L'infertilité masculine est un problème de santé publique qui touche de nombreux couples à travers le monde. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu'environ 9% des couples rencontrent des difficultés de fertilité, et dans la moitié de ces cas, un facteur masculin est impliqué. L'absence totale de spermatozoïdes dans l'éjaculat, appelée azoospermie, est une cause importante d'infertilité masculine. Cet article explore les causes de l'infertilité masculine, en particulier l'azoospermie, ainsi que les traitements disponibles et les options de prévention.

Qu'est-ce que l'infertilité masculine ?

L'infertilité masculine est définie comme l'incapacité pour un homme de concevoir un enfant avec sa partenaire après 12 mois de rapports sexuels réguliers et non protégés. En France, environ un couple sur huit consulte un spécialiste en raison de difficultés à procréer. Selon les données de l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France (Obseff) et de l’Enquête nationale périnatale (ENP), 15 à 25 % des couples sont concernés par l’infertilité.

Diagnostic de l'infertilité masculine

La première étape du diagnostic de l'infertilité masculine est souvent un spermogramme.

Spermogramme : examen de première intention

Le spermogramme est l'examen de première intention pour évaluer la fertilité masculine. Il permet d'analyser plusieurs paramètres du sperme, notamment :

  • Le volume de l'éjaculat
  • La concentration de spermatozoïdes
  • La mobilité des spermatozoïdes
  • Le pourcentage de spermatozoïdes de formes normales (morphologie)

En cas d'altération confirmée de la spermatogenèse (production de spermatozoïdes) suite à deux spermogrammes réalisés à 2-3 mois d'intervalle, des examens complémentaires sont nécessaires. Ces examens peuvent inclure une échographie testiculaire et un bilan génétique.

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Autres examens diagnostiques

Le diagnostic de l'infertilité masculine repose sur plusieurs éléments :

  • Examen médical et antécédents : Un examen clinique complet avec palpation des organes génitaux externes est effectué, ainsi qu'une discussion des antécédents médicaux et sexuels du patient.
  • Tests hormonaux : Des tests sanguins peuvent être utilisés pour mesurer les niveaux hormonaux, car les hormones jouent un rôle clé dans la production de spermatozoïdes et la régulation de la fertilité. Une anomalie du taux de prolactine peut être recherchée. Un taux anormalement élevé de prolactine dans le sang peut entraîner des perturbations dans la production de testostérone et, de ce fait, affecter la fonction sexuelle, et donc la fertilité. On observe ainsi une baisse de la libido et des dysfonctions érectiles (difficulté à obtenir ou à maintenir une érection).
  • Tests génétiques : Des tests génétiques peuvent être recommandés si le médecin suspecte une cause génétique de l'infertilité. Ces tests peuvent identifier des anomalies chromosomiques ou des mutations génétiques spécifiques.
  • Imagerie médicale : Des techniques d'imagerie, comme l'échographie scrotale, peuvent être utilisées pour examiner les structures internes des testicules et des voies reproductrices. Cela permet de détecter des anomalies structurelles ou des obstructions.
  • Biopsie testiculaire : Dans certains cas, une biopsie testiculaire peut être nécessaire pour examiner directement le tissu testiculaire et évaluer la production de spermatozoïdes. Elle consiste à prélever chirurgicalement et sous anesthésie des biopsies de testicule. Ces fragments de tissus sont ensuite analysés au laboratoire de fécondation in vitro dans le but de chercher la présence de spermatozoïdes.

Causes de l'infertilité masculine et de l'azoospermie

Plusieurs facteurs peuvent altérer la spermatogenèse et entraîner une infertilité masculine, voire une azoospermie.

Anomalies spermatiques

Les anomalies spermatiques sont les causes les plus fréquentes d’infertilité masculine :

  • Azoospermie : Absence totale de spermatozoïdes dans l'éjaculat. L’azoospermie est définie comme une absence totale de spermatozoïdes dans le sperme. Ce trouble rare qui entraîne une infertilité masculine concerne moins de 1% des français.
  • Oligospermie : Taux de spermatozoïdes très faible. On parle d’oligospermie lorsque le sperme contient un nombre de spermatozoïdes trop faible.
  • Tératospermie : Anomalies morphologiques perturbant la mobilité et la fonctionnalité des spermatozoïdes. La tératospermie est la présence de spermatozoïdes « anormaux » en grand nombre dans le sperme. Elle est due à un défaut de leur fabrication dans les testicules. Quand le nombre de spermatozoïdes génétiquement anormaux (malformation au niveau de la tête, du flagelle…) dépasse les 60%, on est devant un cas de tératospermie.
  • Asthénospermie : Capacité de mouvement (motilité) des spermatozoïdes réduite.

Ces anomalies peuvent être dues à des causes mécaniques telles que :

  • Une absence des voies spermatiques
  • Un traumatisme du bassin ou des organes génitaux
  • Un défaut de descente du testicule dans les bourses (cryptorchidie)
  • Une anomalie de migration testiculaire
  • La dilatation d’une ou de plusieurs veines du cordon spermatique (varicocèle). La varicocèle peut impacter la fertilité masculine en diminuant le nombre et la mobilité des spermatozoïdes.

