La grossesse est une période de changements physiologiques importants pour la femme. Parmi ces changements, les palpitations cardiaques sont fréquemment rapportées et sont, dans la plupart des cas, bénignes. Cependant, il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les dangers potentiels associés à la tachycardie pendant la grossesse afin de prendre les mesures appropriées.

Palpitations cardiaques pendant la grossesse : un phénomène courant

Les palpitations cardiaques, définies comme la perception de battements cardiaques anormalement désordonnés, sont courantes chez les femmes enceintes. Normalement, le cœur humain effectue entre 60 et 100 battements par minute. Pendant la grossesse, ce rythme peut augmenter.

Causes physiologiques

L'augmentation du rythme cardiaque pendant la grossesse est principalement due à des facteurs physiologiques. Comme l'explique l'experte Charline Gayault, "La raison principale est que le cœur travaille plus pendant la grossesse puisque le volume de sang augmente. Le corps doit désormais apporter du sang également au placenta et au fœtus. Le cœur est donc logiquement plus sollicité." Cette augmentation du volume sanguin et de la charge de travail cardiaque peut entraîner des palpitations, qui peuvent apparaître dès les premières semaines de la grossesse et s'intensifier au fur et à mesure que la grossesse progresse.

Une autre explication est que, pendant la grossesse, "les veines se dilatent et donc ont tendance à moins propulser le sang vers le cœur." Bien que ces changements soient normaux, ils peuvent parfois provoquer des palpitations.

Causes environnementales

Outre les facteurs physiologiques, des causes environnementales telles que le stress et les émotions fortes peuvent également provoquer des palpitations pendant la grossesse. Ces causes sont considérées comme les plus classiques.

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Quand s'inquiéter et consulter un professionnel de la santé ?

Bien que les palpitations soient souvent inoffensives, il est important de consulter un professionnel de la santé si elles deviennent dérangeantes ou si elles surviennent pour la première fois, surtout après une activité sportive ou une émotion forte. Charline Gayault conseille : "Si les palpitations vous dérangent, il faut tout de même en parler à un professionnel de santé… Et si les palpitations surviennent une première fois, après une activité sportive ou une grande émotion, il est quand même bien de faire le point avec son médecin. Comme le corps est plus sollicité pendant la grossesse, il ne faudrait pas qu’il y ait une pathologie cachée."

Il est également crucial de surveiller les symptômes associés aux palpitations, tels que :

  • Douleurs thoraciques
  • Fatigue
  • Essoufflement
  • Vertiges, voire des évanouissements

Si l'un de ces symptômes est présent, il est impératif de consulter rapidement un professionnel de la santé.

Comment calmer les palpitations pendant la grossesse ?

Plusieurs mesures peuvent être prises pour calmer les palpitations pendant la grossesse :

  • Réduire les facteurs liés aux habitudes de vie : Diminuer la consommation de thé et de café, et éviter les situations stressantes.
  • Pratiquer des exercices de relaxation et de respiration.
  • Pratiquer une activité physique régulière : Le sport est recommandé pendant la grossesse tant qu'il n'y a pas de risque de chocs et de chutes. L'activité physique aide à muscler le cœur.
  • Adopter une position adéquate : Se positionner assise, mi-allongée ou allongée sur le côté gauche peut aider à calmer le cœur.

Complications potentielles : cardiomyopathie du péripartum (CMPP)

Dans de rares cas, un essoufflement inhabituel pendant la grossesse peut être le signe d'une complication appelée cardiomyopathie du péripartum (CMPP). La CMPP est une cause rare de cardiomyopathie dilatée et est définie comme une insuffisance cardiaque systolique. Elle survient au dernier mois de grossesse ou dans les 5 premiers mois du post-partum, même chez une femme en très bonne santé et sans antécédents.

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L'évolution de la CMPP est imprévisible, parfois favorable avec une rémission complète, mais souvent il y a une persistance ou une aggravation de l'insuffisance cardiaque pouvant être délétère. Son origine est a priori multifactorielle et peut être notamment la modification hormonale suite à l’accouchement semblant jouer un rôle déterminant.

Les symptômes de la CMPP peuvent être difficiles à déceler car ils se manifestent en fin de grossesse, période où le poids de la grossesse peut entraîner des difficultés semblables sans affaiblissement du muscle cardiaque. L'examen clé est l'échocardiographie pour écarter les diagnostics différentiels et suivre l'évolution de l'atteinte. Une analyse sanguine pour relever la concentration d’une protéine produite par le cœur et les vaisseaux sanguins (peptide natriurétique cérébral, ou PNC) peut également être effectuée.

