L'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un enjeu majeur de santé publique, marqué par des disparités territoriales et des évolutions législatives constantes. Cet article se penche sur la situation dans la région Centre-Val de Loire, en mettant en lumière le rôle des différents acteurs, les difficultés rencontrées et les initiatives mises en place pour améliorer l'accès à ce droit fondamental. Un éclairage particulier sera apporté sur le CHRU Bretonneau de Tours, un centre de référence en matière d'orthogénie.
L'IVG en Centre-Val de Loire : Un Tableau Contrasté
La région Centre-Val de Loire présente un taux d'avortement parmi les plus bas de France. Cependant, derrière ce chiffre se cachent des réalités contrastées selon les départements. Si l'offre de soins semble satisfaisante dans la métropole orléanaise, la situation est plus préoccupante dans l'Indre, où les femmes rencontrent des difficultés à choisir leur méthode d'avortement, avec un recours parfois forcé à l'IVG médicamenteuse en raison du manque de disponibilité de l'IVG instrumentale.
Difficultés d'accès et disparités territoriales
Dans certains départements, le manque de médecins impliqués et le faible nombre de blocs opératoires disponibles entraînent des délais d'attente importants pour les IVG instrumentales, parfois jusqu'à un mois. Cette situation décourageante conduit certaines patientes à se tourner vers d'autres départements, comme Tours ou Vierzon, où des arrangements sont possibles, mais où la procédure doit parfois être entièrement refaite.
Le rôle crucial des sages-femmes
Face à la diminution du nombre de médecins pratiquant l'IVG, les sages-femmes jouent un rôle de plus en plus important dans l'accès à ce droit. Depuis 2016, la loi les autorise à pratiquer l'IVG médicamenteuse, une avancée significative qui a permis d'améliorer le suivi des patientes et de faire évoluer les pratiques. Certaines sages-femmes, comme celles de l'hôpital de Chartres, s'engagent pleinement pour accueillir toutes les patientes, y compris celles venant d'autres départements, notamment de la région parisienne, où les délais peuvent être allongés.
L'impact de la Covid-19 et l'adaptation des pratiques
La pandémie de Covid-19 a bouleversé le monde de la santé, y compris les services d'orthogénie. Durant les confinements, le gouvernement a autorisé les IVG médicamenteuses à domicile jusqu'à neuf semaines de grossesse, au lieu de sept habituellement. Les établissements ont également dû adapter leurs pratiques, en proposant notamment des rendez-vous téléphoniques pour le premier contact avec les patientes. Cette innovation, mise en place à l'hôpital de Blois, a été très appréciée et pourrait être maintenue à l'avenir.
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Le CHRU Bretonneau de Tours : Un Centre de Référence
Le CHRU Bretonneau de Tours est un acteur majeur de l'orthogénie dans la région Centre-Val de Loire. Son service d'orthogénie réalise chaque année entre 1 000 et 1 100 IVG et est le seul centre à effectuer des IMG (interruptions médicales de grossesse) pour des risques psycho-sociaux. Le Dr Nathalie Trignol-Viguier, médecin référente de ce centre, est également co-présidente de l'ANCIC (Association Nationale des Centres d'avortement et de Contraception) et présidente de la commission orthogénie du réseau de périnatalité du Centre-Val de Loire.
Une prise en charge globale et un accueil inconditionnel
Le CHRU Bretonneau de Tours se distingue par sa volonté d'accueillir toutes les patientes, quel que soit leur département d'origine et leur situation. Le centre accepte notamment les patientes que d'autres structures refusent en raison de délais dépassés ou de difficultés à pratiquer des avortements dits tardifs (entre 12 et 14 semaines).
Des difficultés liées à l'interprétation de la loi
Le Dr Trignol-Viguier souligne que certains hôpitaux n'appliquent pas la même interprétation de la date de conception, ce qui peut entraîner des refus d'IVG alors que la patiente y a encore droit. Elle déplore ce non-respect de la loi, sans toutefois vouloir dénoncer publiquement les structures concernées.
Améliorer l'Accès à l'IVG : Des Pistes d'Action
Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour améliorer l'accès à l'IVG dans la région Centre-Val de Loire :
- Renforcer la communication et la coordination entre les structures : La commission orthogénie du réseau de périnatalité du Centre-Val de Loire joue un rôle essentiel dans ce domaine, en organisant des réunions et en développant des projets pour améliorer la prise en charge des IVG.
- Développer la formation des professionnels de santé : La commission orthogénie a mis en place des formations IVG médicamenteuse en dehors des structures, afin de renforcer les compétences des professionnels et d'élargir l'offre de soins.
- Mieux informer les femmes sur leurs droits et les différentes méthodes d'IVG : Il est essentiel de lutter contre la désinformation et de garantir que les femmes aient accès à une information claire et objective sur l'IVG, afin qu'elles puissent faire un choix éclairé.
- Soutenir le rôle des sages-femmes : La loi de 2020, qui autorise à titre expérimental la pratique de l'IVG instrumentale par les sages-femmes, est une avancée importante qui doit être encouragée et pérennisée.
- Lutter contre les inégalités territoriales : Il est nécessaire de renforcer l'offre de soins dans les départements où l'accès à l'IVG est le plus difficile, en mobilisant les ressources humaines et financières nécessaires.
L'IVG à Loches : Une Offre de Soins en Développement
Depuis quelques années, le centre hospitalier Paul-Martinais de Loches propose l'IVG chirurgicale, une offre de soins encore méconnue. Les médecins Nathalie Jan et Thomas Hébert ont constaté un faible nombre d'interventions, mais restent optimistes quant au développement de cette activité. Ils soulignent l'importance de garantir la confidentialité des patientes et de les accompagner psychologiquement tout au long du processus.
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Un accueil discret et personnalisé
Le centre de périnatalité de l'hôpital de Loches, ouvert en 2014, offre un cadre discret et confidentiel pour l'accueil des patientes souhaitant recourir à l'IVG. Les consultations sont assurées par le Dr Nathalie Jan, qui laisse aux femmes un délai de réflexion d'une semaine avant de prescrire l'IVG. L'intervention est réalisée par le Dr Thomas Hébert, praticien au CHU de Tours, dans le bloc opératoire de l'hôpital. Les patientes sont accueillies en service ambulatoire, dans une chambre seule.
Un accompagnement psychologique essentiel
Les médecins insistent sur l'importance d'accompagner psychologiquement les femmes qui recourent à l'IVG. Ils veillent à déculpabiliser les patientes et à leur offrir un soutien adapté à leurs besoins. Un rendez-vous post-IVG est systématiquement proposé pour s'assurer du bien-être psychologique des femmes.
L'importance de l'information et de la contraception
Le Dr Nathalie Jan souligne également l'importance de l'information sur la contraception, notamment auprès des jeunes. Elle espère que son travail de sensibilisation portera ses fruits et contribuera à réduire le nombre de grossesses non désirées.
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