Alain Resnais, figure emblématique du cinéma français, a marqué l'histoire du septième art par son approche novatrice et sa capacité à explorer des thèmes complexes tels que la mémoire, le temps et l'amour. Son œuvre, riche et variée, est le reflet d'un esprit curieux et d'une sensibilité artistique aiguisée. Cet article se propose d'examiner l'influence de son enfance et son approche ludique du cinéma, souvent comparée à celle d'un enfant, sur sa filmographie.
Une vocation précoce
Dès son plus jeune âge, Alain Resnais est attiré par le cinéma. À 12 ans, son père lui offre sa première caméra Kodak pour Noël, avec laquelle il tourne ses premiers films en super 8, dont un "Fantomas". Cette passion précoce pour l'image ne le quittera jamais.
L'importance du collectif
Alain Resnais accorde une grande importance au travail d'équipe dans la création cinématographique. Il apprécie particulièrement le moment du tournage, lorsqu'il est entouré des comédiens et des techniciens. Il décrit cette expérience comme une "machine qui tourne", un moment impressionnant et bouleversant qu'il affectionne particulièrement.
De l'école du regard à la littérature
Issu d'une famille lettrée, Alain Resnais se passionne très tôt pour toutes les formes d'art, de la photographie à la littérature. Ces influences marqueront durablement son œuvre. En collaborant avec de nombreux auteurs contemporains et proches du Nouveau roman, Alain Resnais jette de multiples ponts entre littérature et cinéma. Il précise qu'il ne pense pas que l'image, chez Alain Robbe-Grillet par exemple, soit la même chose qu'une image sur un écran, parce qu'il y a une différence essentielle, c'est que pour faire naître une image dans le cerveau d'un lecteur, ça se passe petit à petit. Ça peut même mettre dix ou vingt pages, si le romancier le décide, avant que l'image soit née.
Les débuts d'une carrière prometteuse
Après avoir envisagé de devenir comédien, Alain Resnais rentre à l'IDHEC en se spécialisant dans le montage. Il débute sa carrière en réalisant des documentaires au format de courts métrages, dont Nuit et Brouillard, qui connaîtra un très grand retentissement. Contemporain de la Nouvelle Vague, il est plus proche d'un groupe "Rive gauche" engagé dont font partie Chris Marker, avec qui il co-signe Les Statues meurent aussi (Prix Jean Vigo 1954), et Agnès Varda - il monte La Pointe courte, premier long métrage de la réalisatrice en 1954-55. La même année, il obtient encore le Prix Jean-Vigo, pour Nuit et brouillard, documentaire qui deviendra un film de référence sur la déportation.
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La génération des cinéastes de la Nouvelle vague, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, François Truffaut et Agnès Varda aspirent à pouvoir produire des longs métrages, Alain Resnais ajoute "notre génération était bloquée dans le court-métrage et on n'arrivait pas du tout à s'en sortir. Et c'est grâce à Agnès Varda, puisqu'elle a été la première, en somme, à crever le mur, avec son film La Pointe courte que des producteurs nous ont fait confiance et ont accepté de prendre le risque de faire du long-métrage".
L'émergence d'un style expérimental
Sorti en 1959, quelques semaines après Les 400 coups, Hiroshima mon amour, le premier long métrage d'Alain Resnais, s'impose comme une autre œuvre charnière du cinéma français, à la fois par l'audace de son sujet (les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale évoqués à travers une histoire d'amour) et la modernité de la narration. Versé sur un style relativement expérimental, Resnais n'en oublie pas de diffuser un message pour autant : la mémoire restera ainsi un des thèmes fétiches du cinéaste, comme en témoignent ses deux films suivants, avec Delphine Seyrig, l’abscons L'Année dernière à Marienbad (Lion d'Or à Venise en 1961), puis Muriel (1964), sur les fantômes de la Guerre d'Algérie, ou plus tard Providence (1977). Loin de ne se soucier que de la forme, il se montre également très engagé : il fait ainsi de Montand un militant anti-franquiste dans La Guerre est finie (Prix Louis-Delluc 1966), prend part au film collectif Loin du Vietnam, et au manifeste utopique L'An 01.
