L'administration de médicaments aux enfants est une pratique courante, mais elle exige une attention particulière en raison des spécificités physiologiques de l'enfant. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des médicaments couramment utilisés en pédiatrie, en soulignant les précautions à prendre et les alternatives thérapeutiques disponibles.

Traitement de la douleur chez l'enfant

La prise en charge de la douleur chez l'enfant repose sur une approche multimodale, combinant des médicaments antalgiques avec des méthodes non pharmacologiques telles que la relaxation, les bains et la kinésithérapie.

Antalgiques de niveau 1

Le paracétamol est souvent le traitement de choix pour la douleur légère à modérée chez l'enfant. Il peut également être associé à d'autres antalgiques pour traiter les douleurs modérées à fortes. Le paracétamol est considéré comme l'antalgique de niveau 1 le plus sûr pour les enfants de moins de quinze ans, à condition que les doses recommandées soient respectées. Il peut être utilisé dès la naissance et agit généralement en 20 à 30 minutes. L'utilisation de suppositoires est déconseillée en raison de leur mauvaise absorption et de leur effet plus lent. Le paracétamol peut être utilisé en automédication pour soulager l'enfant en cas de petits problèmes, mais il est essentiel de ne pas associer plusieurs médicaments contenant du paracétamol pour éviter tout risque de surdosage toxique pour le foie.

L'ibuprofène est l'anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) recommandé en première intention pour soulager la plupart des douleurs aiguës modérées à intenses chez l'enfant de plus de 3 mois. Il est utilisé à la dose de 30 mg par kilo de poids et par jour, en quatre prises. L'aspirine et l'ibuprofène sont les seuls AINS disponibles sans ordonnance pour les enfants, mais leur utilisation doit être prudente en cas de déshydratation, de troubles de la coagulation ou d'infection grave. Le paracétamol et l'aspirine sont parfois associés à d'autres substances comme la vitamine C.

Antalgiques de niveau 2

Les substances antalgiques de niveau 2, telles que la codéine et le tramadol, sont destinées aux douleurs d'intensité moyenne ou aux douleurs non soulagées par les antalgiques de niveau 1. La codéine est souvent associée au paracétamol dans les médicaments antalgiques. Le tramadol sous forme de solution buvable peut être utilisé chez l'enfant à partir de 3 ans, mais il présente des effets indésirables spécifiques tels que convulsions, confusion, hallucination et délire. Des cas d'erreurs d'administration liées à la solution buvable ont été rapportés, entraînant des surdosages parfois graves.

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Antalgiques de niveau 3

Les substances antalgiques de niveau 3 sont réservées aux douleurs intenses qui ne répondent pas aux autres antalgiques. La morphine par voie orale est utilisable chez l'enfant sous forme de gouttes buvables, de comprimés ou de gélules. Il existe des formes à libération immédiate qui agissent rapidement en 30 à 60 minutes, pendant une durée de 4 heures, et des formes à libération prolongée qui agissent en 2 à 4 heures pour une durée de 12 heures. La constipation est un effet indésirable fréquent et persistant qui nécessite un traitement laxatif, en complément des mesures hygiéno-diététiques. La morphine par voie injectable est généralement réservée à la prise en charge des douleurs sévères à l'hôpital. D'autres dérivés de la morphine sont prescrits de façon exceptionnelle chez l'enfant.

Autres options pour soulager la douleur

En cas de douleur musculaire ou localisée sur un tendon ou un muscle, ou après un choc, il est possible d'appliquer un antalgique local sur la zone douloureuse. Les gels contenant une substance anti-inflammatoire et vendus sans ordonnance sont généralement réservés à l'adulte. Une solution sucrée concentrée, associée à la succion d'une tétine, peut stimuler la production d'endorphines dans le cerveau et diminuer les sensations douloureuses. Ce protocole peut être utilisé pour rendre indolores de petits gestes tels que les prises de sang, les pansements, la pose et le retrait de sondes. Les crèmes anesthésiques, composées de lidocaïne et de prilocaïne, permettent d'obtenir une anesthésie de la peau ou des muqueuses plus ou moins profonde. L'inhalation d'un mélange à parts égales d'oxygène et de protoxyde d'azote peut également être utilisée pour son effet antalgique, anxiolytique et euphorisant. Chez l'enfant de plus de quatre ans, l'inhalation au masque doit durer au moins trois minutes. Cette méthode est simple, sûre et permet d'effectuer sans douleur des examens ou de petites interventions d'urgence.

Les techniques physiques, telles que les activités sportives ou récréatives, sont souvent utilisées dans les douleurs de l'appareil locomoteur. Les massages permettent de détendre l'enfant et de mieux communiquer avec lui. Les approches psychologiques, telles que la thérapie cognitive et comportementale, la relaxation et l'imagerie positive, peuvent également être bénéfiques. L'hypnose est une méthode complémentaire pour prévenir et soulager la douleur, en permettant d'obtenir une relaxation profonde sans perte de conscience.

