Les activités sportives sont souvent associées à la bonne santé, mais elles peuvent également cacher une part sombre, en particulier pour certains sportifs qui développent des risques alimentaires. La recherche du poids optimal, du rapport poids/puissance idéal ou d'une esthétique particulière peut conduire certains pratiquants à ne pas consommer suffisamment de calories pour répondre aux besoins énergétiques de leurs entraînements. C'est ce qu'on appelle la disponibilité énergétique réduite.
Disponibilité Énergétique Réduite (RED-S) : Un Concept Évolutif
Le terme général de « disponibilité énergétique réduite » a remplacé la notion plus sexuée de « triade de l’athlète féminine », qui reconnaissait déjà l’interdépendance entre la faible disponibilité énergétique (anorexie), le dysfonctionnement menstruel (aménorrhée) et la faible densité minérale osseuse de la sportive (ostéoporose). Aujourd'hui, avec l'essor des pratiques sportives, personne n'est à l'abri des effets délétères de la sous-alimentation, qu'il s'agisse de sportifs masculins ou féminins.
Le syndrome RED-S, ou « déficit énergétique relatif dans le sport », n’est pas encore très bien connu du grand public, d’où l’intérêt de cet article. Selon le CIO (Comité International Olympique) en 2023, le syndrome RED-S fait référence à une altération de la fonction physiologique et/ou psychologique observé chez les athlètes hommes et femmes, causé par une exposition à une faible disponibilité énergétique problématique (prolongée et/ou sévère). Les effets néfastes comprennent une diminution du métabolisme énergétique, de la fonction reproductive, de la santé squelettique, de l’immunité, de la synthèse du glycogène et de la santé cardiovasculaire et hématologique. Ceux-ci, de manière individuelle ou synergique, pourront entraîner une altération du bien-être, une augmentation du risque de blessure et une diminution des performances sportives.
Le groupe de travail sur les questions féminines de l’American College of Sports Medicine a été le premier à définir « la triade de l’athlète », définie par des athlètes féminines présentant des troubles du comportement alimentaire, une aménorrhée (absence de règles) et de l’ostéoporose. Puis le terme de syndrome RED-S a été introduit en 2014 dans le but d’élargir le diagnostic. Elle a ensuite été redéfinie comme « l’interrelation entre la disponibilité énergétique, la fonction menstruelle ainsi que la santé osseuse ». Ces nouveaux termes permettent d’appuyer sur le fait que la faible disponibilité énergétique n’est pas obligatoirement liée à des troubles alimentaires, et que chacun des facteurs sont interdépendants. C’est le CIO qui a introduit le nouveau terme de RED-S. Il permet aussi d’inclure les hommes, car la triade reposait sur le critère de l’aménorrhée, qui ne s’applique pas à eux, bien que leur fonction reproductive soit également affectée.
Le syndrome RED-S serait très répandu chez les athlètes mais sa prévalence semble sous-estimée, notamment en raison de la difficulté à mesurer la disponibilité énergétique individuelle. Le diagnostic reste difficile car il nécessite que l’athlète partage des informations personnelles, parfois intimes. Ils peuvent aussi craindre de se voir interdire de participer à des compétitions et ainsi ne pas signaler volontairement leurs symptômes. En plus, il existe des lacunes dans les connaissances de la communauté sportive à ce sujet. Ce syndrome touche principalement les jeunes femmes athlètes, bien que certains hommes puissent également être concernés. En plus, des amateurs peuvent tout autant être concerné que des athlètes de haut niveau. Il est particulièrement répandu dans les sports à catégories de poids, ainsi que dans les disciplines d’endurance, à composante esthétique ou gravitationnelle (comme le saut à ski ou le saut en hauteur).
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Comprendre la Disponibilité Énergétique
Rester en vie, même au repos, nécessite un certain apport calorique alimentaire, qui correspond aux besoins énergétiques du métabolisme de base. La pratique sportive exige des calories supplémentaires. La cause première du RED-S est un déficit énergétique. L’énergie résiduelle, connue sous le nom de « disponibilité énergétique » (EA), est exprimée en kcal / kg de masse maigre (FFM). IE est l’apport énergétique alimentaire total.