Un cinéaste nourri de culture populaire
En dépit de son image de cinéaste intellectuel, l'auteur de L'Amour à mort, qui offre à Bébel le rôle de l'escroc Stavisky en 1974, est nourri de culture populaire : s'essayant à la SF (Je t'aime, je t'aime, 1968), il revisite le théâtre de boulevard (Mélo, 1986), s'intéresse à la BD (I Want to Go Home), donne à la variété ses lettres de noblesse (On connaît la chanson, son plus gros succès en 1997) et signe une opérette (Pas sur la bouche). Film-puzzle rythmé par les interventions d'Henri Laborit, Mon Oncle d'Amérique (primé à Cannes en 1980) illustre à merveille le caractère à la fois ludique et cérébral de son cinéma, tourné vers des horizons aussi éclectiques que variés.
Une approche ludique du cinéma
Bruno Podalydès a collaboré avec Alain Resnais sur Cœurs (2006) et Vous n’avez encore rien vu (2012), pour lesquels il a réalisé des films dans le film. Il se souvient encore d'Alain, accroupi dans son petit salon, penché sur ses Playmobil, évoluant dans la maquette du décor que Jacques Saulnier allait lui construire pour son prochain film, Cœurs. “Et si Azema entrait par là… Alors Arditi la rejoindrait par ici…” Il avait le sérieux des enfants qui jouent. Alain tournait autour d’une idée comme on tourne autour d’une sculpture, il fallait pour lui qu’un film tienne sous toutes ses faces.
Un témoignage similaire émane d'une personne ayant participé au tournage d'un de ses films : "Sur le tournage, il était extrêmement respecté : on l'appelait Maître ou M. Resnais. Mais, chose incroyable, à 75 ans, on avait l'impression d'avoir un enfant qui n'arrêtait pas de rire ou jouer."
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Cette approche ludique se retrouve également dans sa manière de travailler avec ses acteurs. À partir des années 80, Resnais fait appel à un trio d'acteurs virtuoses auxquels il offre, au fil des ans, des partitions subtiles et variées : André Dussollier, Pierre Arditi et bien sûr sa muse Sabine Azéma, qui ont chacun remporté au moins un César dans le cadre de leur collaboration avec le cinéaste. L'amour de Resnais pour ses comédiens éclate dans Smoking-No Smoking, Arditi et Azéma interprétant à eux seuls les onze personnages de ce diptyque, César du Meilleur film en 1993.
L'enfance, une source d'inspiration
L'enfance d'Alain Resnais a joué un rôle essentiel dans sa filmographie. Son enfance a joué un rôle essentiel dans sa filmographie. Son attachement à sa ville natale, Vannes, malgré des relations parfois conflictuelles, témoigne de l'importance de ses racines dans son imaginaire. En 1980, les enfants de la région parisienne qui tournaient dans Mon oncle d'Amérique étaient hébergés à l'école normale, à côté.
Les dernières années
Côté scénaristes, si, à ses débuts, ses collaborateurs avaient pour nom Duras ou Robbe-Grillet, figures de proue du nouveau roman, le maître respecté, lauréat d'un Ours d'or d'honneur à Berlin en 1998, jadis très marqué par la littérature ardue, s'entoure à présent d'auteurs plus grand public, tels le couple Bacri -Jaoui dans les années 90, puis Jean-Michel Ribes pour Coeurs, Prix de la Mise en scène à Venise en 2006. Plus abordables et moins hermétiques, ses films prennent alors une direction moins abstraite. Trois ans plus tard, à l'occasion de la présentation des Herbes folles (sa toute première adaptation de roman), Alain Resnais reçoit à Cannes un Prix exceptionnel pour l'ensemble de son œuvre. Loin de tirer sa révérence, il continue d'exercer sa passion avec ses acteurs fétiches de toujours, et nous réserve encore de nombreuses surprises avec Vous n'avez encore rien vu.
Alain Resnais disparaît le 1er mars 2014, à l'âge de 91 ans, soit vingt-cinq jours avant la sortie en salles de son dix-neuvième et dernier long-métrage, Aimer, boire et chanter.
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