L’Assistance Médicale à la Procréation (PMA) a permis à des millions de personnes à travers le monde de réaliser leur désir d'enfant. Cependant, au-delà des aspects médicaux et techniques, il est crucial de considérer l’impact psychologique de la PMA, tant sur les enfants conçus par ces méthodes que sur les parents qui y ont recours. Cet article explore les différentes facettes de cet impact, en s'appuyant sur les données scientifiques actuelles et les témoignages de personnes concernées.
Infertilité et Souffrance Psychologique du Couple
L’infertilité est un problème qui engendre des conséquences émotionnelles importantes pour le couple. Lorsqu’une personne souhaite avoir un enfant et n’y parvient pas, un état de malaise peut apparaître, affectant l’estime de soi, le sommeil, la vie de couple, les relations sexuelles, les projets d’avenir et la vie sociale. L’anxiété et la dépression sont des sentiments très répandus dans ces circonstances.
La société minimise souvent cette souffrance, considérant ce problème comme peu important. Dans le contexte émotionnel de l’infertilité, une question importante se pose : ce stress chronique peut-il être la cause de l’infertilité ? La croyance populaire attribue souvent la cause de l'infertilité à l'obsession de la femme à tomber enceinte, lui suggérant de se détendre pour y parvenir. Ces affirmations peuvent être crédibles, suggérant que l’anxiété provoquerait des altérations hormonales ou autres dans l’organisme, affectant le fonctionnement de l’ovaire, le cycle menstruel ou la réserve ovarienne.
Cependant, une analyse de la Dre Jacky Boivin, basée sur les données de 14 études portant sur plus de 3 500 patients, révèle que l’anxiété ou l’obsession n’est pas responsable de l’impossibilité d’obtenir une grossesse. Ces affirmations sont donc terribles pour la femme infertile, car elles lui donnent un sentiment de culpabilité par rapport à un aspect qu’elle ne peut pas contrôler, augmentant encore les sentiments d’anxiété et de dépression.
Les Enfants Nés Grâce à l'AMP : Santé et Développement
Depuis les années 1970, plus de 8 millions d’enfants sont nés par Fécondation In Vitro (FIV) dans le monde. En France, les enfants conçus après AMP (FIV et insémination) représentaient 27 180 naissances en 2019, soit un enfant sur 28. Les risques liés aux grossesses obtenues après FIV sont bien documentés : augmentation de la prématurité et du nombre de bébés de faible poids (hypotrophie), et une plus grande fréquence de grossesses multiples (environ 25 % de grossesses gémellaires, 3 % de grossesses triples et plus).
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Paradoxalement, il y a peu de données sur la santé des personnes nées d’une AMP, en raison du « petit nombre d’études qui s’intéressent au sujet, du petit nombre de personnes ayant participé à ces études, et du faible recul », selon l’Agence de la Biomédecine. La santé d’une personne est multifactorielle : exposition aux toxiques, antécédents familiaux, mode de vie et hygiène de vie. Il est difficile d’affirmer avec certitude que la méthode de conception est directement en lien avec tel ou tel risque.
Troubles du Neurodéveloppement et du Comportement
Sur le plan des troubles du « neurodéveloppement », c’est-à-dire les troubles moteurs, les déficits intellectuels, les troubles du spectre autistique (TSA), les troubles de l’apprentissage, de la communication, l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de comportement ou l’anxiété, les études internationales se contredisent. Certaines études parlent d’une augmentation de TSA en FIV ICSI, d’autres d’une augmentation de déficience cognitive en lien avec la prématurité des enfants nés de FIV, et d’autres encore évoquent des risques de déficience cognitive abaissés ou même d’un niveau d’éducation supérieur pour les enfants nés de FIV.
L’Académie Nationale de la Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité. De nouvelles études devraient décrire plus précisément ces troubles, en lien notamment avec le contexte socio-familial.
