La listériose est une infection d'origine alimentaire causée par la bactérie Listeria monocytogenes. Bien que relativement rare, elle est préoccupante pendant la grossesse en raison du risque de complications graves pour le fœtus et le nouveau-né. Cet article vise à clarifier l'interprétation des tests sérologiques de la listériose pendant la grossesse, en tenant compte des recommandations actuelles et des meilleures pratiques.
Listériose : Généralités
Reconnue dans les années 1950 comme une cause d'infection chez les personnes immunodéprimées, la listériose est causée par Listeria monocytogenes, une bactérie présente dans l'environnement (sol, poussière, eau, végétaux) et dans la flore digestive de nombreux mammifères, y compris les humains. La contamination se fait principalement par l'ingestion d'aliments contaminés ou par transmission materno-fœtale.
En France, l'incidence de la listériose est d'environ 5 cas par million d'habitants, soit environ 200 nouveaux cas par an. Grâce aux mesures d'hygiène agroalimentaires mises en place dans les années 1980-1990, son incidence a diminué. Les cas maternels et néonataux représentent environ 12 % des cas totaux. La baisse de l'immunité chez la femme enceinte favorise l'infection, en particulier au cours du troisième trimestre de la grossesse.
Manifestations cliniques de la listériose pendant la grossesse
Chez la femme enceinte, la listériose se manifeste généralement par un syndrome pseudo-grippal banal et aspécifique (fièvre, arthromyalgies, céphalées) avec parfois des troubles digestifs. La maladie peut être très peu symptomatique, ce qui rend le diagnostic difficile. Biologiquement, on observe une hyperleucocytose et des anomalies du bilan hépatique. Les hémocultures sont positives dans un tiers des cas. Les formes septiques graves sont rares.
Chez le nouveau-né, deux formes sont décrites :
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- La méningite listérienne : C'est la forme la plus fréquente. Elle se manifeste par un tableau de méningite bactérienne aiguë, avec des mouvements anormaux, des crises convulsives et une vigilance fluctuante. Dans plus de 80 % des cas, il s'agit d'une méningite lymphocytaire avec hyperprotéinorachie constante et hypoglycorachie inconstante. Les hémocultures sont plus souvent positives (75 % des cas) que la culture du LCR (liquide céphalo-rachidien), qui est négative dans 60 % des cas. La mortalité varie de 0 à 13 %, et est plus fréquente en cas de néoplasie ou d'hémopathie sous-jacente. L'imagerie est indispensable au diagnostic de listériose du SNC (système nerveux central), montrant des lésions en hyposignal T1, hypersignal T2 et FLAIR, mal limitées, confluentes avec une zone centrale hypodense en T2, leur donnant une prise de contraste en cocarde.
- La listériose peut également être une cause de GEA (gastro-entérite aiguë) fébrile bénigne chez le sujet en bonne santé.
Intérêt et limites de la sérologie dans le diagnostic de la listériose pendant la grossesse
Contrairement à d'autres infections à risque fœtal (telles que la toxoplasmose ou la rubéole), la sérologie de la listériose n'est pas recommandée de manière systématique pendant la grossesse. En effet, la sérologie listérienne est d'interprétation difficile et n'est pas un élément clé dans la prise en charge.
Pourquoi la sérologie est-elle peu utile ?
- Faible sensibilité : La sérologie peut être négative même en cas d'infection active, en particulier en début d'infection.
- Spécificité limitée : Des réactions croisées avec d'autres bactéries peuvent entraîner des résultats faussement positifs.
- Absence de consensus sur les seuils : Il n'existe pas de seuils clairement définis pour interpréter les résultats sérologiques et distinguer une infection récente d'une infection ancienne.
- Cinétique des anticorps mal définie : La cinétique des anticorps anti-Listeria pendant la grossesse n'est pas bien connue, ce qui rend difficile l'interprétation des résultats sériés.
Quand la sérologie peut-elle être envisagée ?
Dans certaines situations cliniques, la sérologie peut être envisagée, mais elle doit toujours être interprétée avec prudence et en tenant compte du contexte clinique :
- En cas de syndrome pseudo-grippal fébrile chez une femme enceinte, en particulier au troisième trimestre, et en présence de facteurs de risque (consommation d'aliments à risque, exposition professionnelle).
- En cas de suspicion de listériose néonatale, pour étayer le diagnostic.
