Les violences sexuelles faites aux enfants sont une réalité terrifiante et trop souvent silencieuse. La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), créée dans la foulée du mouvement #MeToo inceste, a mis en lumière l'ampleur du problème : 5,5 millions d’adultes en France ont été victimes de violences sexuelles durant leur enfance, et 160 000 mineurs sont encore touchés chaque année. Soit 3 élèves par classe de 30. Face à cette réalité, il est impératif d'agir pour protéger nos enfants.

Comprendre l'ampleur du problème

Avant de pouvoir protéger nos enfants, il faut comprendre l'ampleur du problème. 5 millions de français ont subi des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. On estime que 3 élèves par classe sont victimes de violences sexuelles. Dans la moitié des cas chez les garçons et les trois quarts des cas chez les filles, les violences sexuelles sont commises par un proche de l’enfant et de sa famille.L'inconcevabilité de ces violences crée un silence qui musèle les victimes ainsi que leurs proches et d’une certaine manière, la société tout entière. Pour lever les obstacles conscients ou inconscients du grand public au signalement, la campagne rappelle qu’il n’est pas acceptable que les enfants portent seuls la responsabilité de mettre fin au secret qui entoure encore les violences sexuelles.

Reconnaître les comportements problématiques

La Ciivise a produit un guide intitulé « Les comportements sexuels des enfants et adolescents », téléchargeable, pour aider à déceler les comportements problématiques. Il est destiné aux parents et aux professionnels travaillant au contact d’enfants et d’adolescents souhaitant s’informer sur les comportements sexuels des mineurs. Il permet d’aider les adultes à déterminer si le comportement observé est le signe d’une simple curiosité sexuelle en lien avec son développement, ou s’il est l’indice d’un problème nécessitant l’aide d’un professionnel.

Qui sont les agresseurs ?

Contrairement aux idées reçues, 80 % des agressions sexuelles sur des enfants sont commises par des familiers. Ce sont souvent des hommes ordinaires qui estiment avoir le droit de disposer de leurs enfants. L’incesteur n’est pas nécessairement une personne déviante, et aucun profil-type n’est possible. Sa famille peut sembler comme les autres. Les femmes peuvent également être impliquées, ainsi que les aînés de la fratrie. Il est important de noter que l'agresseur est le seul coupable. La victime n'est jamais responsable de l'agression qu'elle a subie.

Joanna Smith, psychothérapeute et psychologue clinicienne a étudié de nombreuses situations à risque, de profils pour mieux penser et prévenir les violences sexuelles faites aux enfants, avertissant sur des comportements qui peuvent traduire un éventuel risque dans des échanges qui peuvent paraitre anondins mais présentent de fait une violence suspecte.

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Les motivations des agresseurs

Joanna Smith a identifié trois grands types de motivations chez les agresseurs :

  • Hostilité: La violence sexuelle est utilisée pour faire du mal, détruire ou se venger.
  • Domination et contrôle: La violence sexuelle s'inscrit dans un schéma de contrôle obsessionnel et autoritaire.
  • Pseudo élan amoureux: L'agresseur développe une attirance sexuelle envers l'enfant et se persuade d'une relation amoureuse.

Les profils d'agresseurs

Pour protéger nos enfants, il faut sortir des clichés, des idées toutes faites. Par exemple, il est faux d’affirmer que la plupart des agresseurs sont d’anciennes victimes. Il faut sortir des clichés, et entrer dans la science, les statistiques, la connaissance. Pour en dégager une sagesse pratique et, sans tomber dans la psychose ou dans la paranoïa, savoir parler à nos enfants, savoir se méfier de certains profils, savoir éviter certaines situations.

