La rubéole est une maladie virale contagieuse généralement bénigne, particulièrement chez l'enfant. Cependant, elle représente un risque majeur pour le fœtus lorsqu'une femme enceinte est infectée, surtout pendant les premiers mois de la grossesse. Cet article a pour but d'informer sur les risques associés à la rubéole pendant la grossesse, les moyens de s'en prémunir et la prise en charge de cette maladie durant la gestation.

Qu'est-ce que la Rubéole ?

La rubéole, également connue sous le nom de rougeole allemande ou « troisième maladie », est une infection contagieuse causée par le rubivirus, un virus à ARN de la famille des Togaviridae. Elle se caractérise par une fièvre légère, une éruption cutanée rose ou rouge, un gonflement des ganglions lymphatiques et parfois une conjonctivite. Chez l’enfant, la rubéole est souvent bénigne, voire asymptomatique dans près de 50 % des cas. La gravité de la maladie est liée au passage transplacentaire du virus en cas d’infection d’une femme enceinte pendant les premiers mois de la grossesse.

Transmission de la Rubéole

La rubéole se transmet facilement d’une personne à une autre par des contacts inter-humains directs. Le virus de la rubéole se transmet par les sécrétions rhinopharyngées expulsées par les personnes infectées. Il existe une possible transmission indirecte par des objets et des surfaces fraichement souillés par des sécrétions rhino-pharyngées. Plus précisément, la contamination se fait au travers de gouttelettes de salive lors :

  • De toux
  • D’éternuements
  • De mouchages
  • De contacts par des mains souillées par la salive
  • De contacts étroits avec des personnes infectées
  • De contact avec des objets contaminés par des sécrétions du nez ou de la gorge (jouets, mouchoirs, poignées de porte, etc.).

Chez la femme enceinte, le virus de la rubéole est transmis au fœtus via le placenta.

La période de contagiosité s’étend approximativement de 7 jours avant l’éruption à 14 jours après, mais la contagiosité est maximale entre 5 jours avant et 6 jours après l’éruption. Les enfants atteints de rubéole congénitale excrètent du virus pendant plusieurs mois.

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Symptômes de la Rubéole

Lorsqu’elle est symptomatique (50 % des cas), la maladie débute par une fièvre modérée (38,5°C) suivie d'une éruption maculeuse (tâches rouges sans relief) ou maculo-papuleuse (les papules sont surélevées à la palpation) fugace morbilliforme (c'est-à-dire simulant celle de la rougeole, avec des macules et des papules pouvant confluer en plaques séparées par des intervalles de peau saine) débutant au visage pour s'étendre en moins de 24 heures au tronc et aux membres supérieurs. Elle disparait sans laisser de traces au troisième jour.

Les symptômes de la rubéole sont généralement bénins chez l’enfant. Elle se manifeste par :

  • Une éruption cutanée : elle survient dans 50 % à 80 % des cas et débute sur la face et le cou, avant de s’étendre au reste du corps. L’éruption dure 1 à 3 jours.
  • Une fièvre légère.
  • Des nausées.
  • Un mal de gorge.
  • Des maux de tête.
  • Une conjonctivite.
  • Une augmentation du volume des ganglions lymphatiques derrière les oreilles et dans le cou.

Les adultes infectés ont en plus une arthrite et des douleurs articulaires, pendant 3 à 10 jours environ. Le virus se propage dans l’organisme en 5 à 7 jours puis, les symptômes apparaissent habituellement 2 à 3 semaines après l’exposition. La contagiosité atteint son paroxysme 1 à 5 jours après l’apparition de l’éruption cutanée.

Rubéole et Grossesse : Les Risques pour le Bébé

La rubéole, lorsqu’elle est contractée pendant la grossesse, peut entraîner de graves malformations chez le fœtus. Le risque de transmission du virus de la rubéole de la mère au fœtus est très élevé si la mère contracte la maladie pendant le premier trimestre de la grossesse. Le risque de transmission mère-enfant est alors de plus de 80 %. Ensuite, il diminue jusqu’à une valeur de 30 % avant d’augmenter à nouveau à partir de la 30e semaine d’aménorrhée pour approcher de 100 % en fin de grossesse.

