La ville de Montpellier, comme de nombreuses autres collectivités, est confrontée à des défis importants en matière de garde d'enfants, notamment en ce qui concerne le recrutement et la fidélisation du personnel dans les crèches municipales. Cette situation a des répercussions directes sur les familles, qui doivent s'adapter aux fermetures temporaires de sections ou aux horaires réduits de certaines crèches.
Fermetures et Ajustements d'Horaires : Une Réponse Temporaire à la Pénurie de Personnel
Entre le 26 février et le 26 avril 2024, sept crèches municipales sur les 33 que compte la ville de Montpellier ont dû revoir leur organisation en raison du manque de personnel. Pour assurer une qualité d'accueil et de sécurité aux enfants, des mesures temporaires ont été mises en place. Certaines crèches, telles qu'Antigone, Pinocchio et Blanche-Neige, ont procédé à la fermeture de sections (bébés, moyens ou grands) à tour de rôle. D'autres, comme Galineta, Robin des Bois, Louise-Guiraud et Thérèse Sentis, ont réduit leurs horaires d'ouverture, fermant leurs portes une heure plus tôt que d'habitude.
Ces ajustements ont inévitablement compliqué la vie des parents, qui ont dû trouver des solutions alternatives pour faire garder leurs enfants. Certains ont pu compter sur l'aide de leurs proches, tandis que d'autres ont dû prendre des jours de congé ou opter pour le télétravail.
Les Difficultés Rencontrées par les Parents
Les parents touchés par ces mesures expriment leur désarroi face à cette situation. L'incompréhension est palpable, comme en témoigne ce père de famille : "C'est compliqué… On ne comprend pas trop pourquoi." L'organisation familiale est mise à rude épreuve, et certains parents se sentent démunis face à ce problème.
Stanislas, père de Rose, inscrite dans la même crèche, a dû faire appel à ses parents pour l'aider à garder sa fille. Un autre parent isolé a été contraint de prendre des jours de garde d'enfant et de télétravailler pour concilier ses obligations professionnelles et familiales.
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Une mère de famille souligne les inégalités que cette situation risque d'accentuer : "Cela va faire ressortir les inégalités. Il y a les parents qui pourront se payer une nounou, et les familles monoparentales sans ressource qui n’ont pas les moyens de faire autrement."
La Pénurie de Personnel : Une Conséquence du Manque de Valorisation du Métier
Les auxiliaires de puériculture, qui prennent soin des enfants dans les crèches, sont également confrontées à des difficultés. Elles dénoncent un manque de personnel chronique, qui les oblige à accumuler des heures supplémentaires sans pouvoir les récupérer.
Virginie Pascale, auxiliaire de puériculture et déléguée CGT Petite enfance de la Ville de Montpellier, explique : "Là, en fait, on n'en peut plus. On accumule les heures supplémentaires qu'on ne peut pas récupérer parce que des personnes qui ont changé de postes ne sont pas remplacées parce qu'il n'y a pas ce qu'il faut sur le terrain."
Selon elle, la difficulté à recruter du personnel est liée au manque de valorisation du métier. Les salaires sont peu attractifs, les conditions de travail sont souvent difficiles, et les perspectives d'évolution sont limitées.
La Réponse de la Ville de Montpellier
Face à cette crise, la Ville de Montpellier se dit consciente des difficultés rencontrées par les parents et s'engage à trouver des solutions. Tasnime Akbaraly, élue en charge de la Petite enfance, assure comprendre l'impact de ces mesures sur la vie de famille : "Ça impacte beaucoup la vie de famille. Toutes ses mesures ne sont faites que pour assurer une bonne qualité d'accueil et de sécurité aux enfants. On ne le fait pas de gaîté de cœur, on le fait parce que le personnel a besoin de se reposer, et on le fait pour les tout-petits."
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La Ville affirme être activement à la recherche de personnel dans le secteur de la petite enfance et espère pouvoir recruter de nouvelles auxiliaires de puériculture dans les meilleurs délais. Des ajustements seront effectués au cas par cas si des recrutements ont lieu avant le 26 avril, date prévue pour la fin des restrictions d'accueil.
Tasnime Akbaraly a également souligné les efforts de la ville pour améliorer l'attractivité des métiers de la petite enfance : "En travaillant sur l’attractivité, on a réussi à recruter tous les titulaires dont on avait besoin, en septembre 2023. Depuis quelques mois, on n’arrive pas à remplacer les titulaires qui partent en maladie, en décharge syndicale ou autre. On a un pool de remplaçantes mais 50 % d’entre elles sont absentes tour de rôle."
