L'alimentation de la truie en maternité est un facteur déterminant pour sa santé, sa productivité et la vitalité de ses porcelets. Une gestion nutritionnelle adéquate permet d'optimiser la production laitière, de minimiser les pertes de poids chez la truie et d'assurer une bonne reproduction lors du cycle suivant. Cet article explore les différentes stratégies et considérations pour une alimentation réussie des truies en maternité, en tenant compte des besoins spécifiques de chaque étape et des facteurs environnementaux.
Importance de l'alimentation pour la truie et ses porcelets
Maîtriser l’alimentation de la truie, qu'elle soit gestante ou allaitante, est indispensable pour optimiser sa carrière et la vitalité des porcelets à la naissance. Le nombre de porcelets de qualité vendus par truie et par an est une composante clé de la rentabilité de l’élevage porcin. L’augmentation homogène du poids des porcelets dès la naissance et le taux de pertes avant sevrage dépendent de la production laitière de la truie.
Au cours de la lactation, la truie voit ses fonctions physiologiques fortement sollicitées. L’alimentation en lactation a une forte incidence sur la production de lait, le poids des porcelets au sevrage et sur la reproduction des truies au cycle suivant. Une sous consommation d’aliment des truies va également impacter le retour à la reproduction après le sevrage. Une truie qui ne consomme pas assez va compenser en puisant dans ses réserves. Une mobilisation des réserves lipidiques et protéiques excessive en lactation aura des conséquences sur le cycle suivant, telles que l’allongement de l’intervalle sevrage-oestrus, la baisse du taux de mise bas, une taille de portée réduite.
Besoins nutritionnels spécifiques de la truie en maternité
En lactation, près de 75 % des besoins de la truie sont consacrés à la lactation. La capacité d’ingestion de la truie étant limitée, tout retard dans la progression de consommation ou blocage (montée trop rapide) ne pourra pas être compensée ensuite. Le plan d’alimentation de la truie doit être modulé en fonction de son état à l’entrée en maternité, sa capacité d’ingestion, son appétit et la taille de la portée.
Gestion de l'état corporel pendant la gestation
Il est essentiel de différencier les grosses reproductrices et les maigres. Il sera plus difficile pour une grosse truie de mettre bas, et il sera plus difficile pour l'éleveur de l'amener à sa productivité laitière maximale. C'est pourquoi il est important de contrôler l'état corporel pendant la gestation.
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Première phase de gestation : reconstitution des réserves
Il faut profiter du premier mois de gestation pour permettre la reconstitution des réserves de la truie après son sevrage. En effet, à ce stade, les besoins fœtaux sont faibles et la truie va pouvoir valoriser l’aliment pour reconstituer ses réserves. La quantité d’aliment apportée à chaque truie va dépendre de son rang de portée, de son état corporel (poids, épaisseurs de lard et de muscles), des besoins de croissance (jusqu’en quatrième portée) et de l’objectif d’état à atteindre pour la prochaine mise-bas. Elle peut ainsi varier entre 2,6 kg à 4,0 kg par jour (aliment formulé à 9,0 MJ EN/kg) en fonction des truies.
Deuxième phase de gestation : maintien de l'état corporel
Entre le 30ème et le 85ème jour de gestation, les besoins du fœtus sont encore faibles et la truie a reconstitué ses réserves. Ainsi, la truie utilise l’aliment en majorité pour ses besoins d’entretien.
Troisième phase de gestation : croissance du fœtus
Au-delà du 85ème jour de gestation, la croissance du fœtus est forte. L’alimentation de la truie doit y pourvoir sans que la truie puise dans ses réserves destinées à la phase de lactation.
