Le bonnet phrygien, coiffe emblématique de la Révolution française, est bien plus qu'un simple couvre-chef. Il incarne un idéal de liberté, un symbole républicain fort, et une part de l'identité française. On le retrouve dans les mairies, sur les timbres, dans les manuels scolaires, et plus récemment, comme mascotte des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Cependant, son utilisation et son interprétation suscitent des débats, notamment autour des questions de féminisme, d'inclusion et de représentation.
Un Symbole Républicain Ancré dans l'Histoire
Le bonnet phrygien est un symbole qui incarne parfaitement la République Française. Forts de leur millénaire d’expérience, les Phryges savent bien qu’une révolution, ça se prépare ! Ce petit clin d'œil à la Révolution Française n'est pas pour nous déplaire, parce que depuis le début on essaie de faire bouger les lignes aussi à Paris 2024.
Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ont dévoilé leurs mascottes, The Phryges. Ces petits bonnets phrygiens incarnent un symbole fort de liberté, en France comme à l’étranger.
Marianne : Allégorie de la République et de la Liberté
De droite ou de gauche, de Valérie Pécresse - pour qui « Marianne n’est pas une femme voilée » (meeting du Zénith du 13 février) - à Manuel Valls en son temps, nos politiques aiment à rappeler que la République française est représentée sous les traits d’une femme. Rappelons d’abord que Marianne a été historiquement aussi bien une allégorie de la République que de la Liberté. Au gré des différents régimes des XIXe et XXe siècles, le cœur de Marianne a balancé. Vertueusement couverte, cheveux attachés sous un bonnet phrygien, profil de médaille, elle fut une fière colonisatrice. Sein offert, cheveux au vent, guidant le peuple en haut des barricades, elle a été aussi une farouche combattante. De fait, Marianne n’est pas la figure des femmes françaises mais de tous et toutes, et ainsi des errances, des victoires et des tragédies de la France. Et c’est bien pour cela que son buste orne nos mairies.
Les Phryges de Paris 2024 : Un Choix Audacieux
Pour Paris 2024, nous avons souhaité nous distinguer, apporter notre petite touche française. Plutôt qu'un animal qui sont choisis en majorité, nous avons préféré un idéal, et donc un objet : un bonnet phrygien", continue le sportif. Ce joyeux duo de Phryges, créé par l’agence W et l’organisateur de Paris 2024, nous fait penser de façon troublante à un clitoris conceptualisé, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose puisque bon nombre de personnes peinent encore à savoir à quoi ressemble réellement l’entièreté de cet organe dédié au plaisir (ne parlons même pas de quand il est question de le trouver). On peut facilement aussi y voir un utérus renversé, ou encore, si vous avez un peu d’imagination, un porg, ce croisement absolument craquant entre le macareux et le rongeur, découvert dans Star Wars : Les Derniers Jedi et évidemment aussitôt décliné en peluche.
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"Il est connu dans le monde entier, présent dans l'art, dans les mairies, sur les timbres… Il y a eu énormément de propositions, avec par exemple de petites tours Eiffel, des petits personnages très français. On a choisi cette idée du bonnet phrygien parce qu'on trouvait que c'était le message le plus fort, avec une identité très franco-française.
Les Phryges : Deux Personnalités Complémentaires
La Phryge Olympique est cérébrale, réfléchie, elle ne se lance jamais sans avoir tout anticipé et tout calculé. C’est aussi une grande séductrice qui parvient toujours à ses fins. Sous ses manières roublardes, elle est pudique et préfère cacher ses émotions. La Phryge Paralympique est plus fêtarde, spontanée, c'est une créative née, toujours partante faire de nouveaux sports et dans le partage. La combinaison de leurs deux personnalités crée une forme d'équilibre. Elles se sont réparties les rôles, elles ont décidé de mettre leurs personnalités respectives au service d'une bonne cause : convaincre les Français de se mettre ou se remettre au sport.
La Dimension Inclusive des Jeux Paralympiques
Avec le choix d’une mascotte paralympique avec une prothèse en carbone, et donc un handicap visible, Paris 2024 entend aussi donner une visibilité maximale aux personnes en situation de handicap et promouvoir haut et fort les valeurs d’inclusion des Jeux Paralympiques et du sport. "Ce handicap visible est le fer de lance d'un grand mouvement du vivre-ensemble", explique Julie Matikhine, directrice de la marque Paris 2024. Pour sensibiliser le plus grand nombre au handicap, Gipsy et Doudou et Compagnie ont confectionné une mascotte paralympique la plus réaliste possible. Doudou et Compagnie a investi dans un moule spécifique de production pour que la lame de la mascotte paralympique puisse reproduire les principales caractéristiques d’une lame en carbone (toucher doux et résilience). Sous sa semelle, Paris 2024 est inscrit en braille.
