Les pleurs d'un nourrisson sont une source fréquente d'inquiétude pour les parents. Bien que les pleurs soient un moyen de communication normal pour un bébé, les pleurs inexpliqués peuvent être particulièrement déconcertants. Cet article vise à explorer les causes possibles de ces pleurs et à proposer des solutions pratiques pour aider les parents à gérer cette période difficile.

Pleurs Normaux vs. Pleurs Alarmants

Il est essentiel de distinguer les pleurs normaux des pleurs qui pourraient indiquer un problème sous-jacent. Un bébé "normal" pleure, et ces pleurs ont tendance à augmenter à partir de la deuxième semaine de vie, atteignant un pic vers la sixième semaine, avec environ 3 heures de pleurs par jour. Par la suite, ils diminuent et se stabilisent vers l’âge de 4 mois, se limitant alors à une heure par jour, en moyenne.

Certains pleurs sont alarmants, tels les pleurs paroxystiques aigus. Ces derniers sont heureusement rares, mais particuliers par : leur début brutal, leur intensité. Ils requièrent une consultation médicale rapide afin de rechercher une pathologie évolutive (telle infection ou une hernie). Il est important de contacter un médecin si le bébé ne se comporte pas comme d’habitude, ne mange pas, ne dort pas, a de la fièvre, de la diarrhée ou vomit.

Prévalence des Pleurs Inexpliqués

Des pleurs inexpliqués qui se poursuivent plusieurs jours durant des heures sont plus rares. En Occident, les pleurs inexpliqués sont présents chez 10 à 30 % des nourrissons de moins de 3 mois selon les définitions utilisées. Les pleurs prédominent généralement en fin d’après-midi et en début de soirée. Les accès de pleurs sont souvent imprévisibles et inattendus, durant de 35 minutes à deux heures. L’enfant semble souffrir et être inconsolable. Ces sessions de pleurs sont parfois étiquetées "coliques".

Il est important de noter que les pleurs inexpliqués suivent la même courbe que les pleurs normaux. À 3 mois, 60 % des nourrissons qui en souffraient n’en ont plus. À 4 mois, cette statistique s'élève à 90 %. Plus de 95 % de ces enfants ne présentent aucune pathologie. Il n’existe pas de facteur augmentant le risque de pleurs inexpliqués.

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Causes Possibles des Pleurs Inexpliqués

Certains pédiatres, en s'appuyant sur des études épidémiologiques et ethnologiques, pensent qu’il n'y a pas de cause particulière aux pleurs inexpliqués. Ce qui les différencie de pleurs considérés comme "normaux" ne serait que la durée des pleurs en réponse à une situation donnée. De ce fait, il faudrait surtout comprendre pourquoi l'enfant pleure plus longtemps plutôt que d’essayer d’expliquer ce qui les fait pleurer.

Les pleurs, chez l’enfant (comme chez tous les mammifères) sont un signal, un moyen de communiquer avec l’adulte, plutôt que le symptôme d’une pathologie. La spécificité humaine est que ces cris peuvent persister même après la correction du facteur déclenchant.

Pour certains chercheurs, notre mode de vie et de pensée occidental a sa part de responsabilité dans les pleurs inexpliqués du nourrisson. En effet, même si les habitudes sont en train de changer, le maternage "à distance" a longtemps été valorisé. On avait à cœur d’offrir à l’enfant un meilleur sommeil en le laissant seul. On essayait de lui imposer des horaires, de ne pas le garder longtemps dans les bras, afin de ne pas le laisser prendre de "mauvaises habitudes". En effet, un bébé pleurant beaucoup était (et est toujours) considéré comme difficile, capricieux ou manipulateur. C’est oublier la fonction de communication des pleurs et l’énergie que ceux-ci demandent à l’enfant.

Par ailleurs des études auraient montré que dans certaines cultures traditionnelles, les pleurs déclenchent une réponse quasiment immédiate de la mère : l’enfant est davantage porté, les enfants ne souffrent quasiment jamais de « coliques ».