Infections

Certaines pathologies infectieuses peuvent être à l’origine de l’infertilité masculine :

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  • Urétrite
  • Prostatite
  • Infections urinaires à répétition
  • Complication des oreillons (orchite ourlienne). Bien que la plupart des enfants soient vaccinés, les oreillons sont dangereux pour la fertilité masculine.

Génétique

Le syndrome de Klinefelter est l’une des anomalies génétiques les plus fréquemment citées dans les cas d’infertilité. Ce syndrome implique la présence d’un chromosome X supplémentaire chez l’homme. Les hommes qui en souffrent n’ont quasiment pas de spermatozoïdes (azoospermie). Une anomalie génétique peut être détectée à l’occasion des explorations effectuées pour l’infertilité.

Hormones

Les hormones jouent un rôle crucial dans la production de spermatozoïdes. Des déséquilibres hormonaux, tels qu'un déficit en hormone folliculo-stimulante (FSH) ou en hormone lutéinisante (LH), peuvent affecter la spermatogenèse. D’autres troubles hormonaux comme l’hypothyroïdie peuvent également avoir un retentissement sur les spermatozoïdes.

Facteurs environnementaux et mode de vie

Certains facteurs environnementaux et habitudes de vie peuvent nuire à la fertilité masculine, notamment :

  • L’exposition à des toxines : produits chimiques industriels, pesticides, solvants et métaux lourds
  • Le tabagisme. L’hypofertilité peut aussi être induite par la consommation de produits toxiques comme la drogue (cannabis), le tabac ou l’alcool.
  • La consommation excessive d'alcool et de drogues
  • Une alimentation déséquilibrée. De nombreuses études mettent en évidence la relation entre l’indice de masse corporelle (IMC) et l’infertilité. En effet, l’insuffisance pondérale (IMC <19 kg / m2) et le surpoids (IMC 25-29,9 kg / m2) ont des effets similaires sur l’infertilité féminine. Chez l’homme, l’obésité a un impact sur la spermatogénèse entrainant plus fréquemment une oligospermie.
  • La chaleur excessive : l'exposition fréquente à des températures élevées, comme les bains chauds ou les saunas peut affecter la spermatogenèse. En effet, la fabrication des spermatozoïdes ne peut se faire de manière correcte que si la température est d’environ 35°C. Certaines habitudes de vie peuvent augmenter cette température : les bains chauds trop fréquents, les vêtements trop serrés, les ondes wifi (le portable dans la poche, l'ordinateur sur les genoux), la pratique intensive de certains sports (notamment en raison de contraintes mécaniques comme le cyclisme), etc. les facteurs qui exposent les testicules à une température trop élevée (jacuzzis et bains chauds trop fréquents, saunas et hammams, temps passé à conduire trop important, etc.) : la production de spermatozoïdes exige une température des testicules inférieure à celle du corps (c’est pour cette raison qu’ils sont à l’extérieur).

Depuis quelques dizaines d’années, la concentration moyenne de spermatozoïdes dans le sperme diminue régulièrement en France et en Europe. Les causes de ce phénomène ne sont pas clairement identifiées. Certains chercheurs suspectent le rôle de la concentration croissante, dans les eaux potables, des hormones féminines issues des urines des femmes qui prennent la pilule.

Maladies

Certaines maladies peuvent affecter la production de spermatozoïdes :

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  • Les cancers et leurs traitements (radiothérapie et chimiothérapie)
  • La mucoviscidose : une maladie génétique qui a des répercussions non seulement sur la respiration et la digestion, mais aussi, sur les organes reproducteurs. Toutes les maladies chroniques et métaboliques sont susceptibles de compromettre la fertilité, nous précise le Dr Faix et la récente crise sanitaire a fait émerger une nouvelle cause d’hypofertilité.

Dysfonctions sexuelles

Certaines dysfonctions telles que des anomalies des testicules (hypogonadisme) ou des lésions médullaires peuvent être responsables d’anéjaculation ou d’éjaculation rétrograde, entrainant ainsi une dysfonction sexuelle. Il s'agit d'une anomalie qui aboutit à l'émission du sperme dans la vessie au lieu d'une émission par la verge. Cette anomalie est généralement observée après une opération de la prostate. Dans ce cas, l’infertilité peut être contournée en récupérant, si possible, les spermatozoïdes dans les urines, ou en stimulant l’éjaculation de façon adéquate pour réaliser une PMA.

