L'asthme est une maladie chronique des voies respiratoires qui affecte de nombreux enfants, et sa prévalence a considérablement augmenté ces dernières décennies. Parmi les facteurs environnementaux contribuant à cette augmentation, l'exposition à la fumée de tabac, qu'elle soit directe (tabagisme actif) ou indirecte (tabagisme passif et tertiaire), joue un rôle non négligeable. Cet article explore les liens entre l'asthme du nourrisson et l'exposition au tabac, en s'appuyant sur des études récentes et en soulignant l'importance de la prévention.
Prévalence et Facteurs de Risque de l'Asthme chez l'Enfant
La prévalence de l'asthme a connu une hausse significative ces dernières décennies, touchant actuellement 10 à 16 % des enfants d’âge scolaire. Bien qu'on observe une stagnation récente dans les pays industrialisés, les chiffres restent élevés. Plusieurs facteurs de risque sont associés à l'asthme infantile, notamment :
- Facteurs génétiques : Des antécédents familiaux d'atopie (asthme, allergie, dermatite atopique), particulièrement chez la mère, augmentent le risque.
- Facteurs environnementaux :
- Tabagisme passif : L'exposition à la fumée de tabac pendant la grossesse ou la première année de vie accroît la perméabilité des voies aériennes de l'enfant et réduit le calibre bronchique.
- Allergènes environnementaux : La prolifération d'acariens et de moisissures due à l'isolation accrue des logements, la présence de cafards, le réchauffement climatique (augmentation de la période de pollinisation et de la quantité de pollens) et la pollution atmosphérique sont des facteurs de risque établis.
- Infections virales : Certaines infections virales, telles que le rhinovirus et le virus respiratoire syncytial (VRS), sont fortement associées au développement de l'asthme.
- Théorie hygiéniste : La diminution des infections respiratoires de l'enfance pourrait favoriser une réponse immunitaire Th2 préférentielle, augmentant le risque d'allergie.
- Obésité : Plusieurs études établissent un lien entre l'obésité, en particulier chez les adolescents, et l'asthme.
Impact de l'Exposition à la Fumée de Tabac sur la Santé Infantile
Les effets toxiques de l'exposition à la fumée de tabac sont largement documentés. De nombreuses études mettent en lumière ses conséquences néfastes sur la santé des enfants. Il est prouvé que l'exposition à la fumée de cigarette augmente le risque d'otites, d'affections cardiovasculaires, de troubles neurologiques et de cancers pédiatriques (tumeurs du cerveau et lymphomes).
Une étude menée par des chercheurs de l'université américaine de Cincinnati, publiée dans PLOS ONE, a démontré que les enfants exposés à la fumée de tabac se rendent plus fréquemment aux services d'urgence pédiatrique que les enfants non exposés. De plus, sur une année, ces enfants auraient près de deux fois plus de risque d'être hospitalisés. Selon les chercheurs, environ 40 % des enfants sont encore exposés à la fumée de tabac, malgré les progrès réalisés dans la lutte antitabac. Cette exposition peut entraîner le développement de multiples pathologies.
Le Tabagisme Tertiaire : Un Danger Souvent Sous-Estimé
Même pour un fumeur, l’odeur de tabac froid incrustée dans les cheveux ou les draps peut être très désagréable. Mais ce que l’on ignore souvent, c’est que ces relents sont également nocifs. Ces particules vont rester en suspension dans l’air pendant plusieurs semaines et déposer sur les tissus, les sols ou encore les murs des traces de goudrons, de métaux lourds, de dérivés de nitrate et de produits radioactifs. Plus surprenant encore, ces particules toxiques peuvent être véhiculées dans l’atmosphère par nos cheveux, nos vêtements, nos objets et même notre haleine. Elles sont donc retrouvées dans des lieux où personne n’a pourtant jamais fumé.