La prise en charge en USIC suite au diagnostic doit être immédiate car l’évolution de la maladie est, pour la plupart du temps, très rapide, voire soudaine et imprévisible. Sur le plan obstétrical, il est souvent conseillé une extraction rapide du fœtus pour faire bénéficier à la mère d’une meilleure prise en charge thérapeutique.

Le traitement est discuté et adapté si la femme est enceinte ou non et du stade de la grossesse. La prise en charge de la maman repose principalement sur le traitement de l’insuffisance cardiaque avec toutefois certaines spécificités telles que l’indication d’un traitement par bétabloquants, diurétiques, anticoagulants ou bromocriptine qui peut être discutée à la phase aiguë. Sous traitement, on observe une récupération de la fonction systolique dans 50 % des cas, ce qui signifie cependant qu’une patiente sur 2 souffrira d’insuffisance cardiaque chronique. L’évolution après un premier épisode et si la patiente présente des séquelles ventriculaires avec une FEVG restant < 50% conditionneront ses grossesses à venir.

L'électrocardiogramme (ECG) pendant la grossesse

L'électrocardiogramme est un examen pendant lequel l’activité du cœur est mesurée. Il est réalisé pour diagnostiquer les troubles et les maladies cardiaques. De façon générale, il est prescrit aux patients qui ont fait un infarctus du myocarde ou chez qui on soupçonne des lésions du cœur ou une insuffisance cardiaque. Toutefois, il peut être demandé dans le cadre des soins prénataux de femmes enceintes compte tenu des transformations importantes qui surviennent pendant la grossesse. Dans ce contexte, il sert alors à évaluer le rythme cardiaque du bébé et de sa mère et à s'assurer de leur bonne santé.

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Comment fonctionne un ECG ?

L'électrocardiogramme, souvent désigné par les initiales ECG est un examen simple qui ne dure que quelques minutes et ne nécessite aucune prise de sang. Il permet de diagnostiquer les anomalies du rythme cardiaque. Chez les patients qui sont porteurs d’un pacemaker, il sert aussi à vérifier le bon fonctionnement du dispositif. Il est généralement réalisé par un cardiologue sur prescription médicale.

Toutefois, il existe des appareils validés cliniquement, qui permettent de surveiller soi-même son cœur n’importe où et à n’importe quel moment. C'est le cas de l'OMRON Complete HEM-7530T-E3 qui combine un tensiomètre et un ECG intelligent. Il fournit des résultats précis, instantanés et simples à interpréter.

Contrairement à certaines croyances, le corps ne reçoit pas d'électricité pendant l’ECG. Il est plutôt question de mesurer les impulsions électriques générées par le cœur. L'analyse et l’interprétation des résultats obtenus sous forme des tracés, permettront de déduire ou non si des troubles cardiaques ont été révélés.

Quand faire un ECG pendant la grossesse ?

Au cours de la grossesse, les femmes subissent divers changements physiologiques, notamment une prise de poids et de volume corporel, une augmentation du volume sanguin et du pouls, etc. Le cœur peut également changer légèrement de position pour s’adapter à la croissance de l’utérus. Toutefois, l'électrocardiogramme (ECG) n'est pas systématiquement réalisé.

Il peut être prescrit plus tard au cours du deuxième trimestre pour surveiller l'état de santé du bébé et de la maman. C’est souvent le cas, si cette dernière présente des symptômes cardiaques, si elle va subir une césarienne ou si des complications sont suspectées.

L’ECG se fait aussi durant la grossesse pour déterminer si une intervention est nécessaire pendant le travail et lorsque :

  • La patiente porte des jumeaux ou des multiples.
  • Elle est prédisposée aux maladies cardiaques à cause de ses antécédents familiaux.
  • C’est une grossesse à risque élevé.

Par ailleurs, un type d'électrocardiogramme permet d'évaluer spécifiquement la santé cardiaque du bébé et de détecter d'éventuels problèmes : l’ECG fœtal. Quand nécessaire, il est réalisé au cours du deuxième ou du troisième trimestre de la grossesse, et parfois pendant le travail pour observer le bébé.

Risques connus de l'ECG pendant la grossesse

L'ECG est un examen sûr pour la mère et son bébé. Il ne présente aucun risque avéré. En revanche, comme pour tout examen médical, il existe de rares cas où un ECG peut causer des inconforts. De ce fait, certaines femmes enceintes peuvent ressentir des étourdissements, des nausées ou des sensations de vertige pendant l'ECG. Et ce, à cause de leur sensibilité aux signaux électriques.

D’autres femmes font une réaction allergique qui se manifeste par des rougeurs, des démangeaisons ou des gonflements cutanés aux points de contact des électrodes. Par ailleurs, l'ECG peut aussi déclencher de l'anxiété ou de la détresse chez certaines femmes enceintes. Ces symptômes sont habituellement légers et disparaissent rapidement.