Azoospermie : causes spécifiques

L'azoospermie, ou absence totale de spermatozoïdes dans l'éjaculat, peut être de deux types :

  • Azoospermie sécrétoire (non obstructive) : Défaut de production des spermatozoïdes dans les testicules. L’azoospermie sécrétoire représente 60 % des cas et se définit comme un défaut de production des gamètes dans les bourses.
  • Azoospermie excrétoire (obstructive) : Blocage des voies spermatiques empêchant les spermatozoïdes d'atteindre l'éjaculat. Lorsqu’un ou plusieurs canaux servant à transporter les spermatozoïdes sont obstrués ou absents, on parle d’azoospermie excrétoire. à un blocage des voies utilisées par les spermatozoïdes depuis les testicules jusqu’aux organes où est stocké le sperme (les vésicules séminales). Parfois, les canaux de transport sont bouchés et les spermatozoïdes ne peuvent pas remonter jusqu’aux vésicules séminales.

Traitements de l'infertilité masculine

Le traitement de l'infertilité masculine dépend de la cause sous-jacente.

  • Changements de mode de vie : Dans certains cas, un simple changement de mode de vie, comme arrêter de fumer ou perdre du poids, peut suffire à améliorer la fertilité. Si des causes toxiques potentielles ou métaboliques ont été mises en évidence comme la consommation de tabac ou de drogues douces, la surcharge pondérale, il est possible d’agir pour améliorer la qualité du sperme. Cela passe par le sevrage et la diététique.

  • Traitements médicaux : Des traitements médicaux peuvent être prescrits pour traiter les infections, les déséquilibres hormonaux et les troubles de l'éjaculation. L'administration de corticoïdes est également possible dans certaines infertilités de cause immunologique. Les dysfonctionnements hormonaux peuvent également bénéficier d’un traitement médical hormonal.

  • Intervention chirurgicale : Une intervention chirurgicale peut être nécessaire en cas d’azoospermie pour aller chercher directement les spermatozoïdes dans le testicule en vue d’une FIV. L’intervention chirurgicale permet aussi de corriger la varicocèle ou de réparer les obstructions.

  • Techniques de procréation assistée (PMA) : Les techniques de PMA peuvent être utilisées lorsque les traitements précédents ne sont pas efficaces. Ces techniques incluent :

    • Insémination intra-utérine (IIU) : Les spermatozoïdes sont directement injectés dans l’utérus.
    • Fécondation in vitro (FIV) : Les spermatozoïdes et les ovules sont combinés en laboratoire, puis les embryons sont transférés dans l’utérus.
    • Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) : Un seul spermatozoïde est injecté directement dans l'ovule. Grâce à la FIV avec injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), il est aujourd’hui possible de sélectionner les spermatozoïdes présentant la meilleure mobilité et la meilleure morphologie, avant de les injecter dans l’ovocyte en vue de la fécondation. La FIV-ICSI (fécondation in vitro avec micro-injection) est une des techniques de PMA les plus fréquemment réalisées. Elle est particulièrement indiquée dans l’infertilité masculine et donc pour palier à l’azoospermie en introduisant les spermatozoïdes manuellement au sein de l’ovocyte. En effet, seuls quelques spermatozoïdes suffisent au bon déroulement de l’intervention. Cette dernière offre les plus grandes chances de succès.
  • Don de spermatozoïdes : Dans certains cas d’infertilité masculine, le don de spermatozoïdes pourra être proposé.

Recherche sur l'azoospermie non obstructive

Certains hommes souffrent d'une absence totale de spermatozoïde dans leur sperme. Ce phénomène concerne environ 15 % des hommes infertiles. Lorsque cette absence est liée à une absence de production de spermatozoïdes dans le testicule, cette pathologie se nomme « azoospermie non obstructive ». À l'heure actuelle, des solutions sont apportées aux couples souffrant d'infertilité grâce au développement des techniques de Procréation Médicalement Assistée (PMA). De nouvelles stratégies thérapeutiques doivent être mises en place pour ces patients.

Une piste thérapeutique innovante consiste à réintroduire dans les cellules germinales des cellules productrices de spermatozoïdes, le message génétique capable de produire cette protéine : soit de l'ADN, plus précisément des séquences du gène d'intérêt ; soit de l'ARNm, la molécule qui fait l'intermédiaire entre le gène et la protéine. Les molécules, ADN ou ARNm, sont injectées au niveau des testicules. Ensuite, elles sont introduites dans les cellules par une technologie dite d'« électroporation » qui consiste à créer des pores, des « trous » dans la membrane plasmique des cellules.

Prévention de l'infertilité masculine

Adopter un mode de vie sain peut améliorer la fertilité :

  • Éviter les comportements à risque tels que le tabagisme, l'usage de drogues et la consommation excessive d'alcool.
  • Maintenir un poids santé grâce à une alimentation équilibrée et à l'exercice régulier.
  • Protéger les testicules des blessures et de la chaleur excessive.
  • Réduire l'exposition aux toxines environnementales (pesticides, produits chimiques industriels).
  • Gérer le stress.
  • Consulter régulièrement un médecin pour des bilans de santé.

Soutien psychologique

L'infertilité peut être une source de stress émotionnel important. Il est très important de chercher un soutien psychologique pour faire face aux défis émotionnels et améliorer le bien-être général. Les groupes de soutien et les consultations avec un psychologue spécialisé en infertilité peuvent être bénéfiques.

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