Joanna Smith nous apprend à mieux discerner les différents profils d'agresseurs d'enfants, afin que, en fonction de chaque profil, on puisse plus facilement discerner les dangers, devancer ainsi le pire et protéger les enfants :

  • Les violences sexuelles motivées par l'hostilité: La motivation n'est pas nécessairement sexuelle. La violence sexuelle, que ce soit sur les mineurs ou sur les adultes, peut d'abord être une façon de faire du mal à l'autre, de détruire l'autre, de se venger, de défouler son agressivité. Ça veut donc dire que dans 'violence sexuelle', il y a d'abord la violence de détruire l'autre.
  • Les violences sexuelles motivées par la domination et le contrôle de la victime: Là ce qu'on observe, c'est qu'il y a bien d'autres mesures de domination et de contrôle dans la relation que la violence sexuelle. Des comportements de domination et de contrôle qui sont souvent visibles par l'extérieur, là où la violence sexuelle est souvent cachée, et qu'il est possible de prévenir avec des agissements et des signes avant-coureurs : C'est là qu'on va pouvoir faire plus attention aux comportements à risque, car si on repère un comportement très contrôlant, très obsessionnel, voire autoritaire, très tyrannique, mais qui manque de façon de dominer, il faut s'inquiéter. Il serait judicieux d'intervenir en prévention parce que même si cette personne n'est probablement pas un agresseur potentiel, le plus souvent, une personne extrêmement possessive et contrôlante, ça n'est jamais positif pour l'enfant. Ce sont toutes les conditions réunies pour présenter un risque à l'enfant qui apprend tout sauf à se protéger et infusant l'idée que cet enfant ne s'appartient pas. Une logique de pouvoir abusive dans laquelle s'inscrivent toutes les distorsions cognitives de pensée que l'agresseur va mettre en place pour faire croire à la victime et à l'entourage que si agression il y a, c'est forcément la faute de la victime. Ce sont typiquement des façons de penser qui visent à ne pas percevoir la gravité des faits, les conséquences sur la victime et sa propre responsabilité. Par le déni, l'agresseur s'empêche de se reconnaître comme coupable et favorise les récidives.
  • Le pseudo élan amoureux: Pour la troisième motivation, la motivation sexuelle est bien présente. Un certain nombre d'études ont mesuré l'attirance sexuelle des personnes qui ont commis des violences sexuelles et ont mis en évidence que dans ce groupe-là, l'attirance sexuelle envers l'enfant est plus importante, alors que dans les deux autres groupes, l'hostilité ou la domination, ils ne sont pas plus attirés par les enfants sexuellement qu'un individu lambda : Dans ce groupe-là, on a des gens qui sont beaucoup plus fixés sur l'enfant, qui cultivent une congruence émotionnelle avec l'enfant et qui vont se raconter une histoire d'amour, mettre en place toutes sortes de distorsions pour ne pas voir les signes négatifs de refus de l'enfant, sachant que c'est extrêmement difficile pour un enfant de refuser quelque chose à un adulte qui le manipule. C'est aussi une façon de surinterpréter les signes d'affection de l'enfant qui est souvent en manque d'affection, qui est fragile, qui va être plus facilement approché par ces agresseurs qui savent que l'enfant est vulnérable aux marques d'attention, à l'écoute, au temps qu'on lui consacre, et va avoir d'autant plus de mal à dire non. Cette difficulté à dire non va être surinterprétée par l'agresseur comme un accord.

Comment protéger son enfant ?

La prévention est essentielle pour protéger les enfants des violences sexuelles. Voici quelques conseils pratiques :

Parler des violences sexuelles

Il est crucial d'aborder le sujet des violences sexuelles avec votre enfant, en adaptant votre discours à son âge. Expliquez-lui ce qu'est une violence sexuelle, comment s'en protéger et à qui en parler en cas de problème. Le podcast « Et si on se parlait ? » créé par Andréa Bescond pour les enfants de 3 à 12 ans présente des histoires pleines de tendresse et d'humour, qui informent les enfants sur leurs droits, leurs émotions, le respect de leur corps, le trop plein d’écrans, le consentement, le harcèlement…

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Enseigner le consentement

Apprenez à votre enfant à dire "non" et à respecter les limites des autres. Expliquez-lui que son corps lui appartient et que personne n'a le droit de le toucher s'il n'est pas d'accord. Plusieurs ouvrages peuvent vous aider dans cette démarche, comme l'album "Ton corps t’appartient !", qui invite le jeune lecteur à identifier ses parties intimes, à les nommer et à les protéger.

Être attentif aux signaux

Soyez attentif aux changements de comportement de votre enfant, tels que l'isolement, la tristesse, les troubles du sommeil ou de l'appétit. Ces signaux peuvent indiquer qu'il est victime de violences.

Créer un environnement de confiance

Encouragez votre enfant à vous parler de ses problèmes et de ses préoccupations. Montrez-lui que vous êtes là pour l'écouter et le soutenir, sans le juger.

