L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une question délicate et souvent passionnelle. De nombreuses femmes signalent des souffrances psychologiques après une IVG, parfois accompagnées de troubles graves tels que la dépression, l'anxiété ou des idées suicidaires. Cependant, il est scientifiquement difficile de prouver que l'IVG est la cause directe de ces troubles. La science ne peut pas toujours isoler une cause unique dans des contextes de vie complexes, mais cela ne signifie pas que ces souffrances doivent être ignorées.

État des lieux de la recherche scientifique

Face à un nombre croissant d'appels à l'aide de femmes après un avortement, des organismes d'écoute ont sollicité une analyse rigoureuse de la littérature scientifique. Le laboratoire du Pr René Ecochard, spécialiste au CHU de Lyon, a examiné 184 articles, dont 78 ont été analysés en détail. Une recherche avec les mots-clés « induced abortion psychological » a permis de recenser 2043 publications, dont plus de 180 traitent des troubles psychologiques post-IVG.

Le rapport de l'American Psychological Association (APA, 2006) conclut qu'il n'existe pas de preuve formelle que l'IVG cause directement les troubles psychologiques. Établir une causalité directe nécessiterait un essai randomisé, ce qui est éthiquement et pratiquement impossible. L'APA souligne que des facteurs préexistants tels que la pauvreté, la violence et la consommation de drogues compliquent l'analyse.

Il est crucial de noter que ne pas prouver la causalité ne signifie pas nier les troubles. La société est confrontée à un silence pesant autour de l'IVG, ce qui nuit à l'accompagnement des femmes, des couples et des familles. Le corps médical doit protéger à la fois la mère, le père et l'enfant, en particulier dans ces moments de vulnérabilité. Les témoignages de femmes et les données scientifiques convergent : les troubles psychologiques post-IVG sont fréquents et graves.

Le syndrome post-abortif : Mythe ou réalité ?

Sur Internet, les milieux anti-IVG propagent largement l'idée qu'il existerait un syndrome post-abortif chez les femmes qui ont avorté. Or, les grandes revues médicales affirment que ce syndrome n'existe pas. Ce "syndrome" circule amplement, notamment sur Internet et les réseaux sociaux, et a pris de l'ampleur depuis son apparition, à l'échelle internationale, au début des années 2000.

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Les promoteurs de cette idée mettent en avant des risques physiques et surtout psychiques : perte de l'estime de soi, troubles alimentaires, troubles du sommeil, dépression, pensées suicidaires, etc. Ils attribuent ces problèmes à la culpabilité des femmes à avoir avorté.

Cependant, les grandes revues médicales, en psychiatrie tout particulièrement, sont formelles : ce syndrome n'a aucune existence attestée par la communauté scientifique.

Représentations sociales et culpabilité

L'idée que l'avortement serait forcément dramatique et que les femmes pourraient bien ne pas s'en remettre s'enracine dans une représentation plus longue et plus partagée de l'IVG, qui va bien au-delà des réseaux militants contre l'avortement. Cette représentation de l'IVG comme un acte "pas anodin", et même "toujours un drame", est une histoire ancienne, autant que durable.

Simone Veil, lors de son discours historique en faveur de la dépénalisation de l'avortement en 1974, affirmait déjà que "l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue" et que "c'est toujours un drame et cela restera toujours un drame". Cette vision a longtemps influencé la législation et les mentalités.

Or, des chercheuses comme Marie Mathieu et Laurine Tizzy montrent que les femmes sont loin de toutes raconter leur geste comme un drame et ses conséquences comme un trauma. Les raisons pour lesquelles elles peuvent pleurer ou souffrir au moment d'interrompre une grossesse non désirée sont multiples : absence du compagnon, rupture amoureuse, complications matérielles, culpabilisation par l'entourage, etc.

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La culpabilité présumée des femmes ne s'enracine pas seulement dans les racines chrétiennes d'une pensée de l'avortement, mais aussi dans le discours de la "clinique de l'avortement", en psychanalyse, qui a parfois associé l'IVG à un infanticide ou un crime psychique.

Conséquences physiques et psychosomatiques de l'IVG

Les conséquences de l'IVG pour la santé des mères peuvent être de trois ordres : physiques, psychosomatiques et psychiques ou psychiatriques.

