Introduction
L'alimentation du nourrisson et les pratiques de soins infantiles ont connu une évolution constante au fil des siècles. Cet article explore en profondeur la diversification alimentaire, en mettant en lumière les approches traditionnelles et modernes, ainsi que les recommandations actuelles. Nous examinerons également les pratiques de soins infantiles, en nous basant sur des sources historiques et scientifiques.
Diversification Alimentaire : Tradition et Modernité
Diversification Alimentaire Classique
La diversification alimentaire est définie comme l’introduction d’aliments autres que le lait maternel ou infantile chez un nourrisson. De manière classique, la diversification alimentaire se fait à la petite cuillère, en commençant avec des aliments réduits en purée lisse (céréales, légumes, fruits, puis viandes, œuf, poisson, etc…). Petit à petit, les textures des recettes proposées deviennent plus granuleuses et les aliments ne nécessitent plus forcément d’être mixés mais seulement écrasés (fourchette, presse-purée, etc.). Les premiers morceaux doivent être proposés dans une petite assiette séparée de l’assiette d’aliments mixés donnés à la cuillère, afin que le bébé s’y habitue progressivement et les prenne avec ses doigts de manière autonome. À cet âge, l’enfant n’a pas encore ses molaires et il mâche avec ses gencives. Il faut éviter de retarder cette proposition de morceaux au-delà de 10 mois sous peine de rendre l’alimentation plus difficile secondairement, de limiter le répertoire alimentaire, de voir l’enfant refuser de nouveaux aliments en particulier des légumes plusieurs années plus tard, sans oublier le risque de problèmes orthodontiques.
L’Organisation Mondiale de la Santé préconise l’allaitement maternel exclusif pendant 6 mois, puis la diversification alimentaire tout en poursuivant l’allaitement jusqu’à 24 mois et plus. L’introduction précoce des aliments réputés allergéniques, dès les premiers mois de la diversification semble limiter le risque d’allergie à ces derniers.
La DME (Diversification Menée par l'Enfant)
Depuis les années 2000, une nouvelle mode est apparue, celle de la DME. Le bébé se nourrit de manière autonome, avec ses mains, sans l’introduction de purées : la cuillère n’est jamais utilisée, du moins dans la description initiale de la DME. On met devant le nourrisson les mêmes aliments que ceux du repas familial, en portions de la taille d’un doigt (en anglais « finger food »). Il choisit ce qu’il veut manger et en quelles quantités. Cette méthode a débuté dans des pays anglo-saxons sous le terme « Baby-Led Weaning » ou BLV (Royaume Uni, Nouvelle Zélande, USA) ou sevrage induit par le bébé (SIB) au Canada.
La DME est apparue en Angleterre au début des années 2000 avec un essor important lors de la publication, en 2008, du livre de Gill Rapley, infirmière de formation, qui s’est intéressée à l’alimentation des nourrissons. Elle est considérée comme pionnière dans la DME. Le développement de cette pratique en Angleterre a conduit le système de santé à faire des recommandations d’utilisation de la DME de façon généralisée.
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DME Modifiée et Études Scientifiques
Il faut remarquer que les publications les plus récentes étudient des bébés nourris avec une méthode qu’on appellera « DME modifiée », puisque les parents sont éduqués et accompagnés pour éviter différentes carences, en énergie et en fer en particulier, et être particulièrement vigilants pour éviter tout accident d’inhalation de morceaux d’aliments.
Erickson et al. ont réalisé une étude en Nouvelle Zélande en 2018, sur 2 groupes de nourrissons : 105 en diversification classique et 101 en DME modifiée. Il n’y avait pas de différence statistique sur les apports énergétiques à 7 mois, 12 mois et 24 mois. Par contre, il est important de noter que les nourrissons en DME reçoivent plus de graisses saturées et de sel à 7 mois en comparaison avec les enfants en diversification traditionnelle. Or, les recommandations nutritionnelles restent unanimes quant aux excès de sel chez le nourrisson.
Cameron et al. ont réalisé une étude en Nouvelle Zélande en 2015 comparant 2 groupes de bébés, d’une part 9 en DME classique et d’autre part 14 en DME modifiée (les parents recevant une éducation spécifique pour apporter des aliments riches en fer et plus énergétiques). Daniels et al. ont réalisé une étude en Nouvelle Zélande en 2018 comparant 2 groupes de nourrissons : 105 ayant une diversification traditionnelle et 101 ayant une DME modifiée. Ils n’ont pas observé de différence d’apports en fer.
Fangupo et al. ont publié en 2016 une étude réalisée en Nouvelle Zélande, comparant 2 groupes : des nourrissons en DME modifiée (éducation parentale pour limiter le risque d’accident par inhalation) et des nourrissons en diversification traditionnelle. En conclusion, ce qui prévient les inhalations est probablement l’éducation parentale.
Risques et Bénéfices Potentiels de la DME
La large diffusion de la DME via les réseaux sociaux amène les pédiatres à recevoir des familles recherchant des informations pour appliquer cette méthode pour leur enfant. Ce phénomène de mode est important et certaines familles pourraient se sentir en décalage en ne l’appliquant pas.
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Brown et al ont réalisé une étude au Royaume Uni en 2017. Il s’agissait d’une enquête observationnelle sur 1151 enfants comparant ceux nourris en DME classique et ceux nourris de façon traditionnelle. Mais dans cette étude, on notait l’absence de définition claire de la DME (beaucoup d’enfants déclarés en DME recevaient jusqu’à 10 % en purée). On ne peut donc pas conclure à la sécurité réelle de la DME.
