L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France, encadré par la loi et accessible à toutes, y compris les mineures, sans nécessité d'accord parental. Face à un échec contraceptif, l'IVG représente une solution pour de nombreuses femmes. Cet article explore en détail l'IVG par aspiration (ou instrumentale), ses modalités, les risques potentiels, et les considérations spécifiques en cas d'allaitement.
Épidémiologie de l'IVG en France
En France, le recours à l'IVG reste une réalité significative. En 2024, on a dénombré 225 270 IVG, soit une augmentation de 7 000 par rapport à 2023. Le taux de recours est de 17,3 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, avec un pic chez les 20-29 ans (29,8 IVG ‰). Une part importante de ces IVG (45 %) est réalisée en ville, et la majorité (80 %) sont médicamenteuses.
Cadre Législatif et Accès à l'IVG
La loi française encadre strictement l'IVG, garantissant le libre choix de la femme. Toute patiente qui désire une IVG doit obtenir un rendez-vous (ou une téléconsultation) dans les 5 jours suivant son appel. L'IVG est accessible à quiconque quel que soit son âge. Les mineures doivent être accompagnées par la personne majeure de leur choix et l’accord parental n’est pas nécessaire. L’IVG est totalement gratuit pour les mineures.
Étapes Clés de la Procédure d'IVG
La procédure d'IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale, comprend plusieurs étapes cruciales :
- Première consultation : Informations claires et précises sur la procédure d’IVG et remise de documents écrits. Proposition d'un entretien spécialisé d’information, soutien et écoute (obligatoire pour les mineures). Préciser l’âge gestationnel par date des dernières règles (DDR) + examen clinique + échographie pelvienne.
- Deuxième consultation : Consentement écrit de la pratique de l’IVG. Proposer le dépistage des IST (Chlamydia, VIH…), vérifier le statut du frottis cervico-vaginal. Aborder la contraception future, possibilité de la prescrire en avance. Groupe sanguin ABO-Rhésus systématique. Comprendre l’échec de la contraception actuelle + éducation à la contraception d’urgence.
- Troisième consultation : Conditions de réalisation de l’IVG à domicile: compréhension, distance domicile - centre hospitalier référent (ouvert 24/7) de maximum 1 heure. Laisser le choix du lieu: domicile ou hôpital. Expliquer la conduite à tenir en cas de survenue d’effets indésirables (hémorragie, douleur) + support écrit. Remise de fiche de liaison avec les éléments essentiels. Prise de mifépristone. Remettre une fiche de conseils sur les suites normales de l’IVG + numéro de téléphone à appeler en cas d’urgence. Délivrance du misoprostol si prise à domicile. Sinon revenir en consultation dans 36-48 heures. Si prise à domicile et Rhésus négatif: injection immédiate des immunoglobulines anti-D. Intérêt de ne pas être seule lors de la prise du misoprostol à domicile. Prescription d’antalgiques de palier 1 (ibuprofène à dose antalgique) et 2. Prescription de la contraception.
IVG par Aspiration (Instrumentale) : Déroulement et Particularités
L'IVG instrumentale, ou par aspiration, est une méthode chirurgicale possible jusqu’à la 14e semaine de grossesse (soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles). Elle est effectuée par un médecin ou, sous certaines conditions, par une sage-femme, en établissement de santé ou dans certains centres de santé autorisés.
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Procédure
Après la réalisation des étapes d’information et recueil du consentement (qui peuvent être effectuées en téléconsultation) l’IVG peut être réalisée.
Il s’agit d’une rapide intervention instrumentale pour aspirer l’œuf qui se trouve dans l’utérus après dilatation du col. Une canule de calibre adapté au stade de la grossesse est introduite par le professionnel de santé (médecin ou sage-femme) dans l’utérus pour aspirer le contenu utérin.
Anesthésie
L’IVG instrumentale est toujours réalisée sous anesthésie générale ou locale. Si vous choisissez une anesthésie générale, vous êtes endormie et ne ressentez aucune douleur. Si vous choisissez une anesthésie locale vous êtes consciente lors de l’intervention. Un spéculum est mis en place pour voir le col et l’utérus et un produit d’anesthésie est injecté au niveau du col de l’utérus et de la partie haute du vagin. L’intervention débute quand l’anesthésie fait effet. En complément de l’anesthésie locale, des médicamentes antidouleurs sont donnés avant l’intervention afin de diminuer les sensations douloureuses liées aux contractions utérines. Une sensation de gêne peut être ressentie plus qu’une douleur.
Douleur et Gestion de la Douleur
Les douleurs après une IVG instrumentale sont liées aux contractions utérines. Ces douleurs sont comparables à des douleurs de règles qui peuvent être plus intenses que d’habitude. Des médicaments antidouleurs vous seront prescrits afin d’éviter ou soulager ces douleurs. Si ces douleurs sont trop importantes et/ou persistantes (malgré la prise de médicaments antidouleurs), contactez la structure au sein de laquelle l’IVG instrumentale a été pratiquée.
