Chaque année, la bronchiolite, une maladie virale très contagieuse, revient en force, particulièrement entre la mi-novembre et la mi-décembre. Elle touche principalement les nourrissons et les jeunes enfants de moins de deux ans, représentant un enjeu majeur de santé publique. La prévention en crèche, un lieu d'accueil collectif et d'information privilégié, joue un rôle essentiel dans la réduction de la propagation de cette infection.
Qu'est-ce que la Bronchiolite ?
La bronchiolite est une infection des bronchioles, les petites bronches de l’appareil respiratoire, et parfois des alvéoles. Dans la majorité des cas, elle est due au Virus Respiratoire Syncytial (VRS), mais elle peut aussi être causée par d’autres virus tels que la grippe, les adénovirus ou les entérovirus. L’inflammation provoquée par le virus épaissit la paroi des bronchioles, et la sécrétion de mucus peut les obstruer. Chez les enfants de moins de deux ans, les bronchioles étant très petites, cet encombrement et cette obstruction surviennent facilement.
La bronchiolite est une maladie épidémique très contagieuse. La transmission se fait par la salive, la toux, les éternuements, ainsi que par les mains et les objets contaminés, tels que les doudous, les jouets et les tétines. Le VRS, le virus le plus fréquemment en cause, peut survivre jusqu'à six heures sur les objets. Cela explique pourquoi le virus se propage rapidement dans les collectivités et pourquoi les épidémies sont fréquentes, surtout en automne et en hiver, dès les premiers froids et les premiers rhumes. On estime qu'en France, la bronchiolite touche chaque hiver près de 30 % des nourrissons de moins de 2 ans, soit environ 480 000 cas par an.
Symptômes de la Bronchiolite
La bronchiolite se manifeste initialement comme un rhume banal ou une rhinopharyngite, avec une fièvre légère, un nez qui coule et une toux sèche. Quelques jours plus tard, la respiration devient plus difficile, s’accélère et devient sifflante. Le bébé peut avoir du mal à boire ses biberons et à manger.
Il est crucial de ne pas prendre ces symptômes à la légère et de montrer l’enfant au médecin de la crèche et de prévenir les parents afin qu’ils consultent un médecin. Un tirage (creusement au-dessus du sternum lors de l’inspiration ou au niveau du ventre) et un battement des ailes du nez sont des signes d'alerte qui nécessitent une consultation médicale urgente. Le médecin décidera s’il faut adresser l’enfant aux urgences.
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Bien que la bronchiolite n’exige pas systématiquement une éviction de l’enfant de la crèche, il est déconseillé de fréquenter une collectivité en phase aiguë et si les symptômes sont importants. Il est donc essentiel d’en parler avec les parents.
Prévention de la Bronchiolite en Crèche : Les Gestes Essentiels
Bien qu’il soit difficile d’éviter complètement la contagion, surtout en collectivité, des gestes d’hygiène simples peuvent aider à limiter les risques. Ces mesures sont également efficaces contre d’autres virus.
- Lavage des mains : Se laver les mains avec de l’eau et du savon ou utiliser une solution hydro-alcoolique avant et après le change, le biberon, les repas, etc.
- Hygiène du matériel : Ne pas échanger les biberons, tétines et couverts d’un bébé avec ceux d’un autre. Laver et nettoyer soigneusement tout le matériel.
- Désinfection des surfaces : Laver et désinfecter fréquemment les surfaces utilisées quotidiennement, ainsi que les poignées de porte.
- Nettoyage des jouets et doudous : Laver régulièrement ou demander aux parents de le faire.
- Aération des locaux : Aérer les locaux où sont gardés les enfants au moins dix minutes par jour.
- Précautions en cas de rhume : Si l’on est soi-même enrhumé, la plus grande prudence s’impose. Tout adulte peut être porteur du virus de la bronchiolite sans le savoir, surtout en période d’épidémie.
- Se couvrir la bouche et le nez lorsqu’on tousse ou éternue, avec un mouchoir jetable ou l’avant-bras, le coude.
- Porter un masque, disponible en pharmacie, lorsqu’on s’occupe des enfants.
