La présence de selles glairo-sanglantes chez un nourrisson est une source d'inquiétude pour les parents. Bien que cette situation soit souvent bénigne, il est important d'en identifier les causes potentielles et de connaître les traitements appropriés. Cet article a pour but de fournir une information complète sur ce sujet, en abordant les différentes causes possibles, les démarches diagnostiques et les options thérapeutiques.
Introduction
Les selles glairo-sanglantes chez le nourrisson se caractérisent par la présence de mucus (glaire) et de sang dans les selles. La couleur du sang peut varier du rouge vif au noir, selon son origine et son ancienneté. La présence de glaires est due à une production excessive de mucus par l'intestin, souvent en réponse à une irritation ou une infection.
Causes des selles glairo-sanglantes chez le nourrisson
Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de selles glairo-sanglantes chez le nourrisson. Il est important de distinguer les causes bénignes des causes plus graves nécessitant une prise en charge médicale rapide.
Causes infectieuses
Les infections intestinales sont une cause fréquente de diarrhée et de selles glairo-sanglantes chez le nourrisson.
- Gastro-entérites virales : Les virus tels que le rotavirus, le norovirus et l'adénovirus sont les principaux responsables des gastro-entérites aiguës chez les nourrissons. Outre la diarrhée, ces infections peuvent provoquer des vomissements, de la fièvre et des douleurs abdominales.
- Infections bactériennes : Certaines bactéries, telles que Salmonella, Shigella, Yersinia et Campylobacter jejuni, peuvent provoquer des infections intestinales sévères, caractérisées par des diarrhées glairo-sanglantes, de la fièvre et des douleurs abdominales. Shigella, bactéries à la fois entéro-invasives et sécrétant une toxine, provoquent 4 à 5 jours après l’ingestion d’un aliment ou d’une boisson contaminée, une diarrhée glairo-sanglante très sévère, avec fièvre et douleurs abdominales, qui nécessite un traitement antibiotique. Les Yersinia, présentes dans de nombreux aliments (légumes, viandes, laitages) se développent à basse température. Les salmonelloses sont de loin les plus fréquentes.
- Toxi-infections alimentaires : La consommation d'aliments contaminés par des bactéries ou des toxines peut entraîner des diarrhées et des vomissements. Les toxines de Staphylococcus aureus peuvent également être responsables de diarrhées. Les toxi-infections alimentaires suite à la consommation de fruits de mer sont classiques. Elles sont dues à des bactéries variées (salmonelles, E. coli..) ou à des toxines (ciguatera, dans les poissons tropicaux). Parmi les bactéries responsables d’un syndrome cholériforme, la plus connue est Vibrio cholerae. On soupçonnera la toxine d’Escherichia coli entéro-toxinogène, pour une diarrhée de courte durée (2-4 jours), non sanglante, sans fièvre, guérissant spontanément.
- Infections à Clostridioides difficile : Des diarrhées à Clostridioides difficile sont maintenant observées en pathologie communautaire.
Causes non infectieuses
Outre les infections, d'autres facteurs peuvent être responsables de selles glairo-sanglantes chez le nourrisson.
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- Allergie aux protéines de lait de vache (APLV) : L'APLV est une réaction allergique aux protéines présentes dans le lait de vache. Elle peut se manifester par des symptômes digestifs tels que des diarrhées, des vomissements, des douleurs abdominales et des selles glairo-sanglantes. Les rectorragies peuvent donc persister plusieurs mois si l’allaitement se prolonge, sans aggraver le pronostic ni remettre en cause le diagnostic. L’origine de ces rectorragies sous lait de mère n’est pas parfaitement connue. En pratique, avant de poser un diagnostic d’APLV souvent abusif, il convient d’éliminer d’abord des causes organiques et locales.
- Colite néonatale transitoire : Cette affection bénigne se caractérise par la présence de petites quantités de sang dans les selles des nourrissons allaités. Elle est souvent liée à une sensibilité aux protéines du lait de vache consommées par la mère.
- Fissure anale : Une fissure anale est une petite déchirure de la peau autour de l'anus. Elle peut provoquer des saignements lors du passage des selles, qui peuvent être visibles dans la couche du bébé. Des causes organiques doivent être éliminées au premier plan par un examen clinique minutieux : fissure anale, érosions périanales, entérocolite ulcéronécrosante, un volvulus. Il faut également rechercher des crevasses du mamelon chez la mère, responsables de sang dégluti.
