Le diabète gestationnel, une hyperglycémie survenant pendant la grossesse, principalement au cours des deuxième et troisième trimestres, suscite des interrogations quant à son impact sur le déroulement de l'accouchement, notamment en ce qui concerne le risque d'accouchement précoce. Cet article vise à explorer en profondeur les liens entre le diabète gestationnel, l'accouchement précoce et les risques associés, tout en fournissant des informations essentielles sur le dépistage, la prise en charge et la prévention de cette condition.

Qu'est-ce que le Diabète Gestationnel ?

Le diabète gestationnel se définit par un taux de sucre dans le sang trop élevé (hyperglycémie) qui se développe pendant la grossesse et disparaît généralement après l'accouchement. Cette hyperglycémie peut avoir des conséquences sur la santé de la mère et de l'enfant. La sévérité de cette hyperglycémie est variable d’une femme à l’autre. Le diabète gestationnel est un trouble de la régulation du glucose (glycémie) qui entraîne un excès de sucre dans le sang.

La grossesse est dite diabétogène car, pendant cette période, il existe un état d’insulinorésistance. Au cours de la grossesse, le placenta produit des hormones qui s’opposent à l’action de l’insuline. L’insuline est l’hormone qui contrôle le taux de sucre dans le sang. Lorsque le pancréas (organe qui produit l’insuline) de la mère n’arrive pas à augmenter sa production au cours de la grossesse, le taux de sucre augmente dans le sang maternel.

Dépistage et Diagnostic

Chez la plupart des femmes, le diabète gestationnel n'entraîne pas de signes ou de symptômes évidents, d'où l'intérêt de faire le dépistage. Le dépistage du diabète gestationnel est proposé lors d’un suivi de grossesse en France si la femme a des facteurs de risque, ou si elle présente du sucre dans les urines (glycosurie). Il n’y a pas d’intérêt à dépister toutes les femmes. Seules celles qui sont à risque bénéficient du dépistage. Dans ce cas, un premier test de glycémie à jeun a lieu au 1er trimestre. Il est même parfois recommandé de réaliser le dépistage avant la conception pour détecter l’existence d’un diabète de type 2 antérieur à la grossesse.

Ce dépistage est fait avec un examen appelé hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) entre la 24ème et la 28ème semaine d’aménorrhée. Cet examen est fait au laboratoire. Il consiste à boire un liquide sucré (avec 75g de sucre) qui vous est donné, puis à doser la quantité sanguine de sucre (glycémie) dans le sang 1 heure puis 2 heures après l’ingestion. Si lors du cet examen vous présentez des valeurs supérieures aux limites définies, vous êtes atteinte de diabète gestationnel.

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Facteurs de Risque

Toute femme peut développer un diabète gestationnel pendant sa grossesse, mais le risque est plus élevé si :

  • La femme enceinte a 35 ans ou plus. L’âge maternel joue également un rôle important : le risque augmente nettement après 35 ans.
  • La femme enceinte a un surpoids ou un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 25 kg/m2. Parmi les plus courants, il y a la grossesse tardive, le surpoids et l’obésité.
  • La femme a des antécédents de syndrome des ovaires polykystiques.
  • Lors d’une grossesse précédente il y a déjà eu un diabète gestationnel.
  • Lors d’une grossesse précédente le bébé est né avec plus de 4 kg à terme. Des grossesses antérieures compliquées par un bébé macrosome, c’est-à-dire un nouveau-né dont le poids dépasse 4 000 g, ou un excès de poids à la naissance induisent également un risque plus élevé.
  • Dans la famille de la femme enceinte ou du père de l’enfant il y a des personnes atteintes d’un diabète (surtout des parents ou des frères et soeurs). Les antécédents familiaux constituent un autre indicateur majeur. « Quand vous avez un parent diabétique de type 2, vous avez 40 % de risques d’être diabétique plus tard… avec deux parents, c’est 60 % », déclare le Dr Thébaut.
  • La femme enceinte est d’une ethnie plus à risque (les ethnies plus à risque sont celles originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie). Selon le Pr Gautier, ce sont essentiellement celles qui cumulent des facteurs de risque cardiovasculaire : obésité, hypertension ou origines géographiques où le diabète est plus fréquent, comme le Maghreb, l’Afrique subsaharienne ou la péninsule ibérique.

Complications Possibles et Risque d'Accouchement Précoce

Le diabète gestationnel peut provoquer des problèmes chez la mère et chez le bébé, même si la grande majorité des femmes atteintes arrivent à terme sans complications et en ayant des bébés en parfaite santé.

