison avec les ordres dynastiques de l’Ancien Régime. La Légion, quant à elle, ramène à la Rome antique qui inspire tout entière le Consulat. Quinze jours après sa présentation au Conseil d’État, la Légion d’honneur voit ainsi le jour.

Pour se différencier des ordres dynastiques composés d’une étoile à quatre branches, la Légion d’honneur est construite autour d’une étoile à cinq branches. En deux siècles d’existence, l’insigne au ruban rouge compte une quinzaine de modèles différents répondant plus ou moins aux critères fixés par les décrets successifs. La présente étude vise à faciliter la reconnaissance et l’identification des différents modèles d’insignes de l’ordre de la Légion d’honneur depuis sa création jusqu’à aujourd’hui.

Les Premiers Insignes: Symboles et Évolutions sous l'Empire

À partir de la décision du 14 avril 1806, l’étoile est surmontée d’une couronne impériale à douze branches (ornée de douze palmettes) fixe et soudée aux deux pointes de la branche supérieure. Si ce modèle ne fut officialisé par aucun texte, dès le 1er mars 1808 le diamètre de l’étoile augmenta ainsi que la densité du feuillage l’entourant. Apparu vers 1811, le quatrième type, qui ne correspond à aucun texte officiel, semble être un modèle de fantaisie datant des dernières années de l’Empire. Ce type est caractérisé par un centre désormais frappé d’une pièce et l’apparition de pointes « boutonnées », en général par un simple pommelage - on parle aussi de pointes pommetées. Cela évitait l’altération des tissus des uniformes et des habits de fonctions. Le centre de chacune des branches de la couronne impériale est également garni d’une rangée de petites boules.

À la différence des plaques de l’Ancien Régime, c’est le revers de l’insigne de la Légion d’honneur, l’aigle impériale, qui est ici représenté. La plaque était confectionnée entièrement en cannetille aux débuts de l’Empire (modèle de gauche). Elle possède cinq rayons doubles recouverts de paillettes d’argent formant écailles (sequins), séparés par cinq rais d’argent unis, avec fil tressé formant bordure.

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La Légion d'Honneur sous les Régimes Monarchiques: Restauration et Monarchie de Juillet

De 1814 à 1830, l’Empire laisse place à un régime monarchique avec le retour au pouvoir de la maison de Bourbon (Louis XVIII puis Charles X). C’est pourquoi cette période est appelée la « Restauration ». Sous la Restauration, Louis-Philippe maintient la Légion d’honneur mais elle n’est plus la seule distinction du royaume. Sous le régime de la Restauration, bien que l’ordre de la Légion d’honneur soit conservé, l’insigne subit quelques modifications impactant la couronne, formant bélière, qui devient « royale » et porte désormais des fleurs de lys. Cette couronne est également surmontée d’une petite fleur de lys.

L'ordonnance du 19 juillet 1814 concerne la plaque de grand officier, au centre de laquelle l’effigie de Henri IV remplace les fleurs de lys couronnées. La monarchie de Juillet est instaurée le 9 août 1830 après la révolution dite des « Trois Glorieuses » du 27 au 29 juillet 1830.

La Deuxième République et le Retour de la Symbolique Napoléonienne

La Deuxième République est proclamée le 24 février 1848 à Paris, avec à sa tête le président Louis-Napoléon Bonaparte. C’est donc tout naturellement que l’on retrouve sur les insignes de la Légion d’honneur de la deuxième République la symbolique napoléonienne, à travers le retour de l’effigie de Napoléon Bonaparte. Rétablissement de l’ensemble des insignes tels qu’ils avaient été « adoptés par l’Empereur ».

La Troisième République et l'Évolution de l'Insigne

La défaite de Sedan le 4 septembre 1870 entraîne avec elle le Second Empire et laisse place à la Troisième République (1870-1940), parlementaire. L’insigne de la Légion d’honneur prend ainsi comme effigie la personnification de la République, sous la forme de Cérès.

La Légion d'Honneur Aujourd'hui: Structure et Grades

Les insignes de chevalier et d’officier sont tous les deux au module de 40 mm toutefois le premier est en argent et le second en vermeil. Quant aux croix des grades de commandeur et de grand’croix, leur dimension augmente sensiblement : le premier au module de 60 mm et le second au module de 70 mm. Enfin, ce décret apporte une évolution majeure : il créé une plaque de grand’croix en vermeil (détails infra) en lieu et place de celle en argent, que le Président de Gaulle portait d’ailleurs sur sa photo officielle de 1958. Aujourd’hui, les plaques sont portées par les grands officiers ou les grands’croix. D’un diamètre de 90 mm, elles ont une forme d’étoile diamantée à cinq branches doubles pommetées avec entre celles-ci cinq rayons intercalaires.

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Les "Hochets" de la République: Débats et Controverses

Notre pays aime les distinctions honorifiques, ce que Napoléon Bonaparte appelait les "hochets", objets destinés à s'attacher la fidélité de leur bénéficiaire. Certaines de ces décorations sont connues pour leur prestige, réel ou supposé (que l'on songe aux "affaires" récentes. Le cas de Bob Dylan sera mis à part, histoire de goûts musicaux personnels) : Légion d'Honneur, Ordre National du Mérite pour l'essentiel. D'autres le sont moins. Mais il ne faut pas croire pour autant qu'elles n'occupent pas certains esprits … ou les emplois du temps de quelques-uns.