Fabrication des Mascottes : Un Enjeu Économique et Ethique
Ces peluches sont fabriquées en Chine pour la quasi-totalité, "comme la très grande majorité des peluches vendues en France", soulignent les organisateurs des JO de Paris. Le marché a été confié aux entreprises françaises Gispy et Doudou et Compagnie qui se le partagent respectivement à 60% et 40%. Doudou et Compagnie prévoit de produire 15% de son quota dans son usine à Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) qui s'agrandira pour l'occasion. Pour cette partie de la production française, le rembourrage, l'assemblage, et la couture seront réalisés en Bretagne mais les matières premières et les préparations des pièces détachées en Chine. Au final, 8% des peluches devraient être fabriquées en France, a précisé le comité d'organisation (Cojo) au cours de la conférence de presse lundi. Le Cojo table sur deux millions d'exemplaires vendus, a indiqué le boss du Cojo, Tony Estanguet. Financièrement, cela représente "entre 20 et 25%" des revenus des produits sous licence dont elles seront l'élément phare. Au total, les revenus dits de "merchandising" sont censés rapporter 127 millions d'euros, selon les chiffres du budget 2021 du comité d'organisation (Cojo).
Le Bonnet Phrygien et le Féminisme : Un Débat Complexe
Elle a le regard tourné vers la droite, l’air sérieux mais la bouche légèrement ouverte, les traits fins et les paupières sombres, qui semblent maquillées. «Ce visage de Marianne est celui, en effet, vous l’avez rappelé, de la féminité. Historiquement, «Marianne n’a jamais été associée à un quelconque féminisme. Ce n’est pas parce que c’est une femme qu’elle est féministe», commente Mathilde Larrère, historienne spécialiste de la Révolution française. Et c’est encore moins parce qu’elle a les cheveux relâchés qu’elle est un symbole de liberté. «C’est la représentation archi classique de la Marianne radicale. À partir de la Seconde République, on trouve deux figures. L’une sage, celle des Républicains libéraux: cheveux attachés, et sein couvert. Et en face celle des démocrates sociaux, avec un bonnet phrygien, des cheveux détachés, et un visage déterminé. Ajoutons que la Révolution française n’a pas été spécialement sympathique avec les femmes, leur octroyant quelques droits (reconnaissance de l’égalité dans le mariage et des successions) mais les excluant des principales avancées, comme le droit de voter, de se représenter, ou même de se présenter à la tribune. En ce sens, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen était bien une déclaration des droits des hommes, plutôt que des humains. Marianne n’a jamais été un symbole féministe, et ce n’est pas l’action du président qui va lui donner ce sens nouveau, insistent les associations féministes que nous avons contactées. «Ce n'est pas parce qu'on montre une femme, jeune et caractérisée comme engagée qu'elle est féministe, ou qu'on porte une action féministe. Une parole très révélatrice de la manière qu'a le président de la République de traiter des sujets de féminisme et d'égalité: dans le symbole et l'incantation. La surexploitation du sujet droits des femmes pour communiquer à son propos, plutôt que pour améliorer concrètement la situation. Bien sûr les symboles sont nécessaires, et ils peuvent être forts au plus haut niveau de l'État. Mais ils ne suffisent pas. Être féministe c'est un combat pour l'émancipation, un engagement politique fort. La Marianne du nouveau timbre peut d’autant moins prétendre au statut de «Marianne féministe» que son image renforce plutôt les clichés sur les stéréotypes féminins, plutôt que de les déconstruire. Dans un post de blog très fouillé du Huffington Post, la sémiologue Élodie Mielczareck la compare à Lara Croft, en la qualifiant d’«incarnation sexualisée» et «très loin du visage des Françaises»: «Le féminin est ainsi toujours harmonieux, beau, désordonné, en un mot: attractif. D’autant que la communication élyséenne semble créer une division au sein des femmes, en insistant sur cette chevelure laissée libre, par contraste avec celles qui se voilent, comme l’avait fait Manuel Valls. Mais une femme est-elle pour autant plus libre, et ses droits sont-ils plus respectés, lorsqu’elle se lâche les cheveux ou se dénude? «J’y trouve un sous-entendu problématique, sur l’espèce de fierté de la femme française libérée du fait de son sex-appeal. Petite consolation, la nouvelle Marianne a été réalisée par deux femmes, une graveuse et une artiste qui porte la question des droits des femmes dans son œuvre (voir ces magnifiques portraits d'«impératrices» de toutes les cultures). «C’est la reconnaissance de l'apport des femmes à la culture et à l'art, se réjouit Raphaëlle Rémy-Leleu.
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Instrumentalisation Politique du Symbole
Mais n’est-ce pas utiliser Marianne à contre-emploi que d’user de son image pour discriminer certaines femmes qui se couvriraient le corps ou le chef ! Si, pourtant, chers candidats et candidates à la présidentielle, vous voulez utiliser Marianne comme symbole des femmes françaises, républicaines et libres, alors voici quelques suggestions plus urgentes que son vestiaire. Prenez des engagements pour que « Marianne » puisse : se présenter dans un commissariat pour rapporter une agression sexuelle sans se faire traiter de « pute » ; prétendre à un travail dont la rémunération est égale à celle attribuée à un homologue masculin ; être en sécurité dans les lieux publics sans se faire coller une main aux fesses, se faire siffler ou insulter ; accéder à des soins gynécologiques, y compris l’IVG et la PMA dans les meilleures conditions. Songez aussi à mettre en place de vrais programmes éducatifs qui déconstruisent les stéréotypes de genre et de sexualité. Et, tant qu’à faire, évitez de nommer des ministres qui seraient sous le coup d’enquêtes judiciaires pour agression sexuelle.
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