Dans ces cas, il est préférable de réaliser des hémocultures, qui sont plus sensibles et spécifiques pour le diagnostic de listériose.
Conduite à tenir en cas de suspicion de listériose pendant la grossesse
Face à une suspicion de listériose pendant la grossesse, la conduite à tenir est la suivante :
- Hémocultures : Réaliser des hémocultures à la recherche de Listeria monocytogenes.
- Antibiothérapie probabiliste : En cas de forte suspicion clinique, instaurer une antibiothérapie probabiliste sans attendre les résultats des hémocultures. L'antibiothérapie de référence est l'amoxicilline associée à la gentamycine. D'autres antibiotiques peuvent également être utilisés..
- Surveillance materno-fœtale : Assurer une surveillance étroite de la mère et du fœtus.
- Information de la patiente : Expliquer à la patiente les risques et les bénéfices des différentes options diagnostiques et thérapeutiques.
Prévention de la listériose pendant la grossesse
La prévention de la listériose repose essentiellement sur des mesures d'hygiène alimentaire :
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- Éviter les aliments à risque :
- Fromages au lait cru (ainsi que ceux vendus râpés).
- Poissons fumés ou crus (type sushis, sashimis, tarama…), les coquillages crus.
- Charcuterie, notamment les rillettes, les produits en gelée, les pâtés, le foie gras. Préférer les charcuteries cuites préemballées à celles en coupe.
- Préparer et conserver correctement les aliments :
- Enlever de préférence la croûte des fromages à pâte dure.
- Laver soigneusement les légumes crus, herbes aromatiques et les graines germées (soja notamment).
- Bien cuire les viandes et les poissons.
- Séparer les produits crus (ex : viande, légumes) et les aliments cuits ou prêts à consommer.
- Respecter les règles d'hygiène de base :
- Lavage des mains régulier, surtout après la manipulation d'aliments non cuits.
- Nettoyer fréquemment le réfrigérateur et le désinfecter ensuite avec de l’eau javellisée (1x/mois).
- S’assurer que la température du réfrigérateur est suffisamment basse (4°C).
- Respect des dates limites de consommation des aliments.
Infections à risque fœtal : un aperçu
Outre la listériose, d'autres infections peuvent avoir des conséquences graves pendant la grossesse. Il est essentiel d'en connaître les modalités de dépistage, de prévention et de prise en charge.
Cytomégalovirus (CMV)
Le CMV est un virus très répandu, puisque l'on estime qu'environ 60 % de la population a déjà été contaminée. Le plus souvent asymptomatique, l'infection peut être dangereuse pour le bébé si la femme enceinte contracte le virus pour la première fois pendant la grossesse. La transmission materno-fœtale se fait par voie hématogène transplacentaire et augmente avec l’âge gestationnel (de 30 % au premier trimestre à 60 % au dernier trimestre).
Le dépistage systématique pendant la grossesse n'est actuellement pas recommandé par le haut conseil de la santé publique. Cependant, en cas de séroconversion à CMV pendant la grossesse, un traitement préventif de la transmission materno-fœtale peut être proposé (valaciclovir).
Herpès
L'herpès est une infection sexuellement transmissible très fréquente, liée aux herpèsvirus de types 1 et 2 (HSV 1 et 2). De rares cas de transmission in utero ont été décrits, aboutissant à des fœtopathies sévères. Un herpès génital maternel au moment de l’accouchement doit faire craindre l’infection néonatale, rare mais gravissime. En cas de présence de lésions herpétiques au moment de l’accouchement, une césarienne de protection fœtale est indiquée, s’il s’agit d’une infection initiale primaire.
VIH
En France, 0,1 à 0,2 % des femmes enceintes sont séropositives pour le VIH. La grossesse ne modifie pas l’évolution d’une infection maternelle par le VIH, et le VIH ne semble pas avoir d’influence néfaste sur le déroulement de la grossesse. En cas de séropositivité pour le VIH, un suivi multidisciplinaire doit être mis en place avec une surveillance régulière de la charge virale et du taux de lymphocytes CD4. Un traitement antirétroviral est instauré afin d’obtenir une charge virale indétectable. L’allaitement maternel est contre-indiqué.