Chez un athlète en bonne santé, l’apport calorique est suffisant pour couvrir les besoins énergétiques et les fonctions physiologiques de l’organisme. Dans un état de faible disponibilité énergétique (LEA), le corps du sportif ne s’arrête pas immédiatement. Pendant un premier temps, le sportif conservera un poids stable car les mécanismes de compensation (diminution du métabolisme) le libèrent de certaines dépenses caloriques, au détriment de sa santé à long terme. Mais au fil du temps, les modifications hormonales provoqueront une perte de masse musculaire et une augmentation du pourcentage de masse grasse. Face à cette perturbation corporelle, le sportif inquiet optera pour un régime alimentaire encore plus restrictif et/ou des charges d’entraînement plus lourdes.
Diagnostic du RED-S
Le diagnostic ne repose pas uniquement sur des modifications cliniques ou biologiques, mais sur une recherche active des athlètes à risque. Il s’appuie donc principalement sur l’auto-déclaration des symptômes. Le CIO a alors mis en place un outil d’évaluation clinique pour le RED-S. Le protocole suit trois étapes. La première concerne le dépistage via des questionnaires spécifiques et/ou des entretiens cliniques. Si les réponses montrent un risque probable, la deuxième étape consiste à évaluer et graduer la sévérité du syndrome grâce à une échelle de gravité proposé par le CIO. La troisième étape sera ensuite la réalisation du diagnostic clinique puis le traitement en fonction de la catégorie de gravité déterminé.
Causes du Déficit Nutritionnel et de l'Aménorrhée Sportive
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à un déficit nutritionnel et à l'aménorrhée chez les sportives :
Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)
Les troubles du comportement alimentaire chez un athlète constituent une cause majeure d’un apport énergétique insuffisant. Ceux-ci peuvent être déclenchés par de nombreux facteurs, tels que la pression liée à la performance, les blessures, les pesées en équipe, les relations athlètes-entraineurs ou encore le perfectionnisme.
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Sous-Consommation Alimentaire Non-Intentionnelle
Une sous-consommation alimentaire peut aussi être non-intentionnelle. Elle peut résulter d’une augmentation soudaine du volume d’entraînement sans ajustement calorique, d’un manque d’appétit lié au stress ou encore des contraintes liées aux déplacements à l’étranger.
Déficit Énergétique et Apport en Glucides
La cause la plus répandue du syndrome RED-S est le déficit énergétique, aussi appelé faible disponibilité énergétique. Le déficit énergétique et, en particulier, le manque d’apports en glucides constituent la cause centrale du RED-S. La littérature scientifique s’accorde sur l’importance de cet élément dans le développement du syndrome. Par exemple, la revue de Stellingwerff et al., 2021 insiste largement sur le rôle crucial des glucides pour la santé et la performance des athlètes d’endurance. Les pratiques comme les entraînements à jeun ou les apports insuffisants de glucides pendant les entraînements longs sont donc, d’après ces auteurs, des comportements à risque.
Temporalité des Déficits Énergétiques
Heikura et al., 2022 soulignent également que la temporalité des déficits énergétiques joue un rôle important. Les recherches actuelles manquent d’informations précises sur les effets des différentes temporalités possibles de ces déficits énergétiques.
- Déficits aigus et sévères.
- Déficits occasionnels et modérés.
- Déficits prolongés et faibles.
Ces derniers s’installent sur plusieurs semaines. Ces différents types de déficits peuvent se cumuler et conduire à un déficit total marqué, une fois que tous les déficits isolés sont additionnés, et donc à des conséquences graves. Heikura et al. notent que les déficits chroniques ou prolongés sont probablement les plus délétères pour la santé des athlètes.
Signes d'une Alimentation Insuffisante
Priscillia Digliani, diététicienne, dénombre 14 signes qui peuvent nous mettre sur la piste d’une alimentation insuffisante :
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- Un changement de poids involontaire, qu’il s’agisse d’une prise ou d’une perte de poids : en effet, un déficit calorique engendre un changement de poids rapide et une diminution de la masse musculaire. On peut donc prendre du poids, mais perdre en masse musculaire, ce qui constitue le signe d’une sous-alimentation.
- L’hypoglycémie : lorsque l’on ne mange pas assez, le taux de sucre dans le sang diminue et entraîne des sensations de faiblesse, des étourdissements.
