La glycosurie de grossesse, caractérisée par la présence de glucose dans l'urine, touche environ 8 % des femmes enceintes. Bien qu'un taux élevé de glucose dans l'urine n'implique pas systématiquement un diabète gestationnel, elle nécessite une attention particulière en raison des risques potentiels pour la santé de la mère et du bébé. Cet article explore en profondeur la glycosurie de grossesse, ses causes, son dépistage, ses risques associés et les mesures préventives à adopter.
Qu'est-ce que la Glycosurie de Grossesse ?
La glycosurie désigne la présence inhabituelle de glucose dans l'urine. Normalement, l'urine ne devrait contenir que de faibles quantités de glucose. La détection de la glycosurie de grossesse sert à identifier un potentiel diabète gestationnel chez les femmes enceintes, mais elle est aussi utilisée pour dépister les diabètes de type 1 et 2 ainsi que certaines maladies rénales, comme le syndrome de Fanconi. Le dépistage de la glycosurie de grossesse se réalise chaque mois, dès le premier mois.
La glycosurie peut également servir à surveiller le niveau de protéines dans l'urine. Pendant la grossesse, le fonctionnement rénal peut être affecté, ce qui peut entraîner une protéinurie (ou présence de protéines dans l'urine) chez la femme enceinte.
Diabète Gestationnel : Comprendre les Risques
Le diabète gestationnel est un type de diabète qui apparaît durant la grossesse, caractérisé par une difficulté à réguler les niveaux de glucose dans le sang. Cette condition se manifeste lorsque le corps ne produit pas suffisamment d'insuline (l'hormone régulant la glycémie), ou quand il y a une résistance à l'insuline. Et justement, pendant la grossesse, les changements hormonaux peuvent augmenter cette résistance à l'insuline. Le corps doit alors en produire davantage pour maintenir une glycémie normale. Si cette production est insuffisante, cela entraîne une hyperglycémie qui peut affecter tant la mère que l'enfant.
En France, le diabète gestationnel concerne environ 16 % des femmes enceintes.
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Le diagnostic du diabète gestationnel s'effectue par un dépistage sanguin en deux temps : une mesure de la glycémie à jeun au 1er trimestre grossesse et un test d'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) au 6e mois (dernier tiers du calendrier de grossesse).
Symptômes Potentiels du Diabète Gestationnel
Les symptômes de grossesse liés au diabète peuvent être subtils et ne sont pas toujours évidents, car ils peuvent se confondre avec des sensations communes à la grossesse. Toutefois, certains signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille :
- Soif excessive : un besoin accru de boire des liquides, bien au-delà de ce qui est considéré comme normal pendant la grossesse.
- Mictions fréquentes : un besoin d'uriner plus souvent qu'à l'habitude, qui peut être lié à l'augmentation de la soif et de la consommation de liquides.
- Fatigue : bien que la grossesse puisse naturellement entraîner une sensation de fatigue, le diabète gestationnel peut l'accentuer et s’accompagner de maux de tête de grossesse.
- Vision trouble : des changements soudains dans la vision peuvent survenir.
- Infections fréquentes : si vous observez une susceptibilité accrue aux infections, notamment des voies urinaires, de la peau ou du vagin.
Il est important de souligner que beaucoup de femmes avec du diabète gestationnel ne présentent aucun symptôme évident. C'est pourquoi le dépistage systématique est crucial pour détecter cette condition, même en l'absence de symptômes manifestes.
Taux de Glycémie Normal Pendant la Grossesse
Pour une femme qui n'est pas enceinte, le niveau de glucose dans l'urine (glycosurie) se situe généralement entre 0,1 mmo/L et 0,9 mmo/L, ce qui est relativement bas. Pour une femme enceinte, ce niveau ne doit pas excéder 15 mg/dl, bien que cette valeur puisse légèrement varier selon les laboratoires.
Lorsqu'on mesure la glycémie chez une femme enceinte, celle-ci doit se présenter à jeun pour une première analyse sanguine. Ensuite, elle consommera une solution contenant du sucre, permettant au laboratoire d'évaluer son taux de glucose dans le sang une heure et deux heures après la consommation de cette solution.