- Entérocolite ulcéronécrosante (ECUN) : L'ECUN est une affection grave qui touche principalement les nourrissons prématurés. Elle se caractérise par une inflammation et une nécrose de la paroi intestinale, pouvant entraîner des saignements et des perforations.
- Autres causes organiques : Dans de rares cas, les selles glairo-sanglantes peuvent être le signe d'une autre pathologie digestive, telle qu'un volvulus (torsion de l'intestin) ou une malformation intestinale.
Diagnostic des selles glairo-sanglantes chez le nourrisson
La démarche diagnostique face à des selles glairo-sanglantes chez le nourrisson comprend plusieurs étapes :
- Examen clinique : Le médecin réalise un examen clinique complet du nourrisson, en recherchant des signes de déshydratation, de fièvre, de douleurs abdominales ou d'autres symptômes associés. L’examen recherche des signes d’alerte qui peuvent être liés au symptôme « diarrhée », à sa cause ou au terrain.
- Anamnèse : Le médecin interroge les parents sur les antécédents médicaux du nourrisson, son alimentation, ses symptômes et les éventuels facteurs de risque (voyage récent, contact avec une personne malade, etc.). L’interrogatoire vérifie la supplémentation correcte de l’enfant en vitamine K.
- Analyses de selles : Une coproculture est réalisée pour rechercher la présence de bactéries pathogènes. En cas de suspicion d'infection parasitaire, un examen parasitologique des selles peut également être effectué. La coproculture est réalisée à visée étiologique en cas de diarrhée glairo-sanglante, associée en cas de retour d’un voyage à risque à un examen parasitologique des selles et/ou un frottis-goutte épaisse.
- Analyses sanguines : Des analyses sanguines peuvent être nécessaires pour évaluer l'état général du nourrisson, rechercher des signes d'infection ou d'inflammation, et évaluer le degré de déshydratation. Des hémocultures sont réalisées en cas de fièvre élevée, de frissons, d’enfant paraissant septique. La réalisation d’un prélèvement sanguin pour ionogramme sanguin, avec glycémie, protidémie, urée, créatininémie et CO2 total veineux n’est indiquée qu’en cas de nécessité de réhydratation intraveineuse, dans le même temps que la pose de l’accès veineux. L’objectif est une éventuelle adaptation du contenu de la perfusion. Ces examens et notamment la connaissance de la natrémie sont inutiles en cas de réhydratation orale.
- Tests d'allergie : En cas de suspicion d'APLV, des tests d'allergie peuvent être réalisés, tels que des tests cutanés ou un dosage des IgE spécifiques. Lorsque toutes les causes précédentes ont été écartées, en l’absence d’autres signes associés (diarrhée, vomissements, perte de poids, altération de l’état général) et si les rectorragies ne sont pas abondantes (filets de sang dans les selles), aucune mesure particulière n’est nécessaire pendant 4 jours. Si les rectorragies persistent au-delà de 4 jours, une exclusion des protéines du lait de vache (PLV) et des autres laits de mammifères est prescrite à la mère. En cas d’évolution favorable avec disparition des rectorragies, habituellement en 3 à 15 jours, une réintroduction des PLV peut être tentée chez la mère 1 mois plus tard. En cas de récidive, le régime les excluant doit être poursuivi jusqu’au sevrage de l’allaitement. Si les rectorragies ne récidivent pas lors de la réintroduction des PLV 1 mois plus tard, le diagnostic de colite néonatale transitoire est retenu. Si les rectorragies persistent au-delà de 15 jours après l’exclusion des PLV, ces dernières sont réintroduites dans l’alimentation de la mère. Certains tentent une exclusion de l’œuf chez la mère qui permet parfois la résolution des saignements.
- Examens complémentaires : Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être nécessaires, tels qu'une radiographie abdominale, une échographie abdominale ou une endoscopie digestive, afin d'identifier la cause des saignements.
Traitement des selles glairo-sanglantes chez le nourrisson
Le traitement des selles glairo-sanglantes chez le nourrisson dépend de la cause sous-jacente.
