Introduction
La pandémie de Covid-19 a engendré des bouleversements considérables dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, y compris l'accès aux soins de santé. En France, comme dans d'autres pays, les mesures de confinement et les restrictions de déplacement ont eu un impact significatif sur l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cet article examine les défis rencontrés par les femmes souhaitant avorter pendant cette période, les adaptations mises en place par les professionnels de santé et les autorités, ainsi que les débats suscités par ces changements.
Impact de la pandémie sur l'accès à l'IVG
Difficultés d'accès aux soins
Avec la saturation des hôpitaux et la mobilisation des ressources médicales vers les patients atteints de la Covid-19, la prise en charge des femmes souhaitant une IVG est devenue plus compliquée. Les restrictions de déplacement et les confinements ont rendu plus difficile la prise de rendez-vous et l'accès aux établissements de santé pratiquant l'IVG. Certaines femmes ont ainsi renoncé à consulter, craignant d'être contaminées par le virus ou d'imposer un travail supplémentaire aux médecins.
Baisse du nombre d'IVG
Après une augmentation du recours à l'IVG de 2016 à 2019, une diminution a été observée en 2020. Sur l'année, un peu plus de 220 000 IVG ont été pratiquées en France, contre plus de 230 000 en 2019, soit une baisse de 4 %. Cette baisse est en lien direct avec la crise sanitaire. Le nombre total d'IVG en janvier, février et pendant la première quinzaine de mars restait similaire, voire légèrement plus élevé que celui observé au même moment en 2019, il a baissé par la suite, en particulier après le confinement strict de mars-avril 2020, soit en mai-juin. La diminution des IVG a principalement concerné les femmes de moins de 30 ans et les IVG pratiquées en milieu hospitalier.
Facteurs explicatifs de la baisse des IVG
Parallèlement à la diminution du nombre d'IVG, une baisse de la natalité a été observée. Ce nombre moins important de grossesses chez les jeunes femmes s'explique par différents facteurs : projets de parentalité différés, éloignement géographique des partenaires, surcharge d'activités du fait de la forte mobilisation des femmes dans les métiers de soins et/ou dans la garde des enfants, forte incertitude quant à l'avenir en raison de la crise sanitaire et sociale, etc.
Adaptations et mesures dérogatoires
Extension du délai légal pour l'IVG médicamenteuse
Face aux difficultés d'accès aux soins, le gouvernement français a temporairement modifié la loi en avril 2020, étendant le délai légal de recours à l'IVG pratiquée par voie médicamenteuse par un médecin ou une sage-femme à sept semaines de grossesse (ou neuf semaines depuis les dernières règles). Cette mesure visait à faciliter l'accès à l'IVG dans un contexte de restrictions de déplacement et de saturation des hôpitaux. Un arrêté paru au Journal officiel le 7 novembre 2020 précise que l'IVG médicamenteuse à domicile est de nouveau autorisée jusqu'à la fin de la 9e semaine d'aménorrhée (soit 9 semaines après la date des dernières règles) au lieu de la 7e semaine d'aménorrhée habituellement.
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Autorisation de la téléconsultation
Les IVG par voie médicamenteuse effectuées par téléconsultation (IVG réalisée à domicile avec l'assistance téléphonique ou vidéo d'un professionnel de santé) ont par ailleurs été autorisées. Cette mesure a permis aux femmes de bénéficier d'un suivi médical à distance, sans avoir à se déplacer dans un établissement de santé. Pendant ce deuxième confinement, les femmes qui souhaitent avoir recours à une IVG médicamenteuse à domicile peuvent prendre un rendez-vous en téléconsultation avec le médecin ou la sage-femme de son choix ayant signé une convention avec un établissement de santé.
Mobilisation des professionnels de santé
Les médecins généralistes, les gynécologues, les sages-femmes de ville et les plannings familiaux se sont mobilisés de manière remarquable pour assurer la continuité des soins en matière d'IVG. Ils ont notamment privilégié les IVG médicamenteuses en ville ou à domicile et ont mis en place des circuits spécifiques pour préserver les femmes du covid-19.
IVG chirurgicale
En 2020, un quart des IVG ont été réalisées de manière chirurgicale, quasi exclusivement dans les hôpitaux publics. La baisse des IVG a surtout été observée en milieu hospitalier, pour les IVG chirurgicales et, dans une moindre mesure, pour les IVG médicamenteuses. Si l’anesthésie générale s’impose, la femme pourra dans certains cas être orientée vers un autre établissement. « Ceux qui sont centres d’accueil pour les malades du Covid-19 ne proposent plus d’IVG chirurgicale sous anesthésie générale, car les anesthésistes sont mobilisés auprès des malades du covid-19 placés en réanimation », explique le Dr Ighil. Quant aux femmes qui présentent des symptômes évocateurs du covid-19, elles seront reçues dans une consultation dédiée pour bénéficier d’une échographie et d’un prélèvement pour confirmer la maladie.
Débats et controverses
Allongement du délai légal
La question de l'allongement du délai légal pour l'IVG a suscité de vifs débats en France. Certains acteurs, notamment des médecins, des associations et des politiques, ont réclamé un allongement temporaire du délai légal d'interruption volontaire de grossesse de douze à quatorze semaines. Ils ont fait valoir que les circonstances exceptionnelles de la pandémie rendaient plus difficile le respect du délai légal et qu'il était nécessaire de garantir l'accès à l'IVG pour toutes les femmes.
Télémédecine et IVG à domicile
Le recours à la télémédecine et à l'IVG à domicile a également soulevé des questions. Si ces pratiques ont permis d'améliorer l'accès à l'IVG pendant la pandémie, certains ont exprimé des inquiétudes quant à la sécurité et à l'efficacité de ces méthodes, ainsi qu'à l'accompagnement psychologique des femmes.
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Motivations des femmes recourant à l'IVG par télémédecine
Une étude a révélé que les principales raisons pour lesquelles les personnes interrogées en France recouraient à l'avortement par télémédecine étaient la discrétion (46 %), le respect de la vie privée (38 %) et la commodité (35 %). Seules 31 % des répondantes à l'enquête ont indiqué que les motivations de leur recours à l'IVG par télémédecine étaient liées à la pandémie.
Perspectives d'avenir
Évaluation des mesures dérogatoires
Le ministre des Solidarités et de la Santé a demandé une évaluation des mesures dérogatoires prises au sujet de l'IVG durant la crise sanitaire. L'objectif est de pérenniser celles dont l'efficacité et la nécessité auraient été démontrées, notamment la télémédecine ou l'allongement du délai de réalisation des IVG médicamenteuses à domicile.
Mise en place d'un modèle hybride
La mise en place d'un modèle hybride, proposant à la fois des protocoles d'IVG en clinique et à distance, pourrait contribuer à mieux répondre aux besoins des femmes, en élargissant l'accès aux soins ainsi que leur qualité.
Vigilance et mobilisation
Le droit à l'avortement est remis en cause dans de nombreux pays. Il est donc essentiel de rester vigilants et de se mobiliser pour défendre ce droit fondamental. Comme l'a souligné le ministre des Solidarités et de la Santé, "le droit à l'avortement, c'est résolument celui des femmes à disposer de leur corps".
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