Médicaments Spécifiques et leurs Utilisations

Outre les antalgiques, d'autres classes de médicaments sont fréquemment utilisées en pédiatrie pour traiter diverses affections.

Antispasmodiques

En cas de douleurs liées à des spasmes du tube digestif ou de l'appareil urinaire, le médecin peut prescrire des médicaments antispasmodiques.

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Formes Galéniques Adaptées à l'Enfant

Les formes de médicaments les plus adaptées pour les enfants de 0 à 6 ans sont les sirops et autres formes liquides, les sachets, les comprimés à dissoudre, les gouttes buvables, les gels et les pommades, ou les produits à injecter. Ces formes permettent d'adapter la dose de médicament en fonction du poids ou de la surface corporelle du jeune enfant. Un enfant n'est généralement pas capable d'avaler des comprimés ou des gélules avant l'âge de 6 ans, bien qu'il existe des "mini-comprimés" qui peuvent être pris dès l'âge de 6 mois. Les comprimés ou les gélules permettent la prise d'une dose définie de la molécule active, un goût neutre et un transport plus facile chez les enfants de plus de 6 ans et les adolescents. Toutes les formes de médicaments autorisées avant 6 ans sont également utilisables.

Prescription et Administration des Médicaments

La prescription doit comprendre le nom et le prénom, le poids et l'âge de l'enfant. La dose est exprimée en mg/kg et en équivalent en ml s'il s'agit d'une forme liquide. La dose unitaire accompagnée de l'espacement des doses est à privilégier, car plus précise que la dose quotidienne accompagnée du nombre de prises. Les abréviations qui portent à confusion seront évitées. À l'hôpital, un contrôle de qualité de la transmission et un compte-rendu de l'exécution doivent être exigés. Lorsque la voie IV est choisie en néonatologie, les modalités de dilution seront précisées, les tubulures et les seringues seront adaptées aux volumes à injecter. Les prescriptions doivent être formulées avec toute la clarté nécessaire. La rédaction lisible de l'ordonnance évite la confusion lors de la dispensation du médicament et permet à la famille d'exécuter le mieux possible la prescription. L'ordonnance étant un prolongement de la consultation, il faut l'expliquer à la famille du jeune patient, en s'adaptant à son niveau de compréhension et en veillant à sa compréhension.

Le pharmacien doit s'assurer que la prescription et la posologie sont adaptées à l'enfant. Sans ordonnance ou informations ajoutées sur la boîte par le pharmacien, il sera nécessaire de se reporter à la notice d'utilisation pour savoir exactement comment donner le médicament à l'enfant. Avec ou sans ordonnance, il est toujours utile de lire la notice. Cela permet également de connaître la durée de conservation d'un médicament une fois son emballage ouvert.

Chaque médicament contient en général dans son emballage tous les éléments nécessaires à son administration. Il est donc important d'informer le médecin et le pharmacien si l'enfant prend déjà un ou plusieurs médicaments, afin qu'il prescrive ou délivre un produit adapté à la situation. La fréquence des prises est également importante car elle tient compte de la durée d'action du médicament. Si les symptômes ne disparaissent pas après l'administration du médicament, ne pas redonner une nouvelle dose immédiatement. Dans le cas d'un traitement antibiotique pour une infection grave, il est important de ne pas sauter de prise. Si l'enfant doit se faire opérer, il ne doit pas prendre certains médicaments, notamment ceux qui fluidifient le sang pendant au moins 10 jours avant l'intervention.

Défis et Considérations Spécifiques à la Pédiatrie

Évaluation des Médicaments en Pédiatrie

On estime que plus de 50 % des médicaments prescrits en pédiatrie n'ont pas fait l'objet d'une évaluation chez les enfants. Cette absence d'évaluation concerne surtout des pathologies peu fréquentes chez l'enfant, alors que le choix entre médicaments évalués est large pour les pathologies fréquentes. De nombreuses spécialités sont par conséquent prescrites aux enfants soit sans autorisation de mise sur le marché (AMM), soit en dehors des conditions de leur AMM. L'évaluation des médicaments en pédiatrie est pourtant indispensable en raison des particularités pharmacologiques qui caractérisent l'enfant tout au long de son développement et rendent peu fiable l'extrapolation aux enfants des données de l'adulte. En pédiatrie, la prescription hors AMM est très répandue, plus fréquente en soins intensifs qu'en ville. Depuis la mise en place d'un règlement européen (2007), 20 % des nouveaux médicaments ayant obtenu une AMM européenne ont des indications pédiatriques.