Suivi Précoce Préventif Cardiovasculaire
Depuis plusieurs années, des études suggèrent des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge. En 2017, des chercheurs chinois ont confirmé une « augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique ». L’augmentation de la pression artérielle chez l’enfant pourrait engendrer plus tard de l’hypertension artérielle et donc plus de maladies cardiovasculaires.
En cause dans ces études, le stress oxydant (une agression des constituants des cellules) pourrait être induit par les manipulations des gamètes et de l’embryon lors de la FIV/ICSI, ou plus simplement, viendrait des parents (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie). L’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.
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Absence de Lien Entre AMP et Cancers Pédiatriques
Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.
"Bébés-Éprouvettes" : Des Enfants Précieux
D’un point de vue psychologique, les « bébés éprouvettes » sont des enfants qui ont longtemps été désirés et qui sont issus d’un long combat contre l’infertilité. Après de nombreuses années d’essais, de traitements, d’échecs et de fausses couches, les parents ont eu tout le temps de se préparer à l’arrivée de ce bébé, souvent surnommé « bébé miracle ». Ces enfants sont alors généralement surprotégés et plus investis par leurs parents, mais leur devenir psychologique ne varie pas, comparé aux enfants conçus naturellement.
Cependant, ces études ne s’appuient que sur des enfants âgés de 0 à 5 ans, seules quelques-unes commencent à s’intéresser aux périodes de la pré-adolescence et de l’adolescence. Malgré le faible recul et le peu de chiffres disponibles, les différences notées ne sont pas statistiquement significatives. Les relations parents-enfants autour de l’adolescence laissent apparaître certaines difficultés psychoaffectives, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît relatif au mode artificiel de conception. Cette période délicate qu’est l’adolescence laisse en effet penser que l’enfant se pose davantage de questions sur son existence et sa venue au monde et que selon ces mêmes études, seuls 8,6 % des adolescents conçus par FIV étaient au courant de leur origine génétique.
Infertilité Chez les Personnes Nées par FIV
Parmi les différentes causes pouvant expliquer l’infertilité, le facteur de la génétique est à prendre en considération. Le syndrome de Turner, par exemple, constitue l’une des principales anomalies chromosomiques susceptibles de provoquer une stérilité chez la femme. Chez l’homme, on peut faire l’hypothèse que les cas d’altération de la fertilité seront possible chez les garçons conçus par une FIV ICSI réalisée pour résoudre le problème d’infertilité de leur père d’origine génétique, comme le suggère une étude belge de 2016.
En revanche aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus. D’ailleurs, Amandine, le premier « bébé-éprouvette » a donné naissance en 2017 à une petite fille conçue de manière tout à fait naturelle. C’est aussi le cas de Louise Brown née en 1978 qui, en 2006, a eu un enfant en parfaite santé par « fécondation naturelle ».
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Qualité de Vie à l'Âge Adulte et Conception par PMA
Une étude australienne récente s'est intéressée à la qualité de vie à l'âge adulte des personnes nées par PMA. Les participants ont rempli des questionnaires mesurant la qualité de vie à deux moments différents. Les résultats indiquent que la conception par PMA confèrerait un avantage. En effet, les adultes de 22 à 35 ans ont de meilleurs scores dans les domaines des relations sociales et de l’environnement. Par ailleurs, ils font moins preuve de détresse psychologique, ont une meilleure relation avec leurs parents et une situation financière plus confortable.
Les chercheurs démontrent également que les jeunes adultes qui entretiennent de bonnes relations avec les parents et une santé mentale préservée ont une meilleure qualité de vie une fois la trentaine atteinte.
Souffrance Psychique Pendant le Parcours de PMA
La procréation médicalement assistée (PMA) est un parcours médical et émotionnel complexe, souvent semé d’embûches pour les couples ou les femmes seules qui souhaitent concevoir un enfant. Si les avancées médicales permettent aujourd’hui de répondre à de nombreuses situations d’infertilité, le coût psychologique de ces traitements reste majeur. En France, près d’un couple sur six consulte pour des troubles de la fertilité, et les parcours de PMA peuvent s’étendre sur plusieurs années, avec des taux de réussite variables selon l’âge, la cause de l’infertilité et les techniques utilisées.
