Le cytomégalovirus (CMV) est un virus courant, appartenant à la famille des herpès virus, qui peut atteindre le bébé chez une femme enceinte. Environ la moitié de la population est porteuse de ce virus. L’infection passe le plus souvent inaperçue, ou peut se présenter sous formes de signes pseudo-grippaux. Contracté en début de grossesse, il peut entraîner des complications sévères chez le fœtus : surdité neurosensorielle, troubles neurologiques, retards du développement, voire paralysie. Cet article vise à fournir une information complète sur l'infection à CMV, son dépistage, les risques associés pour le fœtus, et le rôle de l'amniocentèse dans le diagnostic prénatal.
Qu'est-ce que le Cytomégalovirus (CMV) ?
Le cytomégalovirus (CMV) est un virus très répandu. Environ 50 à 60 % des femmes en âge de procréer ont déjà été en contact avec le CMV. Le CMV est présent dans la salive, les urines, les sécrétions nasales, les larmes, les sécrétions cervico-vaginales, le sperme ou le lait maternel. Il se transmet par contact direct avec les fluides corporels infectés, tels que la salive, l’urine, le sang, les larmes, le sperme et le lait maternel.
Environ 40 % des femmes ne sont pas immunisées contre ce virus en début de grossesse. L’infection chez la femme enceinte passe le plus souvent inaperçue. Un syndrome grippal est présent dans 10 % des cas.
Risques pour le Fœtus
Si une femme enceinte contracte le virus pour la première fois pendant sa grossesse, l’infection peut s’avérer dangereuse pour son bébé. Il existe aussi un risque lorsqu’il s’agit d’une réinfection ou d’une réactivation chez une femme qui est déjà immunisée. Lorsqu'une femme enceinte est infectée par le virus, le risque de transmission au bébé est de 30 % à 40 % : parmi les nouveau-nés infectés pendant la grossesse, 90 % d'entre eux n'ont aucun symptôme et 10 % ont des atteintes par le CMV. Le risque de séquelles chez le bébé est d'autant plus important que la première infection maternelle survient tôt au cours de la grossesse.
En cas de contamination précoce lors de la grossesse, les atteintes possibles pour le bébé sont :
Lire aussi: Traitement des infections urinaires pendant la grossesse
- Des atteintes auditives avec une surdité (5% hypoacousie) ;
- Des anomalies oculaires ;
- Un retard de croissance intra-utérin, (c’est-à-dire pendant la grossesse) ;
- Des atteintes neurologiques (retard psychomoteur, épilepsie, etc.).
L’infection congénitale à CMV est la cause la plus fréquente des handicaps neurosensoriels non génétiques de l’enfant. La majorité des formes sévèrement symptomatiques à la naissance sont issues de primo-infections maternelles contractées avant la fin du premier trimestre de la grossesse.
Les séquelles neurosensorielles concernent 60 % des nouveau-nés symptomatiques et 15 % des asymptomatiques. Il s’agit, par ordre de fréquence, de déficit auditif, troubles vestibulaires, infirmité motrice, déficit visuel, déficit cognitif, troubles du comportement. La possibilité d’apparition secondaire d’un déficit auditif justifie la surveillance systématique des nouveau-nés infectés jusqu’à l’âge de 4 à 6 ans.
Dépistage et Diagnostic de l'Infection à CMV pendant la Grossesse
Dépistage Sérologique
Le dépistage repose sur une sérologie CMV (IgG et IgM anti-CMV) si statut inconnu ou connu comme négatif. La Haute Autorité de Santé (HAS) a récemment publié de nouvelles recommandations qui marquent une avancée significative dans la prévention des infections à cytomégalovirus (CMV) pendant la grossesse.
- Sérologie « préconceptionnelle » : Désormais, il est recommandé de réaliser un dépistage avant d’être enceinte, lors du désir de grossesse. Il s’agit de faire une sérologie « préconceptionnelle » : une prise de sang en laboratoire d’analyse.
- Sérologie au 1er trimestre de grossesse : Si cette sérologie n’a pas pu être réalisée en « préconceptionnelle » et que le statut vis-à-vis du CMV est non connu : une sérologie au 1er trimestre de grossesse sera réalisée.
- Sérologie à 16 semaines d’aménorrhée : Si la sérologie « préconceptionnelle » et/ou du 1er trimestre de grossesse est négative (= absence de contact avec le CMV), une nouvelle sérologie sera réalisée à 16 semaines d’aménorrhée environ (soit début du 4e mois de grossesse). Si cette dernière est négative, arrêt de la surveillance.
Forte avidité des IgG : immunité ancienne. Avidité intermédiaire: infection périconceptionnelle.
La primo-infection peut être diagnostiquée avec une bonne sensibilité (78 à 98 % en fonction des techniques) par une sérologie (IgG, IgM et avidité des IgG si les IgM sont positives) à 11-14 semaines d’aménorrhée. Aucun outil n’est validé pour le diagnostic des infections non primaires.
Lire aussi: Traitement des infections urinaires chez le nourrisson
Indications de l'Amniocentèse
L’infection fœtale est diagnostiquée avec une sensibilité > 90 % par PCR CMV dans le liquide amniotique prélevé 8 semaines après la date présumée de l’infection maternelle. Les quelques faux négatifs du diagnostic prénatal ont un très bon pronostic à long terme.
Le diagnostic de l’infection fœtale est réalisable par amplification du génome viral dans le liquide amniotique prélevé par amniocentèse. Il existe 2 types d’indications :
- Une amniocentèse réalisée 8 semaines après l’infection maternelle documentée dans le cadre d’un dépistage sérologique de début de grossesse.