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Rubéole
La rubéole est une infection virale à transmission respiratoire ou transplacentaire. La primo-infection rubéoleuse d’une femme enceinte en début de grossesse peut être responsable d’une embryofœtopathie grave : la rubéole congénitale. Le risque est majeur avant 12 SA et presque nul après 18 SA. Le dépistage de la rubéole est obligatoire en début de grossesse. Si les IgG sont négatives, on les dose à 20 SA, dans le même laboratoire. Si elles restent négatives, on arrête la surveillance, et la vaccination est faite à la naissance.
Hépatite B
En France, 1,5 % des femmes enceintes ont des Ag HBs positifs. Il n’existe pas d’embryofœtopathie liée au virus de l’hépatite B. Son risque est lié à une contamination périnatale. La prévention repose sur la sérovaccination des nouveau-nés de mère Ag HBs+. Le dépistage de l’infection maternelle est obligatoire au 6e mois de grossesse. Il consiste en une recherche de l’antigène HBs.
Hépatite C
L’infection touche 1 % des femmes enceintes, souvent associée au VIH, qui augmente son risque de transmission au nouveau-né. Son dépistage (recherche d’anticorps anti-VHC) n’est pas obligatoire au cours de la grossesse, mais doit être demandé en cas de situation à risque. Le risque est la transmission périnatale du virus et l’infection chronique de l’enfant.
Parvovirus B19
Quarante pour cent des femmes enceintes ne sont pas immunisées contre le parvovirus B19, et 1 % d’entre elles font une primo-infection pendant leur grossesse. L’infection, sans gravité chez la mère, expose le fœtus à une infection in utero, par voie hématogène transplacentaire dans 30 % des cas. Les risques fœtaux principaux sont la myocardite virale, l’anémie foetale voire, dans les cas sévères, l’anasarque fœtoplacentaire avec risque de mort fœtale in utero. Le diagnostic de l’infection maternelle repose sur la sérologie PVB19 et celle de l’infection fœtale sur l’amniocentèse (recherche d’ADN viral par PCR). Il n’existe ni mesures de prévention ni traitement spécifique.
Varicelle
Seules 5 % des femmes enceintes ne sont pas immunisées contre la varicelle. La pneumopathie varicelleuse, complication la plus fréquente et sévère chez l’adulte, reste rare, mais plus grave chez la femme enceinte, avec mise en jeu du pronostic vital. En cas de contact d’une femme enceinte séronégative avec un sujet infecté, avant 20 SA, il est nécessaire d’instaurer un traitement antiviral préventif par aciclovir, ainsi qu’un traitement par immunoglobulines spécifiques si le contage date de moins de dix jours.
Toxoplasmose
En France, 50 % des femmes sont immunisées contre l’infection parasitaire à Toxoplasma gondii. La prévention de la toxoplasmose congénitale repose sur un dépistage sérologique systématique en début de grossesse, puis un suivi sérologique mensuel des femmes séronégatives. En cas de séroconversion maternelle, le risque est la diffusion hématogène et le passage transplacentaire de T. gondii pouvant infecter le fœtus. Le diagnostic de toxoplasmose congénitale repose sur une amniocentèse.
Syphilis
Le depistage repose sur une serologie syphilis en debut de grossesse à renouveller dans les populations à risque. En l’absence de traitement, le risque de transmission fœtale est de 50 %. Les principales conséquences fœtales au cours de la grossesse sont les fausses couches tardives, les morts fœtales in utero, les retards de croissance, la prématurité et la syphilis congénitale. L’infection maternelle nécessite la mise en place d’un traitement antibiotique par benzathine benzylpénicilline.
Streptocoque B
Son portage est dépisté de façon systématique par prélèvement vaginal, entre 34 et 38 SA, afin de déterminer la nécessité d’un traitement antibiotique perpartum. Le portage du streptocoque B ne présente pas de risque fœtal et nécessite donc un traitement uniquement lors de la rupture des membranes ou en perpartum.
Médicaments et grossesse
Tout médicament administré à la mère pendant la grossesse peut avoir des répercussions sur le fœtus, immédiates ou à plus long terme. Le risque tératogène dépend du terme. La prescription de médicaments pendant la grossesse doit refaire discuter le rapport bénéfice-risque au cas par cas en fonction des pathologies maternelles. Il faut toujours privilégier le médicament le plus ancien pour lequel on a le plus de recul et ne laisser en place que les médicaments indispensables.
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