Le syndrome d'Angelman est une maladie génétique rare qui affecte le développement neurologique des enfants. Bien que relativement méconnu, il fait l'objet de recherches médicales actives visant à développer de nouvelles approches thérapeutiques.
Définition et prévalence
Le syndrome d'Angelman est une maladie génétique rare qui affecte le système nerveux. En France, environ 1 personne sur 15 000 est touchée par ce syndrome. À l'échelle mondiale, on estime qu'il concerne une naissance sur 12 000 à 20 000. Il affecte aussi bien les hommes que les femmes, indépendamment de leur origine géographique.
Causes du syndrome d'Angelman
Le syndrome d'Angelman est dû à une anomalie génétique qui entraîne une perte de fonction d'un ou plusieurs gènes d'origine maternelle situés sur le chromosome 15 (région 15q11-q13). Les chromosomes, constitués d'ADN (gènes), sont les supports de l'information génétique présents dans le noyau des cellules de l'organisme. Les gènes sont des séquences codées qui permettent de produire les protéines nécessaires au bon fonctionnement de chaque cellule et, plus globalement, du corps. Chaque individu possède deux exemplaires de chaque gène, l'un hérité du père et l'autre de la mère. Dans certains cas, seul l'un des deux exemplaires est autorisé à s'exprimer, tandis que l'autre reste silencieux. C'est le cas du gène UBE3A, impliqué dans le syndrome d'Angelman. Normalement, seul l'exemplaire du gène hérité de la mère est fonctionnel, celui du père étant silencieux. Lorsque l'exemplaire maternel est absent ou défectueux, le syndrome d'Angelman se manifeste.
Plusieurs mécanismes génétiques peuvent être à l'origine de cette absence ou perte de fonction du gène UBE3A :
- Dans la plupart des cas (environ 70%), il s'agit d'une délétion, c'est-à-dire une perte de matériel génétique sur la partie du chromosome 15 contenant le gène UBE3A, provenant de la mère.
- D'autres mécanismes, comme la disomie uniparentale (héritage de deux chromosomes 15 du père et aucun de la mère) ou des mutations du gène UBE3A, peuvent également être impliqués.
L'origine génétique du syndrome d'Angelman est donc complexe, mais tous ces mécanismes ont la même conséquence : l'absence ou la perte de fonction du gène UBE3A d'origine maternelle.
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Étant donné qu'il s'agit d'une maladie génétique, la maladie est présente même avant la naissance. Les premiers signes d'un dérèglement du neuro-développement apparaissent dès le premier trimestre de l'existence, même s'ils ne sont pas spécifiques. Le diagnostic n'est pas fait en anténatal, car pendant la grossesse il n'y a rien de spécifique qui pourrait nous faire dire que l'enfant est porteur du syndrome d'Angelman.
Symptômes du syndrome d'Angelman
Les symptômes du syndrome d'Angelman ne sont pas présents dès la naissance et sont difficiles à identifier avant l'âge d'un an. Cependant, comme la pathologie est de mieux en mieux connue, la maladie peut rapidement être évoquée devant un enfant qui ne marche pas encore et qui a des tremblements. Le retard psychomoteur apparaît dès les premiers mois de vie. Il se manifeste initialement par des troubles du développement moteur : troubles du tonus, acquisition retardée de la station assise, des capacités à se mouvoir au sol (ramper, marcher à 4 pattes). La marche est souvent acquise après l'âge de 3 ans, parfois plus tardivement. Par la suite, la démarche reste généralement raide, saccadée, instable. Les mouvements sont mal coordonnés et imprécis.
Les principaux symptômes du syndrome d'Angelman sont les suivants :
- Retard sévère du développement : C'est l'une des caractéristiques principales du syndrome. Les enfants atteints présentent un retard global dans l'acquisition des compétences motrices, cognitives et langagières.
- Troubles sévères du langage : Les nourrissons produisent peu de sons, et l'articulation des mots est très difficile. Au final, un adulte n'utilisera que 5 mots en moyenne. Le langage est très sévèrement impacté. La plupart des personnes qui ont le syndrome ont peu ou pas de langage oral. La compréhension est bien meilleure que l'expression. Les enfants cherchent en revanche à communiquer par d'autres biais, notamment par mimiques, gestes et pointage d'objets.
- Problèmes de motricité : Les enfants atteints présentent des difficultés de coordination, des tremblements et une démarche instable. Les mouvements sont mal coordonnés et imprécis.
