La tocophobie, définie comme une peur extrême de la grossesse et de l’accouchement, est une pathologie reconnue depuis 1997 dans la Classification internationale des maladies (CIM-11) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette condition toucherait plus de 20 % des femmes enceintes de façon légère à modérée, et entre 6 et 11 % pour une phobie sévère et invalidante. Il est important de la différencier de l’anxiété prénatale, car elle peut avoir de terribles répercussions sur la mère ainsi que sur l’enfant.

Qu'est-ce que la Tocophobie ?

Le terme « tocophobie » vient du grec « tokos » qui désigne l’accouchement et « phobos » qui se traduit par la peur. La tocophobie se traduit donc par une peur irrationnelle de l’accouchement, et plus généralement de la grossesse. Cette peur panique de la grossesse et de l'accouchement peut encourager la femme à refuser toute idée de grossesse ou à demander une césarienne.

La tocophobie est une affection psychologique assez fréquente. On estime qu’entre 2,5 et 30% des femmes enceintes sont concernées.

Différenciation entre Anxiété Périnatale et Tocophobie

S’il est naturel d’avoir peur d’accoucher, de redouter d’avoir mal ou de mourir, il est crucial de distinguer l’anxiété périnatale de la tocophobie. Si 80 % des femmes enceintes appréhendent la gestation et l’accouchement, cela ne signifie pas pour autant qu’elles souffrent de tocophobie. L’anxiété pendant la grossesse reflète une inquiétude pour son enfant à naître. Néanmoins, si cette anxiété devient chronique ou excessive, on parle de trouble anxieux. La tocophobie peut mener à des troubles obsessionnels compulsifs, des crises d’angoisse, et dans le pire des cas, à un avortement.

Les Différents Types de Tocophobie

On distingue plusieurs types de tocophobie :

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  • Tocophobie Primaire : Elle survient chez les femmes n’ayant jamais eu d’enfant. Cette tocophobie peut remonter à l’adolescence. Les femmes concernées ont tendance à avoir recours à diverses contraceptions, parfois même l'emploi simultané de plusieurs méthodes contraceptives pour être sûres de ne pas tomber enceintes. Dans le premier cas, la femme n’a jamais donné la vie, mais peut craindre de perdre le contrôle de son corps, de subir une épisiotomie, d’avoir mal. Elle peut aussi avoir eu l’écho d’accouchements qui se seraient mal déroulés dans son entourage.

  • Tocophobie Secondaire : Elle touche les femmes qui ont déjà vécu une expérience difficile lors d’un accouchement. Elle survient après une première expérience d’accouchement qui s’est mal passée pour des raisons médicales (en cas d’extraction instrumentale, de problème pour le bébé ou la maman, de fausse couche…) ou psychologiques. Il s’agit d’un stress post-traumatique qui survient dans les suites d’une exposition à une situation traumatique. Il se caractérise par l’apparition de profonds bouleversements sur le plan émotionnel et intellectuel, avec, en particulier, un sentiment d’angoisse et de peur. La tocophobie secondaire peut provenir à la suite d’un événement traumatisant, comme une fausse couche ou une naissance difficile.

  • Tocophobie Symptomatique de la Dépression Prénatale : La tocophobie peut être un symptôme d’une dépression prénatale. Être enceinte et réaliser tous les changements que cela implique au niveau physiologique, psychique, émotionnel, familial, social, matériel peut provoquer un syndrome dépressif prénatal.

Causes de la Tocophobie

Plusieurs facteurs peuvent amener à une phobie d’accoucher, à commencer par l’image de douleur qui est intimement liée à l’accouchement dans la société. Les causes d’une grossesse nerveuse sont multiples et résultent bien souvent d’une peur excessive d’être enceinte ou au contraire, du désir impérieux d’avoir un enfant.

Voici certaines causes susceptibles de déclencher une anxiété excessive à l’idée d’accoucher :

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  • La peur d’avoir mal.
  • La peur d’avoir des complications pendant l’accouchement.
  • Des antécédents d’anxiété, de dépression et autres troubles de l’humeur.
  • Une expérience traumatique lors d’un précédent accouchement.
  • Des antécédents d’expérience médicale traumatique.
  • Des événements traumatiques antérieurs, comme une agression sexuelle.
  • Des histoires ou des témoignages sur une expérience négative de l’accouchement.
  • Un manque de soutien et un manque d’informations pendant la grossesse.
  • La dépression, ainsi qu'une peur profonde de la mort et du milieu hospitalier, peuvent également conduire à la tocophobie.
  • Dans des cas plus rares, l’origine de la grossesse nerveuse n’est pas psychique, mais physique. Cela s’observe lors de la présence d’une tumeur au niveau de l’ovaire.

