Le cytomégalovirus (CMV) est l'infection congénitale la plus fréquente en France. Bien que souvent bénigne chez l'adulte, une infection au CMV pendant la grossesse, surtout au premier trimestre, peut avoir des conséquences graves pour le développement du fœtus, entraînant des séquelles durables et handicapantes telles que retard mental ou surdité. Il est estimé que 50 % de la population est porteuse du CMV. Cet article vise à informer sur les risques liés à l'infection par le CMV pendant le troisième trimestre de la grossesse, ainsi que sur les moyens de prévention et de diagnostic.
Comprendre le CMV
Le CMV est un virus de la famille des herpès, présent dans divers fluides corporels comme la salive, les urines, les sécrétions nasales et les larmes. Il se transmet facilement, notamment entre les enfants, par contact direct ou via des objets contaminés. Près de 85 % des femmes enceintes ne connaissent pas ce virus, ce qui souligne l'importance de la sensibilisation. Les femmes ayant des enfants en bas âge sont plus susceptibles d'attraper le CMV, en raison des contacts fréquents avec les fluides corporels des enfants.
Risques de l'Infection au CMV pendant la Grossesse
L'infection par le CMV est particulièrement dangereuse pendant la grossesse. Si le fœtus est infecté, cela peut entraîner des séquelles graves, notamment la surdité et divers handicaps. Les dernières recherches ont mis en évidence que les infections les plus graves sont celles contractées par la mère dans les trois mois précédant la grossesse ou durant le premier trimestre. Il a été récemment démontré que l'infection contractée et transmise au fœtus aux 2ème et 3ème trimestres de la grossesse ne donnait pas lieu à des séquelles graves pour l’enfant à naître.
Une femme enceinte infectée ne transmet pas nécessairement le virus à son enfant. Environ 1 à 3 % des femmes sont infectées (primo-infection) pendant la grossesse, et dans 30 % des cas, l'infection est transmise au fœtus. Ainsi, l'infection congénitale à CMV touche 0,5 à 1 % des nouveau-nés. Parmi ces derniers, 90 % naissent sans symptômes, bien que contaminés, tandis que 10 % développeront des séquelles nerveuses ou sensorielles avant l'âge de deux ans.
Parmi les 10% des enfants qui présentent des séquelles, il peut y avoir des cas de mort in utéro ou de naissance avec des lésions sévères, telles que :
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- Prématurité (30 à 50% des cas)
- Microcéphalie
- Calcifications périventriculaires
- Hydrocéphalies
- Hypotrophies, RCIU (Retard de Croissance Intra-Utérin)
- Hépatomégalie, hépato-splénomégalie
- Purpura
- Ictère (80% des cas)
- Chorio-rétinite (15 % des cas)
Infection au CMV au Troisième Trimestre : Moins de Risques ?
Il est important de noter qu'une infection contractée et transmise au fœtus aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse est considérée comme moins susceptible d'entraîner des séquelles graves pour l'enfant à naître. Cependant, il est crucial de consulter un médecin pour évaluer les risques spécifiques et bénéficier d'un suivi approprié.
Dépistage du CMV
En France, le dépistage du CMV n'est pas systématique ni obligatoire, bien qu'il soit de plus en plus fréquent. Les parents et la femme enceinte ont le droit de demander ce dépistage auprès du corps médical. Le dépistage est sujet à discussion, car certains médecins estiment qu'il peut engendrer un stress inutile et conduire à des interruptions médicales de grossesse injustifiées, en l'absence de traitement avéré. Depuis Juin 2025, le dépistage du CMV est enfin systématique en France.
Le dépistage repose sur une prise de sang (sérologie) pour détecter les marqueurs de l'infection et dater celle-ci, afin de déterminer à quel stade de la grossesse elle est intervenue. Cette sérologie peut être complétée par une PCR pour évaluer la charge virale. En fonction des résultats, la grossesse peut faire l'objet d'un suivi spécifique au sein d'un service de diagnostic anténatal. Des examens complémentaires, tels que la biopsie du trophoblaste ou l'amniocentèse, peuvent être prescrits.