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Risques Associés à la Glycosurie de Grossesse
Généralement identifié vers la fin du deuxième trimestre ou au cours du troisième trimestre de la grossesse, le diabète gestationnel peut poser plusieurs risques pour le bébé, notamment :
- Une macrosomie, le bébé peut naître avec un poids et une taille supérieurs à la normale ;
- Un surplus de liquide amniotique, ce qui peut être risqué à la fois pour la mère et le bébé ;
- Une hypoglycémie chez le nouveau-né ;
- Un risque accru d'obésité ou de diabète de type 2 plus tard dans la vie de l'enfant ;
- Des problèmes respiratoires dus à une production excessive d'insuline par le fœtus ;
- Des malformations au niveau du système nerveux ou cardiaque dans les situations les plus graves.
Pour la mère, la glycosurie de grossesse peut également entraîner une hypertension pendant la grossesse ou une prééclampsie, des conditions qui peuvent rendre nécessaire la planification d'un accouchement d'urgence. La complication la plus grave est la survenue d’une pré-éclampsie (ou toxémie gravidique). Il s’agit d’un dysfonctionnement du placenta qui associe une hypertension artérielle, une prise de poids, des œdèmes et la présence de protéines dans les urines. D’autres risques existent, que ce soit pendant la grossesse ou après :
- Accouchement par césarienne ;
- Accouchement prématuré ;
- Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse, même des années plus tard. Une mère ayant développé un diabète gestationnel a en effet 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 ;
- Risque accru de maladies cardiovasculaires.
Pour l’enfant :
- Le glucose en excès chez la mère est transmis au fœtus en surplus. Cette réserve calorique excédentaire est stockée dans les organes de l’enfant. Le poids et la croissance de l’enfant à naître sont alors excessifs.
- La macrosomie, qui désigne un poids à la naissance supérieur à 4 kg, peut entraîner un accouchement difficile, et des complications pour l’enfant comme :
- Une détresse respiratoire ;
- Une dystocie des épaules, liée à un poids trop élevé du bébé : l’épaule du fœtus se loge contre l’os pubien ou le sacrum de la mère, le bloque dans le canal vaginal ;
- Une hypoglycémie néonatale ;
- Un risque de développer plus tard un diabète de type 2.
Dépistage de la Glycosurie pendant la Grossesse
Le dépistage de la glycosurie de grossesse implique l'usage d'une bandelette réactive immergée dans l'urine. Cette dernière indiquera une présence faible ou élevée de glucose. Pour obtenir une mesure exacte, il est recommandé de réaliser l'examen en laboratoire. Les résultats sont ensuite discutés avec le gynécologue ou la sage-femme lors d'une consultation prénatale.
Un résultat positif sur la bandelette nécessite un suivi en laboratoire pour déterminer avec précision le niveau de glucose. Pour augmenter la fiabilité du test, il est préférable de le faire à jeun (surtout le matin) afin de vérifier la présence de glucose sans influence alimentaire. Si un premier dépistage indique une glycosurie sans autres signes de diabète, un nouvel examen sera programmé ultérieurement.
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Même avec un test initial normal, un dépistage d'hyperglycémie peut être conseillé au 6e mois de grossesse, particulièrement pour celles ayant des facteurs de risque (des antécédents de diabète, un surpoids, de l'hypertension, ou étant âgées de plus de 35 ans).
Le Test de Tolérance au Glucose (HGPO)
Le test de tolérance au glucose (HGPO) est un examen plus approfondi utilisé pour confirmer ou infirmer un diagnostic de diabète gestationnel. Il consiste à mesurer la glycémie à jeun, puis à intervalles réguliers (généralement 1 et 2 heures) après l'ingestion d'une solution glucosée. Les valeurs de glycémie obtenues permettent d'évaluer la capacité de l'organisme à réguler le glucose.
Pour les femmes qui présentent un de ces facteurs de risque, un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre (idéalement avant la conception, dès l’intention d’avoir un enfant) est recommandé pour détecter un diabète de type 2 antérieur à la grossesse et passé inaperçu jusqu’ici. Puis, en laboratoire d’analyses médicales une glycémie à jeun est réalisée, puis un second test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voir orale) à 75 g de glucose sont réalisés, entre la 24 e et la 28 e semaine d’aménorrhée (absence des règles), période où la détection du diabète gestationnel est la plus propice. Des contrôles de la glycémie sont effectués à intervalle régulier. Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel.
Facteurs de Risque du Diabète Gestationnel
Depuis 2010, en France, le dépistage du diabète gestationnel se concentre en priorité sur les femmes présentant des facteurs de risques.
- L’âge de la mère au moment de sa grossesse : On constate en effet une plus forte incidence chez les mères âgées de 35 ans et plus lors de leur grossesse. En 2021, près de 25 % des femmes enceintes avaient plus de 35 ans, soit 4% de plus qu’en 2016.