- Comportement joyeux et souriant : Les personnes atteintes du syndrome d'Angelman ont un caractère jovial et des accès de rires très caractéristiques, même dans des circonstances inappropriées. Les enfants atteints de syndrome d'Angelman ont souvent un comportement joyeux, voire jovial ; des accès de rire leur viennent très facilement, y compris dans des circonstances inappropriées. Ils sont souvent en mouvement (mouvements des bras ou des mains, tendance à porter des choses à la bouche…) et il est difficile de conserver leur attention fixée sur quelque chose.
- Épilepsie : Une épilepsie apparaît souvent dès les premières années.
- Troubles du sommeil : Les troubles du sommeil sont plus difficiles à prendre en charge.
- Certaines caractéristiques physiques, notamment au niveau du visage (dysmorphie faciale) sont parfois visibles après les 3 ans du patient et s’exacerbent avec l’âge.
- Une peau, des cheveux et des yeux très clairs, on parle d’hypopigmentation voir d’albinisme.
Certaines personnes porteuses du syndrome d'Angelman peuvent avoir un trouble de la communication sociale et des interactions sociales qui peut s'apparenter à l'autisme. Ces deux syndromes ont une chose en commun : ils sont causés par une anomalie au niveau de la région q11-q13 du chromosome 15. Cependant, l'anomalie touche le chromosome maternel pour le syndrome d'Angelman, alors qu'elle touche le chromosome paternel pour le syndrome de Prader-Willi. Ce ne sont pas des enfants et des adultes avec un comportement agressif. Ils ont peu de moyens d'expressions, alors une situation d'inconfort, de stress, de frustration ou de douleur peut les amener à développer des comportements-défi pour essayer d'attirer l'attention mais d'une manière qui n'est pas appropriée.
Diagnostic du syndrome d'Angelman
Le diagnostic repose sur l'observation clinique des symptômes, associé à des examens génétiques pour identifier l'anomalie du gène UBE3A.
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Le caryotype (carte d’identité génétique) du patient est réalisé. Cet examen permet de déterminer le nombre et la forme des chromosomes du patient. Il est associé à la technique FISH (Fluorescent in Situ Hybridation) qui permet de repérer une éventuelle anomalie du gène impliqué dans la maladie. Lorsqu’aucune anomalie n’est mise en évidence, d’autres tests génétiques, plus complexes sont pratiqués.
Avant l’âge d’un an, le diagnostic est assez difficile.
Traitements et prise en charge
Il n’existe actuellement aucun traitement capable de guérir le syndrome d’Angelman. En revanche, il reste primordial de mettre en place un accompagnement adapté pour ces patients, le plus rapidement possible une fois le diagnostic établi. Il y a différents niveaux de "traitements". Le second niveau de "traitement" concerne la recherche thérapeutique pour "aller au cœur du problème : l'anomalie génétique qui touche la copie maternelle du gène UBE3A sur le chromosome 15". → "Aller déverrouiller le gène porté par le chromosome 15 d'origine paternelle, qui lui est intact mais réduit au silence naturellement chez tout le monde, pour que le gène s'exprime au niveau cérébral. "Ces traitements pourraient en théorie, s'attaquer à la source des troubles.
La prise en charge du syndrome d'Angelman est multidisciplinaire et vise à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes et de leur famille. Elle comprend :
- Des traitements médicaux : Ils permettent d’améliorer certaines manifestations de la maladie comme l’épilepsie ou les troubles du sommeil, par exemple. Pour l’épilepsie, des médicaments de la classe des antiépileptiques sont nécessaires en cas de crise, et parfois même en traitement de fond.
- Une prise en charge psychomotrice : Les troubles du comportement, particulièrement l’hyperactivité et les troubles de l’attention chez l’enfant nécessitent un accompagnement par un psychomotricien afin de diminuer l’impact sur la qualité de vie du patient. En effet, un enfant hyperactif peut rapidement se replier sur lui-même et devenir agressif sans prise en charge adaptée. Par ailleurs, l’environnement familial est important dans ce type de pathologie.
- De la kinésithérapie : La kinésithérapie intervient dès l’apparition de difficultés motrices. L’objectif de celle-ci est de faciliter l’apprentissage de la marche ou l’améliorer. Lorsque les troubles moteurs sont très importants, des aides techniques peuvent être utiles : par exemple un siège moulé pour maintenir le dos, un déambulateur pour faciliter l'acquisition de la marche, voire un fauteuil roulant lorsque celle-ci est compromise par des troubles orthopédiques.
- Un suivi orthophonique : Un suivi orthophonique précoce est incontournable pour réduire la salivation excessive et réduire les troubles de la mastication et de la déglutition.
- Un suivi ophtalmologique : Le strabisme doit faire l’objet d’un suivi ophtalmique assidu. Il nécessite parfois une opération.
