La glycosurie, définie comme la présence anormale de glucose dans les urines, est un sujet d'attention particulière pendant la grossesse. Bien que la glycosurie puisse être révélatrice d'un diabète préexistant ou d'autres conditions médicales, son association la plus fréquente et la plus préoccupante est avec le diabète gestationnel. Cet article vise à explorer en profondeur les causes de la glycosurie pendant la grossesse, les méthodes de dépistage, les risques associés et les stratégies de prévention et de gestion.
Qu'est-ce que la Glycosurie ?
La glycosurie se caractérise par la présence de glucose dans les urines, ce qui est anormal chez une personne en bonne santé. En temps normal, les reins filtrent le glucose du sang, mais le réabsorbent complètement pour le renvoyer dans la circulation sanguine. Lorsque la concentration de glucose dans le sang dépasse un certain seuil, appelé seuil rénal (généralement autour de 1,8 g/L), les reins ne peuvent plus réabsorber tout le glucose filtré, entraînant son excrétion dans l'urine.
La glycosurie peut être classée en deux types principaux :
- Glycosurie diabétique : La plus fréquente, elle est causée par une hyperglycémie (taux de glucose élevé dans le sang) due au diabète sucré (type 1 ou type 2) ou au diabète gestationnel.
- Glycosurie rénale : Plus rare, elle est due à un défaut de réabsorption du glucose par les reins, même en présence d'une glycémie normale.
Diabète Gestationnel : Un Enjeu Majeur
Le diabète gestationnel est une forme de diabète qui se développe pendant la grossesse et disparaît généralement après l'accouchement. Il se caractérise par une hyperglycémie due à une résistance à l'insuline, une hormone produite par le pancréas qui permet au glucose de pénétrer dans les cellules pour être utilisé comme source d'énergie. Pendant la grossesse, les hormones placentaires peuvent interférer avec l'action de l'insuline, ce qui peut entraîner une résistance à l'insuline et une augmentation de la glycémie.
Selon la définition de l’Assurance maladie, le diabète gestationnel, ou « diabète de grossesse », est une augmentation de la glycémie (hyperglycémie) qui apparaît pendant la grossesse et disparaît après l’accouchement. Il a un impact sur la santé de la mère et de l’enfant. Il faut bien le différencier d’une grossesse se déroulant dans le contexte d’un diagnostic de diabète de type 1 ou de type 2 déjà posé chez la mère avant sa grossesse. En France métropolitaine, la prévalence du diabète gestationnel a tendance à augmenter. Elle était de 16,4 % en 2021 contre 10,8 en 2016. Dans la majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après la grossesse mais il peut aussi installer un diabète de type 2 quelques années plus tard.
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Facteurs de Risque du Diabète Gestationnel
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer un diabète gestationnel :
- Âge maternel avancé : Les femmes de 35 ans et plus ont un risque plus élevé. En 2021, près de 25 % des femmes enceintes avaient plus de 35 ans, soit 4% de plus qu’en 2016.
- Surpoids ou obésité : Un IMC (indice de masse corporelle) supérieur à 25 augmente le risque. L’IMC est calculé en faisant le calcul suivant : le poids en kilogrammes, divisé par la taille multipliée par la taille en mètre. On constate que les femmes ayant un IMC de plus de 25, valeur à laquelle commence le surpoids, ont plus de risques de développer un diabète gestationnel.
- Antécédents familiaux de diabète : La préexistence de personnes atteintes de diabète dans la famille proche de la femme enceinte augmente également le risque. Ce risque se situe essentiellement au sein des membres de la famille au premier degré, c’est-à-dire ses parents, ses frères ou sœurs.
- Antécédents de diabète gestationnel : Les femmes ayant déjà développé un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse ont un risque élevé de le développer à nouveau. L’évaluation de ce risque varie selon les études de 30 à 84 %, d’après le site de l’Assurance maladie.
- Naissance antérieure d'un bébé de gros poids : Les femmes ayant donné naissance à un enfant de 4 kilos ou plus ont également plus de risques de développer un diabète gestationnel lors d’une grossesse ultérieure.
