La pré-éclampsie est une complication grave et fréquente de la grossesse, souvent méconnue du grand public. En février 2019, l'association Grossesse Santé contre la pré-éclampsie a été créée pour sensibiliser à ce sujet de santé publique. Ce syndrome, encore incomplètement expliqué, associe une hypertension artérielle et l'apparition de protéines dans les urines.
Qu'est-ce que la Pré-éclampsie ?
La pré-éclampsie est un syndrome qui se manifeste par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines pendant la grossesse. Selon les estimations, environ 5 % des grossesses sont concernées par la pré-éclampsie. Cette complication est responsable d'un tiers des naissances de grands prématurés et représente la seconde cause de décès maternel, après les hémorragies de la délivrance.
Causes
La pré-éclampsie est due à un dysfonctionnement du placenta, qui entraîne la production de molécules toxiques, notamment pour les vaisseaux sanguins, ce qui augmente la pression artérielle maternelle. Une récente étude suggère que l’ADN du fœtus est associé au risque de pré-éclampsie. La maladie semble ainsi dépendre de plusieurs facteurs, le terrain génétique pouvant contribuer à hauteur de 50 % dans la survenue de la maladie. Une équipe de recherche internationale a mis en évidence que le patrimoine génétique du fœtus pourrait influencer le risque de pré-éclampsie. L’analyse a porté sur l’ADN de 4 380 bébés nés de grossesses compliquées de pré-éclampsie, qui ont été comparés à l’ADN de 310 000 bébés nés de grossesses normales. Une première variante génétique du gène FLT1 est associée significativement à la pré-éclampsie. Portée par la moitié de la population, elle majore de 20 % le risque de pré-éclampsie tardive. Cette étude est la première à relier une complication pathologique de la grossesse à un gène porté par le fœtus. Elle confirme la susceptibilité génétique à la maladie, mais surtout l’importance de connaître les antécédents à la fois de la mère et du père. D’autres facteurs de risque génétiques pourraient être découverts dans les années à venir.
Facteurs de Risque
Bien que l'on ignore encore si le risque est lié à la pré-éclampsie ou si la femme était déjà prédisposée, ces risques peuvent se réaliser plusieurs années après la grossesse compliquée, et quelquefois plus tard, à la ménopause. Il faut le prendre comme un avertissement, plus que comme une condamnation.
Symptômes
La prééclampsie ne provoque pas toujours de symptômes. L’hypertension artérielle associée provoque des gonflements des mains, des pieds et du visage notamment, bien que leur seule présence ne prouve pas l’existence d’une prééclampsie. D’autres signes cliniques peuvent être observés : des maux de tête, des troubles visuels et auditifs, des douleurs abdominales, des vomissements, des troubles urinaires et un œdème important.
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Diagnostic
Actuellement, la pré-éclampsie est dépistée grâce au suivi mensuel des femmes enceintes, comprenant un dosage des protéines urinaires et une mesure de la tension artérielle. Mais les spécialistes recherchent des marqueurs très précoces de la maladie, qui permettraient dès les premières semaines de grossesse d’identifier les femmes qui développeront une pré-éclampsie au cours de la grossesse.
Risques et Conséquences pour la Mère et l'Enfant
Les conséquences de la pré-éclampsie peuvent être graves pour la mère et l'enfant. Le seul traitement est l’accouchement, quelquefois pour sauver la maman, même si le terme du bébé n’est pas assez avancé. Les mamans peuvent se retrouver longuement hospitalisées après l’accouchement, quelquefois dans un autre hôpital que leur bébé. Les bébés peuvent naître non seulement prématurés, voire très/trop prématurés (la pré-éclampsie est responsable d’un grand prématuré sur 4), mais en plus avec un retard de croissance qui les affaiblit.
Complications
La pré-éclampsie peut entraîner des complications sévères telles que :
- L'hématome rétroplacentaire : un décollement prématuré du placenta provoquant un hématome (une poche de sang) entre le placenta et l’utérus. Ce décollement, douloureux, gêne, voire interrompt, les échanges sanguins entre la mère et le fœtus.
- Le syndrome HELLP : une complication de la pré-éclampsie qui associe une destruction des globules rouges, des cellules du foie et des plaquettes sanguines.
- L'éclampsie : une complication de la prééclampsie, qui consiste en des crises similaires à celles de l’épilepsie, généralisées et inexpliquées. La crise d’éclampsie se déroule en quatre phases. Tout d’abord, la patiente roule des yeux tandis que les muscles de son visage et de ses mains se contractent légèrement. Ensuite, pendant environ trente secondes, ses muscles deviennent rigides : la patiente cesse de respirer et peut se mordre la langue en serrant les dents. Au terme de cette phase, la contraction cesse mais de violents spasmes musculaires se déclenchent : ce sont les convulsions, qui durent environ deux minutes.
En France, la prééclampsie et ses complications sont parmi les principales causes de décès maternel et fœtal.
Syndrome HELLP
Le Hellp syndrome est une grave complication de la grossesse, souvent associée à une prééclampsie, ou toxémie gravidique. Le Hellp syndrome est une grave atteinte hépatique chez la femme enceinte, à la fin de la grossesse le plus souvent, qui peut entraîner une interruption de la grossesse et un accouchement prématuré.
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Traitement
Le traitement du HELLP syndrome repose essentiellement sur l’interruption de la grossesse, autrement dit le déclenchement de l’accouchement, par césarienne le plus souvent. Lorsque la grossesse est suffisamment avancée (autour de 34 semaines d’aménorrhée), le déclenchement de l’accouchement est donc perçu comme un traitement adéquat car, comme la prééclampsie, le HELLP syndrome disparaît de lui-même sans séquelle dans les jours suivant l’accouchement. Cela étant, il faut savoir que l’anesthésie péridurale est proscrite lorsque la thrombopénie est modérée à sévère, plus précisément lorsqu’il y a moins de 100 000 plaquettes/mm3 dans le sang. D’autres approches existent toutefois pour éviter d’interrompre la grossesse à un stade trop précoce. Elles consistent notamment à injecter des corticoïdes afin d’accélérer la maturation pulmonaire du fœtus en cas de besoin de déclenchement, et/ou à prescrire des antihypertenseurs à la future maman.
En France, le Hellp syndrome est bien pris en charge et la mortalité maternelle est faible, inférieure à 1 %.
Prise en Charge et Suivi
La pré-éclampsie nécessite une prise en charge médicale adaptée pour prolonger la grossesse le plus longtemps possible, tout en préservant la santé de la mère. Après une pré-éclampsie, les femmes ne sont pas assez bien suivies ni assez bien informées sur les risques pour leur santé et les moyens de les limiter. Ce manque d’information semble avoir un effet sur leurs choix de vie puisque 39% d’entre elles ont renoncé à une grossesse ultérieure.
Rôle de l'Association Grossesse Santé
L’association Grossesse Santé contre la pré-éclampsie est une association d’écoute et d’entraide. C’est un groupe très varié et très uni de mamans qui ont toutes été touchées, à des degrés plus ou moins graves, par la pré- éclampsie. L'association est aussi entourée d’un comité scientifique qui rassemble les experts français de ce syndrome : Gynécologie Obstétrique, Néphrologie, Cardiologie, Médecine Vasculaire et HTA, Pédiatrie Néonatale, Sage Femme, Psychologie, INSERM. L’association est déjà partenaire de la Fédération Française de Cardiologie et de la Société Française d’Hypertension Artérielle.
Témoignages
Lolita a malheureusement vécu en novembre dernier la perte de sa fille suite à une pré-éclampsie précoce et sévère avec HELLP syndrome qui s’est aggravée très rapidement. Elle mentionne aussi les différences de prise en charge entre les maternités malheureusement et la méconnaissance sur cette pathologie de grossesse.
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Une autre maman témoigne : "J’ai eu une complication sévère de la pré-éclampsie : un HELLP syndrome, qui est survenu à mon 6ème mois de grossesse. Depuis que nous avions appris l’heureuse nouvelle, ma grossesse s’est déroulée « normalement », avec les nausées du premier trimestre, une fatigue et toutes sortes de petits tracas qui nous rappellent qu’une vie grandit en nous. J’ai, dès le début de ma grossesse, signalé à tous, médecins ou sage-femme, que ma maman avait subi pour moi une toxémie gravidique (ancienne dénomination de la pré-éclampsie) mais rien d’alarmant selon eux."
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