L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale, est un droit fondamental pour les femmes. L'IVG médicamenteuse, en particulier, suscite de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne les médicaments utilisés, leur fonctionnement, leurs effets secondaires potentiels et les précautions à prendre. Cet article, basé sur des informations médicales et scientifiques rigoureuses, vise à fournir un aperçu complet des médicaments pouvant provoquer un avortement, en mettant l'accent sur la mifépristone et le misoprostol, les deux molécules les plus couramment utilisées dans l'IVG médicamenteuse.
Contraception d'urgence : prévenir une grossesse non désirée
Avant d'aborder les médicaments abortifs, il est important de mentionner les méthodes de contraception d'urgence, qui permettent de prévenir une grossesse non désirée après un rapport sexuel non protégé.
La pilule du lendemain : Il existe deux types de pilules du lendemain : celles contenant du lévonorgestrel, à prendre dans les 3 jours suivant le rapport, et celles contenant de l'ulipristal acétate (EllaOne), à prendre dans les 5 jours. Elles empêchent la fécondation de l'ovule. Depuis le 1er janvier 2023, la pilule du lendemain est prise en charge à 100 % sans ordonnance pour toutes les femmes, mineures ou majeures.
Le dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre : C'est la méthode de contraception d'urgence la plus efficace. Inséré dans les 5 jours suivant le rapport, il rend l'utérus impropre à l'implantation de l'ovule.
Interruption volontaire de grossesse (IVG) : les méthodes
Si la contraception d'urgence n'a pas été utilisée ou a échoué, l'IVG est une option. Il existe deux méthodes d'IVG :
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IVG médicamenteuse : Elle peut être pratiquée jusqu'à la 7e semaine de grossesse (9 semaines d'aménorrhée) par un médecin ou une sage-femme, à l'hôpital, en centre de santé ou de planification familiale, ou en cabinet de ville. En France, l'IVG médicamenteuse représente 76 % des avortements pratiqués.
IVG chirurgicale (par aspiration) : Elle est pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisée) jusqu'à la fin de la 14e semaine de grossesse (16 semaines d'aménorrhée).
IVG médicamenteuse : les médicaments utilisés
L'IVG médicamenteuse repose sur l'utilisation de deux médicaments : la mifépristone et le misoprostol.
Mifépristone (Mifégyne)
La mifépristone est un antiprogestérone. Elle bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Elle sensibilise également le myomètre aux contractions induites par les prostaglandines et favorise la dilatation et l'ouverture du col utérin.
Pharmacodynamie : La mifépristone se lie au récepteur des glucocorticoïdes et peut inhiber l'action de la dexaméthasone.
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Pharmacocinétique : Après administration orale, la mifépristone est rapidement absorbée. Elle est liée à 98 % aux protéines plasmatiques. Son métabolisme est hépatique et son élimination se fait principalement par les fèces.
Précautions d'emploi : L'âge gestationnel doit être déterminé avec précision. En cas de grossesse avec un dispositif intra-utérin in situ, celui-ci doit être retiré. La patiente doit être informée des métrorragies prolongées possibles. Une visite de contrôle est obligatoire 14 à 21 jours après la prise de mifépristone pour vérifier l'expulsion complète. La prudence est recommandée chez les patientes souffrant de troubles hémostatiques ou d'anémie.
Effets indésirables : Des effets indésirables cutanés sévères ont été rapportés. De rares cas de choc toxique et de choc septique ont été observés suite à des infections par des pathogènes atypiques. En cas de suspicion d'insuffisance surrénale aiguë, l'administration de dexaméthasone est recommandée.
Interactions médicamenteuses : L'administration concomitante de mifépristone avec l'itraconazole augmente l'ASC de la mifépristone. L'administration concomitante avec la rifampicine diminue l'ASC de la mifépristone. La mifépristone peut augmenter les taux sériques des médicaments métabolisés par le CYP3A4.
Grossesse et allaitement : De rares cas de malformations des extrémités des membres inférieurs ont été rapportés suite à l'administration de mifépristone seule ou associée à des prostaglandines. La mifépristone est éliminée dans le lait maternel en petites quantités.
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Misoprostol (Gymiso ou MisoOne)
Le misoprostol est un analogue de la prostaglandine E1. Il provoque des contractions utérines, ce qui entraîne l'expulsion de l'œuf.
Administration : Le misoprostol est pris 36 à 48 heures après la mifépristone.
Effets secondaires : Les douleurs lors d'une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d'une femme à l'autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses. Des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Des saignements, souvent plus abondants que des règles, accompagnent systématiquement l'expulsion de la grossesse.
Étapes de l'IVG médicamenteuse
Première consultation : Information sur les méthodes d'IVG, examen médical, et éventuellement entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures).
Recueil du consentement : Choix de la méthode d'IVG et confirmation par écrit. Prescription des médicaments.
Prise de la mifépristone : En cabinet, en centre de santé, à l'hôpital, au planning familial ou à domicile.
Prise du misoprostol : 36 à 48 heures après la mifépristone, selon les mêmes modalités.
Visite de contrôle : 14 à 21 jours après la prise de mifépristone pour vérifier l'expulsion complète et l'absence de complications.
Effets indésirables et complications possibles
Effets indésirables fréquents : Douleurs abdominales, saignements abondants, nausées, vomissements, diarrhées.
Complications rares : Hémorragie, infection, douleurs persistantes, échec de l'IVG.
Signes d'alerte : Fièvre supérieure à 38°C, pertes de sang très abondantes, malaise, fortes douleurs abdominales persistantes. Dans ces cas, il est impératif de contacter rapidement le professionnel de santé.
Contre-indications à l'IVG médicamenteuse
Grossesse extra-utérine diagnostiquée.
Allergie à la mifépristone ou au misoprostol.
Insuffisance rénale chronique.
Porphyrie héréditaire.
Impact psychologique
Vivre un avortement peut être éprouvant psychologiquement. Certaines femmes peuvent ressentir de la culpabilité, de la tristesse ou de la colère. Il est important de ne pas hésiter à solliciter un soutien psychologique si nécessaire.
Pénurie de pilules abortives
Depuis plusieurs semaines, des associations alertent sur les stocks de pilules abortives disponibles en France. Des tensions d'approvisionnement en misoprostol ont été signalées, ce qui met en péril l'accès à l'avortement. Cette situation souligne l'importance de la souveraineté sanitaire du pays et la nécessité de garantir la disponibilité de ces médicaments essentiels.
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