Dépistage de la Glycosurie et du Diabète Gestationnel
Lors des consultations mensuelles de suivi de la grossesse, une recherche du sucre dans les urines est prévue pour toutes les femmes. Le dépistage de la glycosurie de grossesse se réalise chaque mois. Dès le premier mois, il est possible de détecter une glycosurie de grossesse. La surveillance régulière de la glycosurie, effectuée mensuellement, est cruciale. La glycosurie décrit la présence de glucose, c'est-à-dire de sucre dans les urines, qui en sont normalement exemptes.
Si du sucre est présent dans les urines, ou lorsque la femme présente des facteurs de risques, un dépistage du diabète gestationnel est lancé.
Méthodes de Dépistage
- Bandelette Urinaire : Le dépistage de la glycosurie de grossesse implique l'usage d'une bandelette réactive immergée dans l'urine. Cette dernière indiquera une présence faible ou élevée de glucose. Pour obtenir une mesure exacte, il est recommandé de réaliser l'examen en laboratoire. Les résultats sont ensuite discutés avec le gynécologue ou la sage-femme lors d'une consultation prénatale. Un résultat positif sur la bandelette nécessite un suivi en laboratoire pour déterminer avec précision le niveau de glucose. Pour augmenter la fiabilité du test, il est préférable de le faire à jeun (surtout le matin) afin de vérifier la présence de glucose sans influence alimentaire.
- Test de Glycémie à Jeun : Pour les femmes qui présentent un de ces facteurs de risque, un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre (idéalement avant la conception, dès l’intention d’avoir un enfant) est recommandé pour détecter un diabète de type 2 antérieur à la grossesse et passé inaperçu jusqu’ici.
- Hyperglycémie Provoquée par Voie Orale (HGPO) : En laboratoire d’analyses médicales une glycémie à jeun est réalisée, puis un second test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voir orale) à 75 g de glucose sont réalisés, entre la 24 e et la 28 e semaine d’aménorrhée (absence des règles), période où la détection du diabète gestationnel est la plus propice. Des contrôles de la glycémie sont effectués à intervalle régulier. Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel.
Interprétation des Résultats
Il est à noter que la notion d’intolérance au sucre n’existe plus : on a soit une glycémie « normale », soit un diabète gestationnel. Si un premier dépistage indique une glycosurie sans autres signes de diabète, un nouvel examen sera programmé ultérieurement. Même avec un test initial normal, un dépistage d'hyperglycémie peut être conseillé au 6e mois de grossesse, particulièrement pour celles ayant des facteurs de risque (des antécédents de diabète, un surpoids, de l'hypertension, ou étant âgées de plus de 35 ans).
Risques et Complications de la Glycosurie et du Diabète Gestationnel
Les risques pour la mère et pour l’enfant se situent essentiellement dans la période périnatale, c’est-à-dire pendant la grossesse et après l’accouchement.
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Risques pour la Mère
- Pré-éclampsie : La complication la plus grave est la survenue d’une pré-éclampsie (ou toxémie gravidique). Il s’agit d’un dysfonctionnement du placenta qui associe une hypertension artérielle, une prise de poids, des œdèmes et la présence de protéines dans les urines.
- Accouchement par césarienne
- Accouchement prématuré
- Diabète de type 2 : Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse, même des années plus tard. Une mère ayant développé un diabète gestationnel a en effet 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2.
- Maladies cardiovasculaires : Risque accru de maladies cardiovasculaires.
Risques pour l'Enfant
- Macrosomie : Le glucose en excès chez la mère est transmis au fœtus en surplus. Cette réserve calorique excédentaire est stockée dans les organes de l’enfant. Le poids et la croissance de l’enfant à naître sont alors excessifs. La macrosomie, qui désigne un poids à la naissance supérieur à 4 kg, peut entraîner un accouchement difficile.
- Détresse respiratoire
- Dystocie des épaules : Liée à un poids trop élevé du bébé : l’épaule du fœtus se loge contre l’os pubien ou le sacrum de la mère, le bloque dans le canal vaginal.