- Un prélèvement indiqué lors de la découverte de signes échographiques évocateurs lors des échographies habituelles de la grossesse au 2e ou au 3e trimestre.
Une amniocentèse (prélèvement de liquide amniotique) permettant la recherche du virus dans le liquide amniotique est réalisée en cas d'anomalies à l'échographie. Si les échographies ne révèlent pas d'anomalies, la grossesse sera poursuivie normalement.
Diagnostic à la Naissance
À la naissance, le diagnostic est fait par PCR sur échantillon salivaire ou urinaire prélevé dans les 3 premières semaines. Des faux positifs avec charges virales très faibles sont possibles dans la salive, une confirmation dans un second prélèvement est recommandée.
Prévention de l'Infection à CMV
Prévention Primaire
Prévention primaire = mesures de prévention pour limiter l’apparition d’une infection à CMV. Le virus se transmet par contact direct avec les sécrétions : salive, larmes, urine, etc… Les enfants de moins de 3 ans sont, le plus souvent, porteurs du virus dans leurs sécrétions, sans pour autant être malades.
Lire aussi: Traitement des infections urinaires infantiles
Les mesures hygiéno-diététiques :
Il est recommandé aux femmes enceintes et aux conjoints, en contact familial ou professionnel avec des enfants de moins de 3 ans :
- De ne pas sucer leur cuillère ou leur tétine, et de ne pas finir leur repas ;
- De ne pas partager leurs affaires de toilette (gant et serviette de toilette, brosse à dents) ;
- De limiter le contact buccal avec les larmes et/ou la salive (ne pas les embrasser sur la bouche ou sur les yeux) ;
- De se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon après chaque change ou contact avec leurs urines et après chaque contact avec leur salive (mouchage, repas, jeu, etc…)
À l’heure actuelle, il n’existe aucun vaccin qui permette de prévenir l’infection chez la femme enceinte.
Prévention Secondaire
Prévention secondaire = mesures pour réduire le développement de l’infection à CMV. Une sérologie positive à la recherche d'une infection récente à CMV confirme le diagnostic.
Soit parce qu'elle est demandée en cas de symptômes évocateurs :
- Chez le bébé : anomalies vues à l'échographie (retard de croissance, taille de la tête insuffisante, anomalies du cerveau, ect…).
- Chez la mère : l'apparition d'un syndrome grippal avec fièvre, fatigue et maux de tête
Soit parce qu’elle est demandée dans le cadre du dépistage lors du 1er trimestre de grossesse.
Si l’infection récente à CMV est confirmée, une surveillance de la grossesse dans un Centre de diagnostic anténatal, avec échographie tous les mois est mise en place.
Prévention Tertiaire
Prévention tertiaire = mesures pour réduire les conséquences de l’infection à CMV. Un traitement antiviral par Valaciclovir est proposée à la femme enceinte dès que l’infection est identifiée. Ce traitement diminue la transmission de 29% à 11% selon les études. De l’instauration rapide d’un traitement antiviral par valaciclovir, visant à diminuer le risque de transmission congénitale.
Ce traitement a démontré son efficacité dans le ralentissement de la dégradation de l’audition chez les enfants symptomatiques ; il semble permettre, dans certains cas, une récupération partielle du seuil auditif mais plus souvent une stabilisation de l’audition chez les nourrissons présentant une infection symptomatique par le CMV.
Évaluation du Pronostic Fœtal
L’évaluation du pronostic d’un fœtus infecté repose sur une évaluation séquentielle de l’imagerie en particulier cérébrale à l’échographie et à l’IRM, ainsi que sur l’analyse du sang du cordon au 2e trimestre. Une évaluation normale au 2e trimestre pourra s’aggraver pour causer une symptomatologie grave ou modérée à la naissance dans 5 % et 25 % des cas respectivement. La présence de signes échographiques extra-cérébraux d’infection double ces risques et les atteintes cérébrales sévères vues avant la naissance peuvent justifier d’une interruption de grossesse si elle est demandée. Une évaluation prénatale entièrement normale au 2e et au 3e trimestre s’accompagne d’un risque limité à une hypoacousie légère et le plus souvent unilatérale dans 15 % des cas. Aucune séquelle neurosensorielle n’est associée à une infection maternelle après le 1er trimestre.
Expériences et Témoignages
Les témoignages de parents ayant vécu une infection à CMV pendant la grossesse soulignent l'importance du dépistage et de la prise en charge précoce. Les histoires de Noah et Charlotte illustrent les défis et les espoirs associés à cette infection.
- Noah : L'histoire d'Olivia et de son fils Noah montre l'importance d'un diagnostic précoce. Malgré une petite grippe contractée par Olivia au premier trimestre, Noah a été diagnostiqué tardivement avec le CMV, entraînant des problèmes d'audition et vestibulaires. Grâce à une prise en charge rapide et à la persévérance de Noah, il a pu surmonter de nombreux obstacles.
- Charlotte : Sarah et Nicolas ont vécu une grossesse difficile après le diagnostic de CMV. Malgré un traitement par valaciclovir, le fœtus a été infecté. Charlotte est née sourde et a subi des implants cochléaires. L'histoire de Charlotte met en lumière les défis financiers et émotionnels auxquels sont confrontées les familles touchées par le CMV.
- Gabriel : Edoardo et Raphaëlle ont découvert l'infection à CMV au premier trimestre de la grossesse. Après de nombreux examens et un traitement par valaciclovir, leur fils Gabriel est né sans symptômes apparents, mais a développé des problèmes d'audition. Edoardo souligne le manque de communication sur le CMV et plaide pour une meilleure prévention.
tags: #infection #CMV #1er #trimestre #amniocentèse