Ces mesures barrières habituelles réduisent le risque de transmission. Le virus se transmet par la salive, les éternuements, la toux et par les mains. Il reste également sur les objets souillés (tels que les jouets, les tétines, les “doudous”). Ainsi, le rhume de l'enfant et de l'adulte peut être à l'origine d'une bronchiolite chez le nourrisson.
Traitements Préventifs : Vaccins et Anticorps Monoclonaux
Plusieurs traitements préventifs sont disponibles pour protéger les nourrissons contre la bronchiolite.
Vaccin ABRYSVO®
Le vaccin ABRYSVO® protège les bébés en vaccinant les femmes enceintes. Il est proposé à partir de la fin du 7e mois de grossesse et jusqu'à la fin du 8e mois, permettant de protéger le bébé contre le VRS jusqu'à ses 6 mois après la naissance. Ce traitement peut être administré par un médecin, un.e infirmier.ère ou une sage-femme. La femme enceinte fabrique ainsi des anticorps contre le virus. Une injection au 8e mois de grossesse (entre 32 et 36 semaines d’absence de règles).
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Pour une transmission complète des anticorps de la mère au nourrisson, le vaccin doit avoir été injecté au moins 14 jours avant l’accouchement. Le vaccin assure une protection maximale du nouveau-né dès la naissance, qui diminue entre 3 et 6 mois. La durée de la protection au-delà de 6 mois n’est pas connue. Les effets indésirables possibles sont une réaction au point d’injection (rougeur, gonflement, douleur), des maux de tête, des douleurs musculaires. Ils peuvent apparaître jusqu’à quelques jours après l’injection et sont en général d’intensité légère ou modérée et de courte durée.
Vaccin Nirsevimab (Beyfortus®)
Administré en une seule injection, le vaccin Nirsevimab (Beyfortus®) est destiné à tous les bébés dont la mère n'a pas pu être vaccinée contre la VRS durant sa grossesse. Ce médicament est un anticorps monoclonal (ce n’est pas un vaccin) qui empêche le virus à l’origine de la bronchiolite d’infecter l’organisme en le neutralisant. Il protège les nouveau-nés et les nourrissons en quelques jours après l’injection (une injection unique en intramusculaire). Le médicament assure une protection maximale du nouveau-né 6 jours après l’injection.
Il peut être réalisé : directement en établissement de santé (avant la sortie de la maternité ou lors d'une hospitalisation en service pédiatrie ou néonatalogie) et sera pris en charge intégralement et sans avance de frais pour les nourrissons nés à partir du 1er septembre 2025. en ville chez votre médecin généraliste, pédiatre, sage-femme, infirmier pour les enfants nés entre février et août 2025 et sera pris en charge à 30% par l'Assurance maladie (possible couverture intégrale du reste à charge par les organismes complémentaire santé en fonction des garanties de chacun) intégralement avec la C2S (complémentaire santé solidarité) ou l’AME
Traitement préventif par Synagis®
Ce traitement s'adresse aux nourrissons nés prématurés ou à haut risque de formes sévères de la bronchiolite. Ce traitement est à réaliser tous les mois sous forme de piqûre pour protéger les nourrissons durant toute la période de risque épidémique (septembre à janvier en général). Il peut être réalisé directement en établissement de santé dans le cadre du séjour hospitalier et sera pris en charge intégralement par l'Assurance maladie et sans avance de frais pour les nourrissons nés à partir du 1er septembre 2025.
Quand faut-il préférer la vaccination de la mère ou l'immunisation de l'enfant ?
Les parents ont le choix entre les deux stratégies préventives pour lutter contre l’épidémie de bronchiolite, soit la vaccination de la future mère, soit l'administration d'un anticorps monoclonal à leur nourrisson.
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La Haute autorité de santé (HAS) identifie cependant trois situations pour lesquelles la vaccination n'est pas recommandée :
- lorsque la vaccination ne sera probablement pas efficace pour protéger le nouveau-né car le bébé est né prématuré ou que la vaccination de la mère a eu lieu moins de 14 jours avant la naissance de l'enfant ;
- lorsque la future mère a été précédemment vaccinée et qu'il s'agit d'une nouvelle grossesse ;
- lorsque la future mère est immunodéprimée.