Conséquences physiques

  • Le syndrome du cinquième jour (uniquement pour l'IVG par aspiration) : douleurs, fièvre, saignements et/ou caillots.
  • Les risques infectieux : infections à chlamydiae, endométrites post-abortum (1 à 5 % des cas).
  • Des études indiquent que les femmes ayant déjà avorté ont 37 % de risques en plus d’accoucher plus tard d’enfants prématurés, et 64 % de risques en plus d’accoucher d’un grand prématuré, à moins de 32 semaines de grossesse.
  • L'allongement du délai légal pour avorter en France de 12 à 14 semaines de grossesse peut entraîner des complications lors des futures grossesses en raison de la dilatation plus importante du col de l'utérus.

Conséquences psychosomatiques

De nombreuses femmes témoignent de troubles psychosomatiques à long terme après un avortement : migraines, troubles fonctionnels abdominaux, douleurs abdominales, troubles du sommeil et troubles de la sexualité. Le Docteur Pascale Pissochet parle de « rupture du cheminement naturel maternel » et de « chair meurtrie dans une maternité qui n’intègre plus dans son corps le petit corps qui habitait ses entrailles. »

Conséquences psychiques et psychiatriques

  • Comme la fausse couche, l’avortement est la perte d’un enfant, et entraîne un deuil.
  • Les femmes ayant avorté présentent un risque d’être hospitalisées en psychiatrie dans les trois mois suivant l’accouchement ou l’avortement, de 53 % plus élevé que les femmes ayant porté leur enfant à terme. Le risque de dépression est de 37 % plus élevé (ou de 65 %, selon une autre étude).
  • Sans antécédents psychiatriques, les risques d’auto-mutilation sont de 70 % plus élevés pour les femmes ayant mis fin à leur grossesse que pour les femmes qui ont accouché.
  • Les femmes ayant avorté se suicident plus que les autres femmes (155 % plus), tandis que celles qui ont accouché d’un enfant se suicident moins que la moyenne des femmes.
  • Les femmes ayant avorté sont plus souvent sujettes à la tristesse et aux pleurs, à des peurs irraisonnées ou des attaques de panique. Elle expérimentent aussi plus souvent des changements brusques d’état émotionnel. Elles ont souvent de grandes difficultés à exprimer leurs émotions. Sans intervention thérapeutique, ces troubles peuvent évoluer vers un état de stress post-traumatique, qui est un trouble anxieux sévère.
  • Les troubles psychiques expérimentés par certaines femmes ayant avorté n’apparaissent pas toujours tout de suite, ils peuvent se manifester pour la première fois des années après. Qu’ils commencent immédiatement ou non, ces troubles peuvent évoluer vers l’indifférence de la dépression, ou vers une hypersensibilité au monde extérieur. L’avortement peut entraîner à long terme des sentiments de vide et de solitude, d’exclusion.
  • Les femmes qui avaient conscience de faire du mal au moment de l’acte, et celles qui prennent conscience de la portée de l’acte d’avortement, peuvent éprouver des sentiments de honte, de remord, de culpabilité, voire des idées noires. Elles sont parfois saisies par le souvenir de l’IVG, qui les fait profondément souffrir. Leur souffrance peut être d’autant plus grande quand elles ont vécu plusieurs avortements.
  • Pour faire face à leurs souffrances psychiques et à leurs remords, certaines femmes tombent dans l’addiction à des substances anxiolytiques : médicaments, tabac, alcool, drogues. Une étude canadienne confirme que les risques de dépendance à la drogue et à l’alcool sont plus élevés respectivement de 142 % et de 287 % pour les femmes ayant avorté que pour celles ayant mené leur grossesse à terme.
  • Malheureusement, il existe aussi une forme d’addiction à l’avortement. La souffrance même vécue dans cet acte peut conduire certaines femmes à le reproduire, comme pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave. Certaines sont comme écartelées entre leur désir de maternité et leur sentiment qu’il est impossible de vivre celle-ci. Cette répétition compulsive de l’avortement concernerait 45 % des avortements. Les conséquences psychiques et physiques d’une multiplication des avortements peuvent être très graves.
  • La naissance d’un enfant ne compense pas un avortement passé. Par ailleurs, si la mère vit une dépression ou d’autres troubles psychiatriques suite à son avortement, cet état peut avoir des conséquences sur la relation avec ses enfants, et même nuire à l’attachement à un nouveau bébé et conduire parfois à de la maltraitance. La maltraitance commise par une mère ayant avorté peut s’accompagner de paroles destructrices, comme : « C’est toi que j’aurais dû avorter !
  • Autre risque pour les enfants dont un membre de la fratrie a été avorté : peut-être que leurs parents ont avorté parce qu’ils croient en l’idéologie de l’enfant désiré, l’enfant qui répond à mon projet, et non l’enfant que j’accueille parce qu’il existe, parce qu’il est lui-même. Le risque, pour les enfants qui survivent à la planification, est qu’ils ne correspondent pas non plus à ce que leurs parents avaient désiré et planifié.
  • Les blessures psychiques des femmes ayant avorté ont des répercussions sur leur vie de couple et leurs relations avec leur conjoint, le père de l’enfant avorté ou un autre. Des dysfonctionnement sexuels se produisent chez 31 % des femmes ayant avorté et chez 18 % de leurs conjoints.

