Cet article explore la biographie d'Aziz Jebali, une figure marquante de la scène politique tunisienne, en mettant en lumière son parcours, ses engagements et les controverses qui l'ont entouré. L'analyse s'appuie sur des faits historiques et des événements clés qui ont façonné sa carrière, tout en tenant compte des contextes politiques et sociaux de la Tunisie contemporaine.

Un Contexte Politique Tunisien en Mutation

La Tunisie a connu des transformations politiques majeures depuis la destitution du Président Habib Bourguiba le 7 novembre 1987. Bourguiba, alors âgé de 84 ans, avait été destitué en raison de son âge avancé. Cependant, cette justification a suscité des débats lorsque Béji Caïd Essebsi, né le 29 novembre 1926, a tenté de devenir Président de la République Tunisienne en 2013, malgré son âge de 86 ans, dépassant celui de Bourguiba au moment de sa destitution.

Béji Caïd Essebsi : Un Parcours Politique Complexe

Le parcours de Béji Caïd Essebsi est marqué par des alliances et des ruptures successives. Ministre de l'Intérieur sous Bourguiba, il a été limogé en 1969, puis a rejoint l'opposition avant de réintégrer le gouvernement en 1980. Après l'arrivée au pouvoir de Ben Ali en 1987, il a adhéré au RCD, le parti au pouvoir.

Ministre de l'Intérieur sous Bourguiba

Entre le 8 janvier 1963 et le 4 juillet 1965, Béji Caïd Essebsi a été nommé par Bourguiba comme Directeur de la Sûreté Nationale en remplacement de Driss Guiga. Le 5 juillet 1965, il a été nommé Secrétaire d’État à l’intérieur en remplacement de Taïeb Mhiri, décédé le 29 juillet 1965. Durant les années 60, en pleine promotion, Béji Caïd Essebsi satisfait, faisait l’éloge du Bourguiba, en défendant son régime.

Limogeage et Opposition

Cette période a pris fin lorsque Bourguiba avait limogé Béji Caïd Essebsi de son Gouvernement le 8 septembre 1969. C’est alors que Béji Caïd Essebsi a tenté de réintégrer le Gouvernement le 7 novembre 1969, sous Bahi Ladgham, comme Ministre de la Défense Nationale. Mais de nouveau, le voilà limogé par Bourguiba le 12 juin 1970, et désigné comme Ambassadeur de la Tunisie auprès de la France. Béji Caïd Essebsi non content de son limogeage du gouvernement, passe à l’opposition en 1971, en démissionnant de son poste d’ambassadeur en France pour rejoindre l’opposition menée par Ahmed Mestiri, en réintégrant le “Mouvement des Démocrates Socialistes” (M.D.S).

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Retour au Gouvernement et Adhésion au RCD

Lorsqu’il réintègre le gouvernement de Bourguiba en 1980, en tant que Ministre délégué auprès du premier ministre et ensuite en tant que Ministre des affaires étrangères, alors Béji Caïd Essebsi tourne son dos au M.D.S. Encore, dès l’arrivée du président déchu Ben Ali, le 7 novembre 1987, Béji Caïd Essebsi se détache de son Bourguibisme et adhère au R.C.D.

Accusations de Mensonges et de Torture

Des accusations de mensonges ont été portées contre Béji Caïd Essebsi concernant sa période en tant que Directeur de la Sûreté Nationale et Ministre de l'Intérieur. Il est accusé d'avoir supervisé des actes de torture à l'encontre d'opposants politiques entre 1963 et 1969. Ces allégations mettent en lumière les pratiques répressives du régime de Bourguiba et le rôle potentiel de Béji Caïd Essebsi dans ces abus. Ces déclarations de Béji Caïd Essebsi sont mensongères puisque dès le début de l’année 1963, soit le 8 janvier 1963, il était nommé par Bourguiba comme le Directeur de la Sûreté Nationale et que l’ensemble des interrogatoires et l’emprisonnement des accusés et actes de torture perpétrés dans le complot de 1962 ainsi que les autres affaires des opposants de 1965 à 1969 ( étudiants et perspectivistes, enseignants universitaires, gauchistes du parti communiste, maoïstes, trotskystes,et nationalistes arabes nassériens et baâssistes ), qui étaient intervenus à partir de janvier 1963 jusqu’au 8 septembre 1969 relève de l’autorité de Béji Caïd Essebsi, en tant que Directeur de la Sûreté Nationale à partir du 8 janvier 1963 jusqu’au 4 juillet 1965 et en tant que Ministre de l’intérieur à partir du 4 juillet 1965 jusqu’au 8 septembre 1969. Cette grande période est suffisante pour couvrir tous les actes de torture commis sous l’autorité de Béji Caïd Essebsi durant cette période à l’encontre des prisonniers en Tunisie sous le régime de Bourguiba.