Connaître les personnes à risque

Soyez vigilant quant aux personnes qui gravitent autour de votre enfant, en particulier celles qui ont un comportement étrange ou inapproprié.

Fixer des limites claires

Établissez des règles claires concernant les contacts physiques avec les autres, notamment en ce qui concerne les câlins et les bisous.

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Surveiller l'utilisation d'internet

Les prédateurs sexuels utilisent souvent internet pour entrer en contact avec les enfants. Surveillez l'activité en ligne de votre enfant et sensibilisez-le aux dangers du cyberespace.

L'importance de la formation

Les personnes qui travaillent avec les enfants doivent savoir reconnaître les violences sexuelles. Cela concerne les médecins, les enseignants, les entraîneurs et les animateurs. Ils doivent apprendre à reconnaître les signes de violences, signaler un danger et protéger les enfants. La formation doit commencer dès le début du métier et continuer tout au long de la carrière.

Les conseils pour prévenir le pire

La psychothérapeute énumère les quelques conseils primordiaux qu'elle estime essentiels pour mieux protéger les enfants face au risque d'agression, et ainsi mieux repérer les risques par rapport aux trois types de motivations susmentionnées pour agir avant qu'un éventuel drame n'advienne. Rester vigilant bien au-delà du risque de la violence sexuelle, et fonctionner en entonnoir des risques pour prévenir le pire.

  • Par rapport au profil de l'hostilité, le fait d'être rémoin d'un simple signe d'hostilité, d'humliliation à l'égard de l'enfant présente une zone à risque : On peut intervenir vraiment très tranquillement, sans faire de procès d'intention, ne serait-ce qu'en étant témoin d'un acte d'humiliation ou de violence qui peut paraître anodin au départ, car cet agissement au départ doit alerter puisque toute violence, tout mouvement d'irritation envers un enfant est condamnable. Ce geste peut par la suite devenir autre chose et préfigurer un potentiel risque d'agression.
  • Profil de domination et contrôle. C'est souvent le tyran domestique parano qui veut tout contrôler, qui a l'impression que le monde étranger lui est hostile, souvent réduit à l'alcoolisme : Il ne faut pas être trop naïf et éviter de confier son enfant à un parent qui a des problèmes d'alcool même indépendamment des risques de violences sexuelles, car ils peuvent glisser vers ce risque-là. C'est encore une fois violence primaire face à laquelle les parents doivent intervenir afin d'alerter le potentiel agresseur, qui va se sentir moins autorisé, sachant que 99 % des violences sont commises sans violence avec la manipulation, l'intimidation, la contrainte, des modes opératoires qui peuvent paraitre anondins à première vue, qui mettent du temps à se mettre en place et contre lesquels il faut intervenir au plus tôt. Si on est vigilant on pourra éviter les risques.
  • Quant au troisième type, motivé par le pseudo sentiment amoureux avec l'enfant, toujours sans créer la psychose de ne pas confier son enfant à un tiers, la question qu'il faut inciter aux parents à se poser, c'est l'idée que la plupart des violences sexuelles ont lieu quand un adulte est seul avec un enfant : Il faut se demander si un adulte a des occasions d'être seul avec avec un enfant, quelles sont les clauses pour une colo ou pour un voyage scolaire en ce qui concerne la nudité, le passage aux toilettes, à la douche, les vestiaires collectifs. Ce qui permet, quand ces préalables ne sont pas faits et qu'on voit un de ses collègues dans un coin isolé avec un enfant, de ne pas hésiter d'intervenir.

Que faire si votre enfant est victime de violences sexuelles ?

Découvrir que mon enfant est victime d’abus sexuels est un choc inimaginable pour un parent. Face à la colère, la peur et le sentiment d’impuissance, il est pourtant crucial d’agir rapidement et de manière appropriée.

Écouter et croire votre enfant

Lorsque votre enfant révèle ou laisse entendre qu’il a subi une agression sexuelle, votre première réaction doit être l’écoute bienveillante et le soutien. Il a souvent fallu beaucoup de courage à un mineur pour briser le silence.