- Des envies de sucres (pulsions sucrées) : le corps en manque d’énergie appelle des sources rapides, telles que le sucre, l’énergie la plus rapide qui soit.
- L’irritabilité et troubles anxieux : un déficit calorique affecte l’humeur et a donc un impact social.
- La fatigue chronique : un manque d’énergie entraîne de la fatigue et ce que l’on appelle communément des “coups de pompe”, associés à une baisse de motivation intellectuelle, mais aussi physique.
- Les troubles hormonaux : chez les femmes, ils se manifestent par une aménorrhée (absence de règles), des troubles ovariens, des troubles de la fertilité ou des troubles de la thyroïde. Chez les hommes, les hormones sexuelles sont également en sous-production et cela se traduit par une baisse de la libido.
- Les troubles du sommeil et les difficultés d’endormissement ;
- La constipation et les troubles digestifs : lorsque l’on manque de fibres, le transit s’en trouve ralenti.
- La frilosité : le corps n’a pas suffisamment d’énergie pour alimenter le métabolisme et réguler sa température.
- Les cheveux et ongles cassants : lorsqu’il lui manque des nutriments essentiels, le corps n’a pas assez de carburant pour faire fonctionner l’ensemble de la machine. Il focalise son énergie sur des éléments vitaux, tels que la respiration ou la circulation sanguine.
- Un dérèglement de la faim et de la soif : les signaux vitaux sont confus, voire absents. « C’est ce qui se manifeste très souvent chez les personnes âgées : en perte de masse musculaire et parce qu’elles sont dénutries, elles se plaignent d’une perte d’appétit », explique Priscillia.
- Une bouillard cérébral et une baisse de la clarté mentale ;
- L’ostéoporose et des fractures ;
- Une anémie.
Conséquences du Syndrome RED-S
Un athlète souffrant du syndrome RED-S et qui n’est pas pris en charge subit non seulement des conséquences sur sa performance sportive, mais aussi sur sa santé globale. Lorsque la disponibilité énergétique est trop faible, le corps passe en mode survie au détriment de la santé. Il va faire le choix de réduire la quantité d’énergie dédiée à l’entretien de la cellule, à la thermorégulation, à la croissance, ainsi qu’à la reproduction.
Impact Hormonal
Le syndrome RED-S provoque une réduction de la production d’hormones sexuelles. Ainsi chez les femmes, l’un des premiers symptômes amenant à suspecter un problème sont les troubles menstruels comme l’aménorrhée (absence de règles). Et pour les hommes, une baisse des niveaux de testostérone peut être observée, ainsi qu’une spermatogenèse altérée. En plus des hormones sexuelles, les hormones thyroïdiennes (impliquée dans le métabolisme de base), les hormones régulatrices de l’appétit, l’insuline et son hormone de croissance analogue, ainsi que le cortisol sont également impactées.
Santé Osseuse
Certaines hormones tel que les œstrogènes, la testostérone, mais aussi l’insuline, la ghréline, l’hormone de croissance et le cortisol, participent à la santé des os. Mais comme nous l’avons vu précédemment, ces hormones sont affectées par le déficit énergétique trop important. Ainsi, les troubles hormonaux liés au syndrome RED-S et une nutrition inadéquate, augmente la résorption osseuse (l’os se dégrade et perd de la matière) et altère la microarchitecture de l’os et son remodelage, entrainant une perte de densité osseuse et intensifie le risque de fracture de stress.
Performance Sportive
Une faible disponibilité énergétique persistante entraîne des répercussions sur la pratique sportive. L’approche pour le traitement du syndrome est une prise en charge multifactorielle visant à modifier le régime alimentaire et à adopter une pratique sportive adaptée, deux facteurs qui ne sont pas toujours bien accepté. Elle repose aussi sur des actions éducatives sur la nutrition, couplée à l’activité physique, en mentionnant les risques et conséquences sur la santé lorsque les habitudes sont inadéquates.