Suites de l'Intervention
Des saignements surviennent généralement à la suite de l’intervention. Ils peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.
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Risques et Complications Potentielles
Lorsque l’IVG est réalisée dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.), comme c’est le cas en France, les complications sont peu fréquentes.
Dans de rares cas, il est possible que des lésions au niveau du col de l’utérus ou de la paroi utérine surviennent au cours de l’intervention. Comme pour toute intervention, des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergie aux produits d’anesthésie par exemple). Ces complications sont rares et la consultation d’anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.
Les complications suite à l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuse : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Il est possible dans de très rares cas que la grossesse ne soit pas totalement aspirée. Dans cette situation, une seconde intervention peut parfois être nécessaire.
Signes d'Alerte
Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication:
- De la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ;
- Des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite);
- Un malaise ;
- De très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.
Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours suivant l’IVG.
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IVG et Allaitement : Considérations Spécifiques
La question de l'IVG chez une femme qui allaite soulève des préoccupations spécifiques, notamment concernant le passage de médicaments dans le lait maternel et leur impact potentiel sur le nourrisson.
Médicaments Utilisés et Allaitement
- Mifépristone : Le fait que sa prise soit ponctuelle limite le risque, mais il n’existe aucune donnée sur le passage lacté de la mifépristone. Elle est liée à 98% aux protéines plasmatiques. Sa demi-vie d’élimination est d’en moyenne 18 heures. Elle est lipophile et on peut donc supposer que le taux lacté sera supérieur au taux plasmati*que. La décision de poursuivre l’allaitement sera prise au cas par cas, en fonction de l’âge de l’enfant allaité et de la fréquence des tétées.
- Prostaglandines : Des essais d’utilisation des prostaglandines pour l’inhibition de la lactation ont été effectués ; à doses élevées, elles avaient un impact significatif. Il n’existe aucune donnée sur leur passage lacté. Toutefois, leur demi-vie est très courte, et il est donc improbable qu’elles puissent être excrétées à un taux significatif dans le lait. Et leur utilisation ponctuelle rend improbable un impact sur la sécrétion lactée.
Prise de Décision
La décision de poursuivre ou non l'allaitement après une IVG médicamenteuse doit être prise au cas par cas, en concertation avec un professionnel de santé, en tenant compte de l'âge du nourrisson, de la fréquence des tétées et des données disponibles sur le passage des médicaments dans le lait maternel.
Suites de l'IVG
Il est normal de subir les désagréments suivants pendant les premiers jours ou les premières semaines qui suivent une IVG médicamenteuse, chirurgicale ou instrumentale.
- Saignements, contractions, douleurs abdominales ou lombaires
- Désagréments hormonaux
- Diarrhées ou nausées causées par les antibiotiques (uniquement en cas d’IVG chirurgicale par aspiration ou d’avortement instrumental)
- Tension mammaire et/ou engorgement (lait)
Si vous souffrez d’un ou de plusieurs effets secondaires énumérés ci-dessous, il faut toujours nous en informer ou consulter votre médecin traitant.
- Fièvre (plus de 38,5°C pendant plus d’une journée)
- Saignements abondants et douleurs
- Saignements et douleurs
Pendant les jours qui suivent l’intervention, vous pouvez souffrir de maux de dos, de contractions et de saignements, comparables à ceux d’une menstruation normale. Souvent, les saignements les plus importants n’apparaissent que 4 à 7 jours après l’intervention et peuvent durer plus longtemps qu’une menstruation. Les saignements se terminent souvent par un écoulement brunâtre. Ils peuvent également être constitués de caillots. Les saignements peuvent disparaître un certain temps, puis reprendre, cela varie d’une femme à l’autre.
Contre la douleur, vous pouvez prendre de l’ibuprofène, ou Aleve, éventuellement en association avec du paracétamol. Ne prenez pas d’aspirine. Lisez toujours attentivement les notices des antalgiques et respectez les quantités prescrites.
Les symptômes de la grossesse disparaissent généralement en l’espace de quelques jours à deux semaines. Les hormones de la grossesse sont présentes dans votre organisme pour un certain temps encore, si bien que les tests de grossesse peuvent rester positifs jusqu’à trois ou quatre semaines après l’avortement.
Si vous étiez enceinte depuis un certain nombre de semaines déjà, vos seins peuvent rester tendus et douloureux pendant quelque temps encore après l’intervention. Vous pouvez même souffrir d’un engorgement ou avoir des écoulements de lait. Le port d’un soutien-gorge serré (sans armatures) permet de réduire ces symptômes. Il ne faut surtout pas masser les seins. Les poches de glace peuvent aussi vous soulager. Vous pouvez éventuellement prendre un antalgique.
En général, les menstruations reprennent 4 à 6 semaines après l’intervention. Au début, elles peuvent être moins régulières qu’en temps normal. Sous pilule contraceptive, les règles reviennent généralement dès la fin de la première plaquette. Les premières règles sont souvent très différentes des menstruations habituelles. Elles sont soit beaucoup plus abondantes ou plus longues, soit beaucoup moins importantes et plus courtes.
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