Ce qu’il faut faire :

  • Remerciez votre enfant de vous avoir parlé et saluez son courage d’avoir révélé les faits.
  • Dites-lui clairement qu’il a bien fait de parler et que vous le croyez.
  • Déculpabilisez l’enfant en lui affirmant qu’il n’est en rien responsable de ce qu’il s’est passé - la faute revient exclusivement à l’agresseur.
  • Expliquez-lui que ce qu’il a subi est interdit par la loi et qu’il a le droit d’être protégé.

À éviter :

  • Ne pas remettre en cause son récit, même si les faits vous semblent difficiles à imaginer.
  • Ne posez pas de questions suggestives ou insistantes sur les détails de l’agression. Contentez-vous de laisser l’enfant raconter à son rythme, sans interrompre ni orienter son discours. Le but n’est pas de mener un interrogatoire (les enquêteurs spécialisés s’en chargeront plus tard), mais de prendre note des faits essentiels.
  • Ne montrez pas de colère ou de panique devant l’enfant, pour ne pas ajouter à son trouble. Votre rôle de parent est avant tout d’accueillir la parole et de sécuriser émotionnellement votre enfant. Dites-lui que ses sentiments (tristesse, peur, honte, colère…) sont normaux après un tel traumatisme.
  • Envisagez rapidement une prise en charge psychologique adaptée afin que votre enfant puisse exprimer ses émotions avec l’aide de professionnels formés aux traumatismes sexuels.

Alerter les autorités

Protéger l’enfant passe par une réaction rapide : dès que vous avez connaissance d’un abus sexuel, il faut alerter les autorités sans délai. En France, la loi impose à toute personne, et a fortiori à tout professionnel (médecin, enseignant, éducateur…), de signaler aux autorités toute situation de mineur en danger ou toute infraction sexuelle sur un enfant dont elle a connaissance. En effet, ne pas le faire est un délit (non-assistance ou non-dénonciation) passible de sanctions pénales.

  • Contactez le 119 - Allô Enfance en Danger. Ce numéro national gratuit (joignable 24h/24 et 7j/7) est dédié aux enfants en danger ou victimes. Des écoutants professionnels vous guideront et pourront transmettre un signalement aux services sociaux et au procureur si nécessaire.
    • À savoir : en cas de danger grave et imminent, appelez d’abord le 17 (Police Secours) ou le 112. Le 119 reste toutefois un excellent point de départ pour être conseillé en toute confidentialité sur la marche à suivre.
  • Prévenez la police ou la gendarmerie. Déposer plainte officiellement est une étape cruciale pour initier des poursuites pénales. Vous pouvez vous rendre au commissariat ou à la brigade de gendarmerie la plus proche pour raconter les faits. Aucune plainte ne peut vous être refusée et elle sera transmise au procureur de la République pour enquête. Si vous ne pouvez pas vous déplacer immédiatement, vous avez aussi la possibilité d’adresser une plainte par écrit directement au procureur (par courrier au tribunal judiciaire du lieu des faits). Dans tous les cas, tâchez de fournir un récit détaillé des faits (même si c’est difficile) avec dates, lieux, identité de l’agresseur s’il est connu, éventuels témoins ou confidences antérieures de l’enfant, et premiers éléments de preuve (constat médicaux, messages, etc.). Ces détails aideront les enquêteurs.
  • Informez également les services sociaux le cas échéant. Si l’agresseur présumé fait partie de la famille ou de l’entourage proche (par exemple incestueux), un signalement administratif peut être fait en parallèle de la plainte pénale. Les travailleurs sociaux de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ou le médecin scolaire peuvent être saisis. Souvent, le procureur de la République sera directement alerté via le 119 ou par un médecin, de sorte qu’une enquête de protection de l’enfance démarre en parallèle de l’enquête pénale.
  • Conseil : si possible, recueillez un certificat médical constatant l’agression (par exemple en emmenant l’enfant aux urgences médico-légales ou chez votre médecin traitant). Bien que douloureux, un examen médical peut relever des indices (blessures, ADN…) utiles à l’enquête.

Comprendre la procédure judiciaire

Une fois le signalement fait et la plainte déposée, une enquête pénale va être ouverte. En parallèle des premiers actes d’enquête (audition de l’enfant, audition du suspect, éventuellement garde à vue de ce dernier), il est important de comprendre les dispositifs spécifiques prévus par la loi pour les mineurs victimes.