Autres Impacts
Mountjoy et al., 2018 détaillent les divers impacts du RED-S. Parmi les perturbations observées, on trouve donc souvent une réduction de la production d’hormones sexuelles. Chez les femmes, cela peut entraîner des troubles menstruels (comme l’aménorrhée). Chez les hommes, il est possible d’observer par exemple une baisse de la testostérone. Mais aussi d’autres système comme celui immunitaire, cardiovasculaire, digestif, psychologique, urinaire, hématologique, neurocognitif ou encore le sommeil.
Conséquences Psychologiques
Le RED-S syndrome entraine de nombreux effets psychologiques négatifs, avec un effet de potentialisation entre ces effets et la LEA ; en effet, elle peut entrainer des troubles alimentaires (comme une anorexie mentale), lesquels sont considérés comme des troubles psychologiques qui amènent à terme au RED-S syndrome. La plupart des athlètes ont construit des croyances et peuvent chercher à diminuer leur apport énergétique et à augmenter leur dépense énergétique journalière. Cela peut causer une anxiété sévère, une dépression voir des pensées suicidaires chez les sportives, notamment lorsque l’on cherche à modifier leurs habitudes alimentaires dans le but de réduire le RED-S. Les athlètes présentant une LEA expérimentent 2,4 fois plus de problèmes psychologiques, tels que l’irritabilité, la dépression, le manque de concentration et la diminution de la coordination, l’ensemble entrainant une augmentation du risque de blessure.
Prise en Charge et Traitement
Si les mesures nutritionnelles, la réduction de l’entraînement et le suivi psychologique ne suffisent pas à restaurer l’équilibre hormonal et la santé osseuse, une stratégie pharmacologique peut être envisagée mais ne sera pas de première intention. Elle peut inclure un traitement hormonal pour restaurer les cycles menstruels et protéger la santé osseuse. Des compléments de calcium et de vitamine D peuvent également être utilisés pour soutenir la densité osseuse. D’autres traitements sont en cours d’étude.
Approche Naturopathique
En mettant l'accent sur la nutrition et un rééquilibrage alimentaire adapté, la régulation hormonale, la gestion du stress et du sommeil, la naturopathie vise à anticiper, optimiser et restaurer la santé globale de l'athlète.
- Nutrition Adaptée: Un plan nutritionnel adapté, élaboré en fonction des besoins spécifiques de l'athlète, est essentiel pour rétablir l'équilibre énergétique. avant, pendant et apres l'effort.
- Rééquilibrage Hormonal: Les déséquilibres hormonaux sont souvent des facteurs déclenchants du Syndrome de Red-S. La naturopathie utilise des approches naturelles, telles que la phytothérapie ou l'équilibrage hormonal par des méthodes non invasives, pour réguler le système hormonal de façon optimale.
- Gestion du Stress et de la Récupération: La gestion du stress et une récupération adéquate sont primordiales pour les sportifs souffrant du Syndrome de Red-S. La naturopathie propose des techniques de relaxation, des exercices de respiration, ainsi que des protocoles pour optimiser le sommeil pour restaurer le bien-être global de l'athlète.
Importance de la Prévention
La prévention du RED-S passe avant tout par une alimentation adaptée aux besoins énergétiques des athlètes. Dans les sports d’endurance comme le trail et la course à pied, où la dépense calorique est élevée, il est essentiel de maintenir un apport énergétique suffisant pour éviter les déficits. Cela inclut une attention particulière aux apports en glucides, qui jouent un rôle clé dans le maintien d’un équilibre énergétique, et sont le macronutriment le plus important à considérer dans ces pratiques. Une prévention efficace implique aussi une surveillance régulière de l’apport énergétique.
Traitement et Suivi
Le traitement du RED-S repose d’abord sur une réévaluation complète de l’apport nutritionnel. Un bilan nutritionnel réalisé par un médecin nutritionniste ou diététicien du sport est essentiel pour l’équilibre énergétique. En parallèle de l’adaptation alimentaire, il est peut être nécessaire de réduire temporairement la charge d’entraînement et un accompagnement psychologique peut aussi aider. Après les ajustements initiaux, un suivi régulier est recommandé.
Retour au Sport
Le retour au sport après un épisode de RED-S est une étape délicate qui nécessite une approche progressive et bien encadrée, avec des bilans médicaux pour vérifier que les marqueurs hormonaux, osseux et métaboliques sont revenus à des niveaux optimaux.
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