Les infections urinaires (IU) sont des infections bactériennes fréquemment rencontrées en pédiatrie. Chez les bébés et les jeunes enfants, elles peuvent parfois passer inaperçues pendant plusieurs jours, causant un certain inconfort. Heureusement, une fois détectées, un traitement antibiotique de courte durée peut généralement venir à bout de l'infection.
Qu'est-ce qu'une Infection Urinaire ?
Une infection urinaire se définit par la présence d’un agent infectieux dans l’urine, associée à des symptômes caractéristiques. Ces symptômes peuvent inclure une envie fréquente d'uriner et une sensation de brûlure lors de la miction. Bien que fréquentes chez les adultes, les infections urinaires sont plus rares chez les enfants et peuvent initialement passer inaperçues.
Le système urinaire est composé des reins, des uretères, de la vessie et de l'urètre. Une infection urinaire survient lorsque des bactéries colonisent les voies urinaires. L'infection peut rester localisée dans la vessie (cystite) ou remonter jusqu'aux reins (pyélonéphrite).
Causes des Infections Urinaires chez le Bébé
La cause exacte d’une infection urinaire peut être difficile à déterminer. La majorité des infections urinaires chez l’enfant sont causées par des bactéries issues du tube digestif. La bactérie la plus fréquemment impliquée est Escherichia coli (E. coli), responsable d'environ 85 à 90% des cas. Cette bactérie peut facilement migrer de la zone anale vers l’urètre, surtout si l’hygiène périnéale est inadaptée.
Au premier âge du bébé, il existe parfois une malformation qui favorise le reflux de l’urine de la vessie vers le rein (reflux vésico-urétéral ou RVU), à cause d’un petit « clapet anti-retour » parfois défectueux. Le RVU correspond à un reflux anormal de l’urine de la vessie vers les uretères, voire jusqu’aux reins. Ce mécanisme favorise la remontée des bactéries vers les reins, augmentant le risque de pyélonéphrite. Il est identifié chez environ 30 à 40% des enfants souffrant d’infections urinaires récidivantes.
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Signes et Symptômes
Difficile de se rendre compte instantanément d’une infection urinaire chez le bébé quand celui-ci n’a pas encore la parole pour décrire son état. Chez le nourrisson, la fièvre est souvent le premier symptôme à observer. Une température de 39 °C sur le thermomètre depuis 24 heures, sans autre signe apparent, peut indiquer une infection urinaire. Ce n’est pas le signe le plus classique ou le plus fréquent, mais lors d’une infection urinaire, une odeur forte peut se dégager de l’urine dans la couche de bébé.
- Chez le nourrisson : Fièvre, pleurs fréquents et inhabituels, perte d’appétit et/ou des urines plus odorantes. La fièvre peut être mal tolérée, accompagnée de frissons, marbrures, cyanose. Ces signes, traduisant une décharge bactériémique, sont particulièrement fréquents chez les nourrissons de moins de 3 mois.
- Après 36 mois : Les signes deviennent plus typiques : douleurs ou brûlures en urinant, envies fréquentes d’uriner, urines qui sentent fort ou sont colorées, douleurs abdominales ou lombaires.
Il est important de noter que chez les tout-petits, le langage limité et les signes peu spécifiques (pleurs, agitation, refus de manger) retardent souvent le diagnostic.
Types d'Infections Urinaires
« Une infection urinaire est tout simplement une inflammation du système urinaire de l’enfant, liée à une bactérie, comme l’Escherichia coli (mais ce n’est pas la seule !) », explique le Dr Thomas Dailland. Il existe deux types principaux d'infections urinaires :
- Cystite : Infection urinaire dite basse au niveau de la vessie. Les cystites surviennent plus souvent chez les fillettes de plus de 3 ans et se traduisent par l’association de brûlures mictionnelles, pollakiurie, douleurs sus-pubiennes et/ou fuites urinaires involontaires inhabituelles, en l’absence de fièvre.
- Pyélonéphrite : Infection urinaire haute, touchant les reins. La pyélonéphrite est souvent associée à de la fièvre et un état général altéré. Chez le grand enfant, la fièvre peut être associée à des douleurs abdominales ou lombaires.
Les cystites n’exposent pas à des cicatrices rénales ; elles nécessitent donc des antibiotiques ayant seulement des concentrations urinaires au-dessus des concentrations minimales inhibitrices (CMI). Les pyélonéphrites exposent à des complications telles que des cicatrices rénales, ce qui justifie l’instauration d’une antibiothérapie permettant d’obtenir des paramètres pharmacocinétiques-pharmacodynamiques (PK-PD) sériques suffisants pour traiter une infection systémique.