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Il faut savoir que la fumée tertiaire contient autant de substances cancérigènes que les fumées primaire et secondaire. L’exposition aux fumées secondaire et tertiaire augmente le risque de cancers divers, de décès suite à une crise cardiaque, de faible poids et de mort subite chez le nourrisson, d’allergies, d’asthme, de BCPO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), de difficultés de cicatrisation et enfin de troubles neurologiques comme l’hyperactivité. Un enfant jouant par terre ou un bébé se déplaçant à quatre pattes sont donc exposés aux particules toxiques déposées sur le sol. Les habitacles de voiture, peu ventilés, sont d’autres lieux où l’on relève une forte concentration de particules toxiques. Fumer en voiture doit donc être évité autant que possible. Sachez également que fumer à la fenêtre ou aérer un habitat ne suffit malheureusement pas à évacuer toutes les particules toxiques.
Diagnostic et Prise en Charge de l'Asthme chez l'Enfant
Le diagnostic de l'asthme chez l'enfant peut être complexe, en particulier chez les plus jeunes, en raison du manque d'arguments paracliniques objectifs. Les manifestations cliniques sont variables et évoluent avec le développement des voies respiratoires et du système immunitaire. Les symptômes typiques incluent sifflements, toux, polypnée et distension thoracique. Cependant, la toux peut être le seul signe présent, parfois sèche et quinteuse pendant la crise, devenant productive lorsque le spasme bronchique cède.
Différents phénotypes d'asthme sont décrits, en fonction de la sévérité, des facteurs déclenchants et de l'évolution attendue :
- Asthme léger viro-induit
- Léger mono-allergique aux acariens
- Exacerbateur pollinique (avec possible allergie croisée pollen-fruits)
- Sévère non allergique
- Polyallergique sévère
L'asthme allergique, fréquent (80 % des cas), s'accompagne d'un risque d'exacerbations sévères. Il est important de réévaluer régulièrement le patient pour adapter au mieux le traitement, car le phénotype peut varier au cours de l'enfance et de la vie.
Les examens complémentaires peuvent inclure :
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- Radio de thorax : En période intercritique, des clichés en inspiration et expiration forcées peuvent révéler une distension ou un piégeage gazeux bilatéral en expiration.
- Enquête allergologique : Systématique chez l'enfant de plus de 3 ans, elle vise à identifier les facteurs déclenchants et instaurer un traitement spécifique. Un test multi-allergénique (Phadiatop) est souvent effectué en première intention.
- Consultation ORL : Une pathologie des voies aériennes supérieures peut aggraver l'asthme, voire en être le facteur déclenchant essentiel.
- Explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) : Elles peuvent étayer le diagnostic en montrant un trouble ventilatoire obstructif réversible ou une hyperréactivité bronchique lors d'un test de provocation.
La prise en charge de l'asthme vise le contrôle total de la maladie, défini par l'absence de symptômes diurnes et nocturnes, de limitation de l'activité physique, de recours aux bronchodilatateurs de courte durée d'action (BDCA) et aux soins urgents, ainsi qu'une fonction respiratoire normale.
Le traitement de fond repose sur :
- Corticothérapie inhalée (CSI) : Prescrite à dose faible à moyenne pendant au moins 3 mois.
- Montélukast (Singulair) : Antileucotriène, alternative possible en cas d'impossibilité d'administrer les CSI.
- Bronchodilatateurs de longue durée d'action (BDLA) : Ajoutés en 2e intention, toujours en combinaison aux CSI.
La gestion des facteurs déclenchants allergiques est essentielle : antihistaminiques, traitements locaux de la rhinite, immunothérapie spécifique (désensibilisation par l'allergologue), anti-IgE (Xolair, asthme sévère non contrôlé à partir de 6 ans ; en centre expert).
Prévention et Sensibilisation : Des Enjeux Cruciaux
Face à l'impact significatif de l'exposition au tabac sur la santé respiratoire des enfants, la prévention et la sensibilisation sont primordiales. Il est impératif de mener des campagnes de prévention ciblées sur la famille afin de mieux sensibiliser sur les risques et réduire l'exposition à la fumée de tabac. Les chercheurs invitent également à réfléchir à des politiques volontaires d'interdiction de fumer dans les maisons et les voitures pour permettre de faire baisser l'exposition à la fumée de tabac.