- Le poids de la femme avant sa grossesse : On constate que les femmes ayant un IMC de plus de 25, valeur à laquelle commence le surpoids, ont plus de risques de développer un diabète gestationnel.
- La préexistence de personnes atteintes de diabète dans la famille de la femme enceinte : Si une personne a développé un diabète de type 2 dans la famille proche de la femme enceinte, elle a également plus de risques de déclencher un diabète gestationnel. Ce risque se situe essentiellement au sein des membres de la famille au premier degré, c’est-à-dire ses parents, ses frères ou sœurs.
- Le développement d’un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse : Les femmes ayant déjà développé un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse ont un risque élevé de déclencher le même type de diabète lors des grossesses suivantes.
- La naissance d’un bébé de 4 kilos ou plus : Enfin, les femmes ayant donné naissance à un enfant de 4 kilos ou plus ont également plus de risques de développer un diabète gestationnel lors d’une grossesse ultérieure.
Si la femme enceinte ne présente pas au moins un de ces facteurs de risques, on recherchera un diabète gestationnel seulement en cas d’hydramnios, qui désigne une quantité trop importante de liquide amniotique, ou de biométries fœtales (mesures de la dimension du fœtus) supérieures ou égales au 97e percentile. Il est à noter qu’une jeune femme qui n’est ni en situation d’obésité ni en surpoids et avec une bonne hygiène de vie peut développer un diabète gestationnel. Il peut s’agir d’un dérèglement hormonal favorisé par certains facteurs et parfois inévitable.
Prévention de la Glycosurie de Grossesse
Bien que divers facteurs puissent entraîner une augmentation du glucose sanguin chez la femme enceinte (indépendamment de la qualité de son régime alimentaire), il est conseillé d'adopter une alimentation saine et équilibrée avec le soutien d'un professionnel de santé.
Pour les femmes diagnostiquées avec un diabète gestationnel, il est recommandé de suivre les recommandations suivantes :
- Limiter le grignotage : mangez 3 repas équilibrés par jour, espacés régulièrement, et avec 2 à 3 collations saines pour éviter de grignoter.
- Éviter les aliments transformés : il est aussi conseillé d'éviter les aliments riches en sucres simples et en graisses saturées, comme les sodas, les confiseries et les pâtisseries.
Bien que ces recommandations ciblent principalement les femmes avec un diabète gestationnel, elles peuvent également être suivies par toutes celles qui souhaitent prévenir la glycosurie de grossesse et promouvoir un mode de vie sain !
Traitements du diabète gestationnel
Les clefs d'un traitement réussi s'appuient sur un dispositif qui comprend :
- La motivation de la femme enceinte ;
- Son autosurveillance glycémique régulière ;
- Des mesures hygiéno-diététiques ;
- Le suivi de l’évolution de la grossesse et du diabète gestationnel par un professionnel de santé.
Il est recommandé pour la femme enceinte de pratiquer l’autosurveillance glycémique, 4 à 6 fois par jour. L’objectif est de garder une glycémie à un taux acceptable, soit inférieur ou égal à 0.95g/L à jeun et inférieur à 1,20 g/L deux heures après le début du repas. Lorsque ces résultats cibles sont dépassés de façon répétées, une prescription pour un traitement par insuline est effectuée sans tarder par le professionnel de santé qui suit la future maman afin de réguler au mieux la glycémie.
Le premier traitement est la prise en charge diététique avec la mise en place d’une alimentation adaptée et le contrôle du poids :
- Équilibre alimentaire : par rapport à une grossesse habituelle, les besoins nutritionnels, qui sont déterminés en fonction du poids, de la taille et de l’activité physique de la maman, ne nécessitent pas de modifications. Les objectifs de prise de poids sont également contrôlés dans les mêmes conditions qu’une grossesse classique ;
- Repas fractionnés : répartition de la prise des glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations) ;
- Calcul de la ration calorique adaptée à chaque femme ;
- Privilégier les fibres qui ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d’hyperglycémie post-prandiale en mangeant suffisamment de légumes et de fruits.
En dehors de contre-indications médicales, l’activité physique régulière et adaptée au profil de la femme enceinte est recommandée dans le cas d’un diabète gestationnel ou d’une grossesse avec un diabète.
L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire. Une éducation nutritionnelle thérapeutiques peut être proposée.
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