- Une inclusion scolaire personnalisée : Bien que le syndrome d'Angelman soit souvent à l'origine d'un déficit intellectuel sévère, les enfants atteints sont dans la relation et la communication. Dès leur plus jeune âge, ils sont donc en mesure de profiter d'une forme de socialisation. Il est généralement possible d'envisager une inclusion personnalisée en maternelle, moyennant certains aménagements. Ceux-ci seront formalisés dans le cadre du Projet personnalisé de scolarisation (PPS). La présence d'une Auxiliaire de Vie Scolaire est en particulier souvent nécessaire. Les enfants qui ont une très faible pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux sont particulièrement sensibles aux effets du soleil. Les rires immotivés peuvent perturber la vie scolaire ou être interprétés à tort comme un manque de respect. Pour limiter les troubles du comportement, il est nécessaire d'instaurer un environnement sécurisant, le plus stable et le plus ritualisé possible. Les enfants atteints de syndrome d'Angelman sont aussi très sensibles aux émotions d'autrui. La communication est prioritaire et tout doit être mis à son service, par tous les intervenants. Pour cela, il est important de reprendre les codes de communication tels qu'ils ont été mis en place dans le milieu familial : désignation de photos, dessins stylisés, ou pictogrammes, communication par le regard, expression du oui et non par les mimiques… On peut s'aider aussi d'un code type Makaton, mais tous les enfants n'y sont pas réceptifs. Des aménagements de l'emploi du temps, pour que la rééducation puisse avoir lieu en partie sur le temps scolaire par exemple, permettent de limiter la fatigue de l'enfant. Les enfants atteints d'un syndrome d'Angelman sont sensibles aux ambiances, et apprécient les moments de jeux et loisirs qui sont généralement gais.
- Soutien aux familles : Les parents sont encouragés à se rapprocher des associations pour se faire aider. L'Association Française du Syndrome d'Angelman (AFSA) a créé des livrets spécifiques à destination des écoles pour qu'elles prennent en charge l'enfant correctement, mais aussi à destination des parents.
Comment faciliter l'accueil d'un enfant présentant un retard de développement avec une déficience intellectuelle sévère ? Rédigé par l'Association Française du Syndrome d'Angelman, ce guide se veut un outil concret et pragmatique à destination des parents, qui trouveront de nombreux conseils et les démarches à suivre pour scolariser leur enfant dans les meilleures conditions, et des professionnels de l'éducation qui trouveront des informations sur le handicap, mais surtout des pistes de travail, des grilles d'objectifs, des exemples d'activités dans divers domaines, dont scolaires. Ce livret peut être commandé sur la site de l'association.
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Espérance de vie et qualité de vie
Les personnes atteintes du syndrome d'Angelman ont une espérance de vie quasi normale. Il n'y a pas d'impact sur l'espérance de vie. A priori, ils ont une espérance de vie normale avec des pathologies qui peuvent persister à l'âge adulte comme la scoliose. Cependant, elles nécessitent une assistance à vie car les personnes qui ont le syndrome d'Angelman sont très peu autonomes, elles ont besoin de l'assistance de quelqu'un tout au long de leur vie : elles ne savent pas prendre soin d'elles, prendre de bonnes décisions car on est dans un cadre de déficience intellectuelle importante. Cela pose une question importante pour les parents : "Qui s'occupera de mon enfant quand je ne serais plus là ?" Il existe des foyers d'accueil médicalisés ou des maisons d'accueil spécialisées qui peuvent accueillir les personnes en situation de handicap.
Une personne avec le syndrome d'Angelman a toute sa place dans la société. Mais le syndrome d'Angelman a des conséquences sur la vie de la personne atteinte et sur celle de son entourage. Je conseille aux médecins d'être à l'écoute de la famille tout au long de la prise en charge et du suivi, il faut établir un véritable partenariat avec la famille.
À l'âge adulte, l'autonomie reste généralement très limitée du fait de l'intensité du retard mental, des troubles moteurs, des difficultés de coordination gestuelle… y compris pour des gestes de la vie quotidienne. La présence permanente d'une tierce personne est souvent nécessaire. Une fois devenus adultes, les personnes bénéficient d'une mesure de protection juridique car elles ne sont pas en mesure de gérer seules leurs affaires courantes.
Recherche et perspectives thérapeutiques
Des avancées importantes ont lieu dans la recherche, notamment autour de thérapies géniques visant à réactiver l’expression du gène UBE3A sur le chromosome paternel.
Historique
Ce syndrome a été décrit pour la première fois en 1965 par un pédiatre anglais, le Dr Harry Angelman.
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