En cas de rubéole avant la 12e semaine d’aménorrhée (pendant le premier trimestre de la grossesse), l’infection peut entrainer des conséquences graves pour le fœtus. Près de la moitié des femmes enceintes infectées par la rubéole ne présentent pas de symptôme. Les autres développent une éruption cutanée qui peut parfois être confondue avec une réaction allergique, éventuellement accompagnée de fièvre.

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Le passage transplacentaire du virus pendant les premiers mois de grossesse peut être responsable de mort fœtale ou d'une rubéole congénitale malformative ou asymptomatique. L’atteinte au cours de l’embryogenèse se traduit par des malformations du système nerveux central, de l'œil, de l'oreille interne, de l'appareil cardiovasculaire, isolées ou diversement associées. La fœtopathie se caractérise par un retard de croissance intra-utérin souvent associé à une hépatosplénomégalie, un purpura thrombopénique et une anémie hémolytique.

À ce stade, l’infection par le virus de la rubéole peut provoquer une fausse couche, un retard psychomoteur qui peut être très important, et/ou des malformations pouvant atteindre l’œil (cataracte), le cœur (cardiopathie), et l’oreille interne (surdité).

La femme qui contracte la rubéole en début de grossesse est à 90 % à risque de transmettre la maladie au fœtus. La rubéole peut entrainer la mort du fœtus ou un syndrome de rubéole congénitale.

Le syndrome de rubéole congénitale (SRC) est plus élevé dans les pays où les femmes en âge de procréer ne sont pas immunisées contre la rubéole. Généralement, cette non-immunisation est due au fait qu’elles n’ont jamais été vaccinées ou qu’elles n’ont jamais contracté la maladie.

Les enfants atteints d’une rubéole congénitale peuvent présenter :

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  • Une déficience auditive
  • Des malformations oculaires
  • Des malformations cardiaques
  • D’autres maladies dont ils souffriront toute leur vie : autisme, diabète sucré, dysfonctionnement de la thyroïde, etc.

En revanche, en cas de contamination maternelle en seconde moitié de grossesse, même si le fœtus est très souvent infecté, le risque de rubéole congénitale malformative est nul et aucun suivi particulier ne sera proposé hormis un diagnostic à la naissance à visée de prévention des personnes de l’entourage. En effet les enfants infectés même asymptomatiques sont très contagieux et ce pendant de nombreux mois.

Dépistage et Diagnostic de la Rubéole pendant la Grossesse

Dès le premier examen de la grossesse, le médecin prescrit un bilan sanguin pour vérifier que la femme enceinte est immunisée contre la rubéole. Sans preuve écrite d’une immunité par rapport à la rubéole, le médecin prescrit un test sérologique au moment du premier examen prénatal.

Un dépistage sérologique est réalisé en début de grossesse afin de savoir si vous êtes immunisée contre le virus. Celui-ci est effectué à partir d’une simple prise de sang. Si le résultat de la recherche des anticorps IgG est positif en début de grossesse, quel que soit le taux, on considérera que vous êtes immunisée (protégée).

Si elle n’est pas immunisée, elle est surveillée de près pendant toute sa grossesse.

Pour confirmer le diagnostic de rubéole, le médecin examine l’éruption cutanée et interroge son patient sur l’apparition des symptômes. Une personne non vaccinée ou n’ayant jamais contracté la maladie n’est pas immunisée contre la rubéole : elle peut contracter la maladie et la transmettre. Si elle est infectée et susceptible d’être en contact avec des femmes enceintes, le médecin a donc recours des examens complémentaires pour confirmer son diagnostic. Un examen PCR permet d’identifier le virus en détectant son matériel génétique.