Prévention : Les Gestes Barrières
Le meilleur traitement contre le CMV est la prévention. Des mesures d'hygiène simples peuvent réduire considérablement le risque de transmission du virus au fœtus. Il n'existe aucun traitement avéré permettant de soigner et guérir le fœtus, mais il existe un traitement à l’étude, notamment à l’hôpital Necker à Paris, qui a montré jusqu’alors des effets positifs, permettant de réduire l’impact du virus sur le fœtus.
Voici quelques conseils préventifs :
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- Pendant le repas :
- Ne pas utiliser les couverts des nourrissons.
- Ne jamais goûter leurs repas avec leur cuillère.
- Ne jamais goûter les biberons : déposer une goutte de lait sur le dos de la main suffit pour tester sa température.
- Ne pas mettre leur tétine dans la bouche.
- Pendant le change ou l'utilisation du pot :
- Bien se laver les mains après chaque change de couches (eau, savon, ou solution hydro-alcoolique).
- Laver le pot à grande eau, avec de l’eau bouillante par exemple.
- Se laver soigneusement les mains avant et après avoir changé un nourrisson.
- Jeter rapidement les couches souillées d'urines.
- Autres précautions :
- Éviter tout contact avec les sécrétions des nourrissons.
- Ne jamais embrasser un bébé sur la bouche.
- Éviter le contact de la bouche avec les sécrétions nasales ou les larmes.
- Ces consignes doivent être respectées par les deux membres du couple, car le CMV se transmet lors des rapports sexuels lorsqu'un des deux parents est contaminé.
Ces mesures d'hygiène sont particulièrement importantes pour les femmes enceintes et les professionnels de santé en contact avec des enfants.
Symptômes du CMV chez l'Adulte
La plupart du temps, l'infection à CMV est asymptomatique (> 60 %). Dans certains cas, elle peut se manifester par une fièvre prolongée ou des symptômes similaires à une pharyngite. Chez les patients immunodéprimés, le CMV peut entraîner des atteintes pulmonaires, rétiniennes, encéphaliques et hépatiques.
Traitement
A ce jour, il n’existe aucun traitement avéré permettant de soigner et guérir le fœtus, mais il existe un traitement à l’étude, notamment à l’hôpital Necker à Paris, qui a montré jusqu’alors des effets positifs, permettant de réduire l’impact du virus sur le fœtus. Pour le nouveau-né, il existe un traitement antiviral, délivré sous surveillance médicale en néonatologie et pédiatrie spécialisées.
Association Stop CMV
L'Association Stop CMV, créée par Anne-Helene Labissy, accompagne les parents confrontés au CMV pendant la grossesse ou après l'accouchement. Elle vise à sensibiliser le public sur ce virus et à informer sur les moyens de prévention. L'association regroupe des milliers de familles concernées par le CMV et milite pour que le dépistage soit systématiquement proposé aux femmes enceintes, afin de leur fournir les informations nécessaires sur la prévention de l'infection.
Le CMV : Témoignages
Plusieurs familles ont partagé leur expérience avec le CMV, soulignant les difficultés et les défis rencontrés.
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- Olivia et Daniel ont découvert la surdité de leur fils Noah, causée par le CMV, après plusieurs examens. Noah a dû suivre une thérapie intensive et, malgré les difficultés, il mène aujourd'hui une vie presque normale.
- Sarah et Nicolas ont appris pendant la grossesse que leur fille Charlotte était infectée par le CMV et qu'elle aurait probablement des séquelles. Charlotte a subi des implants cochléaires et suit une thérapie orthophonique intensive.
- Edoardo et Raphaëlle ont découvert l'infection au CMV de leur fils Gabriel pendant la grossesse. Gabriel a été appareillé pour sa surdité et suit un suivi médical constant.
Ces témoignages mettent en lumière l'impact du CMV sur les familles et soulignent l'importance du dépistage et de la prévention.
Recommandations de la HAS pour le Dépistage Systématique
La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande de mettre en place un dépistage systématique du CMV chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif. Cette mesure devra faire l’objet d’une réévaluation au terme de trois années de mise en œuvre, afin d’en apprécier la pertinence et d’envisager éventuellement sa reconduction.
Le dépistage devra être réalisé au premier trimestre de grossesse chez les femmes enceintes séronégatives ou de statut sérologique inconnu. La séquence des examens sérologiques de dépistage recommandée s’intègrera dans la liste des examens proposés aux femmes enceintes au premier trimestre de grossesse.
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