Pour ces cas là, l'administration du Beyfortus au nouveau-né sera à privilégier.
Pour rappel, les traitements contre la bronchiolite n'offrent pas de protection contre les autres virus et bactéries en circulation (rougeole, coqueluche, grippe, Covid-19).
Conduite à tenir en cas d’enfant malade
La majorité des bronchiolites est bénigne et guérit spontanément en quelques jours. Il n’existe pas de traitement anti-virus spécifique. De même, l’infection étant virale, les antibiotiques sont inutiles.
Les parents sont invités à consulter en priorité leur médecin traitant qui leur donnera des consignes de soin (fragmentation de l’alimentation, réhydratation, nettoyage et désencombrement régulier du nez de l’enfant, aération de l’espace intérieur). Les symptômes étant susceptibles de s’aggraver au cours des premiers jours, puis de s’améliorer progressivement, on aura pris soin d'expliquer aux parents comment surveiller l’évolution des symptômes.
Au besoin, les services SOS Médecins, les réseaux bronchiolite présents dans certains départements peuvent également être sollicités.
Étude d'Intervention en Crèche : Résultats et Implications
Une étude interventionnelle, prospective contrôlée multicentrique, a été menée auprès de deux groupes de parents et personnels de crèche (intervention et contrôle : 154 enfants) sur 5 crèches de Boulogne-Billancourt et Vanves (92) de septembre 2012 à juillet 2013. Le groupe intervention a bénéficié d’une session de formation orale et de la remise d’un support écrit. Un questionnaire a évalué le nombre de bronchiolites dans chaque groupe après intervention.
Les résultats ont montré que l’intervention a permis une réduction de 28% (RR : 0,72, IC95% : [0,40-1,29], p : 0,274, NS) pour les 36 enfants et de 56% (RR : 0,44, IC95% : [0,29-0,69], p : 0,0003, résultat significatif) pour les 64 épisodes de bronchiolite. Cette étude prouve le bénéfice d’intervention de prévention en crèche pour réduire les infections telles que la bronchiolite. Les bons taux de participation et de satisfaction montrent que ce concept est bien accepté par les parents d’enfants en crèche et par le personnel.
Mesures supplémentaires pour protéger les nourrissons
Pour freiner efficacement la circulation du virus, une action combinée, associant traitement préventif et gestes barrières, est toutefois nécessaire. Durant la saison épidémique, les familles et proches au contact de nouveau-nés sont invités à appliquer des mesures de protection pour limiter les risques de transmission à ces publics fragiles, particulièrement exposés aux microbes circulant notamment l'hiver.
- Se laver les mains et celles de son enfant régulièrement. Il est recommandé de se laver régulièrement les mains pendant 30 secondes, avec de l’eau et du savon avant et après un change et avant tétée, câlins, biberon, repas, etc. ou en utilisant une solution hydro alcoolique s’il n’est pas possible de se laver les mains. L’ensemble des membres du foyer (parents, nourrissons et enfants) est concerné et doit se laver les mains régulièrement.
- Limiter les visites au cercle des adultes très proches et non malades, pas de bisous, ni de passage de bras en bras, pas de visite de jeunes enfants avant l’âge de 3 mois ;
- Laver régulièrement les jouets et doudous ;
- Porter soi-même un masque en cas de rhume, de toux ou de fièvre. Faire porter un masque aux visiteurs en présence du nourrisson ;
- Si le reste de la fratrie présente des symptômes d’infection virale même modérés, les tenir à l’écart du bébé à la phase aiguë de leur infection ;
- Éviter au maximum les réunions de familles, les lieux très fréquentés et clos comme les supermarchés, les restaurants ou les transports en commun, surtout si l’enfant a moins de trois mois ;
- Aérer quotidiennement au moins 10 mn par jour le lieu de vie de l’enfant, en particulier la chambre où il dort, et éviter de fumer à l'intérieur du domicile, en particulier dans la chambre de l'enfant ;
- Éviter l’entrée en collectivité (crèches, garderies…) avant 3 mois, ne pas confier son enfant à une garde en collectivité les jours où il présente des symptômes d’infection virale.
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