Le Décret-Loi sur la Torture et ses Controverses

En 2011, Béji Caïd Essebsi a adopté un décret-loi controversé sur la torture. Le décret-loi N° 2011-106, adopté le 22 octobre 2011, à la veille des élections de l’Assemblée Nationale Constituante qui avaient eu lieu le 23 octobre 2011. Le projet du texte du décret-loi N° 2011-106 sur la torture a été préparé par le Comité du groupe des Experts au sein de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique (H.I.R.O.R.) ou (ISROR) présidée par Yadh Ben Achour. Bien que la HIROR de Yadh Ben Achour a été dissoute le 27 août 2011, le texte du décret-loi 2011-106 sur la torture a été préparé par le goupe d’Experts de la HIROR bien avant cette date de dissolution et transmis à Béji Caïd Essebsi et à Foued Mebazzaä pour adoption et signature sous forme de décret-loi. Ce décret-loi N° 2011-106 du 22 octobre 2011 relatif aux actes de la torture a abrogé les anciens textes tunisiens relatifs à la torture notamment l’article 5 nouveau du Code des procédures pénales en prévoyant désormais une prescription de 15 ans pour les crimes de torture en Tunisie. De par ce décret-loi N° 2011-106 relatif à la torture en Tunisie, les crimes de torture ne peuvent être sanctionnés que lorsque ces crimes se situent dans l’intervalle d’une période ne pouvant pas dépasser 15 ans à partir de la date du dépôt de la plainte. Sous le gouvernement de Hamadi Jebali, dominé par la Troïka (CPR, Ettakattol et Ennahdha) aucun texte n’a été adopté officiellement en 2012 pour modifier le décret-loi 2011-106 relatif à la torture. en Tunisie. D’autre part, le Tribunal militaire de Tunis dans cette affaire N° 334 précitée dite “Barreket Essahel” a rejeté l’application de la loi N° 99-89 du 2 août 1999 au motif que cette loi ne peut pas produire des effets rétroactifs aux actes incriminés remontant à 1991 dans l’affaire de “Barreket Essahel”….! C’est de cette manière que le Tribunal militaire en rejetant l’application de l’article 101 bis de la loi a évité de qualifier les actes incriminés comme étant des actes de torture…! Les actes de torture incriminés datant de 1991 remontent à plus de 15 ans se trouvent ainsi prescrits par la loi tunisienne. Cette loi a été critiquée pour avoir introduit une prescription de 15 ans pour les crimes de torture, ce qui a potentiellement empêché la poursuite de certains auteurs de ces crimes.

Production cinématographique

(2011) "Haflet nos ellel" de Mahmoud Kamel, prod. (2007) "Klashinkoff" de Rami IMAM, Oscar Prod. (2003) "Le rêve de Louisa" de Patrick VOLSON. Productions : France, Italie, Tunisie. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (26 episodes) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (4 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (5 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (3 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (30 episodes) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Short Narrative / Court métrage Fiction (Tunisie) | Starring / avec :…. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :….. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :….. Short Narrative / Court métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :….. (2011) "Haflet nos ellel" de Mahmoud Kamel, prod. (2007) "Klashinkoff" de Rami IMAM, Oscar Prod. (2003) "Le rêve de Louisa" de Patrick VOLSON. Productions : France, Italie, Tunisie. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (26 episodes) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (4 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (5 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (3 episodes) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (30 episodes) | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. Feature Narrative / Long métrage Fiction | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV (1 episode) | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Mini Series / Série TV | Starring / avec :….. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :….. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :….. TV Movie / Téléfilm | Starring / avec :…..

Climat anxiogène en Tunisie

La Tunisie a baigné cette année dans un climat anxiogène. Les opérations terroristes d’envergure inégalée, qui ont frappé cette année la Tunisie, y ont largement contribué. Dans ce contexte, la décision du comité Nobel d’accorder au quartet du Dialogue national le prix Nobel de la paix est apparue comme un message politique d’encouragement envoyé aux autorités tunisiennes pour qu’elles demeurent résolument engagées dans la voie d’un processus de démocratisation et de construction d’un État de droit. Autrement dit, l’objectif implicite du comité Nobel est d’éviter que le développement de la violence terroriste ne provoque des dérapages de l’appareil répressif d’État, gros de dangers pour les libertés publiques et le respect des droits humains.

