L'infertilité est un problème de santé publique qui touche de nombreux couples à travers le monde. Parmi les causes d'infertilité, les anticorps anti-spermatozoïdes (AAS) représentent une problématique complexe, tant chez l'homme que, plus rarement, chez la femme. Cet article vise à explorer en profondeur les AAS, en abordant leurs causes, leurs conséquences sur la fertilité et les options de traitement disponibles.
Introduction aux Anticorps Anti-Spermatozoïdes
Les anticorps anti-spermatozoïdes (AAS) sont des immunoglobulines, des protéines présentes dans le sang qui servent à identifier et à neutraliser les agents étrangers. En temps normal, les spermatozoïdes sont isolés du système immunitaire par la barrière hémato-testiculaire. Cependant, lorsque cette barrière est compromise, le système immunitaire peut identifier les spermatozoïdes comme des corps étrangers et produire des anticorps pour les attaquer.
Le Système Immunitaire et les Immunoglobulines
Chez l’homme, on trouve 5 types d’immunoglobulines qui sont classées en cinq groupes selon la zone dans laquelle elles se trouvent et l’antigène qu’elles sont capables de reconnaître. Elles sont classées en IgA, IgD, IgE, IgG et IgM. Ig fait référence au mot immunoglobuline et aux lettres attribuées à l’isotype.
Facteurs de Risque et Rupture de la Barrière Hémato-Testiculaire
Les facteurs de risque qui facilitent l’apparition des anticorps anti-spermatozoïdes sont ceux qui provoquent la rupture de la barrière hémato-testiculaire en affaiblissant les liens entre les cellules de Sertoli. Bien que la relation entre la rupture de la barrière hémato-testiculaire et la production d’anticorps soit plus que démontrée, l’homme n’est pas le seul à pouvoir développer ce type d’anticorps. Les femmes, bien que ce soit très rare, peuvent produire des anticorps anti-spermatozoïdes après un rapport sexuel.
Diagnostic des Anticorps Anti-Spermatozoïdes
La présence ou l’absence d’anticorps anti-spermatozoïdes n’est pas quantifiable dans une analyse basique du sperme. On peut y observer une agglutination (formation d’amas) de spermatozoïdes qui peut être considérée comme normale selon le nombre d’échantillons ou le type d’agglutination. Bien que pour détecter quantitativement les anticorps anti-spermatozoïdes, il existe différents tests basés sur l’union des particules marquées aux anticorps anti-spermatozoïdes dans l’éjaculat. Actuellement, nous pouvons trouver le Mar-test, qui détecte les IgA en se liant à des billes de latex, si le pourcentage de spermatozoïdes attachés est supérieur à 50 % le test est positif. Immunobeads, détecte les IgG et IgA ; il est plus complexe et plus spécifique car il permet de savoir à quelle partie du sperme les anticorps se fixent ; dans ce test on utilise des particules d’acrylamide marquées et une valeur supérieure à 20 % est déjà indicative d’un test positif.
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Impact des AAS sur la Fertilité Masculine
Chez l'homme, les AAS peuvent affecter la fertilité de plusieurs manières :
- Diminution de la mobilité des spermatozoïdes : Les anticorps peuvent se fixer à la surface des spermatozoïdes, entravant leur capacité à se déplacer efficacement vers l'ovule.
- Inhibition de la capacitation : La capacitation est un processus physiologique nécessaire pour que les spermatozoïdes puissent féconder l'ovule. Les AAS peuvent interférer avec ce processus.
- Altération de la liaison spermatozoïde-ovule : Les AAS peuvent empêcher les spermatozoïdes de se lier à la zone pellucide de l'ovule, une étape cruciale pour la fécondation.
- Augmentation du risque de fausse couche : Même si la fécondation a lieu, les AAS peuvent augmenter le risque de fausse couche précoce.
Impact des AAS sur la Fertilité Féminine
Bien que plus rare, la présence d'AAS chez la femme peut également impacter la fertilité en :
- Entravant la migration des spermatozoïdes dans le tractus génital féminin.
