Introduction
La truie, femelle du cochon, joue un rôle essentiel dans l'élevage porcin. Sa capacité à allaiter sa progéniture est directement liée au nombre de tétines fonctionnelles dont elle dispose. Cet article explore en profondeur l'importance du nombre de tétines chez la truie, son impact sur la survie des porcelets, et les stratégies de gestion à adopter pour optimiser l'allaitement.
Caractéristiques physiques de la truie
La truie se distingue par son aspect robuste et massif. Elle mesure généralement entre 1,2 et 1,5 mètre de long et peut peser de 150 à 250 kg, voire davantage selon la race. Sa peau, de couleur variable (rose, noire, brune ou tachetée), est recouverte d'une fine couche de poils raides. La truie possède entre 12 et 14 mamelles le long du ventre, qui lui permettent d'allaiter sa progéniture. Sa tête large et pourvue d'un groin mobile l'aide à fouiller le sol à la recherche de nourriture.
Renouvellement du cheptel et importance de l'âge
Le renouvellement régulier du cheptel de truies est indispensable. Un taux de renouvellement annuel de 40% du cheptel adulte est préconisé. En production biologique, il est important de limiter le vieillissement du cheptel reproducteur. En effet, les truies plus âgées sont de gabarit plus important, ce qui engendre des besoins alimentaires plus élevés et des risques accrus d'écrasement des porcelets. Un taux de renouvellement supérieur à 40 % n’est pas forcément pénalisant sur le plan économique car les truies de réforme bénéficient d’une bonne valorisation carcasse en production biologique. Prenons l’exemple d’un élevage de 50 truies, 20 femelles primipares doivent intégrer le cheptel chaque année. En l’absence de disponibilité de cochettes biologiques, l’achat de cochettes conventionnelles est limité à 20% maximum du cheptel, soit 10 femelles primipares par an. Les 10 autres femelles primipares doivent donc être auto-renouvelées. Il est également possible de produire la totalité des 20 femelles nécessaires par auto-renouvellement sans avoir recours à des achats extérieurs. Exemple de renouvellement pour un cheptel de 50 truies : Taux de renouvellement : 40 % =► Besoin annuel de 20 cochettes Achat limité à 20 % du cheptel =► Achat de 50*20%, soit 10 cochettes + autorenouvellement de 10 cochettes Si autorenouvellement 100 % =► Besoin annuel de 20 cochettes
Le cycle de reproduction de la truie
Une coche désigne une jeune femelle qui n’a pas encore eu de portée. Elle est encore en train de grandir et d’atteindre sa maturité sexuelle, se différenciant ainsi de la truie par son jeune âge et son peu d’expérience. Chez certaines races (comme les Landrace ou Large White), une coche peut devenir mature dès l’âge de 9 mois, tandis que d’autres races (Duroc, le Piétrain) nécessitent 1 à 2 mois de plus. Une femelle qui met bas pour la première fois devient officiellement une truie. Cette première expérience maternelle se révèle cruciale en permettant à l’éleveur de mesurer la capacité de l’animal à prendre soin de ses petits et à gérer la maternité. La truie accomplit une gestation d’environ 115 jours, pendant lesquels entre 8 et 14 porcelets se forment progressivement dans son ventre. Durant cette période, son alimentation revêt une importance capitale car un apport suffisant en protéines, vitamines et minéraux s’impose pour sa santé et le développement des petits. À savoir qu’une truie peut avoir jusqu’à 2 portées par an. Dans les élevages modernes, les femelles gestantes sont logées dans des espaces calmes, souvent séparés des verrats et des autres truies, afin de limiter le stress, facteur pouvant déclencher des fausses couches ou compromettre la survie des porcelets. Aujourd’hui, de nombreux éleveurs utilisent des capteurs et des caméras pour suivre l’activité de la femelle et détecter les signes annonciateurs de la mise bas. La mise bas se tient généralement dans une caisse de maternité ou un nid aménagé avec de la paille ou d’autres matériaux doux. Dès la naissance, la truie nettoie ses petits, les stimule et les guide vers ses mamelles. Les premières heures sont essentielles car les nouveaux-nés doivent téter rapidement pour recevoir le colostrum, ce lait riche en anticorps qui les aide à grandir dans de bonnes conditions. Tout au long de l’allaitement, la truie se montre très protectrice, gardant sa progéniture près d’elle et repoussant tout intrus.
