La santé mentale des enfants est un sujet de plus en plus préoccupant. Il est donc essentiel que les parents et les professionnels de l'éducation soient capables de reconnaître les signes de souffrance psychologique chez l'enfant afin de pouvoir agir au plus vite. Cet article a pour but d'informer sur les signes auxquels il faut prêter attention chez les enfants de 6 à 12 ans, tout en soulignant l'importance d'une prise en charge précoce.
L'importance de la santé mentale chez l'enfant
La santé mentale est un élément essentiel du bien-être général d'un enfant. Elle influence sa capacité à apprendre, à développer des relations saines et à faire face aux défis de la vie quotidienne. Contribuer à une santé mentale satisfaisante chez un enfant, c'est lui permettre de développer une estime de soi, de bénéficier d’un sentiment de sécurité, d’être en relation avec les autres ou encore d’évoluer dans un environnement respectueux des droits des enfants.
Il est donc primordial de contribuer à leur santé mentale en s’informant sur le fonctionnement propre à cette période de la vie et en prêtant attention à leurs réactions. Les enfants ont des besoins spécifiques à leur âge et ne sont pas des adultes en miniature.
Le rôle des adultes
De nombreuses personnes sont susceptibles de contribuer à la santé mentale d’un enfant. Tous les adultes qui participent à son éducation peuvent agir, à la maison comme à l’école. Les parents et la famille sont les premiers concernés. Les enseignants, les animateurs et les autres professionnels et professionnelles de l’éducation ont aussi leur rôle à jouer. D’ailleurs, la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, adoptée en 2013, indique que “les actions de promotion de la santé des élèves font partie des missions de l’éducation nationale”.
Les parents comme les professionnels de l'éducation peuvent favoriser le bien-être des enfants en les aidant à comprendre leurs émotions. Oser parler de ce que l’on ressent permet d’alerter les adultes et de trouver de l’aide lorsque l’on se sent mal.
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Compétences psychosociales : Un atout pour la vie
L’enfant peut aussi développer, au fil du temps, des compétences utiles pour sa santé mentale. Ainsi, il ou elle peut apprendre à identifier, comprendre et faire face à ses émotions. Durant l’enfance, la personne construit son identité et développe les compétences psychosociales qui lui seront nécessaires, une fois adulte, pour maintenir un état de bien-être mental.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement.
L’enfant peut acquérir puis exercer ses compétences psychosociales dans trois grands domaines :
- Dans ses relations aux autres : Communication (expression et écoute), résistance à la pression (affirmation de soi, négociation, gestion des conflits), empathie, coopération et collaboration en groupe, plaidoyer (persuasion, influence).
- Dans sa capacité à réfléchir : Prise de décision, résolution de problème, pensée critique et auto-évaluation.
- Dans la gestion de ses émotions : Régulation émotionnelle (colère, anxiété), gestion du stress (gestion du temps, pensée positive, relaxation), confiance en soi et estime de soi.
Les signes d'alerte : Identifier la souffrance
L’enfant peut, comme l’adulte, éprouver un mal-être passager. Dans certains cas, cet état peut durer et devenir plus intense. Il peut aussi évoluer vers un trouble psychique. Il est important de rappeler que de nombreux troubles peuvent s’améliorer rapidement s’ils sont repérés suffisamment tôt. Lorsqu’un mal-être s’installe chez un enfant, plusieurs aspects de sa vie peuvent être perturbés : les relations aux autres, l’estime de soi, le sommeil, l’alimentation, le niveau de stress, les résultats scolaires, l’implication et la motivation dans les activités quotidiennes. Ce sont autant de domaines auxquels prêter attention pour identifier un problème nécessitant de l’aide.
Il est crucial de reconnaître les signes qui peuvent indiquer une souffrance psychologique chez un enfant. Ces signes peuvent être variés et se manifester différemment d'un enfant à l'autre. Il est donc important d'être attentif à tout changement de comportement ou d'attitude. Les signes mentionnés plus bas sont ceux qui peuvent alerter. Ils sont décrits en détail dans le Guide de repérage publié en 2013 par le ministère de la Santé, Souffrances psychiques et troubles du développement chez l’enfant et l’adolescent.
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Anxiété et peurs
Les enfants sont fréquemment anxieux. Il peut s’agir d’un moment transitoire, lié par exemple aux apprentissages scolaires. Une manifestation d’anxiété en soi n’est pas forcément pathologique. Les adultes qui entourent l’enfant doivent s’interroger sur l’importance des signes et leur durée, pour évaluer s’il faut lui apporter une aide.
Si l'anxiété devient excessive, persistante ou interfère avec les activités quotidiennes de l'enfant, cela peut être un signe de trouble anxieux.