- Empêchant la fécondation.
- Favorisant le rejet de l'embryon.
Causes Possibles des Anticorps Anti-Spermatozoïdes
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la formation d'AAS :
- Infections : Les infections des voies génitales masculines, comme l'épididymite ou la prostatite, peuvent endommager la barrière hémato-testiculaire. Certaines infections à germes banaux ont pu boucher ces canaux ou en endommager les muqueuses. Ils ne peuvent plus jouer leur rôle de "transporteur" de l'oeuf. Un traitement de l'infection peut être efficace, mais, parfois, les altérations sont irréversibles : c'est le cas lors des infections à chlamydia qui passent souvent inaperçues.
- Traumatismes testiculaires : Un traumatisme aux testicules peut également compromettre la barrière hémato-testiculaire.
- Chirurgie : Les interventions chirurgicales au niveau des testicules ou des voies génitales peuvent entraîner la formation d'AAS.
- Varicocèle : Cette dilatation des veines du cordon spermatique peut être associée à la présence d'AAS.
- Cancer du testicule : Dans de rares cas, le cancer du testicule peut être un facteur contribuant.
- Vasectomie : La vasectomie, une méthode de contraception masculine, peut entraîner la formation d'AAS chez certains hommes.
- Causes inconnues : Dans de nombreux cas, la cause exacte de la formation d'AAS reste inconnue.
Hérédité et Prédisposition Génétique
Bien que la présence d'AAS ne soit pas directement héréditaire, certaines études suggèrent qu'il pourrait exister une prédisposition génétique à développer des réactions auto-immunes, augmentant ainsi le risque de formation d'AAS. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
Options de Traitement pour l'Infertilité Associée aux AAS
La médecine de la reproduction est actuellement en mesure d’apporter une solution à de nombreux problèmes qui peuvent être à l’origine de l’infertilité. Dans le cas des anticorps anti-spermatozoïdes, il existe des traitements et des techniques de laboratoire qui permettent de résoudre le « fossé » et de poursuivre la route pour atteindre l’objectif d’être parents. Plusieurs options de traitement sont disponibles pour les couples confrontés à l'infertilité associée aux AAS :
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- Traitements immunosuppresseurs : Si une gestation naturelle est tentée, le traitement de choix sera un traitement immunosuppresseur, pour lequel l’homme se verra prescrire des corticostéroïdes à fortes doses qui réduiront (mais n’élimineront pas complètement) temporairement la quantité d’anticorps.
- Lavage de sperme : Si des techniques de reproduction assistée, l’insémination artificielle ou la fécondation in vitro, doivent être réalisées, le traitement de choix est le lavage du sperme. Pendant le traitement de l’échantillon de sperme, celui-ci sera préparé de manière à réduire la quantité d’anticorps anti-spermatozoïdes, en utilisant l’échantillon préparé pour l’insémination artificielle ou la fécondation in vitro.
- Insémination intra-utérine (IIU) : Cette technique consiste à insérer directement les spermatozoïdes dans l'utérus de la femme, en contournant ainsi le col de l'utérus et en augmentant les chances de fécondation. La stérilité d'origine immunologique nécessite une préparation du sperme avant tentative d'insémination artificielle ou de fécondation in vitro.
- Fécondation in vitro (FIV) : La FIV implique la fécondation des ovules en laboratoire, suivie du transfert des embryons dans l'utérus de la femme.
- Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) : L'ICSI est une technique de FIV où un seul spermatozoïde est injecté directement dans l'ovule. Elle est particulièrement utile lorsque la qualité du sperme est altérée ou lorsque les AAS empêchent la fécondation.
Autres Causes de Stérilité Masculine et Féminine
Il est important de noter que les AAS ne sont qu'une des nombreuses causes possibles d'infertilité. Chez l'homme, d'autres facteurs peuvent inclure :
- L'aspermie : absence de sperme. L'aspermie (absence de sperme), quand elle a une cause hormonale, s'associe à une petitesse des testicules, à une absence des caractères sexuels secondaires (pilosité en particulier).
