Mère Teresa, une figure emblématique de la charité et de la compassion, a marqué le XXe siècle par son dévouement inlassable aux plus démunis. Canonisée en 2016 par le pape François, elle est devenue, dès son vivant, une icône mondiale de la lutte contre la pauvreté, récompensée par le prix Nobel de la paix en 1979. Cependant, au-delà de son œuvre humanitaire largement célébrée, Mère Teresa a livré un message d’une radicalité prophétique qui dérangeait les puissants de ce monde : son plaidoyer ferme et maintes fois réitéré contre l’avortement.

Une Opposition Ferme à l'Avortement : Un Principe Inébranlable

Tout au long de sa vie, Mère Teresa a exprimé une opposition catégorique à l'avortement, qu'elle considérait comme le "plus grand destructeur de la paix". Cette position n'était pas un simple avis personnel, mais un principe fondamental qui guidait son action et sa vision du monde. Elle voyait dans l'avortement une atteinte à la dignité de la vie humaine, un acte de violence envers les plus vulnérables.

Dès son discours de réception du prix Nobel de la paix en 1979, elle affirmait : « Le plus grand destructeur de la paix, aujourd’hui, est le crime commis contre l’innocent enfant à naître. Si une mère peut tuer son propre enfant, dans son propre sein, qu’est-ce qui nous empêche, à vous et à moi, de nous entretuer les uns les autres ? » Ces mots forts, prononcés devant une audience internationale, ont marqué les esprits et ont suscité des réactions contrastées.

En 1994, lors d'une conférence de presse en marge de la Conférence internationale sur la population au Caire, elle réaffirmait sa position : "La plus grande menace pour la paix aujourd'hui, c'est l'avortement, parce qu'il s'agit d'une guerre contre l'enfant, du meurtre direct d'un enfant innocent, d'un meurtre par la mère elle-même". Elle demandait alors : "Comment pouvons dire aux gens de ne pas s'entre-tuer si nous acceptons qu'une mère tue son propre enfant ?"

Un Lien Indissociable entre le Respect de la Vie et le Souci des Pauvres

Pour Mère Teresa, le respect de la vie des enfants à naître n’est pas dissociable du souci des faibles et des pauvres. Son combat fut l’illustration concrète de la lutte pour la “culture de la vie” théorisée par la suite par le Pape Jean-Paul II dans Evangelium Vitae.

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Elle considérait que l'avortement était une forme de pauvreté absolue, car l'enfant à naître est l'être le plus faible et le plus démuni qui soit. Elle renversait ainsi l’idée reçue : la pauvreté absolue n’est pas le manque de nourriture ou d’argent, mais le manque d’amour. L’enfant avorté est la victime de cette “pauvreté de l’amour” dans les pays riches. Par leur choix de la mort, les grandes nations occidentales qui ont légalisé l’avortement se croient riches, mais sont spirituellement et moralement les plus pauvres.

Une Proposition Concrète : Lutter Contre l'Avortement par l'Adoption

Plutôt que d’en rester aux condamnations, Mère Térésa proposa une solution concrète en lien avec son action à Calcutta, où elle accueillait des orphelins et des bébés rejetés. Elle encourageait l'adoption comme alternative à l'avortement, offrant ainsi une chance de vivre aux enfants non désirés et un foyer aimant aux parents en attente.

Lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix, elle lançait un appel : “C’est pourquoi, aujourd’hui, je vous invite à prendre ici cette forte résolution : nous allons sauver tous les petits enfants, tous les enfants à naître, nous allons leur donner une chance de naître. Et que ferons-nous pour cela ? Nous lutterons contre l’avortement par l’adoption. Le Bon Dieu a déjà si merveilleusement béni le travail que nous avons fait, que nous avons pu sauver des milliers d’enfants. Et des milliers d’enfants ont trouvé un foyer où ils sont aimés."

Elle réitéra cet appel à plusieurs reprises, notamment lors du National Prayer Breakfast à Washington D.C. en 1993, où elle déclara : "Je vous en prie, ne tuez pas l’enfant. Donnez-moi l’enfant. Je le prendrai. Nous avons sauvé à Calcutta plus de 3 000 enfants de l’avortement."

L'Amicus Brief Contre Roe v. Wade : Une Intervention Directe dans le Débat Américain

En 1994, dans le cadre de plusieurs affaires demandant la reconsidération de l’arrêt Roe v. Wade, Mère Térésa déposa une lettre formelle désignée juridiquement comme un amicus brief. Par cet acte rare pour une figure religieuse non-américaine, elle est intervenue directement dans le processus judiciaire américain pour défendre le droit à la vie.

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Dans cette lettre, elle affirmait : "Votre décision dans Roe v. Wade a déformé une grande nation … L’Amérique n’a pas besoin de mes paroles pour voir comment votre décision dans Roe v. Wade a déformé une grande nation. Le prétendu droit à l’avortement a mis les mères contre leurs enfants et les femmes contre les hommes."

Ce plaidoyer insiste sur la nature destructive de la loi elle-même. En tant que première puissance mondiale économique et culturelle, les États-Unis occupent une place particulière dans les messages de Mère Teresa. Son intervention devant la plus haute juridiction du pays est le prolongement logique de ses discours publics.

Une Vision Cohérente de la Protection de la Vie

De Calcutta à Washington, le message de Mère Térésa n’a jamais varié. Il s’articule autour d’une conviction centrale : la vie humaine doit être protégée inconditionnellement dès sa conception et jusqu’à sa fin naturelle. Sa lutte contre l’avortement n’était donc pas un combat moral isolé ; elle s’inscrivait dans la même logique radicale que son action auprès des mourants rejetés, des lépreux isolés, des orphelins abandonnés.

Dans sa pensée, l’avortement n’était pas une question de morale individuelle sans rapport avec le reste. Il était le symptôme d’une société qui hiérarchise la valeur des vies humaines et finit par exclure ceux qui gênent ou dérangent. Le propos de Mère Térésa va au-delà de la morale individuelle et concerne toute la société dans son ensemble. Pour elle, une civilisation qui s’habitue à rejeter les plus petits se condamne à plus de violence. La véritable paix commence par l’accueil de celui que personne ne veut.

Critiques et Controverses Autour de Sa Position

La position de Mère Teresa sur l'avortement a suscité de vives critiques et controverses. Certains l'ont accusée de fanatisme et de fondamentalisme, lui reprochant de ne pas tenir compte des situations difficiles vécues par les femmes enceintes. D'autres ont remis en question la cohérence de son discours, soulignant qu'elle acceptait des financements de régimes dictatoriaux et de personnalités controversées.

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L'essayiste Christopher Hitchens, dans un article virulent paru en 2003, dénonçait la vision "ultra-réactionnaire et fondamentaliste, même en termes catholiques orthodoxes", de Mère Teresa, citant ses positions sur l'avortement, la contraception ou le divorce. Il la qualifiait de "fanatique, une fondamentaliste et une imposture".

Ces critiques, souvent acerbes, n'ont pas entamé la détermination de Mère Teresa, qui a continué à défendre ses convictions avec force et conviction.

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