L'expression « Les hochets de la République » vient de Napoléon, l’inventeur de cette fameuse distinction. On se demande bien : pourquoi ? Diablement intelligent (au moins d’un certain point de vue) il avait bien compris qu’avec quelques hochets on pouvait effectivement mener ou influencer des hommes « haut placés » mais tellement peu sûrs d’eux-mêmes qu’ils ont besoin de la reconnaissance des « autorités » pour se persuader qu’ils ont quelque mérites à faire valoir. Mais pourquoi diable certains feraient-ils des pieds et des mains pour avoir cette fameuse rosette ? Il paraît que la Légion d’honneur s’octroie et ne se demande pas. Mais il semble que l’on doive aussi, même si c’est de pure forme, la demander. On s’y perd un peu, dans cette dialectique subtile entre dominés et dominants, redevables ou affidés et dispensateurs de la précieuse récompense…

La Légion d’honneur fut aussi conçue comme un instrument visant à stimuler, en chaque citoyen, le zèle à servir l’État. Voilà pourquoi Bonaparte utilisa le mot "hochet" pour la désigner en disant : "c’est avec des hochets que l’on mène les hommes". Il faut toutefois rappeler que cette innovation ne fut pas approuvée par les républicains restés fidèles à l’esprit de la Convention. Etant donné que la Révolution française avait aboli toutes les décorations de l'Ancien Régime, ce rituel fut perçu comme la restauration d'une nouvelle aristocratie et une entorse au principe révolutionnaire d'égalité. En 1848 et en 1870, les fondateurs de la Seconde et de la Troisième République envisagèrent à nouveau de supprimer ce genre de hochets.

Critères d'Attribution et Procédure

Concrètement, maires, ministres, parlementaires, préfets et autres acteurs économiques et associatifs - et depuis 2008, tout groupe de 50 citoyens d’un même département - peuvent proposer un candidat. Les dossiers sont remontés par les préfets dans les ministères et transmis au Conseil de l’ordre de la Légion d’honneur après un premier tri. Les seize membres du conseil et le grand chancelier, tous nommés par le président, lui font des propositions définitives. En sa qualité de Grand Maître, celui-ci a le fin mot. C’est donc bien le chef de l’État qui choisit les « méritants ». Quand la Légion d’honneur fut conçue comme un instrument visant à stimuler, en chaque citoyen, le zèle à servir l’État.

Refus et Controverses: Une Distinction Pas Toujours Acceptée

Ils sont donc près de 100.000 à avoir accepté cette décoration, cependant certains la refusent. On ignore leur nombre, mais on en connaît beaucoup : de La Fayette à Geneviève de Fontenay, en passant par Brigitte Bardot.

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En 1985, Brigitte Bardot était nommée chevalier de la Légion d'honneur par le président François Mitterrand. Mais elle refusa d'aller chercher sa décoration en affirmant "Ma Légion d'honneur, je la dédie aux animaux qui souffrent". C'est un exemple, parmi d'autres, des usages qui peuvent être faits d'une décoration dont la fonction est d'honorer une personne ayant rendu des services éminents à la nation française.

La Médaille de la Famille: Un Autre "Hochet" de la République

Ainsi en est-il de la médaille de la famille (la quoi ? diraient les esprits chagrins), dont l'origine se situe dès après la première guerre mondiale. Selon le très sérieux code de l'action sociale et des familles (sans blague pour le coup), "la médaille de la famille est une distinction honorifique décernée aux personnes qui élèvent ou qui ont élevé dignement de nombreux enfants, afin de rendre hommage à leurs mérites, et de leur témoigner la reconnaissance de la nation". Bref, c'est une distinction normalement inaccessible aux Thénardier de tous poils.

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui à cette médaille? Tout simplement parce qu'elle a occupé nos plus hautes autorités (voir ci-dessous), qui ont adopté un décret en date du 28 mai dernier, texte dont l'objet n'est rien de moins que: - d'élargir la liste des bénéficiaires de cette médaille aux personnes ayant rendu des services exceptionnels dans le domaine de la famille (on attend les contentieux sur ce sujet);- de tirer les conséquences de la disparition de la Commission supérieure de la médaille de la famille (et oui, ça a existé!);- d'uniformiser le format de la médaille. Sur ce dernier point, la lecture du décret permet d'apprendre que la médaille de la famille est d'un module de 33 millimètres et est frappée dans un métal bronze doré, qu'elle porte sur l'avers la représentation d'un groupe familial entouré de branches de laurier et l'inscription " Médaille de la famille ” et, sur le revers, les mots : " République française ”.

Chose importante, il est précisé que la médaille se porte, suspendue à un ruban, sur le côté gauche de la poitrine (malheur au contrevenant!), que ce ruban, de 32 millimètres de largeur, est divisé, dans le sens vertical, en trois parties égales par une bande médiane vert lumière placée entre deux bandes rouge ponceau. Une telle précision dans le détail doit susciter l'admiration pour la matière juridique et sa capacité à s'autoalimenter en permanence. Elle peut tout aussi bien amuser l'amateur de Courteline ou désoler l'idéaliste pour qui la norme est la marque d'un engagement politique (au sens le plus noble).

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