Importance du nombre de tétines fonctionnelles
Le nombre de tétines fonctionnelles est un facteur déterminant pour la survie et la croissance des porcelets. Chaque porcelet a besoin d'accéder à une tétine pour se nourrir et recevoir le colostrum essentiel à son système immunitaire. Une truie avec un nombre insuffisant de tétines fonctionnelles peut avoir du mal à nourrir tous ses porcelets, ce qui entraîne une compétition accrue, une croissance inégale et une mortalité plus élevée.
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Gestion des portées nombreuses
Avec des prolificités et des pratiques d’élevage en progrès, l’augmentation du nombre de porcelets vivants sature de plus en plus souvent les capacités d’allaitement. En 2021, 37 % des truies avaient plus de 16 porcelets vivants, c’est-à-dire souvent plus que de tétines. Dans les grandes portées, les combats et tétées manquées impactent la survie et les croissances, et peuvent aussi épuiser les truies. Comment gérer au mieux ces surnuméraires ?
Calcul du nombre de porcelets surnuméraires
Le calcul du nombre réel de surnuméraires dans un élevage implique un bon enregistrement des mouvements de porcelets. Il doit se faire à partir du nombre réel total de tétines fonctionnelles dans chaque bande. L’accessibilité est essentielle. Le « décrochement » des mamelles âgées est aussi très pénalisant pour l’accès aux dernières tétines arrière. La capacité réelle d’allaitement des truies doit donc être notée sur leur fiche individuelle. PertMat est un outil web mis au point par l’Ifip qui identifie automatiquement des facteurs de mortalité avant sevrage à partir des simples données GTTT d’un élevage. Le nombre de porcelets surnuméraires est estimé dans chaque portée en deux étapes : à partir des nés vivants, puis en tenant compte des porcelets adoptés et retirés et de différentes hypothèses de tétines fonctionnelles. PertMat évalue la fréquence des grandes portées avant et après ajustements. En 2021, selon les données GTTT, plus de 70 % des portées ont été modifiées. Après adoptions, il reste 20 % des portées avec au moins un surnuméraire, avec des fortes variations selon les élevages.
Stratégies de gestion des surnuméraires
Les différentes stratégies de gestion sont pratiquées à des fréquences variables selon les élevages. Le recours au sevrage précoce (19 % des élevages) et aux truies nourrices (33 % des élevages) augmente avec les prolificités. PertMat fournit des résultats originaux sur les tailles des portées allaitées et les survies selon l’âge des nourrices. Le cumul des stratégies (10 % des élevages), permet de réduire la mortalité qui reste encore élevée dans les troupeaux les plus prolifiques. PerMat permet de dresser rapidement un bilan chiffré. Lorsque les capacités d’allaitement sont saturées dans une bande, des stratégies alternatives existent mais ne sont pas forcément applicables partout. Les porcelets très légers ou immatures sont les plus pénalisés dans les grandes portées et peuvent bénéficier d’une prise en charge spécifique (couveuses, gavage, réhydratants ou supplémentations…).
Adoptions et équilibrage des portées
En maternité, les adoptions sont un outil essentiel pour rééquilibrer les portées et garantir à chaque porcelet un accès suffisant au lait maternel. Cependant, leur efficacité dépend de leur raisonnement et de leur limitation. Le nombre de tétines fonctionnelles est le critère clé à considérer avant toute adoption. Il est important de compter les tétines fonctionnelles. Une astuce pratique consiste à profiter de la distribution des repas, quand les truies sont debout, pour palper et observer l’état des tétines. Réduire les différentes odeurs entre porcelets et truie adoptive facilite l’acceptation et limite les conflits. Pour cela, il est conseillé de distribuer de l’argile dans la case de la truie adoptive ; l’argile absorbe les odeurs et crée un environnement olfactif homogène.