Diagnostic
Si votre enfant a de la fièvre sans cause apparente ou se plaint de douleurs en urinant, il est important de consulter un médecin. Le diagnostic d'une infection urinaire repose sur plusieurs éléments :
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- Examen clinique : Le médecin examinera l'enfant et recherchera d'autres signes d'infection.
- Analyse d'urine :
- Bandelettes urinaires : Elles permettent un premier dépistage rapide, mais ne suffisent pas pour poser un diagnostic. Le dépistage de l’infection urinaire se fait par bandelette chez l’enfant de plus de 3 mois. Un résultat négatif permet d’écarter ce diagnostic. Si vous avez des bandelettes urinaires chez vous, vous pouvez également faire le test vous-même. Attention : les bandelettes ne doivent pas être périmées et la lecture doit se faire au bout de 2 minutes. Si la bandelette est négative, ce n’est pas une cystite.
- ECBU (examen cytobactériologique des urines) : C'est l'examen de référence pour confirmer le diagnostic et identifier la bactérie responsable. L’objectif est de recueillir l’urine vésicale, normalement stérile, en évitant la contamination par la flore commensale colonisant l’urètre et la région périnéale. Le recueil urinaire doit être précédé d’un nettoyage de la région périnéale à l’eau et au savon, suivi d’un rinçage à l’eau. Chez l’enfant ayant des mictions volontaires, on bénéficie d’un recueil de milieu de jet. Chez le nouveau-né et le nourrisson, les urines peuvent être recueillies à l’aide de poches adhésives stériles. Le recueil par poche - moins invasif - expose à de nombreuses contaminations. Lorsque cela est possible, un autre mode de recueil (cathétérisme ou recueil de milieu de jet) doit être privilégié. En cas de positivité de l’analyse sur des urines prélevées par poche, un contrôle est parfois nécessaire en recueillant les urines par une autre méthode comme le sondage.
Il est très important de faire les analyses d’urine (ECBU) dans d’excellentes conditions. Quand il n’y a pas eu de bonne toilette locale avec du savon ou une solution antiseptique, quand les urines n’ont pas été recueillies au laboratoire ou ont attendu plusieurs heures à température ambiante, les examens peuvent être faussement positifs et les enfants risquent d’être traités pour rien. Attention par exemple aux examens qui retrouvent plusieurs germes. Il s’agit souvent d’une simple souillure des urines et non d’une infection urinaire. En effet, l’interprétation de l’ECBU est très importante. Pour affirmer l’infection, il faut avoir du pus (nombre élevé de leucocytes) ET un germe unique en quantité importante ( > ou égal à 10 puissance 5).
- Échographie rénale : En cas de pyélonéphrite ou d’infections récidivantes, une échographie rénale est nécessaire pour détecter une éventuelle anomalie anatomique. Une échographie rénale doit être réalisée dans les suites d’un premier épisode de pyélonéphrite chez l’enfant de moins de 2 ans. En effet, dans près d’un tiers des cas, cette infection révèle une uropathie sous-jacente favorisant l’infection, le reflux vésico-urétéral étant la plus fréquente. Dans les suites d’une pyélonéphrite, une échographie est réalisée pour rechercher une anomalie des reins et des voies urinaires ayant pu favoriser l’infection.
- Autres examens radiologiques : Les autres examens radiologiques (cystographie rétrograde, scintigraphie au DMSA [acide 2,3 dimercaptosuccinique]) ne sont pas recommandés après un premier épisode de pyélonéphrite. Ils sont, en revanche, à discuter en cas de récidive. Aucune exploration radiologique n’est nécessaire après une cystite.
Traitement
L’infection urinaire n’est pas une maladie grave mais elle doit être traitée rapidement pour éviter les complications. Elle sera généralement traitée via antibiotiques. Sans attendre les résultats de l’ECBU, le médecin prescrira une antibiothérapie probabiliste en utilisant un antibiotique actif sur la plupart des germes urinaires. Le traitement antibiotique sera adapté à l’antibiogramme. La durée moyenne du traitement est de 5 à 8 jours. Le traitement des pyélonéphrites nécessite le plus souvent une voie parentérale pour initier le traitement.
Chez un jeune nourrisson, c’est-à-dire un enfant de moins de trois mois, une infection urinaire haute sera traitée obligatoirement à l’hôpital. Une prise de sang, ainsi qu’une échographie rénale et vésicale seront réalisées. L’hospitalisation est recommandée pour les nourrissons de moins de 3 mois, en cas de suspicion de sepsis ou d’uropathie connue. Chez ces enfants, l’antibiothérapie initiale probabiliste, ciblant une entérobactérie, associe une céphalosporine de troisième génération (C3G) injectable (céfotaxime ou ceftriaxone) et l’amikacine. Le traitement est poursuivi par voie parentérale pendant deux à quatre jours, puis un relais oral est pris lorsque l’enfant est apyrétique, tenant compte de l’antibiogramme et en choisissant, par souci d’écologie bactérienne, d’abord le cotrimoxazole puis le céfixime. La durée totale de traitement doit être de dix jours. En cas d’entérobactérie BLSE, une discussion au cas par cas doit se faire avec un infectiologue.