Idée reçue : « Un enfant émotif et anxieux a un problème psy »
En fait : Toute manifestation d’anxiété n’est pas pathologique. Il faut être vigilant quand l’anxiété dépasse les capacités de l’enfant à y faire face. Entourage, équipe enseignante ou éducative, médecin traitant, pédiatre, orthophoniste, peuvent repérer, accompagner et soutenir un enfant en difficulté psychique.
Fatigue et douleurs inexpliquées
Lorsqu’un enfant manque d’énergie ou s’endort en classe, il ou elle peut se dire « fatigué », sans plus d’explications. Cet état peut être passager, lié à un changement dans ses horaires de coucher ou un excès de sport. Mais une attention particulière doit être portée à un enfant qui se plaint de façon régulière et répétitive de fatigue ou bien de maux divers. En effet, se plaindre souvent de crampes et de courbatures, ou encore de migraines, de brûlures d’estomac, de problèmes de transit intestinal, cela peut être l’expression d’une fatigue plus générale. Ces maux peuvent s’accompagner d’irritabilité, d’une perte de motivation et de désir (apathie) ou à l’opposé, de surexcitation avec un repli sur soi. De telles plaintes doivent conduire à se questionner sur un éventuel mal-être. Il est utile d’observer si, par ailleurs, les résultats scolaires de l’enfant sont en baisse. On regardera aussi s’il ou elle présente des manifestations physiques comme un amaigrissement, une pâleur ou des tics, ou encore des troubles du sommeil comme une difficulté à s’endormir, des réveils nocturnes, des insomnies ou des cauchemars.
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Absentéisme scolaire
A l’école primaire, les absences fréquentes d’un enfant sont préoccupantes, d’autant plus si elles sont mal ou non justifiées. Cette conduite fait partie des problèmes “silencieux ” qui causent peu de dérangement aux professionnels de l’éducation. Ceux-ci doivent cependant les alerter autant que des problèmes plus “bruyants”. La situation motive une analyse plus approfondie du contexte et des éventuels signes associés à l’absentéisme.
Difficultés d'apprentissage
L’école permet à tous les enfants d’accéder à un socle commun de connaissances : lire, écrire, compter. Ces acquisitions peuvent mettre un enfant en difficulté pour des raisons bien différentes. En effet, l’enfant en situation d’apprentissage doit à la foismobiliser ses capacités de raisonnement et sa curiosité, accepter de ne pas savoir, de se tromper et de recommencer. Si les difficultés persistent, l’enfant doit pouvoir bénéficier d’une évaluation de sa situation. Elles peuvent être révélatrices d’un mal-être, s’expliquer par d’éventuels troubles “dys”, comme la dyslexie ou la dysorthographie, ou encore un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), caractérisé par des difficultés à se concentrer. A l’école, des aménagements spécifiques pourront aider l’enfant.
Tristesse et irritabilité
Chez l’enfant, la tristesse est difficile à repérer car son expression peut prendre des formes très différentes. L’enfant peut être en retrait, s’isoler ou avoir peur. À l’inverse, sa tristesse peut se manifester par de l’agitation, de l’agressivité, voire l’hyperactivité ou de la provocation. Il existe des troubles dépressifs de l’enfant dont le retentissement peut être majeur. Aussi il est bon de prêter attention aux signes qui pourraient révéler une tristesse. Des changements d’humeur : l’enfant semble malheureux, coupable, inquiet, fâché, craintif, irritable. Il a des idées tristes, il se met en retrait, il s’isole ou a peur. Il est agressif, agité voire hyperactif ou provocateur.
Isolement social
Une attitude de retrait de l’enfant, qui compromet ses relations aux autres, doit alerter. Cela peut aller jusqu’à l’évitement social et/ou le mutisme, consistant à ne plus parler du tout. Un enfant timide, triste, anxieux, peut avoir des conduites d’isolement. Cette attitude fait partie des problèmes « silencieux » qui doivent alerter autant que des problèmes plus « bruyants », car ils peuvent être signe de mal-être.
Agressivité
Les comportements dits perturbateurs, fréquents chez les enfants, peuvent révéler une souffrance psychique. Toutefois, l’agressivité n’est pas nécessairement pathologique.
Que faire face à ces signes ?
Si vous constatez un ou plusieurs de ces signes chez un enfant, il est important d'en parler avec lui et de lui offrir un espace d'écoute bienveillant. Demandez à l’enfant comment il va, d’égal à égal. « Mieux vaut le faire quand on est seul (seule) avec lui ou elle dans un cadre différent de celui de la maison. Profitez d’un trajet en voiture pour l’emmener à une activité ou d’un loisir partagé pour l’interroger », conseille-t-il.