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Négociations salariales

Sur le front social, les négociations salariales lancées au dernier trimestre de 2015, dans le secteur privé entre l’UTICA (l’organisation patronale) et la principale centrale syndicale, l’UGTT, ont été particulièrement tendues et n’avaient toujours pas abouti à la fin de l’année.

Malaise social

Alors que les inégalités économiques régionales demeurent inchangées depuis la chute du régime de Ben Ali et que se développe la contrebande aux frontières libyennes et algériennes, le malaise social est palpable chez les jeunes des régions périphériques et défavorisées du pays.

Présidentialisation du régime

Sur ce fond économique et social particulièrement morose, se sont déployées une vie politique et une action publique marquées par la présidentialisation du régime. Ce retour de l’Exécutif présidentiel, après trois ans d’effacement, sur le devant de la scène, lui-même accompagné de la réintégration d’une partie du personnel de l’ancien régime aux commandes de l’appareil d’État n’a pas pour autant signifié la mise en place d’un mode de gouvernement efficace dans la conduite de l’action publique. La logique parlementaire des institutions tunisiennes aurait voulu que le dirigeant du parti vainqueur des élections législatives, devienne le chef du gouvernement. Or, l’élection, le 21 décembre 2014, de Béji Caïd Essebsi, le leader de Nidaa Tounes, à la présidence de la République a contribué à déplacer le centre de gravité du pouvoir du Premier ministre vers le chef de l’État. Dès le début de l’année, la présidentialisation du régime s’affirme avec le choix de la personnalité qui doit occuper la primature. Alors qu’à la lecture du texte constitutionnel, le président de la République ne choisit pas le chef du gouvernement, mais se contente de charger « le candidat du parti politique ou de la coalition électorale ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l’ARP de former le gouvernement » (art. Réunie à Hammamet les 3 et 4 janvier, la direction du parti entérine le choix présidentiel, ce qui n’est pas sans engendrer des dissensions en son sein.

Gouvernement d’unité nationale

Le parti islamiste ne s’y trompe pas. Par le biais de son porte-parole, Zied Laadhari, Ennahdha affirme être prêt à collaborer avec le nouveau chef du gouvernement et appelle à la formation d’un gouvernement d’unité nationale pour affronter les défis économiques et sécuritaires que traverse la Tunisie. Tant le choix du Premier ministre que l’appel à un gouvernement d’unité nationale est rejeté par la principale formation de gauche au parlement, le Front populaire.

Gouvernement Essid

Après trois semaines de consultation des partis politiques susceptibles de constituer une coalition, l’annonce de la composition du gouvernement Essid suscite les réactions négatives d’Ennahdha. Le gouvernement désigné, dans lequel Nidaa Tounes et l’Union patriotique libre (UPL) de l’homme d’affaires Slim Riahi se partagent les postes ministériels aux côtés des « compétences », est rejeté par la deuxième force politique au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Le Majles al-Choura (le Conseil consultatif, l’équivalent d’un comité central) d’Ennahdha du 25 janvier décide de ne pas accorder sa confiance au gouvernement. Sans le soutien des 69 députés d’Ennahdha, l’équipe gouvernementale apparaît difficilement viable. Les 16 voix de l’UPL ajoutées aux 86 voix de Nidaa Tounes ne permettent pas d’atteindre la majorité absolue des 109 sièges à l’ARP. Aussi, Habib Essid s’engage dans de nouvelles négociations afin de constituer une coalition sur des bases plus larges. C’est un gouvernement pléthorique de 41 membres, dominé par la logique du « partage partisan » (al-mouhassassa al-hizbiyya) et celle de l’affichage de ministres « technocrates », qui est formé. Si Nidaa Tounes est le parti le plus représenté avec 6 ministres et 3 secrétaires d’État, l’UPL, tout comme Afek Tounes, obtient trois portes-feuilles ministériels. Quant à Ennahdha, il fait son entrée discrète au sein du gouvernement avec 1 ministre et 3 secrétaires d’État. Ainsi se met en place un quartet gouvernemental. In fine, c’est sans surprise que ce gouvernement obtient le 5 février la confiance de l’ARP à une large majorité de plus des trois-quarts. Ce vote massif s’accompagne d’une certaine déception vis-à-vis du programme politique présenté par Habib Essid, au sein même des organes de presse plutôt favorables au président de la République et au gouvernement. Les propositions formulées par ce dernier sont assimilées à des « mesurettes » plus ou moins urgentes et à des déclarations d’intention. D’ailleurs, les divers engagements pris par le gouvernement pour accélérer la mise en place des institutions constitutionnelles, mettre au point une réforme du système éducatif, élaborer un nouveau code d’investissements ne vont être que très vaguement respectés. Quant à la priorité accordée par Habib Essid à la lutte contre le terrorisme, elle débouchera sur le vote d’une loi anti-terroriste, mais n’empêchera pas à trois reprises la Tunisie d’être frappée par des attentats sanglants massifs (voir infra).