- L'azoospermie : absence de spermatozoïdes. L'azoospermie (absence de spermatozoïdes) est soit sécrétoire, due à un défaut de production de spermatozoïdes, soit excrétoire, causée par un obstacle situé dans les voies excrétrices, qui gêne l'écoulement du sperme.
- Anomalies du sperme : oligospermie (moins de 30 millions de spermatozoïdes par millilitre), asthénospermie primitive ou secondaire (moins de 30 % de spermatozoïdes mobiles respectivement une heure et quatre heures après l'éjaculation), tératospermie (moins de 30 % de spermatozoïdes de forme normale). Leurs causes sont variées : maladies aiguës ou chroniques, surtout rénales ou endocriniennes, tabagisme, alcoolisme.
- Nécrozoospermie : La nécrozoospermie (ou nécrospermie) est une affection du sperme qui se traduit par un nombre important de spermatozoïdes morts. L’homme peut être atteint de nécrozoospermie partielle (quand plus de 42 % de ses spermatozoïdes sont morts) ou totale. La nécrozoospermie est généralement causée par des infections urogénitales. Mais on peut également retrouver des anticorps anti-spermatozoïdes dans le sperme. Enfin, l’origine de l’affection peut être liée à un traumatisme, une chimiothérapie, ou une anomalie génétique. Mais parfois, l’affection reste inexpliquée.
Chez la femme, les causes d'infertilité peuvent être :
- Stérilités d'origine tubaire : Les stérilités ou hypofertilités d'origine tubaire sont les plus fréquentes, expose le docteur André Hazout, que les trompes de Fallope soient obturées ou altérées. Les stérilités d'origine anatomique, les plus fréquentes, sont surtout d'origine tubaire. Plus rarement, des malformations utérines, une tumeur (fibrome sous-muqueux), une infection chronique (endométrite) peuvent empêcher l'implantation de l'œuf dans la muqueuse. Il existe aussi des stérilités liées à une anomalie du col de l'utérus ou de la composition de la glaire cervicale (mucus sécrété par le col utérin). Les stérilités d'origine tubaire sont dues à une obstruction des trompes, en général à la suite d'une salpingite liée, par exemple, à une maladie sexuellement transmissible. Mais une stérilité tubaire peut aussi provenir des suites infectieuses d'un accouchement, d'un avortement ou de la pratique d'une hystérosalpingographie. Une stérilité tubaire est définitive en cas d'hydrosalpinx (obstruction de l'extrémité des trompes, qui se remplissent alors d'un liquide séreux) ou en cas d'adhérences (tissu cicatriciel s'interposant entre les ovaires et les pavillons tubaires). D'autres affections (tuberculose, endométriose), une malformation congénitale des trompes ou des séquelles d'intervention chirurgicale peuvent aussi entraîner une stérilité définitive.
- Endométriose tubaire : migration de cellules utérines qui se fixent dans les trompes.
- Atteinte des ovaires : De multiples facteurs contribuent au dysfonctionnement de cette glande productrice d'hormones et d'ovules : stress professionnel, environnement, hérédité : "Le capital folliculaire (constitué dès la naissance) peut être épuisé précocement." Une dérégulation hormonale peut aussi perturber l'ovulation, devenue inexistante ou trop tardive dans le cycle. Si le follicule est de bonne qualité, une stimulation ovarienne permet de débuter une grossesse. Mais, parfois, celui-ci est mal formé : "Il y a alors peu d'espoir que la patiente puisse être enceinte un jour, sauf à recourir au don d'ovocyte", souligne André Hazout. Les ovaires polykystiques sont une autre cause d'infertilité. "Ils génèrent un nombre de follicules trop élevé, ce qui expose aux grossesses multiples." De plus, la quantité d'hormones mâles alors délivrées dans l'organisme est défavorable à la fixation de l'embryon dans l'utérus. Une intervention au laser sur les ovaires permet de traiter ce trouble. Enfin, des causes médicamenteuses -chimiothérapie et radiothérapie- peuvent altérer le capital ovocytaire. D'autres facteurs, plus rares, sont parfois à l'origine de stérilités : tumeurs, séquelles d'une intervention chirurgicale dans la région abdominale. D'autres restent inexpliquées.