La psychanalyste Myriam Goffard explique qu’il y a autant de causes que de sujets. Pendant des siècles, le taux de mortalité lié à l’accouchement a été important. Les films et la littérature d’époque le rappellent. Les peurs sont parfois transgénérationnelles. Il n’est pas rare d’avoir eu des arrières-grands-mères mortes en couches. Les témoignages de souffrance de proches ou d’inconnus sur les réseaux sociaux, les images véhiculées par les films, les documentaires y participent aussi.

Il est naturel d’avoir peur d’accoucher, de redouter d’avoir mal ou de mourir. Outre la grossesse physique, il y a aussi une grossesse psycho-émotionnelle qui se met en place et construit la future mère. La psychologue explique que « le corps est une caisse de résonance de la vie intérieure ». En cas de phobie, plusieurs symptômes physiques peuvent donc apparaître et refléter ce mal-être, cette crainte de la douleur.

Symptômes de la Tocophobie

Les symptômes de la tocophobie sont communs à ceux des autres phobies. Les principaux sont :

  • Une anxiété excessive et une peur intense à l’idée d’accoucher.
  • Des crises de panique qui peuvent inclure des essoufflements, la bouche sèche, des tremblements, des nausées, des engourdissements, des sensations de vertige, des évanouissements ou encore des douleurs thoraciques.
  • Des flashbacks vers une expérience traumatique lors d’un précédent accouchement (chez les femmes souffrant de tocophobie secondaire).
  • La forte anxiété peut se caractériser par le plexus solaire et la gorge serrés. Il peut y avoir des maux de ventre, des palpitations, des sueurs froides, un sommeil perturbé, des attaques de panique, des pensées obsessionnelles, une difficulté à parler d’accouchement. Les femmes peuvent tout aussi bien être incapables d’en parler, que l’évoquer très longuement en se lançant dans des logorrhées, manifestant leur angoisse. Certaines, face à une telle peur, parlent de recourir à la césarienne, voudraient une anesthésie générale pour ne rien sentir, ne rien vivre et se réveiller avec leur bébé, ou peuvent même penser à une GPA.

Diagnostic de la Tocophobie

Pour certaines femmes, l’idée d’accoucher révèle des angoisses excessives et des attaques de panique à tel point que cela les empêche de tomber enceinte. Si vous prévoyez de tomber enceinte, que vous êtes enceinte ou que vous êtes sur le point d’accoucher, il est tout à fait normal de ressentir de l’anxiété. Les symptômes peuvent aller de l’angoisse modérée à une détresse sévère. Les raisons les plus courantes à ce stress sont la crainte de la douleur ou l’idée qu’il puisse arriver quelque chose au bébé. Dans les cas de détresses extrêmes, on parle de tocophobie.

Si vous ressentez une anxiété excessive avant même de vouloir être enceinte et que vous craignez qu’elle affecte votre grossesse, parlez-en à votre médecin traitant. Celui-ci pourra vous orienter vers un psychothérapeute pour soigner votre tocophobie.

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La tokophobie est incluse depuis 1997 dans la Classification internationale des maladies de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Traitements de la Tocophobie

Il est impératif pour toute femme souffrant de tocophobie d’être prise en charge aussitôt le diagnostic évoqué afin de ne pas aggraver la phobie. Sans prise en charge, cette phobie peut aboutir à un allongement du temps de travail nécessitant un recours aux forceps ou ventouses obstétricales. La tocophobie doit systématiquement faire l’objet d’un accompagnement psychologique et médical.

Voici les différentes approches thérapeutiques existantes :

  • Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) : Le traitement de la tocophobie est très similaire à celui d’une phobie. Il s’agit d’une thérapie cognitivo-comportementale dont l’objectif est de réduire ou de supprimer les symptômes qui accompagnent la tocophobie. Cette méthode permet d’identifier et de modifier le schéma qui alimente les angoisses. À l’instar d’autres phobies, avec la bonne aide, la tocophobie peut être traitée et guérie. Il est recommandé de la prendre en charge avant de tomber enceinte afin que cela n’impacte pas la grossesse. La thérapie cognitive et comportementale (TCC) peut aider à prendre en charge cette pathologie, grâce à des techniques assez immédiates de relaxation, de respiration, de visualisation, afin d'apprivoiser cette phobie. On apprend, par exemple, à visualiser une grotte dans laquelle on est à l’abri, en sécurité, ou un accouchement qui va bien se passer. Le moment venu, la femme va pouvoir appliquer cette technique qu’elle aura alors intégrée.

  • EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) : On peut aussi avoir un accompagnement de réparation à la suite à des violences ou souffrances passées, dans le cas d’une tokophobie secondaire notamment, par le biais de l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Cette technique s’appuie sur un état de conscience modifié. La patiente raconte ce qu’elle a vécu, ou se remet intérieurement dans la situation. Avec le souvenir, les émotions lui reviennent de façon quasi-identique. Le thérapeute l’accompagnant durant ce temps, lui demande ce qu’elle pourrait dire ou faire dans l’instant, ce qui lui ferait du bien. C’est une sorte de reprogrammation du souvenir “à chaud”, dans un présent émotionnel. C’est assez étonnant, car ça fonctionne très bien en deux ou trois séances, avec un événement qui s’est mal déroulé et a pu virer au drame, au traumatisme.

  • Hypnose Thérapeutique : Il est possible d’avoir recours à des séances d’hypnose thérapeutique. Cette méthode, basée sur une relaxation profonde, permet de prendre conscience de ses angoisses et apprendre à les surmonter. L’objectif est que la patiente puisse sentir les prémices de ses angoisses afin de pouvoir les stopper grâce à diverses méthodes de relaxation. On parle alors d’autohypnose.

  • Sophrologie Prénatale : Dans le même principe, il existe aussi des séances de sophrologie prénatale qui permettent de travailler sur le souffle et le lâcher-prise via divers exercices corporels. En plus d’un suivi médicale, la sophrologie enceinte s’avère une technique sécurisée et très éfficace pour diminuer et soulager le stress et les crises d’angoisse. Au fil des séances de sophrologie de la méthode Paalma, nous agissons en profondeur sur la prise en charge de l’anxiété et nous travaillons en amont de la naissance pour acquérir des outils et des techniques afin de renforcer la capacité de confiance de la femme enceinte pour apprendre à gérer ses peurs de la douleur par exemple.

  • Visite du Service d’Obstétrique : Il est possible de visiter le service d’obstétrique et rencontrer les sages-femmes et les médecins afin d’être rassuré sur le déroulement de l’accouchement.

  • Cours de Préparation à l’Accouchement : Il est également proposé à toute femme enceinte de participer à des cours de préparation à l’accouchement prodiguée par une sage-femme. Les séances permettent de préparer la future maman, aussi bien physiquement que psychologiquement, à l’accouchement.

  • Soutien Psychologique : Si vous développez une peur intense pendant votre grossesse, il est important de parler de vos symptômes à votre médecin, votre gynecologue ou votre sage-femme le plus rapidement possible. Les professionnels de santé qui vous entourent pourront alors vous apporter toutes les informations et le soutien nécessaire pour vous préparer davantage à l’accouchement. N’hésitez pas à poser des questions sur des sujets qui vous inquiètent comme “que se passera-t-il si le travail démarre trop tôt ? Que se passera-t-il en cas de complications ? Quelles sont les alternatives disponibles si j’ai peur des aiguilles ? Quelles sont les possibilités d’avoir recours à une césarienne ?”

Impacts de la Peur sur l'Accouchement

Les angoisses ne sont pas bonnes pour la femme enceinte car elle augmente le ressenti de la douleur, allonge la durée du travail lors de l’accouchement en abaissant les niveaux d’ocytocine. Ce cycle peur-tension-douleur rend l’accouchement plus difficile. Si vous envisagez une grossesse ou êtes déjà enceinte, la sophrologie vous aidera à gérer et à vous libérer de vos angoisses en parallèles de votre parcours de santé.

Conseils pour Surmonter la Tocophobie

  • S'informer avec Modération : S’il est important de s’informer sur la grossesse et l’accouchement, mieux vaut que cela reste mesuré. Trop en savoir peut engendrer des grossesses vécues dans l’anxiété, qui ne favorisent pas ensuite le lien mère-enfant.

  • Connaître son Rapport à la Douleur : L’experte conseille ensuite de connaître son rapport à la douleur, si l’on est endurante ou pas.

  • Choisir un Accompagnement Dédié : Enceinte, on choisit un accompagnement dédié (hypnose, sophrologie…) pour ne pas être débordée par la peur et la douleur.

  • Soutien du Partenaire : L'importance du soutien du partenaire dans la gestion de la tokophobie.

  • Communication Ouverte : Maintenir une communication ouverte avec les professionnels de la santé.

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