Les risques d’un diabète gestationnel sont :

  • La macrosomie (poids excessif) à la naissance, ce qui peut engendrer des problèmes lors de l’accouchement (par ex. dystocie des épaules) et motiver éventuellement une césarienne. Si le diabète n’est pas contrôlé pendant la grossesse, votre bébé peut être plus gros que la normale (poids supérieur à 4 kg) et risquer des traumatismes lors de l’accouchement.
  • La prématurité, c’est à dire un bébé qui est né avant le terme prévu. On observe également un risque plus élevé d’accouchement par césarienne ou d’un accouchement prématuré. Pour vous (la maman) :Le diabète gestationnel augmente le risque d’accouchement prématuré, de césarienne, d’hypertension artérielle et de prééclampsie.
  • Une hypoglycémie (faible taux de sucre dans le sang) du bébé à la naissance conduisant parfois à des convulsions. L’allaitement rapide ou l’administration d’une solution de glucose par voie intraveineuse peuvent résoudre ce problème et permettent de rétablir le taux de glycémie de l’enfant. Après la naissance, les nourrissons peuvent faire des hypoglycémies, leur organisme étant habitué à des taux de sucre in utero élevés.
  • Survenu de complications lors de la grossesse pour la maman, tels que la pré-éclampsie ou un décollement du placenta. La complication maternelle la plus redoutée reste la prééclampsie, un syndrome grave associant hypertension, protéinurie et œdèmes, voire convulsions. « Cela entraîne une défaillance d’un certain nombre d’organes… et même la mort si ce n’est pas traité », signale le Dr Thébaut.
  • Un risque accru de développement de diabète type 2 ou obésité plus tard dans la vie.

L'accouchement Précoce et le Diabète Gestationnel

Le diabète gestationnel, surtout s'il est mal contrôlé, peut augmenter le risque de prématurité. En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour vous et pour votre enfant. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette association :

  • Pré-éclampsie: Le diabète gestationnel augmente le risque de pré-éclampsie, une complication grave de la grossesse qui peut nécessiter un accouchement précoce pour protéger la santé de la mère et du bébé.
  • Macrosomie fœtale: Un bébé de grande taille (macrosome) peut rendre l'accouchement vaginal difficile et augmenter le risque de complications, ce qui peut conduire à une césarienne ou à un déclenchement précoce du travail.
  • Souffrance fœtale: Dans certains cas, le diabète gestationnel peut entraîner une souffrance fœtale, nécessitant un accouchement précoce pour assurer le bien-être du bébé.

Gestion et Traitement du Diabète Gestationnel

Si vous souffrez de diabète gestationnel, le contrôle de votre taux de glycémie devient très important. On vous prescrira un kit de surveillance et de mesure de la glycémie afin que vous puissiez surveiller les effets du traitement. Ce kit inclut un lecteur de glycémie, un autopiqueur, des lancettes et des bandelettes ainsi qu’un carnet de surveillance glycémique. Il est pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie. Bien souvent, vous avez aussi une application qui communique vos résultats de glycémie directement à votre gynécologue/obstétricien pour qu’il puisse suivre l’évolution de votre diabète gestationnel à distance. Une autosurveillance glycémique sera mise en place par votre médecin traitant. Ce dernier vous donnera les consignes et les objectifs glycémiques à atteindre.En général, cette autosurveillance glycémique est recommandée 4 à 6 fois par jour, au moins une fois à jeun et 2h après les repas.

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Pour bien surveiller son taux de glycémie, il faut piquer son doigt le matin, à jeun, puis avant et après les repas (entre 4 et 6 fois par jour au total). Pour que le taux soit correct, il faut qu’il soit < 0,95 mg/l à jeun et < 1,20 mg/L deux heures après les repas. Votre objectif sera de garder jusqu’à la fin de votre grossesse une glycémie inférieure à 0,95 g/L à jeun et inférieure à 1,2 g/L deux heures après le début du repas (glycémie post-prandiale).

Pour faire baisser la glycémie, il est recommandé de changer votre régime alimentaire et d’avoir un programme d'exercice physique adapté. Toutefois, si ces modifications du mode de vie ne suffisent pas à faire baisser votre taux de glycémie, vous devrez également prendre des médicaments, notamment des injections d’insuline. Le premier traitement du diabète gestationnel est la prise en charge diététique personnalisée, avec calcul de la ration calorique, répartition de la prise de glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations), en privilégiant les éléments à faible index glycémique (qui font peu monter la glycémie). La prise de fibres est également importante car elles ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d'hyperglycémie post-prandiale (après le repas).