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Risques et Effets Indésirables

La prescription hors AMM et l'absence de schémas posologiques adaptés peuvent accroître le risque médicamenteux chez l'enfant. Il a été estimé chez les enfants une incidence des effets indésirables de 11 % à l'hôpital et de 1 % en ambulatoire, et une fréquence des hospitalisations pour effets indésirables de 1,8 %. Les alertes émanant des autorités de santé européennes ont concerné essentiellement les AINS, la desmopressine intranasale, les ISRS, les fluidifiants bronchiques, les antitussifs, les vasoconstricteurs nasaux, les antiémétiques, la codéine, la vitamine D, etc.

Particularités Pharmacologiques

C'est pendant la période néonatale que les particularités du devenir des médicaments dans l'organisme sont les plus marquées. Elles se traduisent par un ralentissement de l'élimination de la plupart des médicaments, suivi par une accélération des processus d'élimination à la période nourrisson-jeune enfant. Ces particularités expliquent les schémas d'administration différents entre les enfants et les adultes, mais aussi entre les différentes classes d'âge de l'enfance. Chez le nouveau-né, les capacités d'élimination hépatique et rénale sont diminuées et le volume de distribution souvent augmenté. Chez le nourrisson, le métabolisme accéléré et le volume de distribution plus grand rendent compte de doses unitaires par rapport au poids plus élevées associées à un intervalle de dose plus court que chez l'adulte.

Erreurs d'Administration

L'enfant est particulièrement exposé aux erreurs d'administration car la dose doit être calculée à partir du poids. Les erreurs de posologie d'un facteur de 10 à 100 ne sont pas exceptionnelles. Elles résultent d'un mauvais placement de virgule ou d'erreurs de calcul. L'essentiel de ces erreurs concerne la voie intraveineuse. Les erreurs de dose sont souvent liées au "reconditionnement" de médicaments dont la forme galénique n'est pas adaptée aux jeunes enfants. Des conséquences cliniques sévères sont également rapportées après application cutanée, favorisées par un mésusage.

L'enfant est également particulièrement exposé aux difficultés d'utilisation des médicaments. Ainsi l'administration par voie intraveineuse pose des problèmes d'ordre technique. Les formes solides sont interdites avant 6 ans. Les médicaments à inhaler sont administrés à l'aide d'une chambre d'inhalation. La voie rectale est pratiquement abandonnée.

Rôle des Agences de Santé

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) joue en France un rôle important dans le développement des médicaments destinés aux enfants. Elle est chargée d'améliorer la prise en charge thérapeutique de l'enfant et de veiller à la sécurité des médicaments qui lui sont administrés.

Conseils aux Parents

Donner un médicament à son enfant est un geste courant mais pas anodin. Il est essentiel de suivre la prescription faite par le médecin, en respectant la dose et la durée du traitement. Informer le médecin et le pharmacien si l'enfant prend déjà un ou plusieurs médicaments. Ne pas utiliser de médicaments "anti-rhume" décongestionnants chez les enfants de moins de 15 ans. Essayer de ne pas faire de remarques négatives sur le traitement. Si l'enfant trouve son comprimé trop gros, comparer le comprimé à un aliment plus volumineux qu'il a déjà avalé ou proposer de s'entraîner à avaler tout rond un aliment de même taille.

En cas de fièvre, il n'est pas indispensable de donner tout de suite un médicament si cela ne modifie pas le comportement de l'enfant. En cas de diarrhée, il faut faire boire l'enfant régulièrement et fréquemment par petites quantités. Si l'enfant a mal aux oreilles, à la gorge, au ventre ou à la tête, consulter la brochure "Votre enfant a mal. Que faire ?".

Médicaments génériques

Un médicament générique est une copie d’un médicament original. Cette copie doit avoir la même composition en principe(s) actif(s), la même présentation (comprimé, pommade…). Parce qu’ils sont généralement moins chers que le médicament original, leur utilisation est encouragée par l’Assurance Maladie pour diminuer les dépenses publiques de santé. Votre pharmacien a l’obligation de vous proposer le médicament générique correspondant à la prescription du médecin. Vous pouvez néanmoins demander à votre pharmacien de vous donner le médicament original. Dans certaines situations particulières (traitement de l'épilepsie, de l'hypothyroïdie, traitement immunosuppresseurs en cas de greffe…), il est important de toujours donner exactement le même médicament : même marque, même dosage.

Pharmacovigilance

La pharmacovigilance est la surveillance des médicaments tout au long de leur "vie". Tous les médicaments réservés à l'Homme sont concernés. Cela permet de repérer les risques et réviser le cadre dans lequel les médicaments sont utilisés : modifier si besoin leur notice, leur dosage… En France, c'est l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui centralise et pilote la surveillance.

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