  • L’audition de l’enfant dans des conditions protégées. Votre enfant sera très probablement entendu par des policiers ou gendarmes formés aux mineurs, ou par un juge, dans un environnement adapté. En tant que parent, vous n’assisterez généralement pas à cette audition pour ne pas influer sur la parole de l’enfant, mais un psychologue ou un spécialiste peut être présent aux côtés du mineur.
  • L’assistance d’un représentant légal ad hoc et d’un avocat. Si l’agresseur présumé est un membre de la famille proche (pire, l’autre parent) ou si vos intérêts sont en conflit avec ceux de l’enfant, le procureur ou le juge d’instruction désignera un administrateur ad hoc. Il s’agit d’une personne (souvent un spécialiste de la protection de l’enfance) chargée de représenter exclusivement les intérêts de l’enfant pendant la procédure. Cette mesure garantit que la victime mineure ait un représentant neutre pour, par exemple, déposer une plainte ou se constituer partie civile en son nom. Par ailleurs, un avocat sera nommé pour défendre votre enfant - soit un avocat que vous choisissez, soit un avocat commis d’office spécialisé. Les frais d’avocat pourront être pris en charge par l’aide juridictionnelle, souvent accordée de droit pour les mineurs victimes d’agressions sexuelles.
  • Le déroulement de l’instruction et du procès. Dans les affaires de viol sur mineur (crime), une information judiciaire confiée à un juge d’instruction sera ouverte. Pour une agression sexuelle sans pénétration (délit), l’affaire sera traitée devant le tribunal correctionnel. Pendant l’enquête, des mesures peuvent être prises pour protéger votre enfant : par exemple, le juge d’instruction ou le juge des libertés et de la détention peut imposer à l’agresseur une interdiction de contact avec la victime et les témoins, ou ordonner son placement en détention provisoire s’il présente un danger. Votre enfant (via son administrateur ad hoc) pourra se constituer partie civile, c’est-à-dire devenir officiellement partie au procès : cela lui donnera accès au dossier, le droit de solliciter des actes d’enquête complémentaires via son avocat, et plus tard de réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi.

Bon à savoir : les délais de prescription pour poursuivre l’auteur sont très longs dans ce type d’affaires. Cela signifie que si les abus n’ont été découverts que tardivement, il reste possible d’agir en justice. Toutefois, n’attendez pas volontairement : plus la plainte est déposée tôt, plus il est facile de rassembler des preuves et d’éviter que l’agresseur ne fasse d’autres victimes entre-temps.

Mettre en place des mesures de protection

Si l’auteur présumé de l’abus fait partie de l’entourage proche de l’enfant (parent, membre de la famille, ami vivant au domicile, etc.), il faut envisager des mesures de protection concrètes pour éloigner le danger. En plus de l’action pénale contre l’agresseur, il existe une procédure civile spécifique devant le juge des enfants (Tribunal pour enfants) appelée assistance éducative.