En cas de diabète gestationnel un régime adapté vous sera proposé lors des séances d’éducation au diabète gestationnel qui ont lieux à la maternité; Un diététicien peut aider la future maman à adopter une alimentation équilibrée. Un diététicien vous aidera à établir un plan hebdomadaire en fonction de votre poids, vos besoins pendant la grossesse, votre taux de glycémie, votre pratique sportive, vos habitudes alimentaires et votre budget. En général, ce régime sera riche en fruits, légumes, protéines maigres et fibres et pauvre en sucres et graisses.

Si vous ne présentez pas de contre-indication obstétricale, commencez ou poursuivez une activité physique adaptée. Il est recommandé de pratiquer cette activité environ 30 minutes de trois à cinq fois par semaine.

Un traitement par insuline peut s’avérer nécessaire si, 10 jours environ après la mise en place des règles hygiéno-diététiques, la glycémie demeure élevée. Lorsque cela ne suffit pas, l’insuline devient indispensable. « Chez la femme enceinte, il n’y a pas d’autre traitement », rappelle-t-il, la durée trop courte de la grossesse limitant l’usage des pompes.

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Suivi Spécifique et Accouchement

Il est souhaitable qu’une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé (médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, diabétologue…) suive votre grossesse et votre diabète. En fonction de l’équipe médicale qui vous suit, il pourra vous être proposé des ateliers d’éducation thérapeutique où vous apprendrez en groupe, avec d’autres patientes présentant la même pathologie, à adapter votre alimentation pour parvenir à atteindre les objectifs glycémiques qui vous sont fixés. D’un point de vue obstétrical, avec un diabète bien équilibré, le suivi de votre grossesse ne sera pas très différent de celui d'une femme non diabétique. Une échographie supplémentaire pourra être faite en fin de grossesse pour évaluer la taille de votre bébé. Si votre diabète est difficilement équilibré ou que vous présentez d'autres facteurs de risques, comme l’hypertension artérielle, par exemple, le suivi sera plus rapproché et d'autres examens pourront être prescrits pour vérifier la vitalité du fœtus.

Une femme atteinte de diabète gestationnel peut accoucher dans une maternité de proximité (niveau 1), sauf en cas de prématurité, de malformation grave ou de troubles importants de la croissance fœtale. En l’absence de facteurs de risques, si le diabète gestationnel est bien équilibré, la grossesse est prise en charge comme une grossesse normale. Les modalités de l’accouchement sont identiques à celles sans diabète. Il n’y a pas de nécessité de déclencher systématiquement l’accouchement avant terme en l’absence de déséquilibre du diabète ou autre risque. Une césarienne pourra être proposée si le poids de votre bébé est estimé à plus de 4,200 kg.

Après la Naissance

Durant le post-partum, votre glycémie sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît, ce qui est le plus fréquent. Attention, le diabète gestationnel récidive fréquemment lors des grossesses ultérieures, sans que la fréquence soit précisément connue (30 à 84% des cas). Il faudra toujours vérifier par une prise de sang la normalisation de votre taux de sucre dans les mois qui suivent l’accouchement (au 3ème mois) et puis tous les ans.

Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si vous avez reçu de l'insuline ou si votre nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. (<10e et >90e percentile). Le cas échéant, votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée. Pour le nouveau-né, le risque principal est l’hypoglycémie, surtout si le diabète est désequilibre ou que le poids de naissance est trop petit ou trop gros. Votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 3 heures environ.

Si vous avez eu un diabète gestationnel, vous avez 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années à venir et un dépistage de celui-ci est fortement conseillé, lors de la consultation post-natale, puis tous les 1 à 3 ans, pendant au moins 25 ans. Ce dépistage peut être effectué avec une glycémie à jeun ou une HGPO (HyperGlycémie Provoquée par voie Orale). Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière. Votre risque de développer un diabète de type 2 plus tard est multiplié par 7. Il vous sera donc conseillé de surveiller votre poids et de faire de l’activité physique pour prévenir ce risque. Ce risque est plus important en cas de surcharge pondérale ou si une insulinothérapie a été nécessaire.

Prévention

L’adoption de quelques comportements chez les femmes qui sont à risque de développer un diabète gestationnel peuvent prévenir l’apparition de cette maladie. Si vous êtes enceinte, voici quelques conseils qui peuvent vous aider :

  • Dans la mesure du possible, conservez une alimentation équilibrée.
  • Pratiquez de l’activité physique, 3 à 5 fois par semaine, pendant au moins 30 minutes.
  • Arrêtez de fumer.
  • Hydratez-vous.
  • Consultez un diététicien si vous êtes en surpoids pour avoir accès à un régime équilibré et adapté à vos besoins.

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