Arythmie cardiaque pendant la grossesse

L’arythmie cardiaque est un trouble de la fréquence et du rythme du cœur qui se caractérise par un battement cardiaque anormal. C’est-à-dire, que le cœur bat soit de manière désorganisée, soit trop lentement ou trop rapidement. Elle se décline en plusieurs types qui se manifestent différemment :

  • La fibrillation ventriculaire qui est le plus courant.
  • La tachycardie.
  • La bradycardie.
  • L’extrasystole ventriculaire.

Chez la femme enceinte, plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque d'arythmie cardiaque. Les plus courants sont les modifications hormonales et l’augmentation du volume sanguin. Une carence en fer, fréquente pendant la grossesse, peut également favoriser l'apparition d'arythmies.

L'arythmie cardiaque se manifeste généralement par des sensations de battements cardiaques irréguliers, voire forts, connues sous le nom de palpitations. Elles peuvent s'accompagner d'autres symptômes, tels que :

  • Des douleurs thoraciques.
  • La fatigue.
  • L'essoufflement.
  • Les vertiges, voire des évanouissements.

En l’absence de traitement, une femme enceinte atteinte d’arythmie cardiaque peut être exposée à plusieurs complications. Bien que la majorité des changements cardiaques pendant la grossesse soient normaux et attendus, il est essentiel de comprendre la nature et les causes des arythmies durant cette période délicate. Par exemple, certaines maladies cardiaques, des déséquilibres électrolytiques dans le corps ou même des facteurs génétiques peuvent influencer la régularité du rythme cardiaque. Il est crucial de consulter un professionnel de santé dès que l’on ressent des palpitations ou toute autre irrégularité, afin d’assurer la sécurité de la mère et de l’enfant.

Tachycardies jonctionnelles

Les tachycardies jonctionnelles constituent une des principales causes de palpitations à début et fin brusques survenant sur cœur sain (c’est-à-dire non malade). Elles sont liées à un court-circuit électrique siégeant à la jonction entre les oreillettes et les ventricules.

La présentation clinique est caractérisée par la survenue de palpitations, liées à la perception de battements cardiaques très rapides (en général entre 180 et 240 battements par minute) et parfaitement réguliers (à l’image d’un métronome). Typiquement, les épisodes surviennent de façon totalement imprévisible et inopinée, ils débutent brutalement (d’un battement à l’autre), et s’arrêtent également brutalement. La durée des épisodes est variable, allant de quelques secondes à plusieurs heures. La fréquence des crises de tachycardie jonctionnelle est également très variable d’une personne à l’autre, celles-ci sont parfois rares (quelques fois par an) mais peuvent aussi être beaucoup plus fréquentes et invalidantes. Typiquement, il est souvent constaté des périodes de la vie où les épisodes sont plus rapprochés (à l’occasion de perturbations hormonales, grossesses, situations de dette en sommeil par exemple) alternant avec des périodes plus ou moins prolongées d’accalmie.

Il existe deux mécanismes principaux :

  1. La « réentrée intranodale » est le mécanisme de loin le plus fréquent. On parle parfois dans ce cas de maladie de Bouveret. La cause est un petit court-circuit électrique situé au niveau d’une région appelée « nœud auriculo-ventriculaire », à la jonction entre les oreillettes et les ventricules. Ces tachycardies sont nettement plus fréquentes chez les femmes, puisqu’on estime que sur 100 personnes atteintes, 70 sont des femmes. La raison exacte de cette prédominance féminine n’est pas établie avec certitude.
  2. La « réentrée sur voie accessoire » est l’autre mécanisme des tachycardies jonctionnelles.

Diagnostic des tachycardies jonctionnelles

Le diagnostic des tachycardies jonctionnelles passe par l’enregistrement d’un électrocardiogramme au moment d’une crise de palpitations. Il est souvent constaté un retard au diagnostic, parfois de plusieurs années, car il n’est pas toujours simple de pouvoir enregistrer un électrocardiogramme au moment précis d’une crise, surtout lorsque celles-ci sont de courte durée. Ceci n’est plus le cas actuellement car il est désormais possible d’enregistrer soit même un électrocardiogramme de bonne qualité, au moyen des objets connectés (montres ou applications Smartphone). Les appareils les plus fiables sont les suivants : application smartphone KARDIA (AliveCor), montres AppleWatch et Withings (moveECG). Ces outils ont révolutionné le diagnostic des tachycardies jonctionnelles.