La plupart des études publiées sont des études observationnelles, rétrospectives et déclaratives. Elles évoquent une meilleure régulation de l’appétit et un indice de masse corporelle (IMC) plus bas à 2 ans, avec toutes les limites de ce type d’enquête, comme l’auto-déclaration des mesures de poids et taille.
Recommandations Actuelles
La diversification alimentaire classique inclut une phase d’introduction progressive des morceaux chez les nourrissons entre 8/9 et 12 mois. Pris par l’enfant lui-même avec ses doigts au début, ces derniers doivent être séparés de l’alimentation mixée. La diversification alimentaire participe aussi à l’éducation des enfants, leur apprenant une alimentation saine, variée et bénéfique pour leur santé future. Une dimension très importante est aussi l’apprentissage du goût, et du plaisir de savourer.
Une diversification classique mais actualisée, telle que proposée dans nos menus-types, respecte les recommandations scientifiques actuelles tant nutritionnelles que comportementales, et permet de développer l’apprentissage du goût et des saveurs. Elle semble bien préférable à la DME, pour les raisons citées dans cet article.
Pratiques de Soins Infantile à Travers l'Histoire
Les Premiers Soins au Nouveau-né
Dès sa naissance, l’enfant reçoit des soins qui demeurent inchangés depuis l’Antiquité. Cet ensemble de tâches minutieuses est rappelé par Antoine Petit dans le chapitre consacré au « traitement de l’enfant pendant les premières vingt-quatre heures de sa vie ». Le cordon ombilical est coupé, puis enveloppé de linges imprégnés de vin chaud. Après quoi, l’une des premières tâches du médecin consiste à « examiner si l’enfant est dans l’état naturel » ou s’il souffre de « vices de conformation ». Les diverses malformations qui peuvent être découvertes appellent une série de manipulations particulières que le médecin détaillera dans les chapitres suivants ; pour lors, il se concentre sur les gestes qui visent à nettoyer le nouveau-né. « Linges mollets » et « petites douches » débarrassent en douceur l’enfant de sa « robe de crasse » et s’adaptent à la fragilité du « petit corps ». Selon Antoine Petit, ces premiers soins s’inscrivent dans une pratique universelle et, pour ainsi dire, innée : « Il paroît que c’est cette crasse qui a donné lieu à tous les peuples de laver leurs enfants ».
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L'Importance du Bain et de l'Habillement
Tout comme baptiser l’enfant permet son introduction dans la communauté chrétienne, le laver signe son entrée chez les vivants. Une fois le cordon coupé et les résidus puerpéraux enlevés, l’enfant est définitivement séparé de tout ce qui le rattachait au ventre maternel. Il quitte le milieu aquatique de la matrice, « les eaux dans lesquelles [il] nage », pour rejoindre le monde des hommes. Le béguin, le bonnet de laine et la cornette couvrent ainsi la tête, protégeant au moins symboliquement ce « siège de l’âme », qui, par la présence des fontanelles, est aussi un « endroit névralgique ». L’abondance des couches de vêtements correspond à une volonté de garder le nouveau-né au chaud tout en soutenant son corps jugé mou et faible.
Critique du Langes Serrés
Antoine Petit passe sous silence les gestes controversés et s’emploie au contraire à démontrer, en cinq points, que cette pratique est « très mauvaise », et qu’il faudrait, « pour le bien du genre humain, qu’on la rejet[te] totalement ». Le médecin décrit un enfant « séquestré », qui demeure faible faute de pouvoir agiter ses membres. Le corps, en « prison », ne peut développer correctement ses organes, notamment ceux qui sont pressés directement par les linges, comme les viscères ou les poumons. Cette couche successive de vêtements enfin, « loin de bien conformer le corps, le contrefait », allant jusqu’à le rendre « rachitique, tortueux, bossu ». Prêchée sur l’ensemble du continent européen, cette « maudite compression » produit donc l’exact inverse de l’effet escompté et constitue une entrave à l’enfant.
Antoine Petit rapporte la méthode des Indiens, qui « font un trou en terre assez profond pour que l’enfant puisse y être debout jusqu’aux aisselles ». Les Virginiens, les Canadiens mettent leurs enfants dans des sacs de peau qui se froncent et se serrent autour du cou de l’enfant, pour le garantir du froid qui règne dans ces climats. Cette manière de faire est très bonne ; je la conseille très-fort.
L'Allaitement Maternel : Un Pilier de la Santé Infantile
Au XVIIIe siècle, rares sont les médecins qui se prononcent contre l’allaitement. Sans renouveler fondamentalement le discours sur l’allaitement maternel, le XVIIIe siècle opère un changement concernant le colostrum. Auparavant considéré au mieux comme du lait de mauvaise qualité, au pire comme du poison, ce premier lait est progressivement réhabilité, et l’on n’attend plus que la femme ait complètement évacué ses lochies pour qu’elle puisse nourrir son enfant. Bien plus, la plupart des médecins, dont Antoine Petit, considèrent que le colostrum, légèrement purgatif, rend l’enfant plus apte à expulser le méconium, ses premières selles.
Aux considérations morales en faveur de l’allaitement s’ajoute donc un intérêt sanitaire : la mère allaitante est en meilleure santé que la mère qui confie son enfant à une autre, idée du reste assez répandue dans les traités médicaux. Ne pas allaiter son enfant revient à ne pas respecter l’ordre naturel : « C’est tellement le vœu de la nature, je dirois presque l’ordre, que lorsqu’il n’est pas écouté, le mal s’ensuit pour la mère et l’enfant, et souvent pour tous les deux ».
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