  • Saisine en urgence du juge des enfants. D’après l’article 375 du Code civil, si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur sont compromises, un juge pour enfants peut intervenir et prendre des mesures de protection. Souvent, en cas d’urgence, le procureur ordonne d’abord un placement provisoire immédiat (par exemple chez l’autre parent ou en famille d’accueil) le temps que le juge des enfants statue.
  • Mesures d’éloignement de l’auteur ou de placement de l’enfant. Si l’enquête confirme que l’enfant a subi des violences sexuelles d’un proche, le juge des enfants peut ordonner deux types de mesures fortes : soit retirer l’enfant du domicile familial (on parle de mesure de placement), soit éloigner l’auteur présumé du foyer. Par exemple, le juge peut placer l’enfant en sécurité chez un tiers de confiance (autre membre de la famille non impliqué) ou en famille d’accueil, afin qu’il ne soit plus en contact avec l’agresseur. Cette mesure de placement, en principe prononcée pour une durée maximale de 2 ans renouvelable, ne supprime pas l’autorité parentale des parents mais les contraint à respecter les décisions de placement. À l’inverse, si l’environnement le permet, le juge peut décider de maintenir l’enfant dans sa famille mais en ordonnant l’éviction de l’auteur du domicile - par exemple, interdiction pour l’agresseur de s’approcher de l’enfant. Dans les faits, lorsqu’une plainte pénale est en cours, il est fréquent que l’auteur soit déjà éloigné (contrôle judiciaire avec interdiction de contact, incarcération préventive, etc.).
  • Suivi éducatif et obligations. En parallèle de l’éloignement, le juge des enfants peut mettre en place un suivi éducatif et psychologique de la famille. Par exemple, via une Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO), un éducateur ou un service spécialisé interviendra régulièrement auprès de l’enfant et du parent protecteur resté au domicile. Des obligations peuvent être imposées, comme le suivi d’une thérapie familiale, la participation à des stages de parentalité, etc. Le but est d’accompagner l’enfant dans sa reconstruction et d’éviter toute récidive ou nouveau danger.
  • Retrait de l’autorité parentale de l’agresseur. Enfin, sachez que si l’agresseur est l’un des parents de l’enfant, la question de lui retirer totalement ou partiellement l’autorité parentale sera posée devant le tribunal (soit au pénal lors du jugement de condamnation, soit devant le juge aux affaires familiales). La loi prévoit que le juge pénal doit se prononcer sur le retrait d’autorité parentale en cas de condamnation pour inceste. Le but est de protéger durablement l’enfant (et ses frères/sœurs) en empêchant le parent coupable d’exercer ses droits parentaux à l’avenir. Cela peut être abordé au cours de la procédure, et le cabinet d’avocat qui vous assiste veillera à formuler les demandes utiles en ce sens, le cas échéant.

Apporter un soutien médical et psychologique

Après avoir assuré la sécurité physique de votre enfant, il est indispensable d’apporter une réponse médicale et psychologique au traumatisme qu’il a subi. Les agressions sexuelles sur mineurs entraînent souvent de lourdes conséquences psychiques (stress post-traumatique, troubles du sommeil, de l’attachement, dépression, etc.).

  • Consultation médicale et médico-légale: Faites examiner votre enfant par un médecin dès que possible, même si vous n’observez pas de blessure physique. Certains hôpitaux disposent d’unités médico-judiciaires pédiatriques. Le médecin vérifiera l’état de santé de l’enfant, prodiguera les soins nécessaires et pourra relever des constats médicaux utiles à l’enquête. Il pourra également attester des traumatismes subis (certificat médical initial), document important pour la procédure.
  • Soutien psychologique spécialisé: Votre enfant a besoin d’un suivi psychologique adapté au traumatisme. Vous pouvez vous tourner vers les Centres du psychotrauma de votre région (centres spécialisés dans la prise en charge des victimes de violences, souvent rattachés à des hôpitaux). Ces structures pluridisciplinaires (psychologues, pédopsychiatres…) proposent des consultations gratuites pour les mineurs victimes, afin de traiter le stress post-traumatique. Il existe également des associations d’aide aux victimes qui offrent des séances de soutien psychologique gratuites. Par exemple, l’association France Victimes (via le numéro 116 006) peut vous orienter vers une cellule de soutien locale pour votre enfant.
  • Associations et groupes de parole: Rejoindre des associations spécialisées peut vous apporter, à vous et votre enfant, un soutien moral précieux. L’association Face à l’Inceste propose par exemple des groupes de parole pour les victimes d’abus intra-familiaux et leurs proches, afin d’échanger avec d’autres familles confrontées à des épreuves similaires. L’association L’Enfant Bleu est également active dans l’accompagnement des enfants maltraités (juristes et psychologues à disposition). Ces organisations offrent écoute, conseils et orientations vers des professionnels. N’hésitez pas à contacter leurs permanences.
  • Informations et ressources en ligne: Le site officiel du gouvernement “arretonslesviolences.gouv.fr” propose des fiches pratiques et une plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles, y compris pour les mineurs. Le site Service-Public.fr détaille aussi les démarches pour les mineurs victimes d’infraction sexuelle (étapes de plainte, contacts utiles, etc.). Ces ressources fiables peuvent répondre à vos questions juridiques et pratiques 24h/24.

Les endroits sûrs

Il existe des endroits sûrs pour les enfants victimes de violences sexuelles. Dans certains hôpitaux, des lieux sécurisés permettent aux enfants de parler à des adultes qui les aident. Dans les commissariats, des salles spéciales permettent aux enfants de parler en toute sécurité. Il faut ouvrir plus de lieux pour écouter les enfants.

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