Le parvovirus B19 est un virus pathogène humain généralement responsable d'infections bénignes telles que le mégalérythème épidémique (cinquième maladie) et des arthropathies. Cependant, l'infection peut être plus grave chez les patients immunodéprimés et pendant la grossesse, où elle peut entraîner des complications fœtales.

Caractéristiques du parvovirus B19

Le parvovirus B19 appartient à la famille des Parvoviridae. Il s'agit d'un virus non enveloppé d'environ 20 nm de diamètre, avec une capside icosaédrique contenant une molécule d'ADN monocaténaire. C'est un virus strictement humain du genre Erythrovirus, qui se réplique sélectivement dans les précurseurs de la lignée érythrocytaire. Il a été découvert en 1975 dans des sérums de donneurs de sang asymptomatiques.

Transmission du parvovirus B19

La transmission du virus se fait principalement par voie respiratoire, par les sécrétions respiratoires ou par contact des mains avec la bouche. C'est un virus ubiquitaire qui sévit sur un mode endémo-épidémique, provoquant de petites épidémies en fin d'hiver et au début du printemps chez les sujets non immunisés. La séroprévalence augmente avec l'âge, allant de 2 à 10 % avant 5 ans à 40 à 60 % chez les adultes de 20 à 60 ans. Environ 50 % des femmes en âge de procréer ne sont pas immunisées, ce qui présente un risque de transmission maternofœtale en cas d'exposition pendant la grossesse. Les femmes les plus à risque sont les mères d'enfants d'âge préscolaire et scolaire, les gardiennes d'enfants, les enseignantes et le personnel soignant pédiatrique. La transmission peut également se produire par transfusion sanguine, bien que cela soit rare.

Physiopathologie de l'infection à parvovirus B19

Après la pénétration du virus par voie respiratoire, une phase de virémie survient environ une semaine après la contamination. Le virus atteint ses cellules cibles, les précurseurs des érythroblastes, via l'antigène P érythrocytaire. Le virus bloque la maturation des proérythroblastes, entraînant une érythroblastopénie et une diminution du nombre de réticulocytes. Des anticorps neutralisants IgM puis IgG anti-parvovirus B19 apparaissent, éliminant rapidement le virus. La virémie peut se manifester par un syndrome pseudo-grippal. Environ 20 à 25 % des adultes infectés sont asymptomatiques.

Manifestations cliniques

La primo-infection peut se traduire par un érythème maculopapuleux typique, débutant sur les joues avec un aspect "souffleté", puis s'étendant au tronc et aux extrémités sous forme de macules roses pâles (mégalérythème épidémique ou cinquième maladie). Les manifestations articulaires sont plus fréquentes chez l'adulte, en particulier chez la femme, et sont liées à la formation de complexes immuns. Dans de rares cas, l'immunodépression peut entraîner des infections chroniques avec érythroblastopénie profonde et durable. Le parvovirus B19 a également été impliqué dans des cas de myocardite, de neuropathie, de purpura thrombopénique, de purpura vasculaire, de syndrome appendiculaire, de neutropénie auto-immune et de détresse respiratoire.

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Infection à parvovirus B19 pendant la grossesse

En France, environ 50 % des femmes en âge de procréer sont immunisées contre le parvovirus B19. Seule la primo-infection chez les femmes enceintes séronégatives peut avoir des conséquences sur le fœtus. La fréquence du passage transplacentaire du virus est d'environ 33 %. Le risque de contamination fœtale est d'environ 3 % chez les femmes enceintes non immunisées et exposées au virus. L'infection fœtale peut être suspectée en cas de signes cliniques évocateurs ou de contage connu.

Risques et conséquences pour le fœtus

Dans la majorité des cas, la primo-infection maternelle est sans conséquence fœtale. Cependant, dans environ 10 % des cas, les risques principaux sont les avortements spontanés, la mort fœtale in utero et l'anasarque fœto-placentaire. Le passage transplacentaire du virus pendant la virémie maternelle peut entraîner une atteinte du fœtus, car le virus est lytique pour les précurseurs érythroïdes fœtaux. L'infection peut entraîner une anémie fœtale, une hypoxémie, une hyperviscosité sanguine, une insuffisance cardiaque et des anomalies fonctionnelles hépatiques, conduisant à des œdèmes sous-cutanés et à un œdème placentaire généralisé (anasarque fœtoplacentaire). Le risque d'avortement spontané est plus élevé lorsque l'infection survient avant 20 semaines de gestation.