- Stérilité d'origine ovulatoire : La stérilité d'origine ovulatoire peut être due à une absence d'ovulation au cours du cycle menstruel, à une irrégularité ou à un ralentissement de cette ovulation. L'absence ou l'irrégularité de l'ovulation résultent de troubles hormonaux (insuffisance ovarienne, maladie surrénalienne ou thyroïdienne) ou d'une affection de l'ovaire (kyste, tumeur).
- Stérilité d'origine immunologique : La stérilité d'origine immunologique est, chez la femme, une forme d'allergie au sperme de l'homme.
- Stérilités d'origine utérine : Celui des stérilités d'origine utérine fait appel à l'hystérographie (radiographie de l'utérus), à l'hystéroscopie (examen endoscopique de l'utérus, par les voies naturelles) et à la cœlioscopie (examen direct des organes génitaux grâce à un tube muni d'un système optique introduit par une petite incision de l'abdomen).
- Qualité de la glaire cervicale : La qualité de la glaire est contrôlée par le test de Hühner (examen d'un prélèvement de glaire quelques heures après un rapport sexuel), éventuellement complété par un test de pénétration croisée in vitro (comparaison entre un échantillon de glaire de la femme et un échantillon témoin, mis tous deux en contact avec le sperme du conjoint).
Diagnostic Différentiel et Examens Complémentaires
Face à un problème d'infertilité, il est essentiel de réaliser un bilan complet pour identifier la ou les causes sous-jacentes. Chez l'homme, cela peut inclure un spermogramme (étude du sperme et des spermatozoïdes qu'il contient) et le test de migration des spermatozoïdes. L'azoospermie doit être contrôlée par deux spermogrammes successifs, pratiqués à 2 mois d'intervalle. La qualité de pénétration des spermatozoïdes à travers la glaire cervicale est estimée grâce au test de Hühner (examen d'un prélèvement de glaire quelques heures après un rapport sexuel), éventuellement complété par le test de pénétration croisée in vitro (comparaison entre un échantillon de sperme de l'homme et un échantillon témoin, tous deux mis en contact avec la glaire cervicale de la femme). Chez la femme, le diagnostic des stérilités d'origine tubaire repose sur l'hystérosalpingographie ou sur la cœlioscopie. La stérilité d'origine immunologique repose sur un prélèvement de glaire cervicale qui met en évidence des anticorps antispermatozoïdes. Enfin, les troubles de l'ovulation peuvent être révélés par la lecture de la courbe de température prise chaque matin par la femme. Cette lecture est complétée par les dosages sanguins des hormones folliculostimulante (FSH) et lutéinisante (LH), de l'inhibine B et de l'hormone antimüllérienne (AMH), ainsi que de la prolactine entre le 3e et le 5e jour du cycle.
L'Importance d'un Deuxième Avis
L’infertilité masculine est un problème qui a un lourd impact psychologique et qui fait encore trop souvent l'objet de tabous. Dans ce contexte, un deuxième avis est tout à fait pertinent. Il permet de mieux comprendre les spécificités de la nécrozoospermie, par rapport à d’autres causes d’infertilité masculine. Aujourd’hui, les méthodes de procréation médicalement assistée peuvent permettre de remédier à l’infertilité dans ces situations. Mais pour arriver à surmonter l’épreuve de la PMA, le couple doit bien connaitre au préalable chaque étape du parcours. C’est pourquoi il a tout intérêt à prendre un deuxième avis auprès d’un spécialiste. Mieux informés, l’homme et la femme pourront ainsi mieux se préparer, s’investir activement et enfin, surmonter ensemble ce parcours éprouvant qui malmène leur relation.
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