L'élue a ajouté : "Ce n’est pas une question de budget, comme certaines le pensaient. Les agents ont salué ces décisions qui les préservent. Cela a parfois un gros impact sur leur vie et je comprends la colère de certains. Une maman seule qui travaille ou qui suit une formation et qui n’a pas de famille pour l’aider, on va trouver des solutions pour elle. On n’a jamais laissé de maman sur le carreau, et on ne va pas commencer maintenant. On a quelques semaines difficiles devant nous mais les mesures prises devraient nous aider à franchir ce cap. Je pense même que ça devrait commencer à aller mieux d’ici le début du mois de mars."
Structure et Encadrement des Crèches Municipales
Les crèches municipales de Montpellier sont encadrées par des équipes pluridisciplinaires, comprenant une directrice puéricultrice DE, une éducatrice de jeunes enfants adjointe, des auxiliaires de puériculture et des agents titulaires d'un CAP Petite Enfance. Une apprentie auxiliaire de puériculture peut également compléter l'équipe.
Le personnel technique est composé d'une lingère, d'une cuisinière et d'agents d'entretien, assurant ainsi le bon fonctionnement de la structure et l'hygiène des locaux.
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En termes de chiffres, une crèche type peut être composée d'1 directrice et 1 adjointe, puéricultrices, 1 éducatrice jeunes enfants, 9 auxiliaires de puériculture, 3 animatrices petite enfance et 6 agents d'entretien et cuisine.
Modalités d'Inscription en Crèche Municipale
Les demandes d'inscription en crèche municipale à Montpellier peuvent être effectuées en ligne via un e-service dédié ou en présentiel auprès du service Presto et des mairies de proximité. La centralisation des demandes est assurée par la Direction Enfance. Un processus simplifié a été mis en place en septembre 2021 pour faciliter les démarches des parents.
Pour être éligible à une place en crèche municipale, il est nécessaire d'être domicilié sur la commune de Montpellier. Des dérogations à ce principe de résidence peuvent être accordées dans certains cas, notamment pour les enfants du personnel municipal, les personnes inscrites au rôle des contributions directes à Montpellier, les bénéficiaires d'une réservation de berceau au titre d'une convention d'entreprise et les enfants en situation de handicap compatible avec le collectif et sans solution adaptée sur leur commune d'origine.
Pollution des sols et établissements sensibles
Il est important de noter que les écoles et autres lieux d’accueil des enfants ont souvent été construits sans tenir compte des pollutions historiques des sols et de la dispersion des déchets, effluents et remblais en vigueur au XIXème et au XXème siècle. La scolarisation s’est installée sans frais et sans soucis sur ou à côté de sites pollués.
Depuis 2012, une campagne nationale est déployée sous la responsabilité du Ministère de l’écologie pour mieux connaître l’empreinte des activités industrielles et commerciales historiques et éteintes sur les établissements accueillant des enfants et des adolescents. Les diagnostics concernent les crèches, les écoles maternelles et élémentaires, les collèges et les lycées, les instituts médico-éducatifs bâtis sur des sols pollués ou à proximité immédiate de sols pollués. Tous ces lieux pédagogiques sont qualifiés par la doctrine française sur les sites pollués d’« établissements sensibles » en raison de la présence potentielle de polluants susceptibles de perturber les différents modes de développement des enfants et des adolescents.
L’enfance n’est pas la seule victime potentielle du passé. Les enseignants, les auxiliaires de scolarité, les personnels de gardiennage, de maintenance et d’encadrement hébergés dans des logements de fonction sont aussi exposés. Mais pas seulement ! Ces campagnes de dépistage et d’identification des pollutions historiques dans les écoles intéressent aussi les riverains et leurs enfants. Les conclusions des diagnostics sont restées confidentielles et tendent à s’effacer alors que le maître mot de la démarche est de les garder en mémoire et de les partager.
Robin des Bois a entrepris depuis mai 2016 de rassembler toutes les synthèses des diagnostics et de solliciter à cet effet toutes les préfectures et autres services de l’Etat concernés. En juillet 2014, la liste nominative des établissements à diagnostiquer s’élevait à 1960 (sources : Ministère de l’écologie / BRGM, 2012, 2013, 2014). Cette liste est aujourd’hui effacée du site du Ministère. Elle a été capturée par Robin des Bois courant 2015 et est mise à disposition au début de chaque département.
Il manque la volonté politique et des financements pour aller au bout de la démarche, y compris dans l’ancienne région Rhône-Alpes qui a été exclue dès le départ au motif que le recensement des activités polluantes historiques n’était pas terminé en 2012.
- Catégorie B : les aménagements et les usages actuels permettent de protéger les personnes des expositions aux pollutions, que les pollutions soient potentielles ou avérées.
Robin des Bois a été destinataire de 1051 diagnostics et a été informé du classement de 53 autres établissements en Normandie sans parvenir pour l’instant à avoir communication des diagnostics correspondants. Après la diffusion des diagnostics des régions Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur), Hauts-de-France, Ile-de-France et Paris intra-muros, Robin des Bois diffuse ce jour l’intégralité de son dossier.