Alimentation pendant la lactation
Quand plusieurs aliments peuvent être distribués en maternité, l’aliment de gestation peut être apporté jusque 2 ou 3 jours après la mise-bas. Puis les truies passent à l’aliment allaitante. Si c’est possible, une transition entre les deux aliments doit être effectuée, et ce d’autant plus si les formules des aliments de gestation et de lactation sont très différentes. Si les maternités sont approvisionnées avec un seul aliment, alors les truies reçoivent l’aliment de lactation dès leur entrée en maternité. Il faut alors être plus vigilant sur la cohérence des matières premières utilisées dans les aliments de gestation et de lactation et limiter les quantités distribuées d’aliment allaitante pour éviter une surcharge en acides aminés.
L’alimentation de la truie allaitante doit permettre de limiter les pertes de poids et d’état corporel de la truie, tout en maintenant un bon niveau de lactation pour améliorer le poids de portée. Cette augmentation progressive en début de lactation permet de limiter le risque de chute d’appétit.
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Stratégies d'alimentation pour optimiser la consommation et la production laitière
Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour optimiser la consommation d'aliment et la production laitière des truies en maternité.
Augmentation précoce des quantités d'aliment en fin de gestation
Une façon assez simple de faire du multiphase en élevage est de bien suivre les besoins des animaux. En commençant la suralimentation à 91 jours de gestation, il est sans doute un peu tard pour maximiser le développement du fœtus et de la glande mammaire. En la démarrant plus tôt dès 75 jours de gestation, on améliore le poids de sevrage des porcelets. Ceci est certainement dû à l’effet combiné d’une augmentation de leur poids de naissance et d’une production laitière des truies supérieure, probablement en lien avec le développement plus précoce de la glande mammaire. En outre, cela évite de se retrouver sur des niveaux d’alimentation quotidiens de l’ordre de 3,6 kg par truie en fin de gestation et donc d’engorger le foie. De quoi favoriser un meilleur appétit des reproductrices en lactation et ainsi augmenter leur production laitière.
Alimentation fractionnée
Aux Pays-Bas, certains éleveurs distribuent jusqu’à huit repas par jour via des doseurs connectés. Le nouveau fonctionnement repose sur six repas, distribués toutes les quatre heures, avec une montée progressive au cours de la lactation : deux repas à l’entrée en maternité, puis un repas supplémentaire ajouté à MB+5 (lundi), MB+7 (mercredi), MB+9 (vendredi) et MB+16 (vendredi). Les truies peuvent ainsi ingérer jusqu’à 11 kg d’aliment au plafond.
La quantité de prises quotidiennes dépend de la quantité d'aliment qu'elles ont; un maximum de 2-2,5 kg par repas serait idéal. Par temps chaud, il serait intéressant de donner les repas tôt et tard pour que les truies ne soient pas trop gênées par la chaleur.
Importance de l'eau
L’abreuvement correspond à 93,6 % de la consommation d’eau d’un élevage. Les consommations d’eau par jour sont de 15 à 20 litres par jour pour les truies gestantes et de 20 à 35 litres par jour pour les truies allaitantes. Apporter de l’eau aux porcs de plus de deux semaines en permanence est une obligation réglementaire, quel que soit le mode d’alimentation.
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Si on veut qu’une truie mange, il lui faut de l’eau. Mais il ne faut pas trop diluer l’aliment, sinon elle ne mangera pas assez et puisera dans ses réserves pour faire du lait, qui ne sera pas de bonne qualité.
Surveillance et ajustement de l'alimentation
Effectuer correctement cette alimentation n'a jamais été une tâche facile. Trouver le point d'équilibre où donner à la truie la quantité maximale de nourriture possible n'est pas chose facile.
L’analyse de la bibliographie montre que de nombreux facteurs peuvent affecter le niveau de consommation en lactation. Il augmente avec le stade de lactation, le numéro de portée et la taille de la portée. L’élévation de la teneur en énergie du régime entraîne une diminution de la quantité consommée, mais malgré cela l’ingéré énergétique est supérieur. D’autre part, lorsque la teneur en protéines est inférieure à 12 %, la quantité consommée diminue. L’augmentation des apports alimentaires en gestation entraîne une réduction de l’appétit en lactation, ce résultat étant à rapprocher de l’effet négatif d’un état d’engraissement trop élevé à la mise-bas. Enfin, les températures ambiantes élevées en maternité se traduisent par une réduction importante de la consommation. Ces différents effets peuvent se cumuler.