DNF (Droit des Non-Fumeurs) milite depuis plusieurs années pour une sensibilisation importante des familles qui semblent sous-informées des risques liés à l'exposition tabagique pour leurs enfants. Une récente étude de DNF démontrait que les parents fumeurs continuaient pour certains à fumer en voiture et dans le domicile.
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Voici quelques recommandations pour réduire l'exposition au tabac :
- Sevrage tabagique de l'entourage : Il faut être drastique : pas de tabac à l'intérieur du domicile, ni dans la voiture, même en l'absence de l'enfant.
- Éviter les irritants : Bannir feux de cheminée, bougies et encens, sprays désodorisants et huiles essentielles.
- Réduire l'exposition aux allergènes : Aérer régulièrement le logement, aspirer les tapis et moquettes avec un aspirateur doté d'un filtre HEPA.
- Lutter contre le tabagisme tertiaire : Nettoyer régulièrement les surfaces, laver les vêtements et les tissus d'ameublement.
L'Asthme de l'Adolescent : Un Défi Spécifique
L’asthme de l’adolescent n’est pas un sujet auquel la population est suffisamment sensibilisée. Le pourcentage d’adolescents asthmatiques ne cesse d’augmenter depuis ces vingt dernières années. Tant et si bien qu’aujourd’hui, dans une classe de 30 élèves, 3 à 4 adolescents sont asthmatiques. Il est impératif de sensibiliser davantage au problème de l’inobservance des traitements dans l’asthme chez les adolescents. C’est l’une des principales causes de mauvais contrôle de l’asthme et qui peut avoir des conséquences dramatiques.
La prise de conscience et la sensibilisation des adolescents aux dangers de l’asthme est très difficile à obtenir à cette période de la vie. La difficulté à suivre les recommandations médicales (observance) s’explique par le déséquilibre physiologique de la maturation cérébrale caractérisée à cette période de la vie par un développement plus rapide du système limbique responsable de l’impulsivité, par rapport au développement du cortex préfrontal associé à la fonction de contrôle. Il en résulterait des prises de décision non optimales en rapport avec une approche émotionnelle et à court terme, relayant secondairement la fonction de contrôle et à long terme. En outre, tantôt le déni de la maladie tantôt l’impression par l’adolescent que sa maladie s’améliore, période qualifiée de « lune de miel » (limitation des symptômes et des exacerbations chez ceux atteints d’asthme modéré à sévère) entraîne un relâchement dans la prise des traitements. Ceci alors même que la maladie reste présente et peut même progresser, les bronches silencieuses restant enflammées. Dans ce contexte, le traitement de fond dont les bénéfices sont attendus sur le long terme a toutes les chances d’être oublié.
Les défis spécifiques auxquels sont confrontés les adolescents asthmatiques sont notamment les expositions au tabac, au cannabis et à la cigarette électronique, plus fréquentes à l’adolescence et chez le jeune adulte que chez l’individu plus âgé. De plus, le surpoids et encore plus l’obésité augmentent l’intensité des crises. Il ne faut pas oublier non plus que les adolescents souffrant d’asthme ont un risque accru d’anxiété et de dépression, qui accroît les risques de mauvais contrôle de leur maladie et de mauvaise observance.
Pour améliorer l’observance, une bonne relation entre soignants et asthmatiques et une meilleure information des patients sont essentielles. Il est nécessaire qu’il y ait un temps de consultation suffisant pour que le soignant voit les parents et l’enfant ensemble, mais qu’une partie de la consultation puisse se dérouler sans les parents. Cela permet en effet d’aborder les problèmes spécifiques de l’adolescent (le problème de l’observance, du tabagisme ou encore psychologiques…). Il est essentiel de garantir la maîtrise adéquate de la technique d’utilisation et de la vérifier à chaque consultation. Les lacunes dans le respect du traitement et les erreurs dans les techniques d’inhalation sont des facteurs contribuant au mauvais contrôle de l’asthme, accroissant ainsi le risque de crises sévères.
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