Diagnostic de l'infection à parvovirus B19 pendant la grossesse

Le diagnostic repose sur la sérologie maternelle, avec la recherche d'IgM et d'IgG spécifiques. Les IgM apparaissent 10 à 15 jours après le contage et peuvent persister jusqu'à 6 mois. Les IgG apparaissent quelques jours après les IgM et persistent généralement toute la vie. La présence isolée d'IgG témoigne d'une infection ancienne et d'une immunité. La présence d'IgM en l'absence d'IgG suggère une primo-infection récente, mais des faux positifs sont possibles. En cas de tests négatifs et d'exposition récente, les tests doivent être répétés 2 à 4 semaines plus tard.La détection de l'ADN viral par PCR dans le liquide amniotique ou le sang de cordon est la méthode de diagnostic virologique direct de référence, réalisée uniquement en cas d'atteinte fœtale révélée par l'échographie. En cas d'anasarque fœtoplacentaire, la ponction de sang fœtal permet de doser l'hémoglobine et de réaliser une transfusion sanguine in utero si l'anémie fœtale est sévère.

Interprétation des résultats sérologiques

  • IgG positives, IgM négatives : Immunité acquise, pas d'infection récente.
  • IgG positives, IgM positives : Infection récente ou ancienne, nécessitant une confirmation par PCR.
  • IgG négatives, IgM positives : Primo-infection récente possible, à confirmer par un second prélèvement.
  • IgG négatives, IgM négatives : Absence d'immunité, risque de primo-infection en cas d'exposition.

Prise en charge et traitement

Il n'existe pas de traitement antiviral efficace de l'infection maternelle et fœtale. La guérison de l'anasarque fœtoplacentaire est obtenue par transfusion sanguine in utero dans 75 % des cas. En l'absence de traitement, l'anasarque entraîne la mort fœtale dans 80 % des cas. Compte tenu de la rareté des complications fœtales après une primo-infection maternelle, un dépistage systématique des infections à parvovirus B19 chez les femmes enceintes n'est pas justifié.

Prévention

La prévention repose sur des mesures d'hygiène, telles que le lavage fréquent des mains et l'évitement du partage d'objets personnels avec les enfants.

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Autres infections virales pendant la grossesse

Outre le parvovirus B19, d'autres infections virales peuvent survenir pendant la grossesse et avoir des conséquences sur le fœtus. Parmi celles-ci, on peut citer la rubéole, le cytomégalovirus (CMV), la varicelle et l'herpès simplex virus (HSV).

Rubéole

La rubéole est une infection virale qui peut entraîner de graves malformations congénitales si elle est contractée pendant la grossesse, en particulier au cours du premier trimestre. La vaccination est le principal moyen de prévention de la rubéole. La réinfection rubéoleuse était considérée comme non tératogène.

Cytomégalovirus (CMV)

Le CMV est un virus très répandu qui peut provoquer une infection congénitale chez le fœtus. L'infection à CMV est la première cause d'infection congénitale en France, avec une prévalence de 0,5 à 2 % des nouveaux-nés. La transmission du CMV peut se faire par voie hématogène placentaire, par passage des leucocytes infectés ou par infection du liquide amniotique. La plupart des infections congénitales à CMV sont asymptomatiques, mais certaines peuvent entraîner des séquelles neurosensorielles.

Varicelle

La varicelle est une infection virale causée par le virus varicelle-zona (VZV). La varicelle pendant la grossesse peut entraîner un risque d'embryofoetopathie. La survenue d'un zona en cours de grossesse est estimée à 1,5/10 000.

Herpès simplex virus (HSV)

L'HSV peut provoquer une infection néonatale grave si la mère est infectée au moment de l'accouchement. La transmission de l'HSV au nouveau-né se fait généralement par contact avec les lésions génitales de la mère lors de l'accouchement.

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Quand faut-il "contrôler" une sérologie ?

Toutes les grossesses doivent bénéficier d’une surveillance clinique et paraclinique afin de prévenir, dépister et diagnostiquer toute situation pathologique. Les sérologies réalisées en cours de grossesse font partie de cette surveillance. Certaines sérologies sont obligatoires (virus de l’hépatite B [VHB]), d’autres sont fortement recommandées (virus de l’immunodéficience humaine [VIH], toxoplasmose, rubéole, syphilis). Enfin, certaines sont indiquées en fonction du contexte maternel (cytomégalovirus [CMV], virus de l’hépatite C [VHC], virus de la varicelle et du zona [VZV], herpès simplex virus [HSV]).

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