Facteurs influençant la mise bas
La naissance de portées avec un nombre élevé de nés vivants est l'un des paramètres fondamentaux de la réussite des élevages de truies. Le nombre total de nés totaux par portée se situe entre 14 et 16 porcelets par mise bas et a augmenté au fil des ans. L'augmentation de la taille des portées entraîne un risque accru de mortinatalité. Si les élevages savaient quand les truies vont mettre bas, ils pourraient améliorer la survie des porcelets en assistant aux mises bas. La synchronisation des mises bas peut faciliter le flux de production et améliorer l'efficacité des porchers. Les élevages peuvent provoquer la mise bas à l'aide de prostaglandines le jour précédant la date prévue de mise bas (114 jours) chez les truies qui n'ont pas commencé à mettre bas le 116ème jour ou prévenir la mise bas prématurée des jours 112 à 114 à l'aide de progestatifs oraux. Dans les jours précédant la mise bas, de petites quantités de colostrum peuvent s'écouler du mamelon, et quelques heures avant la mise bas, du lait peut être extrait des mamelles. Au cours des 12 à 24 heures précédant la mise bas, en réponse à l'augmentation de l'ocytocine et de la prolactine, les truies présentent un comportement de nidification. Alors que les taux de progestérone restent élevés jusqu'à juste avant la mise bas, les œstrogènes placentaires augmentent dans les semaines qui précèdent la mise bas. D'autres hormones, comme la prostaglandine, la relaxine, la prolactine et l'ocytocine, augmentent dans les jours et les heures précédant la mise bas. Le signal de déclenchement de la mise bas trouve son origine dans la maturation du cerveau des porcelets, qui entraîne une libération de cortisol par les glandes surrénales du fœtus. Cela entraîne une libération accrue d'œstrogènes et de prostaglandines placentaires par l'utérus. Un taux élevé de progestérone favorise l'alimentation du fœtus par l'utérus, tout en limitant les contractions utérines. La libération de prostaglandine détruit le corps jaune et la progestérone est éliminée dans les 12 à 24 heures. En l'absence de progestérone, de fortes contractions utérines sont facilitées par les prostaglandines et l'ocytocine, déplaçant le premier porcelet et étirant le placenta vers le col de l'utérus. La mise bas est régulée de manière à ce qu'un seul porcelet entre dans le canal de mise bas à la fois, tandis que les autres restent en place. Les contractions sont contrôlées dans leur fréquence, leur force, leur direction, leur durée et la couche musculaire activée. Les signaux neuronaux provenant de l'appareil reproducteur de la mère régulent l'ocytocine et les contractions abdominales, tandis que le contrôle local exercé par le placenta et l'utérus module les hormones et les récepteurs pour stimuler ou inhiber les contractions. Chaque naissance est associée à un pic d'ocytocine, et les porcelets naissent à des intervalles d'environ 15 à 20 minutes. Mais les porcelets peuvent naître en succession rapide ou à des intervalles prolongés de plus de 30 minutes. Dans les 5 à 15 minutes qui suivent la naissance, le mouvement du porcelet rompt le cordon ombilical, ce qui lui permet de localiser les glandes mammaires en 20 minutes environ. Pendant la mise bas, la mortinatalité est une préoccupation majeure. Les interventions précoces peuvent sauver 1 porcelet/truie/an. Les mort-nés surviennent le plus souvent dans le dernier tiers de la portée, et dans les gestations courtes (<113 jours) et longues (>117 jours). Un indicateur de problèmes est lorsque l'intervalle depuis le dernier porcelet augmente à plus de 20 minutes et que la truie semble faire des efforts. Les porcelets peuvent mourir d'un manque d'oxygène dû à une rupture du cordon ombilical ou à un débit sanguin limité pendant une longue période de contractions. Plus de 50 % des porcelets mort-nés ont un cordon ombilical rompu et sont morts par manque d'oxygène avant ou après leur entrée dans le canal de mise bas. Dans le cas des derniers porcelets de la portée, la distance, le temps et l'étirement du cordon ombilical pourraient contribuer à la rupture.
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Vocabulaire spécifique
Entre coche, cochonne et porc, le vocabulaire autour du cochon peut surprendre et prêter à sourire. Le mot “cochonne” peut désigner une femelle du cochon mais le langage scientifique ou agricole utilise le terme “truie”.Familier et parfois péjoratif, “cochonne” s’emploie souvent dans les expressions populaires ou de manière humoristique pour décrire la gloutonnerie, la saleté (supposée), le désordre ou une attitude jugée peu élégante, que ce soit pour un animal ou par extension, pour une personne. Le mot “cochon” désigne l’animal de manière générale ou familière, sans préciser son âge ni son sexe. Dans le cadre de l’élevage ou de l’alimentation, on utilise plutôt le terme “porc” qui inclut souvent les mâles castrés. La castration étant pratiquée pour éviter l’odeur et le goût forts dans la viande, réduire l’agressivité entre mâles et contrôler la reproduction. Le mot “verrat” définit le mâle reproducteur qui fertilise les truies. Il est généralement plus massif et possède des testicules visibles et peut adopter un comportement territorial ou protecteur, en présence de femelles.
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