Chez les femmes enceintes, les personnes atteintes d’encéphalite et les nouveau-nés, le diagnostic peut être confirmé en mesurant le taux d’anticorps dirigés contre le virus de la rubéole dans le sang. Cette confirmation est également possible en analysant des échantillons d’urine ou prélevés dans la gorge ou le nez.

Si l’infection fœtale est avérée à un terme précoce et que les parents en font la demande, une interruption de grossesse peut être acceptée compte tenu du pronostic sombre de ces infections congénitales.

Prévention de la Rubéole

La seule façon de se prémunir contre le virus est de se faire vacciner. Le meilleur moyen de prévenir la rubéole est de se faire vacciner. Le vaccin administré est le ROR, le vaccin combiné rougeole-oreillons-rubéole qui contient les virus vivants, mais affaiblis de la rougeole, des oreillons et de la rubéole.

En l’absence d’immunisation, la femme enceinte ne peut pas être vaccinée contre la rubéole pendant la grossesse. Elle doit éviter tout contact avec une personne susceptible d’être contaminée (enfant avec une éruption de tâches rosées en cours ou récente), surtout durant les 4 premiers mois de la grossesse.

Pour protéger d’éventuelles autres grossesses, la vaccination contre la rubéole est pratiquée après l’accouchement, avant même la sortie de la maternité. Elle n’empêche pas l’allaitement maternel. On lui conseillera également de se faire vacciner juste après l’accouchement à la maternité.

Le vaccin ROR ne peut pas être effectué en cas d’allergie aux produits utilisés dans le vaccin, de déficit immunitaire ou pendant la grossesse. Mieux vaut donc s'assurer de sa vaccination auprès de son médecin généraliste ou de son gynécologue, avant tout projet de grossesse.

Pour protéger les femmes enceintes, il est essentiel que toute la population soit vaccinée : hommes, femmes et enfants. En effet, ce n'est que lorsque la grande majorité d'une population est vaccinée qu'il est possible d'enrayer la propagation d’un virus.

La vaccination contre la rubéole fait partie du vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Elle doit obligatoirement être programmée chez tous les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018. Dans le nouveau calendrier vaccinal, il est recommandé d'effectuer la première injection à 1 an et la seconde entre 16 et 18 mois. Mais un rattrapage de la vaccination contre la rubéole est également possible chez l’adolescent et l’adulte. Pour les adultes nés avant 1980 et jamais vaccinés, une seule injection est nécessaire. Ce vaccin est complètement pris en charge par l’Assurance maladie jusqu'à 18 ans.

Si les résultats d’une sérologie confirmant l’immunité de la femme vis-à-vis de la rubéole sont disponibles, il n’est pas utile de la vacciner. Il n’y a pas lieu de revacciner des femmes ayant reçu 2 vaccinations préalables, quel que soit le résultat de la sérologie si elle a été pratiquée.

Traitement de la Rubéole

Il n’existe aucun traitement contre la rubéole. La plupart des personnes atteintes récupèrent totalement sans traitement. Néanmoins, il est possible de traiter les symptômes tels que les douleurs et la fièvre en prescrivant le paracétamol ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène.

La rubéole est une maladie provoquée par un virus : la prise d’antibiotiques est donc inutile. Le traitement de la rubéole chez l’adulte consiste simplement à soulager les symptômes provoqués par la maladie. Le médecin peut prescrire du paracétamol pour supprimer l’inconfort provoqué par la fièvre et soulager les maux de tête, les maux de gorge et les douleurs articulaires. Les doses et les fréquences d’administration de ces médicaments doivent être scrupuleusement respectées.

Certaines mesures peuvent aussi être prises afin de lutter contre l’inconfort lié aux symptômes, notamment la fièvre. Pour l’enfant, il faudrait :

  • Lui faire boire de l’eau régulièrement et à volonté.
  • Aérer sa chambre et maintenir la température à 19 °C.
  • Ne pas trop le couvrir afin de permettre à la chaleur de s’évacuer.
  • Informer l’école ou la collectivité fréquentée par l’enfant.
  • Surveiller sa température et une éventuelle apparition de douleurs articulaires.