- Hypoglycémie néonatale
- Diabète de type 2 : Un risque de développer plus tard un diabète de type 2.
Traitement et Gestion de la Glycosurie et du Diabète Gestationnel
Les clefs d'un traitement réussi s'appuient sur un dispositif qui comprend :
- La motivation de la femme enceinte
- Son autosurveillance glycémique régulière
- Des mesures hygiéno-diététiques
- Le suivi de l’évolution de la grossesse et du diabète gestationnel par un professionnel de santé
Autosurveillance Glycémique et Prise en Charge Diététique
Il est recommandé pour la femme enceinte de pratiquer l’autosurveillance glycémique, 4 à 6 fois par jour. L’objectif est de garder une glycémie à un taux acceptable, soit inférieur ou égal à 0.95g/L à jeun et inférieur à 1,20 g/L deux heures après le début du repas. Lorsque ces résultats cibles sont dépassés de façon répétées, une prescription pour un traitement par insuline est effectuée sans tarder par le professionnel de santé qui suit la future maman afin de réguler au mieux la glycémie.
Le premier traitement est la prise en charge diététique avec la mise en place d’une alimentation adaptée et le contrôle du poids :
- Équilibre alimentaire : Par rapport à une grossesse habituelle, les besoins nutritionnels, qui sont déterminés en fonction du poids, de la taille et de l’activité physique de la maman, ne nécessitent pas de modifications. Les objectifs de prise de poids sont également contrôlés dans les mêmes conditions qu’une grossesse classique.
- Repas fractionnés : Répartition de la prise des glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations).
- Calcul de la ration calorique adaptée à chaque femme
- Privilégier les fibres qui ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d’hyperglycémie post-prandiale en mangeant suffisamment de légumes et de fruits.
Pour les femmes diagnostiquées avec un diabète gestationnel, il est recommandé de suivre les recommandations suivantes :
- Limiter le grignotage : mangez 3 repas équilibrés par jour, espacés régulièrement, et avec 2 à 3 collations saines pour éviter de grignoter.
- Éviter les aliments transformés : il est aussi conseillé d'éviter les aliments riches en sucres simples et en graisses saturées, comme les sodas, les confiseries et les pâtisseries.
Activité Physique
En dehors de contre-indications médicales, l’activité physique régulière et adaptée au profil de la femme enceinte est recommandée dans le cas d’un diabète gestationnel ou d’une grossesse avec un diabète.
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Traitement par Insuline
L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire. Une éducation nutritionnelle thérapeutiques peut être proposée.
Prévention de la Glycosurie et du Diabète Gestationnel
Bien que divers facteurs puissent entraîner une augmentation du glucose sanguin chez la femme enceinte (indépendamment de la qualité de son régime alimentaire), il est conseillé d'adopter une alimentation saine et équilibrée avec le soutien d'un professionnel de santé. Bien que ces recommandations ciblent principalement les femmes avec un diabète gestationnel, elles peuvent également être suivies par toutes celles qui souhaitent prévenir la glycosurie de grossesse et promouvoir un mode de vie sain !
La grande majorité des diabètes gestationnels ne vont pas se compliquer car ils vont très bien répondre à l’association de modifications nutritionnelles et d’une activité physique adaptée.
Différentes actions sont mises en place pour vous aider :
- Notre programme d’accueil spécial diabète gestationnel
- La Ligne Écoute Solidaire
- Nos programmes Slow Diabète
- Des associations locales au plus près de chez vous
Glycosurie Rénale
La glycosurie rénale primitive résulte d'un défaut génétique des transporteurs SGLT2 au niveau rénal [13]. Cette anomalie, généralement bénigne, peut se transmettre héréditairement. Certains médicaments comme les corticoïdes ou les diurétiques thiazidiques peuvent également provoquer une glycosurie transitoire. Pour la glycosurie rénale primitive, aucun traitement spécifique n'est nécessaire [13]. Cette pathologie bénigne ne requiert qu'une surveillance périodique. Cependant, une supplémentation en sodium peut être discutée en cas de pertes excessives. L'important reste de distinguer cette forme des glycosuries pathologiques.
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