Pleurs de Décharge

Les pleurs de décharge désignent tous ces moments où un enfant pleure de manière intense et prolongée sans raison apparente. Ce phénomène est fréquent chez les nourrissons et les jeunes enfants. Ces épisodes de pleurs peuvent se produire à tout moment de la journée, mais ils sont souvent plus fréquents en fin de journée ou en début de soirée. Ils peuvent durer plusieurs heures et être très éprouvants pour les parents, qui se sentent souvent impuissants face à la détresse de leur enfant.

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Ces pleurs de décharge sont généralement associés à un stade particulier du développement de l'enfant, notamment entre l'âge de 2 semaines et 3 mois. À cet âge, les nourrissons commencent à développer leur système nerveux et à s'adapter à leur environnement.

Besoins Physiologiques et Émotionnels

Le bébé peut ressentir une douleur (à cause d’un reflux gastro-œsophagien ou de coliques par exemple), mais aussi la faim, le besoin de dormir, une peur, un inconfort (le bébé a trop chaud ou trop froid, sa couche est sale et doit être changée). En vérifiant chacun de ces besoins, cela vous guidera sur la réponse à apporter à votre bébé pour apaiser ses pleurs de décharge du soir. Il est alors possible de le calmer en quelques minutes, puisque vous aurez répondu à son appel.

Quand tous ses besoins physiologiques sont satisfaits mais que votre bébé pleure toujours, ses pleurs expriment peut-être un besoin émotionnel et affectif. Le bébé (surtout durant ses 3 premiers mois de vie) a besoin d’être réconforté, porté, caliné, bercé. Au début de sa vie, le nouveau-né découvre en effet qui vous êtes et le monde qui l’entoure : il a besoin d’être rassuré. Pleurer va lui permettre de dire ce qu’il ressent et vérifier que vous êtes là pour lui. Il crée ainsi le lien et développe sa sécurité affective.

Différence entre Coliques et Pleurs de Décharge

Autrefois, le terme "coliques du nourrisson" était utilisé pour décrire les pleurs de décharge : on associait les pleurs à des problèmes digestifs. Même s’il est vrai que les inconforts digestifs peuvent provoquer des pleurs chez le nourrisson, ces pleurs ne se limitent pas nécessairement au soir, contrairement aux pleurs de décharge.

Nous avons à présent une meilleure compréhension du développement infantile et des mécanismes de régulation du comportement chez les nourrissons : les professionnels de la santé ont petit à petit reconnu que tous les pleurs intenses et prolongés chez les nourrissons ne sont pas nécessairement causés par des coliques au sens traditionnel du terme.

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Les pleurs de décharge ne sont pas liés à des problèmes médicaux sous-jacents et ne peuvent souvent pas être calmés par des moyens habituels comme l'alimentation, le changement de couche ou le bercement. Les pleurs de décharge commencent aux alentours des 1 mois de votre bébé : ce sont souvent des pleurs qui apparaissent en fin de journée, avant la tombée de la nuit, lorsque votre bébé a vécu beaucoup de choses. Au cours de sa journée, il a été exposé à des centaines d’odeurs, de bruits, de stimulations, sans compter les nouvelles personnes et nouveaux lieux. Tout cela peut être stressant pour lui, ce qui augmente son cortisol (l’hormone du stress). Pleurer lui permet de faire baisser ce taux de cortisol, de rééquilibrer son organisme et de retrouver son calme.

Que Faire Face aux Pleurs Inexpliqués?

Beaucoup d’approches ont été tentées. Sur le plan scientifique, elles sont parfois difficiles à évaluer. Pour chacune d’entre elles, on trouve facilement, au cas par cas, des témoignages d’efficacité comme des témoignages d’inefficacité.