Pour les patients ne justifiant pas d’une hospitalisation, l’antibiothérapie initiale peut être au choix l’amikacine en monothérapie ou la ceftriaxone. Du fait d’un pourcentage de résistance plus élevé qu’avec les C3G injectables et de ses performances PK-PD modestes, le traitement initial par céfixime doit être réservé aux patients à bas risque de cicatrices rénales, à savoir les enfants de plus de 3 mois, sans uropathie sous-jacente, en l’absence de sepsis. Une hospitalisation est toujours nécessaire, le traitement initial devant se faire par voie parentérale. Il associe l’administration d’amoxicilline par voie intraveineuse à un aminoside.
En fonction des résultats de l’ECBU, l’analyse d’urine, le médecin choisira un ou plusieurs médicaments antibiotiques adaptés. Si on découvre à l’échographie et aux examens d’imagerie que votre enfant est atteint d’un RVU, il sera surveillé régulièrement pendant sa croissance. Souvent, le médecin lui prescrira un traitement antibiotique de longue durée. La plupart des RVU guérissent en quelques mois ou quelques années avec ce traitement.
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Important : Il n’existe pas de traitement naturel à l’infection urinaire chez le bébé, une consultation chez le médecin est nécessaire pour soulager rapidement les inconforts de votre enfant. N’utilisez surtout pas d’huiles essentielles, elles sont toxiques avant 36 mois.
Prévention
Quelques gestes et conseils permettent de réduire les risques d’infection urinaire :
- Faire boire l’enfant suffisamment. C’est autant un geste qui le soulagera qu’une règle préventive. En cas de signes de cystite débutante, faites beaucoup boire votre enfant, et incitez-le à faire pipi souvent.
- Adopter une bonne hygiène locale chez le garçon comme chez la fille. « Mais attention, l’hygiène des parties intimes ne doit pas être trop prononcée ou irritante, on se contentera d’un savon doux ». Chez les garçons également, on ne décalotte plus l’enfant lors de la toilette, précise le pédiatre.
- Chez les filles : Baisser la culotte, le collant ou le pantalon jusqu’aux chevilles, bien écarter les jambes, ne pas pousser, bien attendre la dernière goutte, bien s’essuyer. Il peut être intéressant d’installer un petit tabouret pour reposer ses pieds.
- Identifier et traiter les facteurs favorisants : Si votre médecin est sûr qu’il s’agit de vraies cystites avec du pus et un germe dans les urines et que votre enfant en fait souvent, il faut essayer de trouver les facteurs favorisants cités plus haut (constipation, hyperactivité vésicale, vulvites, etc.) pour les traiter le mieux possible. Tant que les causes perdurent, les cystites vont revenir. C’est un vrai cercle vicieux. Chez les enfants ayant acquis la propreté, le principal facteur de risque d’infection urinaire est la dysfonction d’élimination. Il s’agit de troubles de l’élimination fécale et urinaire que l’on observe chez près de la moitié d’entre eux. L’interrogatoire permet de rechercher les facteurs favorisants : constipation et troubles mictionnels pouvant se manifester par un nombre de mictions anormal (moins de 3 ou plus de 6 par jour), impériosités mictionnelles, fuites urinaires. La prise en charge de ces troubles consiste dans un premier temps à inviter l’enfant à vider sa vessie toutes les deux à trois heures.
Quand s'inquiéter ?
Il est important de consulter un médecin dans les situations suivantes :
- Fièvre chez un nourrisson de moins de 3 mois.
- Fièvre élevée (supérieure à 39°C) chez un enfant de tout âge.
- Douleurs en urinant.
- Envies fréquentes d'uriner.
- Urines malodorantes ou colorées.
- Douleurs abdominales ou lombaires.
- Infections urinaires répétées (au moins deux épisodes fébriles ou trois épisodes au total).
Lorsque les infections urinaires deviennent répétées (au moins deux épisodes fébriles ou trois épisodes au total), une consultation avec un urologue pédiatrique est fortement recommandée.
Mythes et Réalités
- "Une envie fréquente d’uriner est toujours le signe d’une infection urinaire." Pas toujours. Une envie fréquente d’uriner peut être due à l’anxiété ou à des boissons irritantes.
- "On peut soigner une infection urinaire avec des remèdes naturels." Non. Le risque de complication rénale est trop élevé. Consultez un pédiatre.
- "Une bonne hygiène suffit à prévenir les infections urinaires." Pas toujours. La propreté n’empêche pas une mauvaise vidange de la vessie ou une hygiène mal adaptée.
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