Les violences faites aux enfants représentent un problème de société majeur et persistent à être un sujet tabou. Malgré les efforts déployés, elles demeurent insuffisamment dénoncées et nécessitent une action coordonnée de tous les acteurs de la société.
L'ampleur du problème : un tabou persistant
En 2025, une enquête menée par le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles a révélé que 58 % des Français estiment qu'il est encore tabou de parler des violences faites aux enfants. Cette étude met en lumière un constat inquiétant : ces violences restent un tabou dans la société, tant dans la sphère publique que privée. Ce silence est en partie dû à un manque de repères, puisque 74 % des personnes interrogées déclarent avoir du mal à identifier les situations de violences faites aux enfants. Les Français se sentent mal informés sur l'ampleur du phénomène et la diversité des formes de violences.
Les chiffres révèlent une réalité alarmante. Chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents. En 2021, les violences intrafamiliales non conjugales ont augmenté de 16 % par rapport à 2020, incluant des violences physiques et sexuelles. En 2022, le 119 a traité les situations de 40 334 enfants en danger ou en risque de danger. De plus, 24 % des Français de plus de 18 ans estiment avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance. Chaque année, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, dont 77 % au sein de la famille. Les enfants en situation de handicap courent un risque 2,9 fois plus élevé d’être victimes de violences sexuelles.
En 2019, plus de 40 000 plaintes ont été enregistrées en France pour violences commises au sein de la famille. Ces plaintes ont augmenté de 15 % en un an, révélant une partie des maltraitances physiques. Toutefois, ces données ne saisissent qu'une partie du phénomène, notamment les maltraitances physiques, et ne rendent pas compte de l'ampleur des maltraitances psychologiques et des négligences envers les enfants et les adolescents. Chaque année, les forces de l’ordre enregistrent plus de 120 victimes d’infanticide, dont près d’une centaine décèdent dans le cadre intrafamilial.
Les formes de violences
Les violences faites aux enfants peuvent prendre de nombreuses formes :
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- Violences physiques : Elles désignent tout usage délibéré et non accidentel de la force contre les enfants.
- Violences sexuelles : En France, il n’existe à ce jour aucun seuil d’âge de non-consentement de l’enfant aux abus sexuels, malgré l’instauration de la loi Schiappa de 2018.
- Violences psychologiques : Elles incluent toute forme de parole ou d’acte qui pourraient affecter l’enfant dans son amour propre, dans l’estime et le respect de sa personne. Les menaces, l’isolement social, l’intimidation et les insultes en font partie.
- Négligences graves : Elles se manifestent par l’absence de soins, de nourriture ou de sécurité affective.
Ces violences peuvent être exercées par des personnes en position d’autorité, souvent au sein même de la famille, mais aussi par d’autres enfants ou adultes. Elles peuvent se produire dans tous les lieux de vie de l’enfant : à la maison, à l’école, dans un club de sport, un établissement de soins ou de prise en charge du handicap, ou dans tout autre lieu public.
Les enfants de tout milieu et de tout âge peuvent être victimes de maltraitances.
Conséquences des violences sur les mineurs
Trop souvent banalisées ou passées sous silence, les violences subies pendant l’enfance ou l’adolescence compromettent gravement la santé, la sécurité ou le développement de l’enfant. Elles ont des conséquences profondes, durables, parfois irréversibles et dramatiques. Les traumatismes subis peuvent avoir des conséquences irréversibles sur le développement de leur cerveau et de leur système nerveux. Les enfants maltraités sont alors plus exposés aux troubles comportementaux et psychiques tels que l’anxiété, la dépression, le tabagisme, l’alcoolisme ou la toxicomanie. Ils sont plus susceptibles de rencontrer des difficultés d’apprentissage tout au long de leur parcours scolaire.
Elles altèrent la santé mentale et physique, perturbent la scolarité et les relations affectives. Elles peuvent également avoir un impact sur l’insertion sociale ou professionnelle à long terme.
Prévention : une responsabilité collective
Face à ce constat, il est essentiel de responsabiliser tous les adultes du quotidien, de leur donner les clés pour faire preuve de vigilance et de les inciter à agir sans attendre, même en cas de doute. Pour mieux prévenir les violences faites aux enfants, il est essentiel de les nommer, d’apprendre à repérer les signes d’alerte, parfois discrets, et de signaler toute situation qui semble préoccupante.
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Le signalement est un levier essentiel de la protection des enfants contre les violences. Même en cas de doute, contacter le 119 peut permettre de sauver un enfant.