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Crise du quartet gouvernemental

En fait, les représentants des partis politiques au sein du gouvernement apparaissent aux yeux de la majeure partie la presse tunisienne surtout préoccupés par le partage des postes au sein de la haute administration. Le 10 avril, la nomination de six gouverneurs débouche d’ailleurs sur la première crise du quartet gouvernemental. Afek Tounes dénonce le fait ne pas avoir été consulté à propos de la désignation des gouverneurs, alors qu’Ennahdha critique le recours à « certains visages de l’ancien régime », notamment la nomination de Chokri Belhassen à Kairouan. Pour éviter que se renouvelle un épisode du même genre, les membres du quartet conviennent de mettre en place « un mécanisme de communication et de coordination continue entre les partis au pouvoir » dont l’objectif affiché est de superviser l’action gouvernementale et surtout de « discuter les nominations avant qu’elles ne soient annoncées ». Ce dispositif est toutefois incapable de prévenir le même type de crise : les nominations de 11 nouveaux gouverneurs à la fin août, dont certains sont d’anciens cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti-État de l’ère Ben Ali, provoquent de nouvelles réactions négatives d’Afek Tounes, alors que la publication, le 12 octobre, d’une liste officieuse de 80 délégués désignés par le chef du gouvernement suscite un tollé chez les partenaires de Nidaa Tounes. Ces derniers formulent de concert la même critique : les nominations ne respectent pas les « critères de compétences et d’honnêteté » sur lesquels se sont mis d’accord Habib Essid et les représentants du mécanisme de coordination du quartet. Quant à l’UPL, il menace de quitter le gouvernement, puis suspend sa participation au mécanisme de coordination. Ces débats ont lieu sur fond de crise de la principale force de la coalition, Nidaa Tounes. Les luttes de factions en son sein se traduisent au niveau gouvernemental par la démission de Lazhar Akrémi. S’estimant marginalisé, ce dernier, proche du secrétaire général du parti, Mohsen Marzouk, quitte le gouvernement de manière fracassante. Dans la lettre de démission adressée au chef du gouvernement, il dénonce l’absence de volonté de combattre la corruption et s’en prend à la dérive présidentialiste du régime. À ces diverses polémiques autour du gouvernement, s’ajoute le limogeage du ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, dans lequel certains journalistes, proches de l’extrême gauche voient le symptôme d’une « tentation autoritaire ». En effet, cet universitaire de profession, aurait fait œuvre d’un volontarisme et d’une indépendance d’esprit incompatibles avec « l’hyper-présidentialisme » de l’Exécutif tunisien. Il est vrai que Mohamed Salah Ben Aïssa a affiché un positionnement mitigé vis-à-vis du projet de loi présidentiel sur la réconciliation économique (voir infra). Par ailleurs, il aurait exprimé des divergences à propos du texte de loi sur la création du Conseil supérieur de la magistrature et s’est « dit favorable à l’abrogation de l’article 230 du code pénal qui sanctionne l’homosexualité de trois ans de prison ».