Traitement des tachycardies jonctionnelles

Plusieurs manœuvres peuvent interrompre les crises de tachycardie jonctionnelles, on les appelle les « manœuvres vagales ». La plus efficace est appelée manœuvre de Valsalva, et consiste à effectuer un effort de poussée à glotte fermée (expiration bloquée). Pour améliorer son efficacité, elle peut être combinée à un changement de position brusque (passage en position allongée avec surélévation des jambes). D’autres manœuvres sont décrites comme par exemple le massage de l’artère carotide (au niveau du cou) ou le fait de boire un grand verre d’eau glacée.

Si ces mesures sont inefficaces, la crise peut être interrompue par la prise d’un médicament par voie orale (inhibiteur calcique bradycardisant ou béta-bloquant).

Si les crises sont rares et peu gênantes, l’abstention thérapeutique est envisageable dans la plupart des cas. A l’inverse, lorsque les épisodes de tachycardies jonctionnelles sont fréquents et invalidants, le traitement de référence permettant de prévenir les récidives est la réalisation d’une intervention appelée « ablation par radiofréquence ». Le principe de l’intervention est de cautériser la zone responsable des tachycardies. Il s’agit d’une intervention durant en moyenne 1 heure. L’introduction de cathéters par les vaisseaux de l’aine permet l’accès aux cavités cardiaques de façon mini-invasive. Le court-circuit anormal est repéré puis cautérisé. Une nuit d’hospitalisation est habituellement nécessaire.

La prise de médicaments au long cours pour prévenir les récidives est en général déconseillée, car moins efficace et plus risquée que l’ablation (risques d’effets secondaires).

Pré-éclampsie et risque cardiovasculaire

Environ 15 000 femmes sont touchées chaque année en France par une complication de la grossesse, appelée pré-éclampsie. C’est une pathologie qui peut arriver durant la grossesse ou dans les semaines suivant la naissance de l’enfant et qui peut avoir des conséquences graves pour la mère et l’enfant. Elle se manifeste par une hypertension artérielle et des protéines dans les urines. Elle peut se développer sans que vous vous en rendiez compte et il est important d’en connaître les symptômes.

Ces symptômes peuvent être : des maux de tête inhabituels, un flou visuel, des tâches devant les yeux, des difficultés pour respirer, des douleurs au niveau de l’estomac, des nausées ou des vomissements au 2ème - 3ème trimestre de grossesse, des œdèmes des mains ou du visage, une prise de poids importante et rapide.

Des facteurs de risque de développer une pré-éclampsie existent comme avoir un antécédent de pré-éclampsie lors d’une précédente grossesse, avoir un diabète avant la grossesse, être hypertendue chronique, avoir une pathologie rénale ou une maladie auto-immune comme le lupus. Mais il est également important de retenir que beaucoup de femmes atteintes de pré éclampsie ne présentent aucun facteur de risque.

En cas de symptômes ou de facteurs de risque durant la grossesse, il est important d’en parler tout de suite à votre gynécologue-obstétricien. Lorsque vous avez déjà présenté une pré-éclampsie durant une grossesse, votre risque cardio-vasculaire est augmenté. Vous avez plus de risque de présenter au cours de votre vie un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral (AVC), une hypertension artérielle chronique, une insuffisance rénale. Ainsi, en cas d’antécédent de pré éclampsie, un suivi régulier pour évaluer votre risque cardiovasculaire doit être effectué par un professionnel de santé.

Autres causes de tachycardie

La tachycardie passagère par exemple (accélération transitoire des battements cardiaques) peut s’observer lors d’un effort soudain ou d’un moment de stress ou d’anxiété. Elle peut également avoir pour origine un excès de substances excitantes (caféine, nicotine, drogues ou certains médicaments).

La sensation d’irrégularité du rythme cardiaque est un autre exemple. Elle est généralement due à ce que l’on appelle des extrasystoles (contractions prématurées du cœur suivies de pauses plus longues que la normale). Les extrasystoles sont un trouble cardiaques répandu, en général bénin, mais qui peut également être la manifestation d’une maladie du cœur plus sérieuse. Les extrasystoles sont assez fréquentes chez les femmes enceintes. En effet, pendant la grossesse, le volume de sang augmente et le cœur est plus sollicité.

Conseils supplémentaires

  • Arrêter de fumer : Il est essentiel d'arrêter de fumer pendant la grossesse.
  • Éviter les changements brusques de position : Si vous êtes sujette aux vertiges et à la fatigue, évitez de vous lever brusquement. En passant rapidement de la position allongée à la position debout, vous réduisez rapidement le volume de sanguin qui circule dans votre cerveau et sollicitez fortement votre cœur.
  • Consulter un médecin en cas de symptômes inquiétants : Si jamais vos tachycardies s’accompagnent d’essoufflements ou de sensation d’oppression du thorax, prévenez immédiatement votre médecin.

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