Réhydratation
La déshydratation est une complication fréquente des diarrhées chez le nourrisson. Il est donc essentiel de veiller à une hydratation adéquate en administrant des solutés de réhydratation orale (SRO). La réhydratation orale constitue le traitement essentiel d’une diarrhée aiguë sans signes de gravité et repose sur l’administration de solutés de réhydratation orale d’osmolarité réduite (50/60 mmol/L de Na+) qui réduit le volume des selles et la fréquence des vomissements. La réhydratation orale doit être précisément expliquée aux parents pour être efficace. En cas d’échec (vomissements persistants malgré un fractionnement bien conduit des prises), la réhydratation par solutés de réhydratation orale administrée en débit continu par une sonde nasogastrique doit être proposée, de préférence à la réhydratation intraveineuse chez les enfants ne présentant ni état de choc, ni troubles de conscience, ni iléus paralytique, et en l’absence de malformation ORL. Elle permet d’éviter un prélèvement veineux, entraîne moins de complications tout en permettant une durée de séjour plus courte. Il n’existe pas de consensus sur le débit à passer par la sonde gastrique. Le protocole le plus utilisé comporte l’administration de 40 à 50 mL/kg sur les 3 à 6 premières heures. La réhydratation intraveineuse est prescrite en relais de la correction d’un choc hypovolémique, en cas de déshydratation avec altération de l’état de conscience ou acidose importante, ou en cas d’échec de la réhydratation entérale (orale ou nasogastrique) se manifestant par une aggravation de la déshydratation, la persistance des vomissements, ou l’épuisement de l’enfant, enfin en cas de distension abdominale majeure ou de suspicion d’affection chirurgicale. En cas de choc hypovolémique, la restauration de la volémie est une urgence immédiate. Elle nécessite une prise en charge par un médecin expérimenté et requiert un appel du Samu si l’enfant n’est pas dans une structure hospitalière appropriée. Le remplissage vasculaire s’effectue par bolus de 20 mL/kg de sérum salé isotonique (ou solution de Ringer lactate) jusqu’à correction des signes de choc hypovolémique, administré par une voie veineuse périphérique (voire intra-osseuse en cas d’échec de la voie veineuse). Entre deux bolus, fréquences cardiaque et respiratoire, qualité du pouls, état de conscience, perfusion périphérique, précharge et pression artérielle doivent être contrôlés.
Traitement médicamenteux
- Antibiotiques : En cas d'infection bactérienne, un traitement antibiotique est nécessaire. Une étiologie bactérienne est suspectée devant une fièvre élevée (≥ 40 °C), des selles sanglantes avec un syndrome dysentérique et des douleurs abdominales, ou une diarrhée profuse, mais surtout aqueuse, dans un contexte épidémiologique favorable. Le risque est la survenue de complications septiques. Une coproculture et des hémocultures doivent être réalisées. En présence de toxines, le traitement proposé est le métronidazole en 1re intention : 30 mg/kg par jour pendant 10 jours et, en cas de résistance, vancomycine per os.
- Antidiarrhéiques : Les médicaments antidiarrhéiques ont une place accessoire, l’enfant guérissant spontanément. Le racécadotril, antisécrétoire, réduit le débit des selles d’environ 50 %. Les probiotiques (Saccharomyces boulardii, Lactobacillus rhamnosus GG) réduisent la durée et l’intensité des symptômes. Ils peuvent être utilisés en complément de la réhydratation orale. Le lopéramide n’est pas recommandé et est même contre-indiqué avant 2 ans.
- Antiémétiques : L’ondansétron peut être efficace chez les enfants qui ont des vomissements en lien avec une gastroentérite. Il n’a pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette indication. Son utilisation est limitée au milieu hospitalier et discutée au cas par cas. Les autres antiémétiques ne sont pas recommandés.
Modifications alimentaires
- APLV : En cas d'APLV, un régime d'exclusion des protéines de lait de vache est nécessaire pour la mère qui allaite ou pour le nourrisson nourri au lait artificiel.
- Colite néonatale transitoire : Dans ce cas, une exclusion des protéines de lait de vache de l'alimentation de la mère peut être envisagée.
Autres traitements
Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être nécessaire, notamment en cas d'ECUN ou de volvulus.
Prévention des diarrhées chez le nourrisson
Plusieurs mesures peuvent être prises pour prévenir les diarrhées chez le nourrisson :
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- Allaitement maternel : L'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie est recommandé, car il renforce le système immunitaire du nourrisson et le protège contre les infections.
- Hygiène : Il est important de se laver les mains régulièrement, notamment avant de préparer les repas et après être allé aux toilettes.
- Vaccination : La vaccination contre le rotavirus est recommandée pour prévenir les gastro-entérites à rotavirus.
- Alimentation : Il est important de respecter les règles d'hygiène lors de la préparation des biberons et des repas.
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