Le Ministère de l’écologie d’après les premières campagnes test de diagnostics estimait à 1 à 2% le nombre total d’établissements classés en C et à 23 à 33% le nombre d’établissements classés en B. Les classements tels qu’ils ont été établis par les bureaux d’études et validés par le Ministère de l’écologie peuvent parfois susciter des étonnements ou des demandes d’éclaircissement. Deux établissements du même groupe scolaire situés à la même adresse peuvent être classés en A et en B ou même en A et en C. C’est le cas par exemple de l’école maternelle et de l’école élémentaire du groupe scolaire Madrague de Montredon à Marseille.
La liste des établissements à diagnostiquer a été faite en croisant leurs coordonnées géographiques avec la base de données BASIAS qui recense les activités commerciales et industrielles potentiellement polluantes (248.000 installations) et la base de données BASOL qui recense les sites pollués par des activités industrielles historiques ou existantes.
La fermeture du collège Saint Exupéry à Vincennes (Val de Marne) montre qu’il y a des failles dans le dispositif. A l’occasion de travaux d’extension, une pollution par des solvants chlorés à été mise en évidence et a rappelé aux autorités les anciennes activités industrielles en contiguïté du site au début du XXème siècle, probablement un atelier de travail des métaux spécialisé dans les œillets métalliques (fiche BASIAS).
Les diagnostics ne concernent pas les établissements scolaires situés sous l’influence d’activités commerciales et industrielles existantes. C’est ainsi que des écoles de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ont échappé à un diagnostic méthodique et approfondi s’étendant sur plusieurs mois. Dans ces diagnostics, les polluants ne sont pas systématiquement nommés.
La bonne qualité de l’eau, des sols, de l’air dans les établissements accueillant des enfants et des adolescents est primordiale. Les polluants ont des impacts sur le développement du cerveau, du système nerveux, du squelette et peuvent avoir des effets différés sur les capacités de reproduction. Il ne suffit pas de sceller des portes, de condamner des pièces, de purger les robinets, d’ouvrir les fenêtres, de recouvrir de plastique ou de terres propres les sols contaminés pour pouvoir affirmer que les actions correctives ont été menées à bien. Il faut extraire les sources de pollution.
Le problème des collectivités et notamment de la Mairie de Paris, c’est qu’une dépollution coûte cher, oblige dans certains cas à fermer les établissements et dure plusieurs mois ou années. Faute de moyens financiers mais sans doute aussi parce que les résultats des premières vagues de diagnostics sont plus inquiétants que prévu, les diagnostics sont suspendus.
Robin des Bois demande conjointement au Ministère de l’écologie, au Ministère de la Santé et au Ministère de l’Éducation Nationale, en partenariat avec les collectivités, de mener à bien l’intégralité de cette campagne pionnière et unique au monde.
Selon la circulaire du 8 février 2007 émise par le Ministère de l’écologie, la construction d’établissements scolaires sur des sites pollués doit être évitée. Cette circulaire n’est pas strictement appliquée et à titre d’exemple, le collège Confluence d’Ivry-sur-Seine a été achevé en 2015 et n’ouvrira pas avant la rentrée 2018 suite à la mauvaise évaluation initiale de la pollution au mercure. Le collège a été construit à l’aplomb d’une ancienne usine de lampes Philips. Il en va de même pour le groupe scolaire sur l’écoquartier de La Courrouze à Rennes dont la construction sur une ex cartoucherie a été interrompue en 2016 à cause d’une pollution métallique et en solvants chlorés plus importante que prévue.
Pour les régions Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur), Hauts-de-France, Ile-de-France et pour Paris intra-muros, Robin des Bois a réalisé un résumé de chaque diagnostic en y apportant des commentaires et des liens supplémentaires et éventuellement des illustrations. Par précaution, le mode conditionnel a parfois remplacé le mode indicatif employé par les bureaux d’étude quand ils décrivent les risques. Dans certains cas, des lettres d’accompagnement ont été envoyées par les DREAL (Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) aux chefs d’établissement et sont plus explicites que les diagnostics. Quand elles nous ont été transmises - cas particulier de la région PACA - elles ont été jointes aux diagnostics publiés par Robin des Bois et apportent des précisions intéressantes sur les teneurs et l’identité des polluants.
Défis Nationaux et Perspectives d'Avenir
La situation à Montpellier reflète une problématique plus large, qui touche de nombreuses villes en France. Le manque de personnel dans les crèches est un défi majeur, qui nécessite des solutions structurelles et des investissements à long terme.
Il est essentiel de valoriser les métiers de la petite enfance, en améliorant les salaires, les conditions de travail et les perspectives d'évolution. Il est également important de renforcer la formation initiale et continue des professionnels, afin de garantir une qualité d'accueil optimale pour les enfants.
Enfin, il est nécessaire de repenser les modes de financement des crèches, afin de garantir leur pérennité et leur accessibilité à toutes les familles, quelles que soient leurs ressources.
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