Les Étapes Difficiles du Parcours de PMA
- L’annonce d’un diagnostic d’infertilité est souvent vécue comme un choc, remettant en question l’image de soi et le projet de vie du couple. Des sentiments de culpabilité peuvent émerger.
- Les traitements de PMA (stimulations ovariennes, ponctions, transferts d’embryons, etc.) sont physiquement et psychologiquement éprouvants. Les effets secondaires des hormones, les attentes interminables, les résultats incertains, et la répétition des échecs usent les ressources émotionnelles des patients.
- L’échec répété ou la décision d’arrêter la PMA est souvent vécu comme un deuil, avec des émotions intenses : tristesse, colère, sentiment d’injustice, vide existentiel. Certaines personnes décrivent une « crise identitaire ».
Troubles Psychiques Associés à la PMA
- Les troubles anxieux et dépressifs sont les pathologies psychiques les plus fréquentes chez les personnes en parcours de PMA.
- Le parcours de PMA peut mener à un épuisement émotionnel, similaire à un burn-out.
- La PMA met à rude épreuve la relation de couple, entraînant des conflits liés aux difficultés et aux décisions à prendre.
Prise en Charge de la Souffrance Psychique
- Un médecin généraliste ou un psychiatre doit évaluer systématiquement la souffrance psychique des patients en PMA.
- Un suivi psychologique individuel ou en couple est recommandé pour aider les patients à gérer leurs émotions, à renforcer leur estime de soi et à maintenir une communication harmonieuse.
- Les associations offrent écoute, informations, et groupes de soutien.
Recommandations et Perspectives d'Avenir
Globalement, les résultats sont plutôt rassurants car l’incidence de pathologies quelles qu’elles soient est relativement modérée par rapport aux enfants conçus naturellement. D’ailleurs, l’Académie Nationale de la Médecine rappelle dans son rapport que l’augmentation modérée de certains troubles viennent peut-être du fait que les chercheurs « sur-analysent » les enfants nés de FIV. De plus, on a de cesse de répéter qu’en matière de fertilité comme de santé, plusieurs facteurs entrent en compte.
Malgré les incertitudes, l’ANM plaide pour qu’une meilleure information soit donnée aux personnes ayant recours à la FIV, notamment sur l’absence de risque authentifié mais aussi sur les risques potentiels de ce mode de procréation pour la santé à moyen et à long terme des enfants qui naîtront. Et pour qu’en cas d’apparition de troubles de la santé chez leur enfant, la prise en compte des conditions de conception puisse conduire à une meilleure prise en charge. Par exemple, étant donné le risque cardio vasculaire, les parents pourraient être incités à informer leurs enfants, à mettre en place un suivi précoce et des habitudes hygiéno-diététiques appropriées.
Un Suivi Accru et une Meilleure Information
Le suivi des enfants devrait être accru, jusqu’à un âge avancé. Pour mieux comprendre l’impact du rôle des conditions de culture, des méthodes de congélation-décongélation etc. sur les événements épigénétiques, il serait aussi fondamental que les procédures utilisées pour la conception d’un enfant soient documentées, ce qui est rarement le cas.
Il est essentiel de mieux informer les personnes ayant recours à la FIV, notamment sur l’absence de risque authentifié mais aussi sur les risques potentiels de ce mode de procréation pour la santé à moyen et à long terme des enfants qui naîtront. En cas d’apparition de troubles de la santé chez l’enfant, la prise en compte des conditions de conception pourrait conduire à une meilleure prise en charge.
Le Rôle Essentiel du Soutien Psychologique
La souffrance psychique pendant un parcours de PMA est une réalité fréquente, mais trop souvent minimisée. Une prise en charge précoce, pluridisciplinaire (médecin, psychiatre, psychologue, associations), et personnalisée est essentielle pour préserver la santé mentale des patients et des couples. Si vous ou un proche traversez cette épreuve, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou à consulter un spécialiste. Vous n’êtes pas seul(e).
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