Innovations et technologies pour l'alimentation des truies en maternité
Des avancées technologiques permettent de faciliter et d'optimiser l'alimentation des truies en maternité.
Systèmes d'alimentation automatisés
À travers l’alimentateur Materneo (Gestion des truies en maternité), Asserva prolonge son concept « Selfifeeder » d’alimentation des truies gestantes par l’identification en l’adaptant aux truies en maternité. Par un système pneumatique de doseur à roue, chaque ration est délivrée par petites quantités (100 à 200g) au fur et à mesure de l’appétit et de la rapidité d’ingestion de l’animal. Deux sondes de niveau disposées en fond d’auge autorisent la distribution des doses une fois celles-ci découvertes. Ainsi, la truie mange en fonction de son rythme et de son appétit - suivant une courbe adaptée à son rang de portée - et ce sans aucun gaspillage.
Chaque dose d’aliment est accompagnée d’une dose d’eau. Entre les repas, des courbes de distribution d’eau sont programmables. La ration d’eau journalière est délivrée par petite quantité sur le même principe que l’aliment. Ainsi, la truie dispose toujours d’une ration d’eau fraîche au fond de son auge. Tous ces éléments favorisent la bonne consommation de la truie et donc sa lactation.
Logiciels de gestion de l'alimentation
Il existe des logiciels, des recommandations nutritionnelles, des techniques à mettre en œuvre pour satisfaire au mieux tous ces besoins. Des spécialistes peuvent aider à déterminer des voies d’amélioration possibles pour maximiser l’ingéré en lactation.
Impact des systèmes d'élevage sur l'alimentation
Le système d'élevage peut également influencer l'alimentation des truies en maternité.
Mise bas en liberté
La liberté de mouvement des truies en maternité fait l’objet de recherches actives au Danemark, au Pays-Bas et au Royaume-Uni, bien que les réglementations nationales de ces pays ne rendent pas cette pratique obligatoire. Au Royaume-Uni, sous la pression des organisations de protection du bien-être animal, un distributeur important a décidé de ne s’approvisionner qu’en viande de porcs issue d’élevages de truies en liberté. Le gouvernement britannique a annoncé la mise en place de subventions pour soutenir la construction de bâtiments adaptés.
Une récente étude finlandaise montre pourtant que les mises bas en liberté diminuent le stress des truies et favorisent l’expulsion des porcelets. Selon Claudio Oliviero, enseignant-chercheur à l’Université d’Helsinki, « L’acte de nidification rendu possible par la non-contention de la truie est associé à une augmentation de prolactine induite par une diminution de la progestérone et une augmentation des prostaglandines. » Il « agit contre le stress de l’animal » et est susceptible d’en améliorer la santé. En effet, un faible taux de progestérone est corrélé à une production plus abondante de colostrum et d’immunoglobulines (Ig ; Poilvet D ., 2017). De même, la liberté des truies lors de leur mise bas est associée à une augmentation du taux d’ocytocine, donc à une diminution de la durée de la mise bas.
Loges de mise bas en liberté
La station expérimentale bio de Thalheim bei Wels (au nord-ouest de l’Autriche) a mis au point deux modèles de loge de mise bas en liberté adaptés à l’élevage bio : les loges Welser et WelCon. La loge est basée sur un principe : la séparation nette des domaines d’activité - « se coucher », « déféquer », « s’alimenter ». Toutes les cloisons sont en bois. La superficie totale de la loge (aires intérieures et extérieures) fait environ 12,5 m². Dans l’aire de mise bas et d’allaitement, la truie doit disposer de paille en brins longs (paille d’orge) qu’elle utilise comme matériau de nidification. La zone doit rester sèche et propre. Entre chaque bande, l’aire est débarrassée des litières et brossées, mais n’est lavée qu’une à deux fois par an. La mise en place de « barre anti-écrasement » n’est pas nécessaire.
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