L'assistance médicale à la procréation (PMA) en France est rigoureusement encadrée par les lois de bioéthique, actuellement en cours de révision. Au cœur de ce débat se trouve la question de la levée de l'anonymat du don de gamètes, une problématique centrale qui, selon Irène Théry, conditionne toutes les autres considérations éthiques et juridiques liées à la PMA. Cet article explore en profondeur les arguments d'Irène Théry, tels que présentés dans son ouvrage "Des humains comme les autres. Bioéthique, anonymat et genre du don", et les implications de son approche pour l'avenir de la PMA en France.

Le Don de Gamètes : Un Débat Redéfini

Irène Théry remet en question les termes mêmes du débat sur le « don de gamètes », soulignant que cette appellation induit une manière particulière de considérer cette forme de don. Historiquement, le don de sperme, conceptualisé par Georges David dans les années 1970, a été calqué sur le modèle du don du sang, avec anonymat et gratuité comme principes fondamentaux. Cet anonymat répondait alors à l'exigence de confidentialité des parents et de la société, qui percevaient le recours à un tiers donneur comme un adultère médicalement organisé.

L'Évolution du Contexte Social et Familial

Depuis lors, le contexte social a considérablement évolué, avec la banalisation du divorce, des recompositions familiales, et l'émergence de familles homoparentales et monoparentales. La nécessité de singer la filiation biologique s'estompe, et l'on prend conscience des effets délétères des secrets de famille. De nombreux enfants issus de dons réclament aujourd'hui le droit de connaître leurs origines, un droit fondamental qui met en lumière les « grands oubliés » de cette histoire : les enfants conçus par PMA.

La Levée de l'Anonymat : Une Question de Justice Sociale

Pour Irène Théry, la levée de l'anonymat n'est pas seulement une question psychologique, mais une question sociale et juridique fondamentale. Il s'agit de garantir une loi juste qui traite tous les individus de manière égale, en reconnaissant le droit de l'enfant à accéder à son histoire et à son identité. Elle reprend la proposition de l'association PMA (Procréations Médicalement Anonymes), qui prône que le choix de rencontrer le donneur doit revenir à l'enfant seul.

Repenser le Sens de la Procréation avec Tiers Donneur

L'analyse d'Irène Théry va au-delà de la simple levée de l'anonymat : elle propose de repenser le sens même de la procréation avec tiers donneur. Elle conteste le modèle actuel, qui conçoit l'assistance médicale comme une thérapie destinée à traiter la stérilité pathologique. Pour elle, il existe deux manières de concevoir la PMA : comme un traitement de la stérilité ou comme un « don d'engendrement ».

Lire aussi: Mon bébé a les yeux rivés vers le haut

Du Modèle Thérapeutique au Modèle de Responsabilité

Irène Théry conteste la distinction établie par les médecins entre stérilité pathologique et stérilité sociale. Un couple homosexuel, par exemple, a autant besoin d'un don d'engendrement qu'un couple hétérosexuel infertile. Elle propose un « modèle de responsabilité » qui met en lumière le donneur dans le cadre d'une forme de pluriparentalité, en opposition au modèle actuel « ni vu ni connu ».

Les Limites de l'Approche Théorique

Bien que les arguments d'Irène Théry en faveur de la justice, de l'égalité, de la transparence et de la vérité soient séduisants, son approche est critiquée pour son abstraction et son manque de prise en compte des réalités complexes vécues par les protagonistes de la PMA. Son refus d'ancrer son argumentation dans des considérations psychologiques est perçu comme une faiblesse, car il néglige la détresse psychologique des enfants en quête de leurs origines.

Les Réalités du Terrain : Donneurs et Receveurs Face à l'Anonymat

Des enquêtes menées auprès des donneurs et des receveurs dans les CECOS français et internationaux révèlent que la majorité des donneurs préfèrent l'anonymat et que les receveurs y sont encore plus attachés. L'exemple de la Suède, où la loi autorise l'enfant né d'un don à rencontrer le donneur à sa majorité, montre que cette législation a entraîné une baisse du nombre de couples demandeurs et une augmentation de l'activité des banques de sperme privées garantissant l'anonymat. De plus, aucun enfant issu de don n'a réclamé l'identité de son donneur en Suède.

Les Paradoxes de la Transparence

Le paradoxe est que la volonté de transparence peut aboutir à une recrudescence de l'opacité, car les parents peuvent être tentés de cacher à l'enfant son mode de conception pour éviter qu'il ne désire rencontrer le donneur. Il est donc essentiel de prendre en compte les implications psychologiques de la levée de l'anonymat pour l'enfant, qui peut fantasmer et idéaliser la figure du donneur.

Vers une Pluriparentalité Responsable

Irène Théry envisage l'établissement d'une forme de pluriparentalité où les figures des différents protagonistes seraient complémentaires et non exclusives. Cette approche pourrait passer par un don direct, où donneurs et receveurs se choisiraient mutuellement, comme cela se pratique aux États-Unis.

Lire aussi: Grossesse et vers: quelles précautions?

L'Extension de la PMA à Toutes les Femmes : Un Révélateur

Le débat sur l'extension de la PMA à toutes les femmes, y compris les couples de femmes et les femmes seules, oblige à repenser la place du don dans notre société et notre droit familial. Les couples de femmes, qui revendiquent le recours au don comme une manière légitime de faire famille, agissent comme des révélateurs. Sommes-nous prêts à reconnaître le don de façon générale, y compris pour les couples hétérosexuels ?

Une Révolution de la Filiation ?

Irène Théry estime que le pas symbolique a été franchi en 2013, avec la reconnaissance de la possibilité pour un enfant d'avoir deux pères ou deux mères. Le grand sujet est de savoir si l'on va sortir de la période de la dissimulation à l'enfant, organisée par notre droit et parfois par les médecins. Elle propose une troisième voie de filiation, par « déclaration de volonté », où le couple s'engagerait à devenir les parents de l'enfant à naître au moment du consentement au don devant notaire.

L'Accès aux Origines : Un Droit Fondamental

L'accès aux origines est une revendication de plus en plus forte des jeunes issus de dons. Irène Théry souligne qu'ils ne cherchent pas un père, mais à connaître leurs origines et à construire leur identité narrative. Elle insiste sur le principe de responsabilité, qui implique de répondre de ses actes devant l'enfant et de le préparer très jeune au récit de son histoire.

Lire aussi: Solutions pour le pied tourné vers l'extérieur

tags: #PMA #et #responsabilité #Irene #Thery

Articles populaires: