La recherche d'agglutinines irrégulières (RAI), ou anticorps anti-érythrocytaires, est un examen sanguin essentiel pendant la grossesse. Cet article explique ce que sont ces anticorps, comment ils sont détectés, et quelle est la signification d'un résultat négatif pendant la grossesse.
Que sont les agglutinines irrégulières ?
Les agglutinines irrégulières, également appelées anticorps anti-érythrocytaires, sont des immunoglobulines, c'est-à-dire des anticorps, dirigés contre certains antigènes présents à la surface des globules rouges. Les anticorps sont des protéines capables de reconnaître un antigène. En cas d'infection, les anticorps reconnaissent les antigènes situés à la surface des agents pathogènes et déclenchent ainsi la réponse immunitaire de l'organisme. Dans le cas des agglutinines irrégulières, il ne s'agit pas de reconnaître un agent pathogène.
Types d'agglutinines irrégulières
On distingue deux types d'agglutinines irrégulières :
- Anticorps irréguliers dits "naturels": Ils se forment en dehors de tout contexte transfusionnel ou fœto-maternel. Ils sont généralement de type IgM. Ce sont des immunoglobulines qui ne traversent pas la barrière placentaire et ne sont pas dangereux pour le fœtus en cas de grossesse. Ils ne concernent que certains antigènes sanguins, comme les antigènes des phénotypes Lewis, MNS1 et P. Les agglutinines anti-Lewis ne présentent aucun danger pour le fœtus, car elles ne traversent pas la barrière placentaire.
- Anticorps irréguliers dits "immuns": Ils apparaissent après l'immunisation par des globules rouges lors de transfusions sanguines ou de grossesses. Dans la majorité des cas, l'apparition d'agglutinines irrégulières dans la circulation sanguine fait suite à un phénomène d'immunisation.
Rôle des agglutinines irrégulières pendant la grossesse
Dans le cas de la grossesse, les agglutinines irrégulières peuvent apparaître en cas de contact entre le sang maternel et le sang fœtal. Il peut en effet y avoir production d’agglutinines irrégulières chez la mère et fixation de ces anticorps sur les hématies (globules rouges) du fœtus. Se produit alors un phénomène d’hémolyse des globules rouges du fœtus : on parle d’incompatibilité sanguine fœto-maternelle (IFM) qui peut provoquer une maladie hémolytique grave chez le fœtus ou chez le nouveau-né. Cependant, dans la majorité des cas, la surveillance de la grossesse et la prévention de l'IFM permettent de réduire le risque.
L’objectif principal du suivi immuno-hématologique de la femme enceinte est la prévention de la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né. La grossesse est une situation à risque d’allo-immunisation, en particulier au cours du 3e trimestre, lorsque les échanges fœto-placentaires sont physiologiquement plus importants ou lorsqu’une hémorragie fœto-maternelle survient (possible dès le premier trimestre).
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Comment mesure-t-on les agglutinines irrégulières ?
La recherche des agglutinines irrégulières dans le sang s'effectue par une simple prise de sang, à la recherche dans le sérum d'anticorps irréguliers anti-érythrocytaires. Ne sont pas recherchés les anticorps dirigés contre les antigènes A et B, qui sont déterminés lors du groupage sanguin (détermination du groupe sanguin). Le plus souvent, cet examen sanguin est appelé RAI (Recherche d’anticorps irréguliers).
Technique de la RAI
La Recherche d'Agglutinines Irrégulières (RAI) se déroule en deux étapes principales : le dépistage et l'identification de la spécificité de l'anticorps.
- Dépistage: Cette première étape consiste à détecter la présence d'anticorps irréguliers anti-érythrocytaires dans le sérum du patient. Le dépistage repose sur l'utilisation d'une gamme d'hématies-tests, généralement au moins trois, de groupe O. Ces hématies-tests portent différents antigènes, notamment RH1 (D), RH2 (C), RH3 (E), RH4 (c), RH5 (e), KEL1 (K), KEL2 (Cellano), KEL4 (Kpb), FY1 (Fya), FY2 (Fyb), JK1 (Jka), JK2 (Jkb), MNS1 (M), MNS2 (N), MNS3 (S), MNS4 (s), LE1 (Lea), LE2 (Leb), P1 et LU2 (Lub). Le but est de détecter les anticorps correspondant à ces antigènes.
- Identification: Si le dépistage est positif, c'est-à-dire s'il révèle la présence d'anticorps irréguliers, la deuxième étape consiste à identifier la spécificité de ces anticorps. Pour ce faire, on confronte la distribution des réactions positives et négatives obtenues avec la distribution des antigènes sur les gammes d'hématies-tests utilisées, qui comprennent au moins 10 hématies de groupe O.
Facteurs pouvant affecter les résultats de la RAI
Dans certains cas, la quantité d'agglutinines irrégulières est trop faible pour être détectée et le résultat du RAI est négatif, alors qu'il y a bien des agglutinines irrégulières dans le sang du patient. De même, un résultat de RAI peut être positif en l'absence d'agglutinines irrégulières, par exemple chez une femme qui a reçu une injection de gamma-globulines anti-D au cours des six derniers mois.
Interprétation d'un résultat négatif de RAI pendant la grossesse
Un résultat négatif à la RAI signifie que l'analyse n'a pas révélé la présence d'agglutinines irrégulières dans le sérum de la personne testée. Cela indique qu'il n'y a pas d'anticorps dirigés contre les antigènes des globules rouges, ce qui est généralement un signe rassurant pendant la grossesse.
Cependant, il est important de noter que :
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- Un résultat négatif ne garantit pas l'absence totale de risque d'incompatibilité fœto-maternelle, car des anticorps peuvent se développer plus tard pendant la grossesse. C'est pourquoi la RAI est réalisée à plusieurs reprises au cours de la grossesse, selon le groupe sanguin de la mère.
- Chez les femmes RH:-1, un génotypage RHD fœtal est systématiquement réalisé. Réalisable dès 11 SA, il permet d’adapter le suivi et la prévention des femmes RH:-1 non immunisées en fonction du statut RH1 du fœtus : si le fœtus est RH:-1, il n’y a pas de risque d’incompatibilité fœto-maternelle et il ne sera pas nécessaire de faire de prévention par injection de gammaglobulines anti-D (Rhophylac®) chez la mère.
Importance de la RAI pendant la grossesse
La détection des agglutinines irrégulières est cruciale pendant la grossesse pour plusieurs raisons :
- Prévention de la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né (MHFNN): L'objectif principal du suivi immuno-hématologique de la femme enceinte est la prévention de la MHFNN. La fixation des anticorps maternels sur des globules rouges fœtaux entraîne une hémolyse pathogène pour le fœtus et le nouveau-né avec risque d’anémie fœtale et néonatale sévère (entre le 3e mois de grossesse, et le 3e mois d’âge post-natal).
- Gestion de l'incompatibilité Rhésus: L’incompatibilité spécifique Rhésus survient lorsque le groupe sanguin d’une femme enceinte est Rhésus négatif et que le fœtus est Rhésus positif (le fœtus a hérité du Rhésus positif de son père). Il est donc impératif de rechercher les agglutinines irrégulières pour détecter une IFM régulièrement au cours de la grossesse, chez les femmes de groupe Rhésus négatif. Ce suivi est inutile chez les femmes de groupe Rhésus positif.
- Prévention de l'allo-immunisation: La grossesse est une situation à risque d’allo-immunisation, en particulier au cours du 3e trimestre, lorsque les échanges foeto-placentaires sont physiologiquement plus importants ou lorsqu’une hémorragie foeto-maternelle survient (possible dès le premier trimestre).
Que faire en cas de résultat de RAI positif ?
Un résultat positif à la RAI indique que des agglutinines irrégulières ont été détectées dans le sérum. Après un résultat positif à la RAI, une étape d'identification est effectuée pour déterminer quels sont les anticorps spécifiques présents.
En cas de dépistage positif, l’identification du/des Ac est obligatoire, sans attendre la RAI suivante. Le titrage est aussi obligatoire (et le dosage pondéral pour certaines spécificités) à une fréquence de réalisation dépendant de l’importance de l’immunisation, de la dangerosité de l’anticorps et du terme de la grossesse.
Des examens complémentaires doivent être réalisés pour affirmer une incompatibilité foeto-maternelle (IFM) avec risque d’anémie fœtale et/ou néonatale :
- Un phénotypage paternel est proposé : il confirme (ou non) le risque d’anémie fœtale et/ou néonatale en permettant de savoir si le géniteur est porteur ou non de l’antigène, et si son expression est homozygote ou hétérozygote ;
- Un génotypage RHD fœtal est systématiquement réalisé chez les femmes RH:-1.
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