Lorsqu’ils ont été confrontés à un cas de violence envers un enfant, seuls 33 % des témoins font appel à la police, et 18 % à un numéro d’urgence. Les violences faites aux enfants sont encore insuffisamment dénoncées par l’entourage de l’enfant, qu’il s’agisse de proches ou de professionnels de proximité.
Le rôle du 119 : un service d'écoute et d'orientation
Le 119 est le numéro national dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être. Ce service est gratuit, confidentiel, et joignable 24h/24, 7 jours sur 7. Le numéro n’apparait pas sur la facture de téléphone.
Le 119 peut être composé par tous :
- Les adultes inquiets pour un enfant ;
- Les enfants et adolescents confrontés à une situation de risque et de danger, pour eux-mêmes ou pour un autre enfant qu'ils connaissent.
Accessible également en ligne, via le site www.allo119.gouv.fr, le 119 propose :
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- Un tchat en temps réel pour les jeunes jusqu’à 21 ans ;
- Un formulaire sécurisé pour les adultes souhaitant alerter sur une situation ;
- Une plateforme en langue des signes française (LSF) pour les personnes sourdes ou malentendantes.
C’est un espace d’écoute, de conseil et d’orientation, qui peut être sollicité même en l’absence de certitude. Il contribue au repérage précoce de violences et à la mise en œuvre rapide de mesures de protection adaptées. Il joue également un rôle de transmission, puisque les écoutants relaient les situations de danger potentiel aux services départementaux compétents, via les cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP), chargées d’évaluer les faits et de coordonner la réponse.
Que se passe-t-il lorsqu’on contacte le 119 ?
- Je suis témoin d’une situation ou j’ai une suspicion de violence faite à un enfant, je compose le 119.
- Je suis mis en relation avec un professionnel qui m’oriente si nécessaire vers un écoutant spécialisé.
- Un professionnel de l’enfance m’écoute attentivement et me pose des questions pour comprendre la situation.
- Si l’écoutant évalue un danger ou un risque de danger, il rédige un compte-rendu et le transmet dans les plus brefs délais à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du département concerné.
Campagnes de sensibilisation et plan d'action gouvernemental
Le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles lance régulièrement des campagnes de lutte contre les violences faites aux enfants à l’échelle nationale. Ces campagnes s’inscrivent dans le Plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027, qui fixe les priorités de l’action publique : prévention, détection, protection et mobilisation de l’ensemble de la société (familles, professionnels, institutions, citoyens).
Ces campagnes visent à accompagner concrètement le passage à l’action, en rappelant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de certitudes ou de preuves pour agir : un doute, une inquiétude, un signal faible suffisent. Le 119 soutient, accompagne les victimes et témoins, et agit le cas échéant pour protéger les enfants.
Le plan de lutte contre les violences est composé de 22 actions qui :
- Traduisent l’engagement total du Gouvernement pour protéger tous les enfants contre toute forme de violence ;
- Visent à créer une véritable culture de la protection des enfants.
Les 6 grands objectifs du plan sont :
- Protéger les enfants et promouvoir des actions bientraitantes
- Prévenir le passage à l’acte et la récidive
- Améliorer la prise en charge des enfants victimes
- Soutenir les parents, sensibiliser et mobiliser la société civile
- Outiller et soutenir les professionnels
- Développer les données et les connaissances pour améliorer la prévention des violences et la protection des enfants
Il s'adresse à l’ensemble de la société : enfants, parents, professionnels et citoyens, pour protéger les enfants contre les différentes formes de violences.
Études et recherches
Au cours des dernières décennies, le développement des connaissances a permis de rendre compte des nombreux impacts de la maltraitance envers les enfants sur leur développement à court et long terme, menant la communauté scientifique et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a l’identifier comme un réel problème de santé publique.
Santé publique France réunit chercheurs et acteurs de la prévention, les 30 et 31 mars 2023, à l’occasion du séminaire « Regards croisés sur la conduite de recherches sur la maltraitance intrafamiliale envers les enfants et les adolescents ».
Ce séminaire vise à encourager le développement de recherches françaises en épidémiologie et en santé publique afin d’identifier les leviers pour la mise en place de telles études et ainsi disposer d’une connaissance fine du fardeau de la maltraitance et de ses déterminants pour guider l’action publique.
Santé publique France contribue à l’estimation de ce fardeau par la production des données épidémiologiques issues des systèmes de surveillance non spécifiques à la maltraitance.
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