L'impact sur les hommes et la fratrie

L'avortement n'affecte pas seulement les femmes. Certains hommes sont indifférents à l'avortement de leur compagne, d'autres ont fait pression sur celle-ci pour qu'elle avorte. Mais l'avortement est souvent décidé d'un commun accord, parce que les deux parents pensent que leur situation ne leur permet pas d'accueillir l'enfant. Parfois aussi, la femme avorte à l'insu du père, qui ne sait pas toujours qu'elle a été enceinte. Une étude comparative montre que, si les femmes sont 56,9 % à vivre une détresse psychologique après un avortement, les hommes sont tout de même 40,7 %.

L'exemple de l'homme anglais traumatisé par la vision de son enfant mort dans les toilettes illustre la souffrance que peut engendrer un avortement chez les hommes.

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Les frères et sœurs d'enfants avortés sont également confrontés à la souffrance portée par leur mère et peut-être par leur père. Quand ils apprennent l'existence de cet avortement, ils sont confrontés au choc du fait que l'un des membres de la fratrie a été éliminé par les parents. Le syndrome du survivant que peuvent vivre les frères et sœurs d'enfants avortés entraîne parfois des troubles psychologiques profonds :

  • La culpabilité existentielle : la personne pense que c’est elle qui aurait dû mourir.
  • L’angoisse existentielle : « Je veux vivre mais il va forcément m’arriver quelque chose, puisque je suis coupable d’être vivant à la place de mon frère ou de ma sœur.
  • L’attachement anxieux et l’ambivalence affective : des doutes concernent d’abord l’amour des parents, par qui l’enfant se sent aimé, tout en pensant qu’ils sont capables de le tuer.
  • La peur de la vérité : elle résulte des non-dits concernant l’avortement.
  • La culpabilité ontologique : la personne pense n’avoir pas de valeur, et elle renonce à développer ses talents.
  • La violence : la révolte entraîne d’abord une agressivité envers les parents, qui va parfois jusqu’au meurtre.
  • Le dédoublement de personnalité : il existe surtout pour les enfants qui ont été mis au monde pour remplacer l’enfant avorté.
  • La perte du sens moral : la perte du respect d’autrui et de soi-même.
  • La tendance à avorter à son tour.
  • Le refus de Dieu.

Accompagnement et soutien

Face aux grossesses non désirées, il est urgent de proposer un accompagnement plus humain et transparent. En cas d'IVG, un suivi psychologique adapté est essentiel pour aider les femmes à surmonter ce qui peut être un drame majeur. Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.

Il est important de ne pas nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

Bien sûr, rien ne pourra faire que l’enfant avorté n’ait pas été avorté. Mais Dieu nous demande de ne pas rester figés dans le mal qui a été fait. L’Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. En réalité, ce qui s’est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l’espérance. C’est à ce même Père et à sa miséricorde qu’avec espérance vous pouvez confier votre enfant.

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