Il est également essentiel de ne pas minimiser ses difficultés et de prendre ses préoccupations au sérieux. Si la souffrance persiste, il est recommandé de consulter un professionnel de la santé mentale, tel qu'un médecin traitant, un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé dans la prise en charge des enfants. Il vous renverra si besoin vers un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé dans la prise en charge des enfants. Grâce à une prise en charge précoce, on peut de toute façon limiter de manière importante leur retentissement, comme le montre le rapport d’information sur la Situation de la psychiatrie des mineurs en France, remis en 2017 par le sénateur Michel Amiel.
Ressources et dispositifs d'aide
Plusieurs dispositifs et ressources sont disponibles pour aider les enfants et les adolescents en souffrance psychologique, ainsi que leurs familles :
- Fil santé jeune (12-25 ans) : Un site internet, un espace de discussion et un tchat.
- L’écoute-famille UNAFAM : Écoute téléphonique anonyme du lundi au jeudi de 9h00 à 13h00 et de 14h00 à 18h00. Et le vendredi de 9h00 à 17h00.
- Mentalo est une plateforme qui permet de suivre l’évolution du bien-être mental et d’identifier les facteurs qui sont associés à une dégradation de ce dernier. Elle est basée sur une approche participative. Elle questionne sept fois par an les jeunes dans le but de développer des programmes de prévention et de créer des solutions. L’étude se déroule sur la web app de mai 2024 à fin 2026.
- IMPROVA est un nouveau programme de recherche qui a débuté en avril 2023 et qui prendra fin en avril 2027. Il est confié à l’équipe épidémiologie, sociale, santé mentale et addictions (ESSMA) de l’Inserm. C’est un projet à échelle européenne via une plateforme qui permet de détecter et prévenir les problèmes liés à la santé mentale dans le secondaire pour lutter contre la stigmatisation et les inégalités sociales. Des établissements sont sélectionnés en France, en Allemagne, en Roumanie et en Espagne. Des questionnaires en ligne seront diffusés aux adolescents, aux parents et au personnel enseignant tout au long de l’année scolaire. L’objectif est de savoir si IMPROVA a un effet positif sur la santé mentale des élèves en comparant les résultats des deux groupes.
- L’étude nationale Enabee sur le bien-être et les difficultés émotionnelles des enfants de 3 à 11 ans inclue les parents et les enseignants. L’étude est mise en place depuis 2022 avec de nouvelles éditions à deux ou trois ans d’intervalle.
- Le dispositif EnCLASS (enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances) est une enquête anonyme qui repose sur un sondage aléatoire et sur un questionnaire autoadministré en ligne. La passation du questionnaire a lieu dans une salle informatique des établissements scolaires durant une heure de cours.
Conclusion
La souffrance psychologique chez l'enfant est une réalité qu'il ne faut pas ignorer. En étant attentifs aux signes d'alerte et en agissant rapidement, il est possible d'améliorer considérablement le bien-être et l'épanouissement des enfants. N'hésitez pas à solliciter l'aide de professionnels si vous avez des doutes ou des inquiétudes. La santé mentale de nos enfants est un investissement pour l'avenir.
Il est important de noter que la détresse psychologique réactionnelle ne révèle pas forcément un trouble mental. Les symptômes sont le plus souvent de l’anxiété et/ou des épisodes dépressifs. Ils apparaissent le plus souvent dans un contexte ou lors d’un événement déclencheur. Les troubles psychiatriques sont plus ou moins sévères et relèvent d’une prise en charge médicale ou thérapeutique. Chez les jeunes, la dépression, les troubles anxieux, les troubles du développement sont fréquents. Ils font partie des principaux facteurs d’échec scolaire et même de décès. La santé mentale des jeunes (11-17 ans) se dégrade, en particulier chez les jeunes filles, qui portent à elles seules l’augmentation massive du nombre d’hospitalisations pour tentatives de suicide.
En France, les troubles de la santé mentale concerneraient environ 2 % des enfants de moins de 5 ans, 12 % des enfants de 5 à 9 ans et plus de 20 % des enfants de plus de 10 ans. La moitié des troubles mentaux se manifestent avant l’âge de 14 ans (chiffres 2019, OMS). Cette souffrance psychique des enfants est en augmentation depuis 2021. Pourtant, les autorités de santé françaises (HAS, ANSM) recommandent les pratiques psychothérapeutiques, éducatives et celles de prévention et d’intervention sociale pour la prise en charge des troubles mentaux chez l’enfant. Parfois, un traitement médicamenteux peut être prescrit en deuxième intention, en soutien de l’accompagnement psychologique, éducatif et social de l’enfant et de sa famille. Or, on constate une surmédication.
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