Approches Alimentaires

  • Allaitement maternel ou artificiel: Sauf conseil médical, ne pas arrêter l'allaitement maternel ou artificiel et ne jamais le remplacer par des "laits" à base de plantes : ils peuvent entraîner des carences graves.
  • Préparations sans lactose: Les préparations sans lactose n’ont pas montré d’efficacité au cours des études.
  • Préparations à base de soja: Les préparations à base de soja auraient une efficacité modérée, mais elles seraient susceptibles d’augmenter le risque d’allergies alimentaires.
  • Lait sans protéine de lait de vache: L’utilisation d’un lait sans protéine de lait de vache aurait montré une efficacité mais leur utilisation est limitée par le coût de ce type de lait et son goût particulier. Celui-ci entraîne parfois un refus de la part des enfants.
  • Tisanes pour enfants allaités: Pour les enfants allaités, on conseille parfois de donner des tisanes à base de fenouil, de mélisse… mais leur efficacité est peu étudiée et des cas de convulsions chez les nouveau-nés ont été rapportés après la consommation de tisane à base d’anis étoilé (badiane).
  • Régimes hypoallergéniques: En revanche, les régimes hypoallergéniques (excluant les allergènes alimentaires connus) ont montré leur efficacité. Mais ces régimes sont draconiens, parfois difficiles à mettre en place sans l’aide d’un nutritionniste.

Approches Médicamenteuses et Alternatives

  • Médicaments: Il n'existe pas de médicament pour traiter les pleurs inexpliqués du nourrisson. L’utilisation de médicaments est maintenant abandonnée : certains étaient inefficaces. Les autres avaient trop d’effets secondaires.
  • Probiotiques: Les probiotiques sont sans intérêt et ont de potentiels effets indésirables.
  • Ostéopathie: Certains parents ont recours à une prise en charge par un ostéopathe. Encore une fois, les études, difficiles à mettre en place, ne sont pas concluantes. Ce qui ne veut pas dire qu’au plan individuel cette approche soit inefficace.

Approches Comportementales et Pratiques

  • Gestes simples: Calmer votre bébé repose sur des gestes simples : rechercher les inconforts ou causes de douleur, le porter, lui parler, le bercer, lui proposer le sein ou utiliser une tétine, donner un bain tiède, lui frotter doucement le ventre, le maintenir dans une ambiance apaisante, préserver son sommeil…
  • Techniques de Calme: Le plus souvent, la méthode utilisée est comportementale. Les parents observent qu’ils parviennent à calmer les pleurs de leur enfant en le berçant, par un tour en poussette, en voiture, par l’utilisation d’un porte bébé… Chaque enfant réagit différemment à ces techniques.
  • Portage: Directement contre vous ou en écharpe de portage / porte-bébé. Le fait de porter votre enfant va vraiment le rassurer et lui conférer un sentiment de sécurité. Les mouvements sont appréciés des bébés. Installez-le dans l’écharpe ou le porte-bébé et partez en balade. Si vous êtes chez vous, vous avez la possibilité de retirer vos vêtements et ceux de bébé pour le placer contre vous, cœur contre cœur.
  • Rituel du Coucher: Vous pouvez également accompagner votre bébé dans la préparation au coucher en mettant en place un rituel du coucher pour votre bébé afin de le détendre au maximum : bain tiède, massage, biberon, histoire, musique douce, etc. Ainsi, votre bébé sera plus détendu et relaxé pour la nuit.
  • Réduire les Stimuli: Ensuite, pour apaiser votre bébé et éviter de vous stresser vous-même, réduisez au maximum les stimulis dans son environnement : tamisez la lumière, parlez-lui à voix basse et posée, installez-vous dans une pièce calme, etc. Il est conseillé de créer une atmosphère relaxante, qui peut aider l'enfant à se calmer.
  • Accepter les Pleurs: Même si c’est difficile, il est indispensable que vous acceptiez que votre bébé ait « besoin » d’exprimer ces pleurs. Les pleurs de décharge sont un phénomène normal et temporaire chez les nourrissons et les jeunes enfants.

