La modification génétique des embryons humains suscite un vif intérêt et de nombreux débats au sein de la communauté scientifique et du public. Les avancées technologiques récentes, notamment l'outil CRISPR-Cas9, ont ouvert de nouvelles perspectives en matière de thérapie génique, mais soulèvent également des questions éthiques et de sécurité importantes. Cet article explore les dernières actualités concernant la modification génétique des embryons humains, en mettant en lumière les avancées scientifiques, les préoccupations éthiques et les enjeux de sécurité.
CRISPR-Cas9 : Une Révolution dans l'Édition du Génome
L'édition du génome consiste à modifier de façon précise et contrôlée une séquence d’ADN en y ajoutant, retirant ou modifiant une ou plusieurs bases. La stratégie n’est pas nouvelle, les scientifiques font de la modification du génome depuis 40 ans. Cependant, CRISPR (clustered regularly interspaced short palindromic repeat) a révolutionné l’édition du génome en raison de sa précision, de sa rapidité, de sa simplicité, de sa fiabilité et de son faible coût. Depuis les premières publications en 2012 et les premiers essais en 2015, cet outil a permis de changer d'échelle.
Hervé Chneiweiss explique que CRISPR-Cas9 est comparable à des ciseaux moléculaires capables d’induire une cassure à un endroit précis du génome. Une fois la coupure réalisée, la cellule va elle-même réparer son ADN. En général, les scientifiques veulent juste empêcher qu'un gène s'exprime : dans ce cas, il suffit de laisser les systèmes de réparation faire. La cassure est mal réparée et le gène est inactivé. Pour cela, les scientifiques continuent de développer, à partir de la technique CRISPR, d’autres outils pour modifier directement la séquence ADN.
Applications et Implications de la Modification Génétique Somatique
Les applications sont multiples et cette technique est aujourd’hui couramment utilisée pour modifier le génome de cellules somatiques chez l’animal et chez l’Homme. En 2018, par exemple, un enfant a été soigné d'une leucémie grâce à la modification de cellules de sa moelle osseuse. Grâce à la modification, les cellules ont exprimé à leur surface une molécule permettant de détruire les cellules tumorales.
La modification génétique somatique, qui affecte uniquement les cellules du patient et n'est pas transmise à la descendance, est déjà utilisée en clinique pour traiter certaines maladies. Cependant, la modification génétique germinale, qui affecte les cellules reproductrices et est donc transmise aux générations futures, suscite des préoccupations éthiques plus importantes.
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La Modification Génétique des Embryons Humains : Une Ligne Rouge ?
La perspective d'appliquer cette technique sur l'homme effraie beaucoup, et même Jennifer Doudna, la co-découvreuse de CRISPR Cas9, s'inquiète : "Il y a de nombreuses questions éthiques que nous devons considérer avec attention. Avec mes collègues, nous appelons à une pause globale de toutes les utilisations de la technologie CRISPR sur les embryons humains, le temps que nous puissions en mesurer toutes les implications."
En 2018, le scientifique chinois He Jiankui a annoncé la naissance de deux jumelles dont le génome avait été modifié à l'aide de CRISPR-Cas9. Cette annonce a suscité une vive controverse internationale, de nombreux scientifiques et éthiciens condamnant cette expérience comme étant prématurée et contraire à l'éthique. He Jiankui a été condamné à trois ans de prison pour avoir violé les réglementations chinoises en matière de recherche médicale.
Malgré cette condamnation, He Jiankui continue de défendre son travail et a même annoncé son intention de poursuivre ses recherches sur la modification génétique des embryons humains. Cette attitude a suscité de nouvelles critiques de la part de la communauté scientifique, qui craint que ses actions ne nuisent à la réputation de la recherche en thérapie génique et ne mettent en danger la santé des futurs enfants.
Risques et Préoccupations Liés à CRISPR-Cas9
Les craintes liées à CRISPR Cas9 vont bien au-delà de ces questions éthiques. Aujourd'hui, cette révolution est vue comme une menace potentielle pour la sécurité des Etats. En 2016, James Clapper, alors directeur de l'ensemble des services du renseignement américain, précise ses craintes dans un rapport alarmiste. Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, raconte : James Clapper a annoncé que le découpage du génome devait figurer parmi les menaces d'armes de destruction massive pour les Etats-Unis. Après cette déclaration choc de James Clapper, les conseillers scientifiques de Barrack Obama échafaudent, eux-aussi, un scénario inquiétant dans une lettre au Président : Un exemple serait d'utiliser CRISPR pour créer des virus qui pourraient couper, modifier, éteindre ou activer un gène, et de ce fait, affecter une fonction cellulaire importante. Il est possible qu'une attaque bien exécutée et planifiée reste invisible pendant des jours ou des semaines.
Plusieurs risques sont associés à l'utilisation de CRISPR-Cas9 pour modifier le génome des embryons humains :
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- Effets hors cible : CRISPR-Cas9 peut parfois modifier des gènes autres que ceux visés, ce qui peut entraîner des mutations inattendues et potentiellement dangereuses.
- Mosaïcisme : La modification génétique peut ne pas être uniforme dans toutes les cellules de l'embryon, ce qui peut entraîner un mosaïcisme, c'est-à-dire la présence de cellules avec et sans la modification génétique.
- Conséquences à long terme inconnues : Les effets à long terme de la modification génétique sur la santé et le développement des enfants nés de ces embryons sont inconnus.
- Utilisation abusive : La technologie CRISPR-Cas9 pourrait être utilisée à des fins non médicales, telles que l'amélioration des traits physiques ou intellectuels, ce qui soulève des questions éthiques et sociales importantes.
La Recherche sur l'Embryon : Un Cadre Strict
L’étude du développement embryonnaire est une discipline complexe et très encadrée. En influant sur un processus régulant l’expression des gènes, des chercheurs de l’Institut Pasteur sont parvenus à recréer in vitro des amas cellulaires de souris mimant sous certains aspects l’organisation de vrais embryons. Ce nouvel outil de recherche permet d’éviter la manipulation d’embryons. La recherche sur l’embryon humain est très encadrée et régie par des règles strictes de bioéthique. Elle est autorisée en France depuis 2013, sous conditions et sous contrôle de l’Agence de biomédecine (en savoir plus sur la recherche sur l’embryon & les cellules souches embryonnaires). Ainsi, dans un grand nombre de pays, il est interdit de cultiver et d’utiliser des embryons humains au-delà de 14 jours après la fécondation. Afin de comprendre les processus fondamentaux mis en jeu lors du développement embryonnaire, les chercheurs ont donc orienté leurs études vers d’autres mammifères, notamment la souris.
Vers des Alternatives à la Modification d'Embryons ?
Compte tenu des obstacles techniques et éthiques associés à la modification génétique des embryons, de nombreux chercheurs explorent des alternatives, telles que la modification du génome sur des cellules souches pluripotentes induites (IPSC) dérivées de cellules somatiques, puis après sélection des cellules correctement modifiées, les conduire à se différencier en cellules germinales. L’essentiel des étapes a déjà été réalisé chez la souris, il n’est pas inimaginable de le faire chez l’homme - mais les inconnues et les problèmes sont nombreux.
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