La rubéole guérit rapidement. L’éruption cutanée disparaît en 3 à 4 jours, mais le gonflement des ganglions lymphatiques peut persister encore quelques jours.

Mesures d'Hygiène

La rubéole est une maladie contagieuse. Pour limiter sa propagation, il est recommandé de :

  • Se laver les mains plusieurs fois par jour (avant et pendant la prise d’un repas, après être allé aux toilettes…), avec de l’eau et du savon.
  • Tousser, éternuer et se moucher dans un mouchoir en papier jetable, et le jeter immédiatement après usage.

La Rubéole en France : Évolution et Surveillance

Grâce à la vaccination, la rubéole a considérablement reculé dans le monde. « En décembre 2018, 168 pays sur 194 avaient introduit le vaccin antirubéoleux », indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Les cas de rubéole notifiés ont chuté de 97 %, passant de 670 894 cas dans 102 pays en 2000 à 14 621 cas dans 151 pays en 2018 ».

« En France, le nombre d’infections rubéoleuses diagnostiquées durant la grossesse et recensées par le réseau Rénarub a diminué de 80 % entre 2001 (39 cas) et 2016 (7 cas, dont 4 importés). En 2017 et 2018, le nombre d’infections maternelles annuel était respectivement de 6 (dont 3 importés) et 10 cas (dont 7 importés).

En France, la rubéole n’est pas surveillée en population générale jusqu'en mai 2018 mais, du fait de la gravité de la rubéole lorsqu’elle est contractée au cours de la grossesse, une surveillance nationale des infections rubéoleuses materno-fœtales a été instaurée dès 1976 (Réseau Renarub). Elle reposait sur le réseau des laboratoires de biologie médicale et ce sont les résultats de cette surveillance.

En application du décret n° 2018-342 du 7 mai 2018 paru dans le Journal officiel du 10 mai 2018, la rubéole rejoint la liste des maladies pour lesquelles la transmission de données individuelles de signalement ou de notification à l'autorité sanitaire est obligatoire (habituellement désignées sous le terme de "maladies à déclaration obligatoire").

Les données de couverture vaccinale par le vaccin trivalent ROR montrent les résultats suivants (respectivement pour la 1ère dose et la seconde dose) : 91 % et 77 % à 24 mois, ≥ 96 % et ≥ 83 % à 6 ans, 11 ans et 15 ans).

La réceptivité de la population adulte vis-à-vis de la rubéole a été évaluée lors d’une étude de séroprévalence menée par l’Invs auprès des donneurs de sang en 2013. Les résultats d’ensemble montraient que 5,4 % des sujets âgés de 18 ans à 32 ans restaient réceptifs vis-à-vis de l’infection rubéoleuse.

La combinaison des données de séroprévalence et des données de couverture vaccinale du vaccin ROR est en faveur d’un niveau global d’immunité antirubéoleuse en population générale supérieur au niveau d’immunité de groupe nécessaire pour éliminer la rubéole (80-85 %), et n’est donc pas en faveur d’un risque de résurgence importante de la maladie (la rubéole étant moins contagieuse que la rougeole). Cependant, cette étude a montré un niveau de réceptivité plus important chez les hommes (7,8 %) que chez les femmes (3,1 %). Il existe également une hétérogénéité géographique des couvertures vaccinales à 24 mois (niveaux < 85 % dans certains départements du sud de la France) et l’épidémiologie de la rougeole en France depuis 2008 a permis d’identifier des populations de faible couverture vaccinale (exemples : gens du voyage, patientèle de médecins non vaccinateurs, population fréquentant les écoles d’obédience anthroposophique ou apparentée).

Complications de la Rubéole

Les complications sont rares, plus fréquemment observées chez les adultes ou les adolescents : atteintes articulaires (polyarthralgies et polyarthrites), neurologiques (méningo-encéphalites), thrombopénie. La mortalité est quasi nulle.

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