Attaques terroristes

Trois attaques terroristes d’une ampleur inédite, perpétrées par des individus se réclamant de groupes jihadistes armés, ont frappé la Tunisie en 2015. Les deux premiers attentats, celui du musée du Bardo, le 18 mars et celui de Port al-Kantaoui dans la zone touristique de Sousse sur la côte est, le 26 juin, ont provoqué le décès de 62 personnes dont 59 vacanciers étrangers. La première action terroriste a vu l’irruption de deux assaillants armés de Kalachnikovs dans un haut lieu du tourisme culturel en plein cœur de Tunis, tandis que la deuxième est l’œuvre d’un jeune homme qui a mitraillé des touristes occidentaux sur la plage de l’hôtel Imperial Marhaba. Au regard de ces trois attaques, revendiquées par l’Organisation de l’État islamique, la stratégie des groupes jihadistes apparaît clairement. Serions-nous entrés dans la phase des « actions d’immergées » (al-amaliyât al-inghimâssiya) pour reprendre la formulation du jihadiste Abû BakrNâjî dans son opuscule « La gestion de la sauvagerie, l’étape la plus cruciale par laquelle passera la communauté » (Idârat al-tawahhuch, akhtar marhala satamurr bihâ al-umma) ? À la lecture du dossier sur la propagande et la stratégie des groupes jihadistes proposé par le site du magazine web Inkyfada, la correspondance entre les étapes du jihâd définies par Abû Bakr Nâjî et les formes prises par les actions terroristes en Tunisie apparaît troublante (tout au moins pour les trois premières étapes).

Réponse des autorités aux attentats

La réponse des autorités aux attentats est également apparue comme exclusivement répressive. À la suite de l’opération de Sousse, le président de la République a décrété l’état d’urgence pendant 30 jours, ce qu’il fait à nouveau à la suite de l’attaque du bus de la garde présidentielle avec un couvre-feu en sus. Ce décret permet à l’Exécutif de suspendre les manifestations, publications, réunions ou toutes autres activités jugées « dangereuses pour la sécurité et l’ordre public ». D’autres mesures sont annoncées après l’attentat de novembre, telles que la fermeture pendant 15 jours de la frontière terrestre avec la Libye, l’activation d’un plan national global pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme (sans que l’on sache ce qu’il recouvre), la fermeture des sites internet en lien avec le terrorisme (sans plus de précisions sur les moyens techniques dont disposent les autorités pour le faire), l’activation de la loi contre le terrorisme (qui a pourtant déjà été promulguée) ou encore la création de 3 000 postes au ministère de l’Intérieur et dans les forces armées tunisiennes. En effet, la rhétorique sécuritaire a envahi la plupart des médias qui se sont fait, à la suite de l’attentat du Bardo, les chantres de l’impossible compatibilité entre le respect des droits de l’Homme et la sécurité postulant qu’il convenait sacrifier les premiers au profit de la seconde. La réponse législative des autorités tunisiennes pour lutter contre le terrorisme a également suscité critiques et réprobations de la part de la presse d’opposition et d’ONG internationales de défense des droits de l’Homme qui considèrent que les dispositions de la loi organique relative à la lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent, votée le 25 juillet par l’ARP, « mettent en péril les droits fondamentaux ». Elles critiquent en premier lieu la définition « trop vague et ambiguë du terrorisme donnée dans la loi ». En effet, le texte répertorie dans les infractions terroristes le fait de « porter préjudice aux biens privés et publics, aux ressources vitales, aux infrastructures, aux moyens de transport et de communication, aux systèmes informatiques ou aux services publics » (article 13). Rédigé ainsi, cet article permettrait de réprimer « certains actes qui ne sont pas de nature terroriste au regard du droit international. Les ONG dénoncent également les conditions de la garde à vue considérée comme trop longue (cinq jours, renouvelable deux fois) et violant le droit des prévenus d’avoir accès à un avocat immédiatement après leur arrestation, conformément au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Tunisie. D’aucuns voient dans cette politique répressive l’illustration d’un retour de l’ancien régime. Cette affirmation paraît excessive, mais elle a le mérite d’attirer l’attention sur le fait que le gouvernement tend à restreindre certaines libertés publiques, tout comme il tente de réhabiliter une partie des séides de l’ancien régime.

Projet de loi de réconciliation économique

Béji Caïd Essebsi avait pendant sa campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2014 insisté sur la nécessité de tourner la page du passé et de promouvoir la réconciliation nationale. L’anniversaire de l’indépendance, le 20 mars, lui donne l’occasion d’annoncer son intention de présenter un projet de loi de réconciliation économique en vue de « pacifier le climat des affaires et rendre la confiance aux investisseurs ». Conçu sans avoir consulté les institutions concernées par la lutte contre la corruption (l’Instance Vérité et Dignité, la Commission de confiscation des biens mal acquis et l’Instance nationale de lutte contre la corruption) et…

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