Conseils Pratiques pour les Parents

  • Ne vous affolez pas: Comprenez bien que cette période difficile n’aura qu’une durée limitée. Il est parfois difficile d’admettre qu’un comportement aussi fatiguant de son enfant ne repose pas sur un diagnostic précis. Mais vraisemblablement, votre enfant se porte bien !
  • Prenez du repos: Si vous êtes épuisé(e), confiez votre enfant à une personne de confiance quelques heures afin de pouvoir vous détendre et retrouver une certaine sérénité.
  • Évaluation Objective: Vous pouvez ensuite adopter différentes approches, tel que noter la durée des pleurs afin d’avoir une évaluation objective de leur efficacité.
  • Portez votre bébé: N’hésitez à porter davantage votre bébé : il ne deviendra pas "capricieux" pour autant.
  • Consultez régulièrement votre médecin: Enfin, il est important de voir votre médecin traitant régulièrement.
  • Soyez Calme: Pour apaiser bébé, mieux vaut être d’abord soi-même tranquille et calme. Si on se sent énervé, on prend un petit temps pour soi avant de s’occuper de bébé.

Quand S'inquiéter?

Lorsque votre bébé pleure, il est naturel de chercher à comprendre ce qui pourrait le déranger et ce qu'il essaie de communiquer. Est-ce que sa couche est propre ? Est-il affamé ? Éprouve-t-il une douleur ? Identifier la cause des pleurs uniquement par leur son peut être difficile, mais les mimiques de bébé peuvent parfois donner des indices. Par exemple, s'il porte sa main à sa bouche, il est probablement affamé. Cependant, même après avoir répondu à ses besoins de base, votre bébé peut continuer à pleurer sans raison apparente ? Il n'est pas nécessaire pour les parents de s'inquiéter immédiatement, mais il est utile de suivre la règle de 3 :

  • Les pleurs du soir durent-ils plus de 3 heures ?
  • Le bébé a-t-il des épisodes de pleurs de décharge plus de 3 fois par semaine ?
  • Ces crises de pleurs persistent-elles pendant plus de 3 semaines ?

Si les trois critères sont réunis ou si l'une de ces situations se confirme, il est recommandé de consulter un médecin.

Soutien aux Parents

Accepter de se sentir démunie face aux pleurs de son bébé. Les pleurs de décharge d’un tout-petit peuvent nous déstabiliser, notamment quand on est dans la fatigue des premiers mois du post-partum. Et tous les parents ne sont pas égaux devant les pleurs ! Pour certains, ils seront insupportables.

Il est alors intéressant de se demander ce que ces pleurs provoquent en nous. Cela permet de comprendre ce que l’on ressent et parfois d'être moins en souffrance devant les pleurs de décharge de son bébé. Par ailleurs, quand on est épuisé et que les pleurs deviennent difficiles, n’hésitez pas à dire à votre bébé “tu vois, j’ai tout essayé, tu as encore besoin de pleurer, je vais te poser en sécurité dans ton lit quelques minutes et je reviens. J’ai besoin de souffler pour mieux revenir m’occuper de toi !”. Vous êtes humaine, il est normal de se sentir dépassée par moments. Si votre conjoint ou quelqu’un de confiance peut prendre le relais, n'hésitez pas à demander de l’aide pour avoir le temps de vous reposer physiquement et psychologiquement.

Prévention du Syndrome du Bébé Secoué

Parler des pleurs, constitue la première mesure de prévention de la maltraitance du nourrisson et en premier lieu du syndrome du bébé secoué. Quand le parent sent qu’il risque de perdre le contrôle et qu’il est seul, il ne reste qu’une seule chose à faire : coucher l’enfant en sécurité dans son berceau (rappeler les bonnes règles de couchage) en verbalisant la nécessité pour chacun de se reposer et quitter la pièce. Il s’agit alors pour le parent de souffler et de retrouver son calme.

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