L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une option de plus en plus courante en France, représentant aujourd'hui 57% des avortements pratiqués. Bien que largement accessible et privilégiée par de nombreuses femmes, elle suscite des interrogations, notamment en ce qui concerne la douleur. Cet article vise à explorer en profondeur la gestion de la douleur dans le contexte de l'IVG médicamenteuse, en s'appuyant sur des données récentes, des témoignages et des recommandations de professionnels de santé.
IVG Médicamenteuse : Un Aperçu
L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines après le 1er jour des dernières règles). Elle consiste en la prise de deux médicaments à 24-48 heures d’intervalle qui vont permettre à l’œuf de se détacher de l’utérus et d’être expulsé. Cette méthode peut être proposée par un médecin ou une sage-femme, exerçant en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet libéral, en centre de santé sexuelle (ex-centre de planification familiale) ou en centre de santé.
Les étapes clés de l'IVG médicamenteuse
- Première étape : la prise du premier médicament, la mifépristone. Ce médicament débute l’interruption de la grossesse. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin.
- Deuxième étape : la prise du second médicament, le misoprostol, entre 24 h et 48 h plus tard. Ce médicament augmente les contractions et provoque l’interruption de la grossesse. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes) et qui peuvent être réduites grâce à des anti-douleurs (prescrits par le professionnel de santé qui vous suit).
- Visite de suivi : Une consultation de suivi avec le médecin ou la sage-femme est nécessaire afin de s’assurer que la méthode a fonctionné et qu’il n’y a pas de complications.
La Réalité de la Douleur : Ce que Révèlent les Études
Une enquête menée dans 11 centres hospitaliers auprès de 453 femmes a évalué le niveau de douleurs dans les IVG médicamenteuses. Les résultats de l’étude montrent que 27% de femmes ayant réalisé une IVG médicamenteuse ont ressenti des douleurs très intenses au 3e jour de l’IVG. Elles témoignent : « Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Une douleur sans nom », « la douleur a été foudroyante », « la méthode médicamenteuse est très douloureuse. Même si on nous parle de la douleur, on ne l’imagine pas à ce point ».
Intensité de la douleur et perception des femmes
L'enquête met en lumière un écart entre l'information donnée aux femmes et leur expérience réelle de la douleur. Si on dit souvent aux femmes que la douleur provoquée par une IVG médicamenteuse n'est pas pire que les crampes menstruelles, de nombreuses femmes restent mal préparées à l'intensité de la douleur. L’enquête confirme que de nombreuses femmes ne sont absolument pas préparées à l'intensité de la douleur au point que certaines déclarent qu'elles auraient probablement choisi une autre option si elles l'avaient su.
Autres effets secondaires
Outre la douleur, les femmes notent les effets ressentis au cours des 5 jours de traitements : de la fatigue (88%), des nausées (70%), des vertiges (42%), des maux de tête (42%), des diarrhées (37%), et enfin des vomissements (28%).
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Pourquoi Cette Douleur ? Comprendre les Mécanismes
La douleur au cours d’un IVG médicamenteuse est secondaire aux contractions répétées de l’utérus pour expulser la grossesse arrêtée. Le misoprostol, le deuxième médicament pris lors d'une IVG médicamenteuse, est celui qui provoque des contractions utérines. Ces contractions sont nécessaires pour expulser le contenu utérin, mais elles sont aussi la principale cause de la douleur ressentie.
Facteurs influençant la douleur
- Antécédents de règles douloureuses : Des règles douloureuses habituelles semblent être un facteur prédisposant aux douleurs de l’IVG (douleurs plus fréquemment retrouvées dans ce cas).
- Sensibilité individuelle : L’intensité de la douleur varie d’une femme à l’autre.
Stratégies de Gestion de la Douleur : Médicaments et Au-Delà
Face à cette réalité, il est crucial de mettre en place une gestion efficace de la douleur. 83% des femmes affirment avoir pris des antidouleurs lors des cinq jours du traitement.
L'importance des antidouleurs
Les antidouleurs doivent être prescrits à l‘avance pour qu‘ils soient disponibles au moment de l‘ivg. Il ne faut pas hésiter à les prendre au début de la douleur, ils seront d‘autant plus efficaces. La patiente ne doit pas hésiter à dire ses habitudes et ses préférences médicamenteuses en cas de douleur ainsi que ses intolérances ou allergies.
Prise en charge non médicamenteuse
La prise en charge de la douleur n’est pas seulement médicamenteuse. Il est nécessaire que le processus soit bien expliqué au préalable et que la patiente ait pu, si besoin, exprimer ses craintes et ses inquiétudes et poser ses questions. Les téléphones d’un médecin ou d‘une sage-femme joignables à tout moment doivent être remis à la patiente. Par ailleurs, Il est nécessaire d‘être accompagnée par la personne de son choix, pour ne pas être seule le jour de la prise des médicaments.
Information, Accompagnement et Soutien : Des Piliers Essentiels
Ces femmes déplorent « le manque d’information sur les effets secondaires liés au traitement comme l’intensité des saignements ». 27% d’entre elles les ont trouvés « inquiétants ».
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Le rôle crucial de l'information
Les femmes doivent être préalablement informées des douleurs qui peuvent être ressenties. Il est crucial d'informer les femmes de manière réaliste sur l'intensité potentielle de la douleur afin qu'elles puissent prendre des décisions éclairées et se préparer adéquatement.
L'importance de l'accompagnement
Si vous choisissez de réaliser l’IVG médicamenteuse à domicile il est recommandé de ne pas être seule. En effet être entourée de personnes en mesure de vous soutenir permet de réaliser l’IVG dans un climat favorable.
Le soutien psychologique
Marie-Josèphe Saurel-Cubizoles, chercheur épidémiologiste à l’INSERM, explique avoir été impressionnée par « la gravité des commentaires spontanément laissés par les femmes ». Elle rappelle que « l’IVG n’est jamais un acte anodin, ni banal ». Elle « insiste sur une certaine solitude ressentie lors de cette épreuve voire une culpabilité pour certaines » : « C’est une souffrance psychologique et physique très importante, assortie d’un sentiment de honte », note une femme.
Quand S'inquiéter ? Reconnaître les Complications
Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse telles qu’une hémorragie, une infection dans le cas où la grossesse n’aurait pas été totalement expulsée ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication : de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ; des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite) ; un malaise ; de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.
IVG Médicamenteuse vs. IVG Instrumentale : Comparaison
| IVG médicamenteuse | IVG instrumentale | |
|---|---|---|
| Jusqu'à quand ? | 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée. | 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. |
| Avec quel professionnel ? | Médecin ou sage-femme. | Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions. |
| Où ? | En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé. | En établissement de santé, Dans certains centres de santé. |
| Comment ? | Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile. | Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. |
| Et la douleur ? | Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique. | Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste. |
| Quelle durée totale ? | Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h. | L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé. |
| Consultation de suivi ? | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. |
| Taux de succès | 95% | 99,7% |
| Quels sont les effets indésirables ? | Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours. | Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours. |
| Téléconsultation | Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation. | Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. A noter que toutes les étapes préalables à l’IVG sont les mêmes quelle que soit la méthode. |
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